lundi 28 septembre 2015

Fable : Les femmes et le secret




Rien ne pèse tant qu'un secret ;
      Le porter loin est difficile aux Dames :
               Et je sais même sur ce fait
               Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
Pour éprouver la sienne un Mari s'écria
La nuit étant près d'elle : Ô Dieux ! qu'est-ce cela ?
               Je n'en puis plus ; on me déchire ;
Quoi ! j'accouche d'un oeuf ! D'un oeuf ? Oui, le voilà
Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire :
On m'appellerait Poule. Enfin n'en parlez pas.
               La femme neuve sur ce cas,
               Ainsi que sur mainte autre affaire,
Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire.
               Mais ce serment s'évanouit
              Avec les ombres de la nuit.
               L'Épouse indiscrète et peu fine,
Sort du lit quand le jour fut à peine levé :
               Et de courir chez sa voisine.
Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé :
N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre.
Mon mari vient de pondre un oeuf gros comme quatre.
               Au nom de Dieu gardez-vous bien
               D'aller publier ce mystère.
Vous moquez-vous ? dit l'autre : Ah ! vous ne savez guère
      Quelle je suis. Allez, ne craignez rien.
La femme du pondeur s'en retourne chez elle.
L'autre grille déjà de conter la nouvelle :
Elle va la répandre en plus de dix endroits.
               Au lieu d'un oeuf elle en dit trois.
Ce n'est pas encore tout, car une autre commère
En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait,
               Précaution peu nécessaire,
               Car ce n'était plus un secret.
Comme le nombre d'oeufs, grâce à la renommée,
               De bouche en bouche allait croissant,
               Avant la fin de la journée
               Ils se montaient à plus d'un cent.
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Jean de La Fontaine
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samedi 26 septembre 2015

Fable : Le loup et le chien



Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
À se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
« Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée ;
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. »
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons, sans parler de mainte caresse. »
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encore ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. »
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encore.





mercredi 23 septembre 2015

Félicitations !




Le défi était de taille...
A en faire 
Fuir certains...
Or, vous l'avez relevé "haut la main" 
Non, La Fontaine n'est pas inimitable 
Tous vos textes l'ont prouvé
Alors, encore une fois, bravo !
Il est temps de faire une pause mais
Ne vous en faites pas
En octobre, on remet ça !


La Licorne


vendredi 18 septembre 2015

JEU 9 : Le renard et le corbeau




Jeune renard
Est heureux !
Ah, corbeau est son prisonnier.
Notre ami Ysengrin
Du haut de son arbre perché
Ecoute Maître Corbeau
Lui réciter une fable dont il fut la victime.
Alors renard écoute et lui dit :
Faut-il que tu sois bête,
Oublies-tu comment j'ai volé ton fromage ?
Non renard, es-tu aussi futé que tu le crois ?
Tu n'es certainement pas capable de chanter
Avec un corbeau dans ta gueule.
Impossible n'est pas renard !
N'écoutant que son orgueil, il chante.
Et laisse s'envoler sa proie.

                                         Françoise






jeudi 17 septembre 2015

JEU 9 : Le loup et le caniche


         


Un Loup n'avait que ses poèmes et ses mots,
Tant les Chiens ici étaient légion..
Ce loup rencontre un Caniche, aussi propre que beau,
Obèse et obséquieux.. Autant dire un gros con.

L'attaquer de face, le faire voler en éclats,
Sire Loup l'eût fait volontiers,
Seul contre tous, il se sentait d'attaque,
Mais le Frisé avait sa cour d'alliés,
Pour le défendre à coup de matraques.
Le Loup donc l'aborde poliment..
Tape discute et lui fait compliment,
Sur sa cour et ses suivants, qu'il admire..

"Il ne tient qu'à toi, pauvre Loup,
D'avoir, à cet endroit, autant de succès que moi..
Tes pareils sont, ici et là, bien solitaires..
De pauvres diables errants, sans loi ni foi..
Dont le destin sans fin est d'errer dans le désert"..
"Ben ok, d'accord," répondit le Loup.. "Que me faut-il donc faire ?"
"Oh, pas grand-chose, dit le Propret.. Cliquer sur un plus,
Laisser de temps à autre un "wow", un "mdr" ou un "super ! j'adhère !"
Cliquer sur tout, et même parfois, entrer en guerre,
Bien protégé derrière ton armure de verre..
Tu seras amplement payé en retour par une foule de followers,
Te distillant à volonté caresses, bisous, en temps et en heure.."

Le Loup voit briller au loin la fin de sa solitude,
La fin de ce destin sans fin dans la multitude.
Il s'assoit près du Chien, et remarque ses pattes. Boudinées.
"Ben bordel, s'écrit le Loup.. T'as vu l'état de tes pattes ??
Si demain y'a plus d'électricité, tu vas faire quoi de tes journées ?
Tes pattes arrière sont si gonflées, qu'il te faudra traîner en savates.."

Le Loup se projette alors dans un futur qui le fait frémir..
Il s'imagine vivre dans un monde de "lol" et de bricoles..
Il saute de sa chaise, et vers la forêt de la vie, s'en court courir..
Son ombre le suit.. En dansant près de lui. Comme une folle.




mercredi 16 septembre 2015

JEU 9 : Le chat du roi


Lamba, chat du roi

                                         Lamba, nonchalamment, guettait une souris, 
                                         À cette heure tardive où tous les chats sont gris...
                                         Faudrait-il, ventrebleu !, qu’un compagnon du roi
                                         Orné de sa médaille, et de fort bon aloi,
                                         Ne fasse encor ce soir que dîner misérable, 
                                         Tordant de la souris le cou et puis le râble ?
                                         Argumentait, hautain, le greffier patenté,
                                         Ignorant la provende avec témérité, 
                                         Niant la providence et refusant son choix
                                         En dépit du bon sens et sans la moindre foi.
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Amezeg
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dimanche 6 septembre 2015

JEU 9 : La Cigale et la Fourmi



La cigale ayant dansé tout l'hiver vit avec bonheur poindre le printemps
Ah que la vie est jolie quand elle refleurit.  N'est-ce pas un heureux temps
Fourmi ma voisine?  Tu te rappelles mon désarroi au début de l'hiver
Oh bien sûr j'ai eu faim et me suis reproché d'avoir chanté tout l'été
Nonobstant mes ennuis, la chance m'a souri, on m'avait remarquée
Tout l'hiver les bonnes gens m'ont invitée sous leurs toits pour chanter et danser
Ah cigale j'ai souvent pensé à toi pendant tout ce temps car jour après jour
Insidieusement l'ennui s'est emparé de moi, qui n'ai rien pour égayer ma vie
Ni joie ni refrain pour dérider mon coeur, je ne sais ni rire ni me divertir
Et ma foi, cigale, je te saurais gré de me montrer à chanter et danser à mon tour...
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jeudi 3 septembre 2015

JEU 9 : La revanche du Corbeau

Un "texte exemple" pour ce défi, pas facile...:-)



- Le fromage était fort bon, Monsieur Du Corbeau...moelleux et vraiment goûteux...
et je donnerais cher, ma foi, pour savoir où vous vous l'êtes procuré...
Ah,  mais sachez que je ne donne l'adresse de mes fournisseurs...
qu'à mes amis, Monsieur Le Goupil
Fariboles...je vous ai connu jadis bien plus disert...
 et je parierais que tous les oiseaux de cette forêt sont déjà au courant...
Oui, vous avez raison... il m'arrive de jaser avec mes congénères...
et ceux-ci m'ont dit, d'ailleurs, bien des choses à votre sujet...
- Non ? Vraiment ? Et quoi donc ? Je serais ravi de l'apprendre...
Tellement de choses...Que vous aimiez agrémenter votre menu
de quelques volailles, par exemple...et parfois d'autres volatiles moins domestiqués...
Ah oui ?
- Il m'est aussi venu à l'oreille, enfin, si je puis employer cette expression...
que vous n'étiez guère digne de confiance...et que l'on ne devait point se fier à vos dires...
sous peine de le regretter...
- Ne pouviez-vous pas le constater par vous-même ?
En vérité, je n'avais pas besoin de personne, en effet. Mais je souhaitais l'entendre de votre bouche...
Maintenant que c'est fait, je vous laisse volontiers à vos malices et à vos intrigues...
Vous ne me "plumerez" plus de sitôt, Monsieur l'Hypocrite!
Et je suis sûr que vous trouverez sans peine un autre "dindon" pour vos farces.
Pour ma part, je m'en vais voler vers d'autres cieux et me régaler, hors de votre présence,
de ces délicieux mets fermentés qui vous font tant envie...

Et sur ce, Maître Corbeau, d'un large coup d'aile...s'envola ..
laissant, cette fois-ci, Maître Renard...sur sa faim... ;-)
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La Licorne

mardi 1 septembre 2015

JEU 9 : Fable revisitée



En ce mois de septembre et de rentrée des classes,
je vais faire appel à votre culture...scolaire !

Je vais en effet vous demander de choisir
une fable de Jean de La Fontaine,
mettant en scène ...deux animaux.
(jusque-là, c'est facile)

Ensuite, il s'agira...
 d'écrire un dialogue entre ces deux-là.

Le dialogue peut être rédigé en prose ou,
pourquoi pas, en vers...
dans la langue du 17 ème siècle
ou en langage moderne.

Vous pouvez rester 
dans la lignée de la fable initiale
ou la détourner, en faire un pastiche 
ou une version très personnelle.

Vous pouvez aussi éventuellement inventer
la suite de l'histoire...
ou évoquer la scène qui l'a précédée..
Vous avez de nombreuses possibilités.

La première contrainte sera  de garder le contexte 
et de faire en sorte qu'on reconnaisse facilement
de quelle fable il s'agit...

et la deuxième sera de débuter chaque tirade 
par les lettres suivantes :
L, A, F, O, N, T, A, I, N, E
ou, si vous êtes plus prolixe, par :
J, E, A, N, D, E, L, A, F, O, N, T, A, I, N, E
ou même
L, E, S, F, A, B, L, E, S, D, E, L, A, F, O, N T, A, I, N, E


Et si, par hasard, votre mémoire vous faisait défaut,
sachez que toutes les fables du monsieur
sont regroupées sur ce site.
(cliquer sur le lien)
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Aiguisez vos plumes...
affûtez vos mots...
Il me tarde de vous lire !
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 Envoi comme d'habitude à
undeuxtrois4@orange.fr
...
avant le 21 septembre.
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La Licorne
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