vendredi 25 mars 2016

Un peu de culture : "Bouts-rimés"


L'exercice des "rimes imposées" 
ne date pas d'hier...
Jugez-en plutôt :


Dans un article en forme de causerie pour Le Petit Journal 
auquel il faisait parvenir des correspondances, 
Alexandre Dumas raconte avoir hérité 
d'un lot de papiers de sa sœur Marie, dernièrement décédée. 
Il y a redécouvert un poème co-signé de lui 
et de son ami et collaborateur Joseph Méry. 
C'est le prétexte pour raconter à ses chers lecteurs 
comment se passaient ces bonnes soirées entre amis 
au cours desquelles on improvisait des vers 
à partir de rimes choisies par un tiers

A ce jeu des bouts-rimés, raconte Dumas, 
Méry était un as de l'improvisation. 
Il cite les alexandrins que Méry avait vite pondus 
à partir de 24 mots plutôt difficiles à agencer 
dans l'ordre à l'intérieur d'un même texte. 
Les voici:

Femme – Catilina – Âme – Fouina – Jongle – Citoyen – Ongle – Païen – 
Mirabelle – Mirabeau – Belle – Flambeau – Orestie
 – Gabrio – Répartie – Agio – Figue – 
Faisan – Ligue – Parmesan – Noisette – Pâté – Grisette - Bâté.

Dumas précise dans une note que Gabrio était le sobriquet affectueux 
de la comtesse Dash, dont le prénom était Gabrielle.

A titre d'exemple, voici le début du poème composé par Méry:

En vous voyant ce soir, jeune et charmante femme,
Chez l'auteur d'Henri Trois et de Catilina,
Pour écrire ces vers, la peur glaça mon âme,
Ma plume tressaillit, le poète fouina.

Il en profite pour lancer un concours
Le lecteur qui réussira le meilleur poème avec les mêmes bouts-rimés
recevra l'original qui porte les rimes de Dumas,
le texte de Méry et leurs deux écritures.

Il raconte avoir eu la conviction que peu seraient en mesure de relever le défi. 
Le succès fut tel cependant qu'il se vit incapable de choisir un seul gagnant. 
Il proposa donc une souscription à un franc
aux quelque 200.000 lecteurs du Petit Journal. 
S'il en obtenait 500, alors il ferait un volume avec tous les poèmes reçus. 
Sa préface du 9 mars 1865 en forme de causerie témoigne 
qu'il a obtenu le nombre de souscriptions désirées. 
D'où ce volume qui reprend l'ensemble des poèmes
envoyés par les lecteurs.

De ce livre jamais réédité de près de 300 pages, 
seules les dix premières sont de Dumas. 
On comprend bien, vu la nature du propos, 
que l'ouvrage ne figure pas dans ses œuvres complètes
chez Lévy ou Levasseur.

Il n'empêche que ce court texte est fort attachant à plus d'un titre. 
D'abord, il y a la référence à sa sœur Marie dont on sait trop peu de choses. 
Avis aux chercheurs, Dumas affirme avoir récupéré 
beaucoup des lettres qu'il lui a écrites.



Ensuite, il nous campe un Joseph Méry plutôt sympathique. 
C'est à ce collaborateur qu'on doit le roman 
"Un médecin de Java" (titre de la version en feuilleton) 
ou "L'île de feu" (version en volume).

Enfin, ce texte montre comment, à partir de petits riens, 
Dumas arrive à susciter beaucoup d'intérêt.

Pour les versificateurs amateurs enfin, 
notons que quelques collaborations sont bien troussées. 
Ils apprécieront peut-être surtout celle de G. Dorval 
intitulée Alexandre Dumas, 
que nous reproduisons intégralement ici.

Alexandre Dumas
Dumas est fin, aimable et doux comme une femme;
Son génie a créé Kean et Catilina,
Et tous ceux qui l'ont lu l'aiment de cœur et d'âme,
Car son brillant esprit jamais ne fouina.
Roi de la blague, avec les mots sa plume jongle;
Il nous fait dans Pitou voir un bon citoyen;
Nous montre d'Artagnan qui, sans peur, rogne l'ongle
De Richelieu, le prêtre à l'âme de païen.
Son souple talent, doux comme une mirabelle,
Dans un livre émouvant nous fait de Mirabeau
Admirer aisément la voix puissante et belle,
Eclairant les esprits comme un divin flambeau.
En admirables vers ciselant l'Orestie,
Dans cette œuvre il a mis le cœur de Gabrio,
La verve de Méry, l'esprit, la repartie,
Dont il s'est fait le roi, seul et sans agio.
On lit ce qu'il écrit comme on mange une figue,
Une tarte à la crème, une aile de faisan;
Que ce soir un roman sur la Fronde ou la Ligue,
Ou le moyen de faire un plat au parmesan;
Car il cause de tout: la modeste noisette
Inspirerait sa verve autant qu'un gros pâté,
Et ce grand enchanteur sait peindre une grisette
Aussi bien qu'une reine ou qu'un âne bâté.
.
Article trouvé ici
.




6 commentaires:

  1. Réponses
    1. Je croyais, Célestine, que tu allais attendre "patiemment" le premier avril...(et le prochain thème) ;-)

      Je n'ai pas lancé cet article pour en faire un jeu, c'était juste une référence culturelle... mais si ça vous fait envie, pourquoi pas ?

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  2. Moi j'ai fait au hasard quelques alexandrins, en suivant un tant soit peu, bien. J'ai commencé avec les cinq premiers, peut être si La Licorne le veut bien:

    Quand la lune semblait, voilée comme une femme
    Elle était accusée telle Catalina
    De tramer pour séduire, oubliant son âme
    Mais de l’inceste point, jura et ne fouina
    Se défendit la lune qui ne jongle

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  3. Whaouh ! Joli...
    Vous êtes infatigables... :-))

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  4. Je t'ai envoyé mon texte, j'espère que tu l'as reçu.
    C'est pas grave, si tu ne veux pas le publier. je bouderai juste pendant trois minutes quarante-cinq.
    Mais moi j'ai beaucoup aimé faire l'exercice. Disons que c'est un entraînement avant le premier avril...
    Bisous ma Licorne
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Ah mais...quand l'exercice donne ce genre de résultat, je m'en voudrais de ne pas le publier...
      Ce serait un crime...

      J'étais juste en train de chercher des illustrations, chère Célestine...:-)

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