jeudi 21 décembre 2017

JEU 31 : Noël littéraire

 


 

- Votre dernier ouvrage, monsieur Ray, porte un titre assez intrigant...
Pouvez-vous nous en dire davantage ? Est-ce un roman, une histoire vraie, un récit fantastique ?

- Eh bien, c'est un peu tout ça, oui...je dirai d'abord que cette histoire est  une histoire qui se passe dans un temps très réduit : à peine une semaine....ça commence en effet au matin du 24 décembre 1999 et ça se termine six jours après, au moment du passage historique au premier jour de 2000.
 
Une fin d'année qui restera à jamais inscrite dans nos mémoires... en raison  de cette tempête sans précédent qui, souvenez-vous, détruisit en une journée un bon tiers des forêts du pays et, qui, en même temps,  traumatisa de nombreuses personnes. Une partie de mon récit s'appuie donc sur des faits authentiques...mais une autre partie est inventée de toutes pièces...ça reste avant tout un roman.

- Donnons très rapidement un aperçu de cette histoire : Votre héroïne est enceinte et prête à accoucher, mais se retrouvant soudain sans courant et sans moyen de communication, ne pouvant joindre personne, cette jeune maman, nommée Marie, va devoir mettre son enfant au monde sans aide aucune... Dans un cabanon perdu au fin fond d'une forêt, cette mère-courage, réunissant ses dernières forces,  va trouver un moyen de résister, pendant six journées, aux assauts du vent et du froid ...tout en protégeant son bébé nouveau-né. C'est émouvant...et captivant. Et puis, on ne peut s'empêcher de penser, en découvrant votre texte, à une autre Marie...
 


- Bien sûr. J'ai imaginé une Marie d'aujourd'hui, une Marie de notre époque...une Marie moderne !

- Et vous avez dépeint un fiston qui paraît aussi tiré des Ecritures...puisque son prénom est Josué.

- Oui, c'est une évidence. Tout, dans ce récit, nous ramène 2000 ans en arrière...y compris deux ou trois faits, qui ne vous auront sans doute pas échappé : c'est un homme nommé Bernard Berger, qui, répondant aux cris de Josué affamé, viendra, au bout d'une semaine, sauver des neiges ce petit bambin et sa mère, épuisée. Et c'est un docteur nommé Marc Matthieu qui va ensuite donner des soins au bébé.

- C'est vrai, j'avais remarqué...mais ne disons pas tout...nos auditeurs repéreront eux-mêmes, en parcourant votre récit, vos fréquentes références au texte de Saint Matthieu.
Ne perdez donc pas de temps, chers amis et précipitez-vous dès maintenant pour acheter  "Sacrée tempête" de Christophe Ray ...nous comptons sur vous pour nous donner vos avis avisés jeudi prochain...
Et en attendant, joyeuses fêtes à tous !
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La Licorne
.
 
 
 



mercredi 13 décembre 2017

JEU 31 : Visiteur de nuit

 
 
 
Une bûche finissait de se consumer dans un âtre grisâtre.  Dernière bûche.  Après, ce fut noir comme néant et Jean resta coi.  Aucun compagnon ne s’unissait à son âme en cette nuit de fête, nuit du 25 décembre.  Un froid grandissant engourdissait son corps affamé. 

Pourtant c’était un homme de cœur, disait-on, un homme de cœur au centre d’un pays indifférent.  Son esprit, serein quand même, s’ouvrit tout grand.  C’était une méthode apprise autrefois auprès d’un sage méditant.  Et ça fonctionnait très bien.  Un esprit grand ouvert capte une paix infinie, bienfaisant remède pour une âme meurtrie.  Fantastique intermède.

Soudain on entendit un gémissement tout près, suivi d’un autre, et puis un aboiement.  S’ébrouant hors de son état statique, Jean s’empressa de répondre à ce visiteur imprévu.  Une énorme masse bondit dans cette ouverture et dans cet abri, au risque de renverser un hôte sidéré.  Oh, fiston, fiston!  Je n’en crois pas mes sens.  Après tous ces mois sans toi, tu m’as retrouvé.  Contre tout espoir, te voici revenu chez toi, chez nous, mon grand chien, ma fourrure adorée.  Viens voir papa!

Ah, bonheur infini, douceur sans prix, ah, merci, douce vie !
 
 

 
 

dimanche 10 décembre 2017

JEU 31 : Une petite page de pub




 
Mardi dernier, j’ai reçu une proposition pour une intervention pour Christmas Time,
chez un opérateur de bigophonie (que je ne citerai pas, secret d’amateuriste of course)
Cette missive m’indiquait une adresse dans Paris 10ème, rue des petites écuries,
un nom de rue qui sent bon comme une odeur de crottin, frais comme j’aime.
;
Je me présentai donc ce samedi à cette adresse.
C’était un remue-ménage capharnaümesque : un monde fou, des caméras
et des cameramans, des photographes, des cascadeurs, des reporters,
des acrobates, des pyramides d’iphones, des grimeuses, des vendeurs de hot-dog,
 des badauds affamés et des curieux frigorifiés, mais contents de participer à cette fête.
 En bref, une expérience sensitive comme j’en ai peu connu!
,
Je fus reçue par une charmante jeune femme avec une robe trapèze méga-courte
qui m’a très gentiment commenté mes attributions.
Je serai « mentor technique en animaux magiques »
pour the SCENE WITH THE HORSE.
Je me voyais déjà non pas en tête d’affiche
 mais au moins comparée à Mario voire à Bartabas.
J’ai eu tout de suite un coup de foudre pour ce canasson,
qui était d’une teinte entre ivoire et cygne, une ossature robuste et vaporeuse,
une robe moirée et bien brossée, une corne tressée sur son chanfrein….
Un pur bijou.
 
J’ai chuchoté à son intention :
 "Bonjour, Fiston ! Comment te surnommes tu ?"
Sans attendre de réponse, Miss Robe-trapèze me prévenait d’un ton froid :
« son nom est Canson du Papetier, un peu sourd, Canson n’en fait qu’à sa tête,
son comportement est digne d’un enquiquineur de première :
pour preuve trois cascadeurs avaient été mis par terre ….
d’où ma présence en tant que dresseuse.
Son museau était aussi doux que du papier de soie justement
et nous avons commencé une grande discussion (j’ai bien vu que Canson
avait un type asiatique, et je baragouine couramment japoney)
,
A un moment, un homme a crié dans un mégaphone
que c’était mon tour avec « ce fichu bourrin ».
Je me suis dit que c’était évident que The Horse se soit vexé.
 S’entendre nommer « Bourrin » çà vous siérait à vous ?
Pourtant Canson paraissait motivé et prêt à se courber en quatre
 pour tourner cette pub !
,


 
Je me suis approchée de Marco, cascadeur de son état, 
que j’avais vu faire des acrobaties, juste avant sur une fusée, 
et j’ai écouté attentivement ses consignes.
 
The Operator in chief disait : 
« On fait d’abord une maxi séquence et ensuite on zoome ! 
toi, oui toi, Miss « mentor technique en animaux magiques »  
tu dois juste faire courir The Bourrin au bon moment
 (pour ce faire j’avais hérité d’une botte de carottes à agiter sous son nez
 avec une sorte de canne à pêche géante (on ne voit rien sur ma photo-souvenir,
ce prodige fait en postprod quand même !!)
 
The Operator chief a poursuivi :
« A un moment on va mettre à fond, tous gaz dehors
et on devra donner une vision d’une course aérienne.
 Tu as tout compris ?
Excite Canson en même temps avec ta voix et avec ces carottes »
?
J’ai acquiescé et Canson du Papetier aussi
pour prouver qu’on était compagnons et partenaires.
Marco, the cascadeur, avait un air un peu démoniaque
avec son déguisement rouge et outremer en strass,
 mais je crois que c’est juste du fait de son habitude
 à chevaucher des fusées et non pas des chevaux…
 
D’un bond, Marco est monté sur Canson.
J’ai agité mes carottes comme une pom-pom women
 pour mettre Canson en route.
Cet équidé a été très coopératif jusqu’au moment
où Marco s’est déporté en arrière
(pas extraordinaire son assiette à ce monsieur)
 et c’est à ce moment que Canson a craqué :
 
ce poids du cascadeur a dû froisser une vertèbre
 à moins que ce ne soient un des feux de fusée
qui ont chambardé son imagination féconde.
Je ne vois que ça pour transformer un canasson si patient
 en furie déchaînée.
 
Canson a rué comme un Quater-Horse de rodéo
et Marco a fait un très charmant Take-off in the sky ;
notre pauvre cascadeur est tombé dans un bac d’orangers 
avec un grand craaaaaaaaaaac. 
Je me suis retrouvée aussi 4 fers on the air dans cette affaire.
?
J’ai entendu Marco reprendre ses esprits et grogner en recrachant ses dents :
« ouh, ouh, ouh donn…..moi un …..mède ! »  
Je me demandais bien ce que ce pauvre homme disait sans dents ?
un intermède ? Un Archimède ?
?
A peine je me suis redressée
et ai reconnecté mes neurones, que j’ai enfin compris.
Marco désirait un remède sur ses bosses !
j’ai essayé de rendre service en attendant nos bien aimés pompiers….
Et Canson me direz-vous ?
Je ne sais pas où ce phénomène est parti : j’ai vu sa dégaine une dernière fois,
trottinant sur nos toits de Paris comme un fantastique acrobate !
 
 
Pour voir the texte of the beginning it’s here.




JEU 31 : Minuit



Unis à Minuit
Enfants ouvrant les cadeaux
Magie de la fête

Une année neuve
Zakouskis et champagne
Bisous et bons vœux



vendredi 8 décembre 2017

JEU 31 : Au paradis le 25 décembre...




Foutue fin d'année...
Johnny et Jean d'Ormesson :
deux monuments français,
deux personnages qu'on n'imaginait pas 
pouvoir disparaître un jour...

Présents depuis des années et des années,
d'une constance si rassurante...
qu'on est tout étonnés
de se dire que c'est désormais sans eux
que nous poursuivrons notre route...

Energie rare, voix puissante et profonde...
chez Johnny...
Finesse des mots et sourire taquin 
chez Jean d'O...

Pas vraiment du même monde...c'est sûr, 
mais un point commun quand même :
un franc visage aux yeux d'azur...

Deux grands hommes qui furent aimés, 
moqués et encensés,
et qui s'en vont en même temps ou presque...
tout comme Cocteau et Piaf, 
au paradis des vedettes regrettées...

Johnny et Jean, Jean et Johnny,  
vous étiez vivants, joyeux, généreux...
vous étiez roc(k)s...vous étiez feu...

Maintenant que d'autres cieux s'ouvrent grand devant vous ...
j'imagine bien Dieu vous apostrophant gentiment :

"Jean, fais-nous un beau discours...
et toi, Johnny, un méga-méga-concert 

...ça fait un moment qu'ici, on vous attend...
des centaines d'âmes ont réservé des sièges
et moi-même je me réjouis ...
d'être au premier rang.

Vous deux ici, c'est épatant !
Ah que...ah que...
je suis content !"
;-)
.

La Licorne
.






mercredi 6 décembre 2017

JEU 31 : Soir de fête

 
 
 
Cher froid de décembre, apporte-moi ta brise
Givre nos sourires en ce soir de fête
Que résonne partout, en chœur et à ta guise,
Ce rire ardent qui fait chavirer nos têtes
Admire ce feu qui crépite et te nargue
Entourant nos cœurs, parés de gourmandises
Avant que sa braise ne fonde en une vague
Abandonnant comme écume un enfant attristé
De trouver au pied du sapin, verdoyant au matin
Abondance de paquets, pénurie de sentiments vrais.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


mardi 5 décembre 2017

JEU 31 : Au bonheur des Lipogrammes


Consigne du jeu ICI



Eh non ! Vous ne verrez donc pas votre dernier sapin couronné d’astres et embrasé de teintes vives qui apporte à grands et petits joie et ravissement. Vous n’ouvrirez pas vos derniers cadeaux, couvé du regard attendri de votre tribu, femme, fistons, tantes, cousins, issus de germains. Vous ne chanterez pas de beaux cantiques anciens en mangeant du foie gras et des pigeons farcis. En ce moment-même, vous devez être en train de nous regarder nous épandre en gémissements, en riant de votre petit air goguenard, fauché par une camarde qui n'a pas souhaité attendre jusqu'au 25…

Evidemment qu’on vous connaissait. Qu’on vous adorait. Ou qu'on vous détestait. Et certainement que ça va faire un vide énorme sur votre siège d’académicien fantastique. Un vide froid, qui sourd déjà dans nos cœurs en apprenant votre décès.
Même certains de ceux qui vous ont conspué à une époque, qui vous ont traîné dans une boue fétide, faite d’arguments méprisants et un rien sophistes, qui vous ont traité de facho ou de ringard, vont commencer à changer d’opinion, vous verrez, et vont vous reconnaître hypocritement des vertus, maintenant que vous vous êtes sauvé en catimini de ce monde. C’est toujours comme ça, quand une personne s’en va, on pare sa mémoire de roses et d’honneurs, on pose sur sa tombe un manteau funèbre cousu à grands coups d’encensoir. Brassens disait à peu près ceci dans une de ses chansons : « On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés, un mort est toujours un brave type. »
Qui sait ? On a dit que vous étiez une ordure, un prétentieux arrogant, un aristo condescendant, un opportuniste imbu de sa personne. Peut-être. Mais en avançant en âge, c’est devenu moins évident, vous vous êtes bonifié, comme un grand vin. Vous vous êtes remis en question, vous avez combattu vos fantômes du passé, comme tout citoyen épris d’humanisme digne de ce nom.

Je me suis toujours dit qu’un homme qui écrit « Au Bonheur des Dames », « Saveur du Temps » ou « Guide des Egarés » ne peut être tout à fait mauvais. Bonheur des dames, notamment, qui était un peu votre priorité…Vous disiez : « Je passe mon temps à aimer des femmes, sans attendre forcément d’être aimé en retour, et j’y trouve un bonheur fou »
C’est une chose étrange en définitive, que ce monde que vous n’avez eu de cesse d’essayer de comprendre, de décrire patiemment, d’aimer passionnément et d’interroger, d’observer avec vos séduisants yeux d’azur sans défaut, vos yeux d’ancien enfant mutin et facétieux. Ah …et votre sourire, affamé de vie et de tous ses petits et grands bonheurs…
Empruntant des vers à de fameux poètes, comme Aragon que vous admiriez tant, vous êtes parti, comme prévu, sans en avoir tout dit. Sans même savoir si Dieu existe. Maintenant, vous savez.

Vous écriviez pourtant sur toutes choses des pensées d’une grande profondeur, prenant appui  sur vos expériences en même temps sensitives et intérieures, des vérités qui devenaient comme des évidences, pourtant vous preniez bien garde de ne jamais paraître pontifiant, ni de vous croire supérieur à vos contradicteurs. Ceux-ci vous critiquant parfois, en n’ayant pas ouvert une moindre page de vos écrits…
Votre sens des échanges courtois fondés sur un étayage profond des pensées, n’avait rien de mondain, ou de vaniteux, même si d’aucun dénonçaient chez vous une certaine emphase, du cabotinage ou un ego surdimensionné. Je me souviens d’un débat avec Hubert Reeves. J’étais restée suspendue à mon écran comme un mérou dans un aquarium. Bouche bée devant vos mots d’esprit exquis, vos conceptions et vos joutes foudroyantes de perspicacité cosmique. 

Vous représentiez, en somme, tout ce que nous pouvons encore désigner par ces mots : « Bon goût, chic, grâce, raffinement, aisance, charme », mais aussi « esprit vif, discernement, virtuosité d’écriture », bref, une énumération qui pourrait se résumer en un mot, fâcheusement interdit ici par cette sauvage consigne d’écriture, mais que chacun a deviné.
Ainsi, si vous voyez Jean Ferrat, je suis sûre que vous tomberez d’accord pour taper une discute autour d’un verre, et vous dire que ce n’était pas si grave, n’est-ce pas, au fond ?

On vous surnomme, écrivains académiciens, « ceux qui ne meurent pas » Aucun doute que vous resterez vivant pour toujours dans nos mémoires, monsieur d’O.
Et toi, mon cœur, pourquoi bats-tu ? C’est aussi une question que je me pose chaque matin, peut-être un peu grâce à vous…





JEU 31 : Sans un autre...






Privée de toi fiston, comme je te nommais, 
un  immense froid, comme un géant affamé,  me dévore. 
Au pied du sapin, point de rêve fantastique comme autrefois…

Pierre, tu me manques à un point que je ne pouvais imaginer. 
Dans 24 jours nous ne fêterons pas, comme chaque année depuis 21 ans, 
cette fête si chère à nos coeurs… 
Que dis-je nos coeurs ? Ce n’est pas très raffiné, 
mais ce serait très juste de dire nos tripes.

Te souviens tu de cette immense émotion ressentie au premier regard 
où, décidant de divorcer, un événement quasi « extra terrestre » 
nous a attachés, scotchés… comme deux aimants… amants ?? 

Tu es parti, où, quand, comment ? 
Amnésie quand tu nous tiens.
Un mois déjà que je ne sais rien de toi. 
Evaporé… disparu… 
fondu dans cet immense foutoir qui habitait nos rêves… 
devenus cauchemars sans toi. 

Bref… peu importe… oui c’est vrai, tu me manques, 
cependant un autre occupe mon esprit, 
mais ni mon corps, ni mon coeur. 
« Dis quand reviendras tu ? »
Barbara, tu te souviens ???

Quand même préviens pour éviter tout drame… 
Tout d’un coup j’en ris….. 
va savoir pourquoi.
.
.




samedi 2 décembre 2017

Lettre d'adieu


Pour l'Agenda ironique de décembre
proposé par Narines des crayons

 


A Gaspard Appluit
9, Avenue de la petite averse
75014 Paris
27 décembre 2017


Cher Gaspard,

L'année se termine et il me semble important, avant d'en entamer une nouvelle, de vous faire part de quelques petites choses que j'ai sur le coeur...

Notre vie commune a commencé il y a juste six mois, vous souvenez-vous ? Je vous ai rencontré aux galeries Lapaillette, un jour de soldes. Vous avez aimé mon apparence,  ma robe de couleur vive et je ne sais pas pourquoi, mais j'ai tout de suite eu le "ticket" avec vous...je vous ai tapé dans l'œil, comme on dit...En un clin d'œil, vous avez perçu toutes mes qualités et tout ce que nous pourrions faire ensemble. Quelques minutes plus tard, je sortais des galeries à votre bras.

Les premières journées furent magiques...Je me plaisais en votre compagnie et j'étais sur un nuage.
Certains pourraient penser que notre rencontre s'était faite sous le signe de la précipitation, mais c'était justement ce qui m'avait plu. Sous la douce pluie d'été, vous me serriez très fort et vous étiez fier de me montrer à toutes vos connaissances. Nous parcourions les rues de Paris sans relâche, toujours unis ...vous me traitiez comme la prunelle de vos yeux.

A vos côtés, je m'ouvrais comme une fleur et tout à la joie de notre union,  je faisais tout mon possible pour vous être agréable, et même, disons-le, pour vous offrir ma tendre protection. J'aimais le contact de votre épaule accueillante. Je me sentais plus épanouie.

Et puis, doucement,  les mois passèrent... Petit à petit, l'habitude nous joua des tours. Votre attention s'étiola...je remarquai avec un brin de tristesse que vous me serriez moins fort, que vous me sortiez un peu moins... Nos relations devinrent routinières. Je restais souvent à la maison, où je ne savais que faire. Peu à peu, je me flétrissais, je perdais mes couleurs...
Au début de l'hiver, il y eut entre nous quelques orages, quelques bourrasques... qui me laissèrent toute retournée.
Un jour, vous m'avez regardé d'un drôle d'air...comme si je ne vous plaisais plus.  Je vous ai entendu prononcer des mots qui m'ont fait du mal... Vous avez dit "fripée" ...et puis, une autre fois, j'ai cru, même si je n'en suis pas certaine, vous entendre prononcer les mots "vieille baleine"... C'en était trop. Je me suis refermée définitivement. 

Vous insistiez, bien sûr, pour que je m'ouvre à nouveau. Mais je ne le voulais plus. La caresse de votre main ne me faisait plus aucun effet. J'étais fâchée, dégouttée...et je le suis encore.
Comme le disait souvent mon arrière-grand-père, appuyé sur sa canne : "Nom d'une pipe en bois, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes !".

Qu'une si belle histoire puisse ainsi tomber à l'eau est certes bien dommage. Mais il faut être réaliste, il ne sert à rien de s'y accrocher goutte que goutte. Aujourd'hui, je ne  souhaite qu'une chose : changer de vie, partir sous d'autres cieux...
Alors...s'il vous plaît...je vous en conjure :
Oubliez-moi...!
(dans un endroit fréquenté, de préférence).

Alizée Pépin


 - La Licorne -


La consigne était la suivante :
Laissez-vous aller, amusez-nous, amusez-vous et tentez de plonger dans le monde qui vous est proposé avec cette image. Inspiré par un chapeau melon et des bottes de cuir ? Votre texte, en prose, en vers, fable ou nouvelle devra comporter cette phrase : « Nom d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes! ».
Votre texte sera de-ci, de-là, parsemé de quelques mots complètement inventés, de déclinaisons alambiquées ou de situations invraisemblables. Et, cerise sur la maréchaussée, c’est que nous aimerions beaucoup, mais alors beaucoup, en plus de tout ça, qu’il soit présenté sous forme de lettre.




Une petite chanson de Thomas Fersen pour clore le tout...

et venez vite découvrir le "jeu de No"L" !



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