lundi 6 mars 2017

JEU 24 : TSF




C’est le printemps.
Dès potron-minet, l’air primesautier est tout chargé d’effluves et de piaillements émoustillants. Dans la TSF, Ella Fitzgerald envoûte de sa voix de velours mon cabinet de toilette. Je m’adonne comme à l’accoutumée à mes ablutions, contemplant avec béatitude dans le miroir ma callipyge et gouleyante personne, quand à brûle-pourpoint, le speaker interrompt brutalement, comme un gougnafier, mon programme classique. Au beau milieu d’une mesure à quatre temps.
Saperlipopette ! Quelle galéjade ce paltoquet va-t-il inventer pour justifier cette rodomontade ? Je subodore quelque fâcheuse péripétie, comme un assassinat, un attentat à Sarajevo ou, pis encore, une grève-surprise.
Je tends l’oreille subrepticement pour ouïr ce que ce pleutre chafouin va claironner, avec moult circonvolutions oratoires. Mais, ô déconvenue ! Ce ne sont que calembredaines habituelles, brigandages et coups de Jarnac, de la part des foutriquets hâbleurs ou pusillanimes qui se disputent le pouvoir.
En fait d’assassinat, l’un d’eux s’est fait pincer le bec par un canard, qui le fustige de manœuvres douteuses. Rien de mirifique dans l’escarcelle de ce diseur de mauvaises aventures, rien qui justifie l’interruption du programme par un malappris.
Je tourne le bouton de la TSF pour lui fermer le clapet.
Et je vais, drapée dans ma nudité outragée, lancer le 33 tours d'Ella Fitzgerald sur la platine du tourne-disque. Un oiseau se pose sur le bout de mon doigt et le jazz m’envahit à nouveau.
C’est le printemps.
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4 commentaires:

  1. Dès qu'il y a un logorallye, Célestine embraye, pied au plancher. Normal, le feeling pour ce genre d'exercice "où c'est qu'elle excelle", Ella, Ella !

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    1. Merci mon oncle, ça fait plaisir !
      Gros bisous étoilés
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  2. Ah ! L'époque des speakers et de la TSF...
    Les têtes ont changé, le matériel aussi, mais c'est dingue : on nous raconte toujours les mêmes histoires...
    Restent la musique, éternelle, le gazouillis des oiseaux et le printemps, dont, heureusement, on ne se lassera jamais...
    Merci, Célestine, pour ce moment de nostalgie...

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  3. ah la platine et les 33 tours, quelle époque épique :-)

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