vendredi 16 avril 2021

Paul et Pauline

Edward Hopper, chop suey


 

20 février 2020 - Au restaurant 


- Alors, ça y est...c'est sûr, vous vous séparez, Paul et toi ?

- Oui, c'est décidé...on ne peut pas rester indéfiniment comme ça, au milieu du gué...il y a un moment où il faut prendre une décision. Oh, on ne divorce pas, tu sais...Pas encore...Mais on va vivre chacun de notre côté...j'ai trouvé un petit appartement.

- C'est drôle, je vous voyais vivre ensemble jusqu'à la fin de vos jours...moi. Je n'ai jamais pensé que tu faisais partie des femmes "mal accompagnées". Vous aviez l'air de filer le parfait amour et puis Paul est si charmant, il a toujours le sourire, toujours une blague à raconter...

- Oui, c'est vrai, il est charmant...à l'extérieur. Mais avec moi, c'est différent. C'est comme si une distance s'était installée peu à peu entre nous. On ne discutait plus...on ne se disait plus rien d'intéressant. La routine, le quotidien...et c'est tout. Et puis je ne supportais plus son air de "cause toujours, tu m'intéresses..." qu'il prenait quand j'essayais de lui confier quelque chose qui me tenait à coeur. Il écoutait poliment, mais je sentais qu'il n'avait qu'une envie : que j'aie fini et qu'il puisse retourner à son match de foot et à ses copains.

-  Bon, vous n'avez pas d'enfant, c'est une chance...C'est toujours douloureux les problèmes de garde, dans ces cas-là...Qu'allez-vous faire d'Ornythorynque ?

- Oh...C'est un chat très indépendant, tu sais...On ne va pas le partager en deux...il n'aimerait pas ! Il va rester avec Paul, je pense...il a ses habitudes ici, il est attaché à la maison, encore plus qu'à moi. Et il a une petite "amie" qui habite la maison près de la rivière... tu sais, la grande maison avec une barrière bleue... C'est une belle chatte blanche, racée. Je les ai surpris en train de batifoler, l'autre jour, entre deux grosses canalisations. On les entendait jusqu'à l'autre bout du quartier...Ils sont en pleine "lune de miel"...eux.

- Et ton travail ?

- Je vais le garder, jusqu'à nouvel ordre. Je préférerais rester de ce côté-ci de la frontière, mais si je me retrouve seule, je dois avoir un salaire correct et ce boulot de comptable dans l'état voisin est vraiment bien payé. 

- Et Paul ?

- Paul, il restera agent de maîtrise dans notre ville. Il se plaît dans ce travail...Enfin, c'est ce qu'il dit. Il a toujours cloisonné travail et vie conjugale, tu sais...Je ne connais aucun de ses collègues...C'est incroyable, d'ailleurs, quand j'y pense...au bout de huit ans de vie commune !

- Et moi ???  

- Mais, toi,  je continue à te voir comme avant , voyons...Je n'ai pas l'intention de rompre les liens avec les amis. Tu es mon "ancre" dans cette vie, Pauline. Depuis quand se connaît-on ? Depuis vingt ans, non ? J'ai toujours tout partagé avec toi...les joies, les projets, les tracas...Comment peux-tu penser que je vais t'abandonner ?

- Je ne sais pas...Les gens sont si imprévisibles, en ce moment. On croit les connaître, et puis, d'un jour à l'autre...tout change. Tu as choisi ton plat ? Qu'est-ce que tu prends finalement ?

-  Un chop suey ...comme d'habitude...:-)

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La Licorne

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Défi "Les plumes" : 

Les mots à insérer étaient  ACCOMPAGNER, DIVORCER, CLOISONNER, MAÎTRISE, MILIEU, ENFANT, OUBLI, RIVIERE, CANALISATION, BARRIERE, DISTANCE, LIENS, ROMPRE, SOURIRE, PARTAGER, ORNITHORYNQUE, FRONTIERE, FILER, FEMME...

Il s’agissait donc d’écrire un texte incluant ces 19 mots  et on pouvait en laisser un de côté.  

J'ai laissé de côté le mot "oubli"...(parce qu'il était du genre à se laisser "oublier"... ;-)


Agenda ironique d'avril : 

Sur le thème de la "conversation", il fallait s'inspirer d'un des tableaux proposés et placer la phrase :  "Cause toujours, tu m"intéresses".

 

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Une journée réussie



 

    Une journée réussie, c'est une alchimie particulière, une histoire de symbiose entre vous et l'environnement...un mélange inexplicable d'éléments divers...d'ombre et de lumière.

    Une journée réussie , c'est la couleur particulière du ciel le matin à l'aube, l'extase d'un soleil doux sur la peau ou c'est le rythme de la pluie sur le pare-brise...en phase avec votre mélancolie.

    Une journée réussie, c'est parfois une journée qui "coule" sans anicroche, une complicité d'esprit avec vos proches et une joie en sourdine, comme un bonheur gratuit.

    Et c'est parfois  une journée qui vous surprend ou qui vous bouscule, mais avec l'impression que c'est le bon moment pour être surpris ou bousculé...

    Une journée réussie, finalement, ce n'est pas forcément le temps qu'il fait, ni ce qu'on vous fait...mais le fait d'être au diapason de la nature et de son coeur...

    Une journée réussie, c'est l'accord parfait entre l'intérieur et l'extérieur. 


La Licorne





Sur le thème :  " Symbiose ", 
il fallait placer les 10 mots suivants :


Inexplicable, Rythme, Pluie, Couleur, Esprit, 
Phase, Couler, Extase, Alchimie, Histoire...




 

jeudi 15 avril 2021

JEU 63 : "La grossophobie et autres harcèlements"

 

Consigne ICI 

 


 

 
Cannelle se souvient de la lecture de "Poil de carotte" à l'enfance, période heureuse à côté de laquelle, la vie du héros de Jules Renard lui avait paru encore plus terrible. Sa vie se partageait simplement entre l'école et le reste; le reste étant deux paysages: celui de sa maison de ville où elle adorait faire ses devoirs, regarder la télé et lire et leur maison de campagne où elle n'aimait pas aller et où elle enlevait les pétales des pâquerettes: je t'aime un peu, beaucoup...

Le vernis du bonheur s'est un peu écaillé lorsqu'elle fut appelée dans le bureau du directeur de l'école avec sa mère et sa meilleure amie qui avait écrit une lettre qu'elle avait caché sous son oreiller que sa mère avait trouvé; elle était choqué et nous fûmes punis et séparée. Elle n'a jamais compris et lorsqu'elle a pu éclaircir cette histoire, elle ne l'a pas fait parce qu'elle n'en avait plus besoin.

Il se passa d'une manière ou d'une autre, il se passa la même chose avec toutes ses futures meilleures amies. Alors que la première était trop vieille, l'autre était sale et la dernière moche.

Son enfance se limitait donc la plupart du temps entre maman, papa et grand-mère. Elle demandait souvent à la première: "Dis tu m'aimes, maman, tu m'aimes dis, maman.? "comme elle enlevait encore les pétales des pâquerettes. Elle passait beaucoup de temps avec sa grand-mère qui vivait dans la même maison qu'elle.

Elle resta longtemps une enfant physiquement grande mais sans beaucoup de formes et mit du temps à pousser, même si un événement l'avait grandi moralement brusquement. Quand elle eut (enfin) de la poitrine, ses parents se mirent alors à la traiter de grosse alors qu'elle mettait les vêtements de sa mère qui était mince depuis sa naissance et que son père portait bien le costume mais était assez fort. Elle qui avait toujours été timide, devint encore plus ombrageuse et c'est cette attitude qu'il lui valut de passer devant un tribunal de filles harceleuses.

Un jour, elle se révolta contre tout ça.

Quelques vingt ans, plus tard, à la suite d'un hiver déprimant et maladif, elle prit beaucoup de poids, devint la grosse que sa mère voyait déjà depuis longtemps puis obèse sans avoir autant de poids que certaines vedettes revendiquent. Mais elle eut à subir la grossophobie alors que son mari l'aimait comme elle était. Ce fut son médecin traitant qu'il lui disait qu'elle grignotait alors que ce n'était pas ça le problème. Un kiné qui employa le mot "viande" pour son corps. Et les regards qui s'arrêtaient sur la grosse mémère  ou glissaient sur elle.

Depuis, elle a perdu quarante kilos (et son mari) et sa mère en doute encore.

.

Laura

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mercredi 14 avril 2021

"Ce jour-là"

 

Dernièrement,

 Joe Krapov nous a demandé 

de "jouer aux osselets"

avec ces mots-là 

(extraits d'une chanson) :


20 - À - à - à - à - à - abrogées - Ah - Ah - Ah - Ah - amis - amis - amis - amour- Antoine - Apollinaire - Apporte - arbres - Arc-en-ciel - atmosphère - au - au - aussi - aux - aux - avait - avait - avait - avait - avait - avait - avait - avait - avait - avait - avec - Avec - barrières - beau - beau - beau - beau - beau - beau - beaux - beaux - bon - bougies - brune - ça - ça - ça - campagne - caniveaux - carreaux - casse - ce - ce - ce - ce - ce - cela - Ces - c'est - c'est - c'est - c'est - c'est - c'est - c'est - c'est - c'est - C'est - c'est - chambre - Charles - charme - châteaux - chaud - chaud - ciel - cinéma - comprendre - coteaux - coteaux - côtelettes - Cros - croûte - d'agneau - dans - dans - dans - dans - d'assaut - de - de - De - de - de - de - de - déjà - des - Des - des - des - des - des - des - Des - des - des - des - des - Des - Des - des - des - Des - d'extase - Dieu - D'importants - douane - doute, - du - du - du - dure - en - encore - est - est - Et - Et - et - Et - Et - Et - et - et - Et - être - faite - fini - fit - fou - fraises - Fut - gendarmes - gentille - gouttes - gravés - gros - haut - héros - Il - Il - Il - Il - Il - Il - Il - Il - Il - Il - instants - J'ai - jamais - jamais - jamais - J'aperçois - j'avais - Je - je - je - je - Je - J'étais - joie - jour-là - jour-là - jour-là - la - la - la - la - la - la - la - la - là-bas - l'aise - l'ami - l'amour - l'amour - l'auto - l'auto - le - le - le - les - les - les - logis - l'on - l'on - Louis - lune - lune - ma - ma - ma - ma - ma - mâche - Mais - Mais - Mais - marbres - me - même - merci - moi - moi - moi - Moi - montagne - mots - ne - ne - ne - novembre - nuit - oiseaux - oiseaux - orages - Où - Où - oublier - oublier - oui-da - Par-dessus - Par-dessus - Par-dessus - parfois - Parfois - pas - passait - petite - peut-être - phrase - phrases - pleuraient - pluie - pluie -  poésie - pompe - pompe - pompes - pot - poule - pourrai - pourrais - Poursuivant - prenait - pressé - projette - Quand - Quand - que - Que - que - que - qui - Qui - qui - qui - qui - qui - Qui - qui - qui - qu'un - rêve - rigolos - Rimbaud - route - route - route - s'achèvent - saint - service - soir - sont - Sortant - soudain - suis - Sur - Sur - Sur - taureaux - tête - Thérèse - Thérèse - t'invite - toit - toit - tombeaux - ton - tout - Tout - train - travers - trop - un - Un - un - Une - une - une - Une - une - une - Une - Une - Une - vache - vaches - vas-tu - veaux - vécus - venez - venir - vie - vient - vieux - vieux - vin - vin - voiture - voiture - vrai - XIII - y - y - y - y - y - y - y - y - y - y -

 

Seules les deux premières phrases 

devaient être construites avec les mots donnés...

mais comme j'aime bien les contraintes "fortes", 

j'ai un peu compliqué l'affaire

et j'ai écrit un texte en utilisant exclusivement 

(ou presque)

 les mots  de la chanson...

Voilà ce que ça donne... 

 .



 

Ce jour-là

Il y avait des orages

Les gouttes pleuraient sur les carreaux...

Une atmosphère de tombeaux...

Je me casse avec l'auto...

 

Oublier ma vie, 

Tout ce cinéma, 

Qui me pompe...

Qui me pompe...


Sur la route, il y avait des arbres :

ah...c'est haut...!

Par-dessus, il y avait des oiseaux :

que c'est beau !

Dans la campagne,

Des vaches poursuivant des taureaux :

...ça, c'est chaud !

Un arc-en-ciel par-dessus le toit : 

La joie...

 


 

Le soir, le charme de la lune...

Une nuit d'extase...

La montagne, les coteaux...

Dans ma chambre d'hôtel, 

J'aperçois

Une petite phrase 

De Rimbaud

C'est beau, c'est beau...

 


   

Antoine qui t'invite...

A son logis. 

Merci !

Le château, les bougies...

L'ami Louis et son vieux vin

La poule au pot...

Les rires et les amis rigolos

Instants vécus

Comme un cadeau. 

 

 

Ce jour-là, il y avait tout...

Le doute et le rêve

Ce jour-là, il y avait tout

C'est fou !

.

 

La Licorne

 

 


.

Mots "ajoutés" : 

"hôtel", "rires", "comme", "cadeau"...

et quelques articles...ou petits mots...

.

Toute ressemblance avec la chanson de départ 

serait fortuite...

car je ne la connais pas !

.

Et ne me dites pas que je n'ai pas respecté 

les contraintes sanitaires 

(10km, repas entre amis...etc) :

en  imagination, 

c'est ça qui est bien, 

tout est permis !

.

:-)

.


 

mardi 13 avril 2021

JEU 63 : "Poil de Carotte et le bouquet magique"

  

 Consigne ICI 

 

 Photo Benoît Courti

 

 

  • Le joli bouquet, Mathilde, dit maman. Merci ma chérie.
  • Mais c’est pour le mariage.
  • Le mariage ? Quel mariage ?
  • Le mariage avec Poil de Carotte.
  • Poil de Carotte ! Ce bon à rien. Je t’interdis, tu m’entends, je t’interdis!
  • Oui, maman, boude Mathilde.

Une pour que Félix nous laisse tranquilles.

Deux pour que Ernestine arrête de rapporter à sa mère ce que Poil de Carotte et moi, on fait ensemble.

Trois, pour que sa mère ne le batte plus. Ah, non, il faut dire « ne le corrige » plus.

Quatre, pour qu’il me dise son secret, là où est enfermé son trésor.

Cinq, quand je saurais, je sais pas si j’aurais encore envie de me marier avec lui.

Six, et si c’était pas vrai, le trésor ? Maman dit tout le temps que c’est un menteur.

Sept, et si c’était vrai,  le trésor, et qu’il l’aurait volé. Maman dit que c’est un voleur.

Huit, bon il me reste plus de pâquerettes. Faut plus que je pense à lui. Il m’attire que des ennuis.

  • Bonjour Mathilde.
  • Va-t-en, je veux plus te voir. Ma mère m’a battue, heu…corrigée, quand elle a su ce qu’on faisait ensemble.
  • Tu veux plus que je te dise le mot de passe pour mon trésor?

Mathilde lui tend le bouquet: « Dis vite, alors! »

  • C’est Lustucru.

 

Jacou

 

 

 

lundi 12 avril 2021

Devoir 76 : A l'île Saint-Louis...et ailleurs...

 

76ème devoir du lundi

Consigne ICI 

 


Je ne connais pas l'île Saint-Louis...

Oh, j'ai bien dû y passer une fois ou deux...après une visite à Notre-Dame...Mais je n'en ai pas vraiment de souvenirs...

Non, je ne connais pas cette île sur la Seine, ce village en plein Paris , ce petit coin de paradis... 

Je ne connais pas ce quartier paisible dans lequel vivait ce cher Georges. Pas le "grand" Georges du 14ème...non...l'autre, vous savez, celui qui portait barbiche blanche et qui, d'une voix douce, parlait de Liberté...

Je ne connais pas les Ludoviciens, qui, paraît-il, comptaient parmi les plus sympathiques et les plus conviviaux des parisiens...avant d'être envahis par les riches acheteurs étrangers.

Je ne connais pas non plus l'hôtel dans lequel passa l'auteur des Fleurs du Mal...mais je le connais, lui,  et c'est déjà pas mal...

Non, je ne connais pas bien Paris...parce que moi, ma vie, elle se passe très loin de la capitale, au milieu des forêts, des montagnes et des chamois... là où les hivers ne sont pas des "cartes postales"... là où Monsieur Haussmann n'a jamais mis les pieds... là où, pour passer de la rive droite à la rive gauche, on saute un ruisselet...

Je ne connais pas ces petites ou grandes rues... et subséquemment, je ne peux pas vous raconter ce qui, là-bas, m'a émue...ou touchée.

Mais je peux vous dire ce qui me touche, chaque jour que Dieu fait ...

Ce qui me touche et qui me "remue l'âme"...C'est un rayon de soleil qui joue sur le mur de ma cuisine ; c'est une fleurette qui pousse au pied du mur, là où je ne l'avais pas plantée ; c'est un petit oiseau inconnu qui se pose sur le rebord de ma fenêtre...ou un arbre printanier qui jette ses branches dans le bleu du ciel...

Que des choses gratuites, des choses "pas commerciales"...comme dirait Alain.

Et ça, je crois que nous sommes nombreux et nombreuses à nous en émouvoir... à l'île Saint Louis...ou ailleurs.

Parce que la vie, finalement, elle est partout. Et partout, elle est faite de choses simples. De choses naturelles...et éternelles.

Comme nous.


La Licorne

 

 


 
 
Hors-sujet , mais "Baudelairien", 
un petit poème qui m'est venu ce matin :
 
 

"L'Alb' atroce"

Souvent pour s'amuser, les enfants de la classe 
Prenaient le plus chétif, qui se nommait Albert
Et avec l'assistance d'une poignée de comparses 
Le couvraient, insolents, d'acides commentaires
 
A peine venait-il de quitter son dimanche
Que ces rois de l'école, arrogants et matheux
Entreprenaient, sournois, des attaques peu franches
Visant à le blesser, à le rendre miteux 

Du gars aux cheveux longs, ils n'aiment pas la gueule
Un poète de treize ans, oh... c'est comique, pas vrai ?
L'un l'agace avec art et lui déchire ses feuilles
L'autre lui vole, en riant, ses vers et ses cahiers

Tout poète est semblable à un prince des nuées
Tombé sur le sol fade de la médiocrité...
Exilé sur la Terre, au milieu des huées
Il doit se battre sans fin...juste pour exister...
 
.
 
La Licorne
 
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Portrait de Baudelaire (1821-1867)  par Courbet





samedi 10 avril 2021

JEU 63 : "Eloïse"

 

 Consigne ICI 

 


  Photo Benoît Courti
 


Eloïse



Dissimulée dans l’ombre de l’entrée, elle attendait sans un bruit. Le silence ne l’effrayait pas, au contraire, elle l’appréciait particulièrement. Loin du tumulte qui régnait habituellement à la maison. Loin de ses deux frères qui chahutaient bruyamment, de sa mère qui haussait le ton pour tenter de les calmer tout en s’occupant de la petite dernière, Cécile, née à la sortie de l’hiver. Loin des corvées qu’elle accomplissait chaque jour… Son père travaillait au fond des mines, elle le voyait peu. C’était un homme fort et doux qui aimait sa famille, elle l’aimait beaucoup et aujourd’hui était un jour spécial.
Aujourd’hui c’était son anniversaire. 
Elle voulait être la première à le lui souhaiter.
 
Alors elle s’était levée avant même le chant du coq, avant l’aube.
Discrètement, elle s’était glissée hors de la maison. Elle savait se déplacer de son lit de paille jusqu’à la lourde porte en bois, synonyme de liberté, sans éveiller le moindre soupçon…seul le vieux chat de la maison venait se frotter à ses jambes frêles.
Poil de Carotte avait un pelage tout roux, sauf une petite tache blanche autour de son œil droit. Il la suivait partout, comme un ange gardien. Peut-être parce que comme elle, il aimait s’échapper dans les champs ou les bois alentours, avide de grand air. Sans peur, elle avait rejoint l’orée du bois pour y cueillir quelques pâquerettes à la lumière de la petite lanterne qui trônait habituellement près du poêle. Elle connaissait par cœur le moindre recoin de cette campagne qui entourait la petite ville où vivaient tous les mineurs qui travaillaient pour M. Alfred.

Souvent, elle profitait de la quiétude avant l’aurore pour vagabonder dans les champs ou les bois sans que personne ne le sache…sauf son père qui comprenait son besoin de se sentir libre et son envie de s’enfuir dans la nature. Sa mère, si elle avait su, l’aurait grondée tant les bois et la nuit l’effrayaient. Oh, elle avait bon cœur malgré sa voix forte et son caractère colérique, mais jamais elle ne supporterait qu’il n’arrive le moindre malheur à l’un de ses petiots.

Dissimulée dans l’ombre de l’entrée, alors que le soleil commençait à pointer son nez à l’horizon, Poil de Carotte allongé à ses pieds, elle attendait patiemment que son père arrive. Il n’allait pas tarder. Son tour de nuit s’achevait dès que le premier rayon de soleil touchait le toit de la première maisonnette du quartier. Elle avait l’œil, la petite ! Depuis un mois, son père avait dû remplacer l’oncle Gaston : la jambe de ce dernier avait été prise sous un bloc de roche lors d’un éboulement à l’intérieur d’un boyau étroit. Il avait fallu trois bonnes heures pour réussir à le sortir de la mine. Du coup, le père d’Eloïse, c’était son nom à la petiote, travaillait double pour que la famille de son frère ne soit pas sans ressources. Son frère le lui revaudrait si un accident venait à lui arriver à lui aussi…Ils avaient toujours été soudés, les deux jumeaux Berbot.

Ereinté par des heures de travail à respirer la noirceur de la mine, il rentrait au lever du soleil, et repartait en début d’après-midi. Heureusement qu’il était de consistance solide tant physiquement que moralement. 
Eloïse voulait lui offrir un peu de réconfort avant qu’il ne s’allonge pour quelques heures de sommeil bien méritées.

Dissimulée dans l’ombre de l’entrée, elle entendit ses pas et ceux des autres mineurs qui résonnaient contre les murs gris de la rue. Un rayon de soleil vint se poser sur ses mains et les délicates pâquerettes. Elle leva les yeux. Il était là, devant elle avec son sourire, celui qu’elle aimait tant. Sans mot dire, elle lui tendit son bouquet timidement, les yeux brillants de tendresse. Son père la prit alors dans ses bras et l’embrassa sur sa joue toute fraîche. Puis ils rentrèrent, heureux de cet instant éphémère si intense dans leurs cœurs. 
La maisonnée s’éveillait, les petits frères d’Eloïse se chamaillaient déjà pour avoir le privilège de sauter dans les bras de leur père en premier, on entendait les pleurs de Cécile qui réclamait le sein. Le tumulte habituel reprenait petit à petit ses droits…La mère de famille avait préparé un délicieux gâteau au miel pour l’occasion, c’était le préféré de l’homme qu’elle chérissait. Tous s’attablèrent, les rires firent vite place aux cris. Puis le père d’Eloïse rejoignit la chambre et s’endormit, épuisé. La petite reprit ses corvées, la mère tentaient de calmer les jumeaux pour qu’ils ne réveillent pas leur père tout en préparant le linge à mener à la fontaine pour ce jour de lessive.

Eloïse rêvait déjà de sa prochaine escapade dans les champs…







jeudi 8 avril 2021

La rencontre


Pour L'Agenda ironique d'Avril

chez "Des arts et des mots"


 

- Bonjour Monsieur Courbet !

- Bonjour Monsieur Bruyas ! 

Quelle joie de vous rencontrer 

dans ce paysage-là !

- Vous êtes venu de Paris à pied ?

- Pensez-vous ! Je suis venu en diligence...

en diligence...et avec diligence...:-)

- Mais pourquoi ce bâton ?

- Eh bien, pour l'allure, voyons !

La barbiche fière et le bâton long, 

Voilà ce qui signe une ambition...

Pour le reste, je n'ai guère de ressources ni d'argent...

Je ne suis, malheureusement, 

qu'un petit bourgeois d'Ornans...

- Je pense être l'homme qu'il vous faut, sur ce plan...

Je voulais vous proposer mon aide, justement...

Votre art me plaît et je souhaite l'encourager...

Si vous l'acceptez, nous pourrions, moi et mes proches de Montpellier, 

Assez régulièrement et assez largement, vous payer !

- Je vous en saurais gré...

J'ai en ce moment, de grands projets...

Et je crois que l'on retiendra bientôt le nom de Courbet...

Ne pensez pas, cependant, que mon nom me décrive...

On me pense courbé, ou amateur de courbettes...Or, non !

Rien n'est plus faux : à tout abaissement ma conscience est rétive

Je suis, la plupart du temps, aussi têtu qu'insolent...

Car je connais mon talent.

A celui qui  cherche à me prendre dans ses filets

Par de vains mots ou de fausses promesses

Je réponds : "Cause toujours, tu m'intéresses "!

Et je m'éloigne sans délai...

Alors, sachant cela, 

Monsieur Bruyas, 

Faites-vous encore le choix

De me choisir, moi ?

- Plus que jamais, mon cher ami !

Car vous êtes de la trempe des génies...

- Génial ? Je ne sais pas... Je suis réaliste, surtout...

Et je veux peindre, peindre avant tout....

De l'aube jusqu'au soir...

Je veux me consacrer à l'art !

Je me sens capable de peindre aussi bien

La mer en furie que les yeux de Zélie,

Les chênes centenaires que les notables austères,

Capable de peindre aussi bien les chasseurs que les chiens...

Je peindrai l'amour, la rage et la détresse profonde...

Je remonterai même, s'il le faut,  à l'origine du monde...

 Je veux "faire de l'art vivant, 

tel est mon but" (*), et mon tourment...

- Eh bien, voilà une quête qui vous honore...

Et qui mérite bien quelques pièces d'or...

Valet, veuillez décharger Monsieur Courbet

De ses affaires et de son chevalet...

Afin que nous puissions 

Finir cette conversation

A la maison.

Et après le dîner, 

Je lui demanderai...

S'il lui plaît...

De nous tirer le portrait !

.

La Licorne

.

 

 (*) Citation de Gustave Courbet 

lui-même... 


.

 

Consigne : 

Tout en s'inspirant d'un ou plusieurs tableaux

évoquant le thème de la "conversation",

il fallait placer l'expression

 « cause toujours, tu m’intéresses »

quelques jeux de mots...et puis une citation...

.

 


"Le désespéré, autoportrait"


 

Et... juste pour le plaisir, 

une autre citation de Gustave Courbet

qui "courbé", ne l'était certes point..;-).

 

"Quand je serai mort, il faudra qu'on dise de moi: 

celui-là n'a jamais appartenu à aucune école, à aucun état, 

à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, 

surtout à aucun régime, si ce n'est le régime de la liberté."

.

 

"Paysage près d'Ornans"
 
.
 

 

mercredi 7 avril 2021

JEU 63 : "Coeur tendre ?"

 

 Consigne ICI 

 

 Photo Benoît Courti

 


"Coeur tendre ?"

 

- Qu'est-ce que tu rapportes là ? demande grand frère Félix.

- Des pâquerettes...

- Des pâquerettes, voyez-vous ça... dit Ernestine. Pourtant, ce n'est pas la fête de maman...tu fais erreur, mon cher... on est en avril. Et ce n'est pas mon anniversaire, non plus. Sans doute est-ce pour Félix, alors ?

- Non... dit Poil de Carotte, embarrassé.

- Tant mieux, je n'en aurais pas voulu, dit Félix.

- Mais montre-moi ça de plus près... elles sont déjà à moitié fanées, tes fleurs ! dit Ernestine.

- C'est bien de lui de rapporter des fleurs fanées...et avec les ongles noirs, en plus...ricane Félix.

- Ce que tu peux être crasseux, dit sa soeur, en lui arrachant les fleurs des mains...va vite te laver avant que maman ne rentre...

A ce moment-là, Mme Lepic entre dans la cuisine. 

- Où es-tu encore allé, Poil de Carotte? J'ai vu tes chaussures dans l'entrée : elles sont  toutes crottées !

- J'étais...euh...dans le petit jardin, derrière la remise.

- Ah !? Et pourquoi donc ?

Son frère et sa soeur le regardent...Il relève le menton.

- Oh, je suis allé relever les pièges et j'ai achevé deux ou trois mulots...pour faire de l'avance. C'est toujours ça que M. Lepic n'aura pas à faire ce soir.

- C'est bien, mon garçon...je te félicite... Mais va nettoyer tes godillots, s'il te plaît...

Poil de Carotte s'exécute...sans barguigner, et sort.

- Mon dieu...ce garçon n'est pas un "tendre", soupire Mme Lepic...je le crois mûr pour accompagner son père à la chasse... Ernestine, mon coeur, peux-tu m'apporter un vase et de l'eau ? Et aller cueillir quelques fleurs ? J'ai invité la voisine à prendre une collation...ce serait bien d'égayer un peu la maison... :-)

 

La Licorne

 



mardi 6 avril 2021

Anges malicieux


 Défi "La plume d'Evy" 

 

 

 


Quand d'un tableau empreint de majesté,

S'envole un ange aux formes potelées

Un cupidon malicieux qui jaillit

Comme un boulet, de l'Histoire jaunie,

L'arc à la main et la frimousse réjouie

De celui qui s'apprête à mettre de la vie

Dans un endroit bondé, dans un monde figé...

 Que se passe-t-il, à votre avis ?

Des gens qui crient ?  Des gens surpris ?

La panique dans l'aéroport ? 

Non... un silence de mort...

Quand il survole la foule et qu'il ouvre la porte

A sa comparse ailée, qu'il a, peu  délicat,

Transpercée d'une flèche un peu forte...

Et quand il la poursuit ...de ci-de là, 

Qu'il l'accompagne un peu partout, 

Lui offrant des coeurs comme on offre des bijoux,

Avant de lui donner le plus beau des bisous...

Que voit-on à Bruxelles ?

Des gens  qui s'émerveillent ?

Des yeux qui étincellent ?

Des bravos en ribambelle ?

Eh non...rien de tout ça...

Beaucoup de gens blasés...

Voyageurs  raplaplas

La mine triste, les yeux baissés...

Mon pauvre petit Cupidon

Elle est belle, ton animation

Mignonne et parfois même sublime,

Et elle ne coûte pas un centime...

Mais voilà, cette génération, 

Ce n'est pas pour toi qu'elle en pince

Elle est bien loin l'époque de Rubens...

L'époque des nymphes qui dansaient en rond

Au milieu des temples et des arbres féconds...

Aujourd'hui, on n'aime plus les rondeurs...

Aujourd'hui, Eros n'est plus à l'honneur... 

Et si t'es pas sur Facebook

Sur Meetic ou sur Twitter,

T'existes plus...t'es un plouc

Et tu ne touches plus aucun coeur ! ;-)

.


La Licorne

.




 

Un grand merci, au passage, 

à Jacques qui m'a signalé cette vidéo !


Défi :

Il fallait placer ces dix mots :


Porte, Bijoux, Sublime, Survoler, Délicat, Envoler, 

Jaillir, Accompagner, Poursuivre, Histoire...

 

sur le thème 

"Empreint de majesté"

....

 

 


lundi 5 avril 2021

Devoir 75 : Les élucubrations ...de Sylvie


75 ème devoir du lundi


 


Oh, yeah !
Ma mère m'a dit, ma fille, faut rallonger ta jupe
Je lui ai dit, ma mère, ma vie je m'en occupe...
Je ne montre pas mes jambes pour me faire remarquer
Ni pour te faire rager, mais parce que ça me plaît...

Oh yeah !
L'autre jour j'écoutais la radio au réveil
C'était le jeune Cloclo qui chantait "Belles, belles, belles"
Ecoute mon Cloclo, on dirait que tu bêles
Moi je préfère de loin "Michelle, ma belle"

O yeah !
Mon meilleur ami, il joue de la guitare
Et il m'emmène souvent danser très tard le soir
L'autre jour,  il m'a dit "Si tu veux, Sylvie,
On se donne rendez-vous au Jardin des Tuileries..."

Oh yeah !
J'y suis allée avec trois copines
Isabelle, Véronique et puis Martine
Il faisait grand soleil, c'était le printemps
On était tellement bien, on riait tout le temps
 
Oh yeah !
Sur le bord du bassin, on s'est mises à ôter
Nos petites socquettes blanches et on a barboté...
Martine, qui est la plus téméraire,
A même plongé la tête la première...

Oh yeah !
Il était presque trois heures quand il est arrivé
En pull et en blouson et puis accompagné...
De trois autres jeunes hommes assez "lookés"
Qui avaient l'air sympas, décontractés
 
Oh yeah !
Alors, à toute vitesse, on s'est rhabillées
Et au bistrot du coin, on a pris un café
Le plus grand des gaillards me dévisageait
Et dans ses yeux j'ai vu que je lui plaisais...

Oh yeah !
Une heure plus tard, sur la place de la Concorde
Il y avait quatre couples qui s'accordent...
Et dans le soir qui tombe sur les Champs-Elysées,
Quatre couples qui ne pensent qu'à s'embrasser
 
Oh yeah !
Ma mère m'a dit : t'es trop jeune pour aimer...
Je lui ai dit, ma mère, on n'a qu'une vie, tu sais...
Elle m'a dit : tu n'as que seize ans, mon bébé...
Et à mon père, elle est allée tout raconter...

Oh yeah !
Quand il l'a su, il est devenu tout blanc
Et d'une voix ferme, m'a dit "Sylvie, va-t-en !"
Horreur ! Malheur ! J'ai "jauni à l'idée"
De me retrouver seule, abandonnée...

Oh yeah !
Tout ça, c'était il y a bien longtemps
C'était il y a plus de cinquante ans !
Aujourd'hui, sous nos cheveux blancs,
On ne se rappelle que les bons moments...
 
Oh yeah !
Car, au final, les années soixante
Quand on y pense, elles étaient charmantes
D'accord, on avait peur de nos parents
Mais à l'époque, y'avait pas de confinement !

Oh yeah !
Le Sida, le Covid et tutti quanti
Comment vivre sa jeunesse dans cette folie ?
Les temps sont durs pour qui veut aimer...
Au beau milieu des masques et des PV
 
Oh yeah,
Hier, j'ai reçu un mail de la Présidence, 
Me demandant Sylvie, vous avez du bon sens...
Comment faire pour sauver le pays ?
"Rouvrez, Monsieur Macron, tous les parcs de Paris !" 
.
 
Oh yeeeeeaaaaah ! 
.

La Licorne
 
(d'après Antoine)
.



 

 


jeudi 1 avril 2021

JEU 63 : "Poil de carotte"

 

- Atelier d'écriture pour le mois d'avril -



Image inspiratrice

Photo de Benoît Courti 


 

Titre de livre associé :

"Poil de carotte"

(de Jules Renard)


.

Vous vous inspirerez bien sûr de l'image

pour créer un texte de votre cru...

 

Concernant le titre de livre , 

vous pouvez , au choix :


- Tout simplement, placer les mots de ce titre dans votre texte

(dans l'ordre que vous voulez)

- Ou faire en sorte que ce titre de livre soit aussi le titre de votre texte

(et donc le choisir comme fil conducteur de votre création)

- Ou , troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, à l'oeuvre citée

(en l'imitant, en la complétant, en la citant, en la détournant...etc)

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 avril 2021

(la date du mail faisant foi ;-)

.

 

 En espérant que cette nouvelle formule vous motive,

je vous souhaite une belle inspiration...

et un beau mois d'avril...

 .

 

La Licorne

 

.

 

 

mardi 16 mars 2021

Nouvelle formule

 


 

 Bonjour à tou(te)s !

Alors, voilà...j'ai bien réfléchi...
pendant la pause, 
et j'ai envie de reprendre Filigrane...
et ses jeux d'écriture...
mais avec une "nouvelle formule"...
.

Comme je n'ai plus guère le temps
de concocter un nouveau jeu chaque mois...
la formule sera désormais plus simple.
 

La voici :

Je vous proposerai, 
chaque premier du mois, 
deux choses :
 
"une image" 
 et 
"un titre de livre"
 
Vous écrirez bien sûr un texte qui s'inspire de l'image...
 
Quant au titre, vous pourrez l'utiliser 
de trois manières différentes, 
à votre choix :
 
1) Soit comme titre de votre propre création
(ce sera possible car titre et image seront choisis
de façon à être "compatibles")

2) Soit en insérant, dans votre texte, 
tous les mots du titre proposé
(dans l'ordre que vous voulez)

3) Soit en faisant référence, d'une façon ou d'une autre, 
au contenu de ce livre, 
dans votre prose...(ou poème)
.
 
Voilà le principe ...

Dites-moi ce que vous en pensez...

Et si ça vous convient, 
nous repartirons pour de nouvelles aventures 
(ce n'est pas une blague)
.

Bises et à bientôt !

.

La Licorne

.


Et pour les modalités pratiques, 

voir "Principe du blog"

dans la colonne de gauche...





vendredi 1 janvier 2021

Pause



 

 Je fais en ce moment une pause sur ce blog...
Mais vous pouvez, si ça vous dit, me retrouver sur celui-là :

Fffffoto

Ces derniers temps, j'ai eu une grande envie
de reprendre mes activités...
photographiques... :-)
Cela faisait plusieurs mois que j'y pensais...
et je suis passée à la concrétisation...
 
Cela me demande bien sûr un peu de temps...
Pour l'instant, je n'ai pas l'énergie 
de tout mener "de front"...
mais cela viendra sans doute...
 
 
 A plus tard, donc...

Bises à vous tous !

.

La Licorne

.

 

 

lundi 28 décembre 2020

JEU 62 : Dans le hameau

 



Dans le hameau …


La première fois que je l’ai vu, elle portait un chat dans ses bras, un gros matou tigré très beau et qui avait l’air câlin.

Elle n’a pas vu tout de suite que je l’observais.

C’était étrange. Une ambiance à la fois douce et glacée. Une atmosphère de décembre…

La neige tombait à gros flocons ; elle était en pantoufles, dans l’allée, avec cet énorme chat dans les bras ; ce qui m’a surpris, c’est qu’elle ne bougeait pas ; elle ne semblait pas pressée de rentrer et le chat non plus ne manifestait pas d’impatience.

Quand le réverbère s’est éteint, elle a fait demi-tour lentement et est rentrée chez elle laissant le matou sur les bûches. Pourtant il faisait vraiment froid.


Il habite en face de chez moi.

Je sais qu’il me regarde derrière sa fenêtre chaque matin quand je câline Frimousse qui préfère dormir sur le tas de bois été comme hiver.

J’aimerais bien savoir d’où il vient et pourquoi il a emménagé dans cette vieille maison qui est restée inoccupée tant d’années.

Peut-être que c’est le fils de Jeanne ?

Cela fait maintenant un mois qu’il loge ici. J’espère qu’il n’a pas froid car je ne vois aucune fumée sortir de sa cheminée.

Ils ne se parlent pas mais je sens qu’il se cherchent.

Elle, toujours un peu inquiète, ne comprend pas qu’il ait choisi ce hameau pour venir passer sa retraite.

Lui, très timide n’ose pas aller se présenter à sa vieille voisine ; il se souvient de ce qu’on disait d’elle jadis mais il veut oublier les ragots et se fondre dans le silence.

Je crois qu’ils attendent quelque chose de moi.

Oui, c’est sûrement ça.

Demain j’irai me cacher dans la cave de l’inconnu et elle sera bien obligée de traverser la route pour me récupérer chez lui…


AnnickSB





mercredi 2 décembre 2020

Jeu de décembre : Il était une deuxième fois...;-)

 


 

Le mois de novembre
a démarré très doucement...
Vous m'avez envoyé vos textes 
un peu plus tardivement que d'habitude...
.
 
Mais je ne vous en veux pas, car, à vrai dire, 
le temps passe à une vitesse "folle" ...
moi-même, je n'ai pas trouvé le temps de participer !

.

Alors, étant donné les circonstances,
j'ai décidé de vous laisser un peu plus de temps...

Nous prolongerons donc, 
si vous le voulez bien, le Jeu 62
pendant le mois de décembre...
 (consignes sous le lien)
 
Merci encore aux trois participantes de novembre
qui nous ont envoyé de "petites merveilles"
pleines de finesse, d'imagination,
et d'humour...


 Et amitiés à tou(te)s  !

.

La Licorne




samedi 28 novembre 2020

JEU 62 : La cigale, la fourmi et monsieur de La Fontaine

 

La fourmi

Monsieur le commissaire, je viens déposer plainte contre ma voisine la cigale. Quelle gale celle-là ! J’étais tranquille dans ma maisonnette, je passais comme tous les jours, un coup de balai sinon ça colle de partout, c’est bon les pucerons mais leur miellat, quelle poisse.

Tout à coup par la fenêtre j’ai vu arriver une mendiante aux ailes défraichies et pendantes, la tête du jour de l’an avec des antennes frisées comme vos moustaches. Elle criait des borborygmes à faire pâlir le capitaine Haddock.

Je l’ai reconnu aussitôt, c’est du harcèlement, Monsieur le commissaire, elle vient chaque année me réclamer des grains d’ellébore, de millet ou de n’importe quoi pour subsister. Je le sais, je l’ai déjà envoyée danser ! Tout l’été, elle chante jusqu’à plus soif nuit et jour. Enfin elle chante, elle grince comme un crincrin de l’avant-guerre de 14. C’est une drôline, elle attire les mâles et hop ! c’est parti pour un tour. Mais faire des provisions ; jamais !  Elle s’est pris un coup de balai au fesses et puis c’est tout.

 

 

La cigale

Monsieur le commissaire, je viens déposer une plainte contre ma voisine la fourmi qui m’a chassée de chez elle avec perte et fracas et surtout un bleu aux fesses.

Vous pourrez constater par vous-même, monsieur le commissaire. J’étais tranquille peinarde et j’allais à tout venant cet été faisant clin d’œil à qui voulait bien entendre mes chansons. Je ne faisais point de mal. Seulement je n’ai pas eu le temps de faire mes provisions d’hiver et me voilà SDF. Le compagnon que j’avais trouvé m’a fichue dehors.

Triste et dépitée, les ailes en berne et les antennes en bataille, je suis allée, comme chaque année, chez ma voisine la fourmi pour qu’elle m’aide à passer l’hiver. Je sais bien qu’elle refuse toujours mais on ne sait jamais. Ses placards regorgent de nourriture. Je lui ai demandé quelques grains pour subsister, ne pas mourir de faim jusqu’à la saison nouvelle. Pas moyen, elle m’a traité de pouffiasse et d’autre chose que ne n’ose pas vous répéter. Elle a osé me dire qu’après avoir chanté j’avais qu’à aller danser, que les bastringues ne manquent pas. Elle est jalouse car sur le plan mec, elle n’en a pas beaucoup.  Et C’est là que sans raison elle m’a flanqué un coup de balai en plein dans les miches.

Voilà monsieur le commissaire.

 

 

Le commissaire La Fontaine

 Encore ces deux furies. Quelles harpies ces mégères. Chaque année c’est le même refrain. Ces donzelles viennent tour à tour se plaindre l’une de l’autre… Elles me chauffent les oreilles. Elles peuvent pas se ne se kiffer !  D’accord mais elles me les brisent menu menu.

Monsieur le commissaire, elle m’a fait ci , monsieur le commissaire elle m’a fait ça ! Oh oh oh moi je suis là pour arrêter les voleurs pas pour régler les querelles de clocher. L’une veut faire danser l’autre et l’autre fait la manche sans aucun espoir. L’une remplit ses rayons de bouffe et l’autre ne pense qu’à lui piquer.

Ah bon sang mais c’est bien sûr ! Raminagrobis, à vous de jouer mon vieux !

 

Lilousoleil

 

 

 

dimanche 22 novembre 2020

JEU 62 : Le voyageur aux yeux de ciel

 





 
Nous


« Emmène-moi dans un endroit où nous ne sommes jamais allés ensemble » dis-je soudain sur un de ces coups de coeur dont j'ai le secret, alors que nous rentrions d'un déplacement coché 2 sur l'attestation dérogatoire.
Aussitôt, le soleil de mes nuits, qui ne sait rien me refuser, d'un adroit coup de volant, bifurque séance tenante sur une route secondaire. Nous débouchons effectivement dans un lieu inconnu de moi, peuplé de grands arbres et de verts pâturages.
Ce jardin idyllique entoure un long bâtiment un peu austère qui ressemble à un lieu de retraite spirituelle. C'en est un, c'est vrai, et j'aperçois des silhouettes de moines et de religieuses marchant d'un pas méditatif entre les frondaisons.
A côté d'un verger de dessin animé japonais, un bâtiment plus modeste. « Vente de pommes » est-il annoncé sur un écriteau.
Et sur le pas de la porte, un homme nous ouvre les bras.
« Je vous attendais » semblent dire ses yeux rieurs, d'un bleu pâle admirable, et emplis de bonté espiègle. La conversation s'engage, comme si nous nous connaissions de longue date.
Il se présente comme voyageur itinérant, ou vagabond par choix depuis toujours.
Oui, par choix, c'est ce qui rend le bonhomme fascinant, détonnant dans un monde calibré en froides étiquettes pour lequel il ne serait qu'un SDF.
Ses pas l'ont mené dans ce lieu, les religieux l'ont accueilli, lui offrant une place de jardinier factotum, il a saisi l'occasion de se poser pour une escale un peu plus longue.
Nous parlons herboristerie, jardinage et philosophie. Les canards chinois glissent lentement sur l'étang. Un chat dort au soleil.
 





Lui


Je les ai vus arriver de loin. Il faut dire que la nana, avec ses cheveux de flamme, on la verrait depuis la lune. Un petit couple bien sympathique, ils ont pris un kilo de pommes, une caisse de jus. Je me suis tout de suite senti en confiance. Je leur ai parlé de mon projet de formation sur les simples, oui vous savez bien, les herbes qui soignent. Les herbes de sorcières quoi.
Ils ne m'ont pas jugé, au contraire, ils ont eu l'air intéressés par mon parcours.
On a parlé des retraites ignaciennes, de la majesté des montagnes qui entourent les bâtiments, et du travail de la terre. Je n'avais pas vu grand monde ce matin, à part le chat qui ne parle pas. Ça m'a fait du bien de discuter avec ces gens. Ils ont l'air de s'aimer, ça se voit tout de suite.








Le chat


Non je ne dors pas. Et oui, je parle. J'observe de ma margelle. Moi aussi, je suis un voyageur, môssieur. Et je sais très bien pourquoi j'ai élu domicile ici, parmi les pommiers du cloître. Certes, si les poissons de la mare ne se laissent pas attraper facilement, les souris du grenier sont bien croquantes. Mais c'est surtout que les hommes y sont meilleurs. Ils ne s'embarrassent pas de ces futilités qui occupent le monde et la foule déchaînée, loin, là-bas. Ils connaissent la valeur des choses, et des mots bien pesés, comme des fruits.
Le père supérieur vient de temps en temps voir si le nouveau gère bien la récolte de pommes. De rares clients passent parfois la grille. C'est ce que j'aime ici : la paix. Ce matin, deux seuls sont venus troubler ma quiétude féline. Quand le gars a chargé sa caisse de pommes, la fille est venu me caresser le museau. Elle sentait bon. Tout est bien, me suis-je dit l'oeil mi-clos. Je ne dors pas, mais j'aime qu'on le croie.



Célestine

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