mercredi 17 juin 2026

JEU 119 : "Attention is all you need" - Lothar






Attention Is All You Need

Dites voir, aimez-vous l’idée de la fable scientifique ? Après tout, les grandes découvertes ont souvent l’air d’histoires qu’on raconterait mal dans une taverne enfumée et que personne ne croirait.

Il était une fois cent sages.

Ils vivaient dans une immense bibliothèque où s’entassaient des montagnes de phrases. Depuis des années, ils cherchaient comment apprendre aux machines à comprendre le langage.
Le premier sage disait :
– Il faut lire chaque mot dans l’ordre.
Le deuxième ajoutait :
– Et surtout ne rien oublier.
Le troisième inventait une mémoire.
Le quatrième ajoutait une mémoire à la mémoire.
Le cinquième construisait un mécanisme chargé de surveiller les autres mécanismes.
À la fin, les plans ressemblaient à des cathédrales à la Dubout de moults rouages.
Les sages étaient très fiers.

Puis arriva une jeune dactylographe, une jeune apprentie des mots.


Elle observa les schémas pendant un moment.
Longtemps.
Très longtemps.
Car elle avait appris une chose importante : lorsqu’une idée paraît trop compliquée, c’est parfois qu’elle tourne autour d’une idée simple sans parvenir à l’attraper.
Finalement, elle demanda :
– Quand vous lisez une phrase, pourquoi un mot devrait-il attendre son tour pour regarder les autres ? Mes lettres, ces belles inconnues, dispersées sans ordre sur les axes capricieux de ma machine, sont pourtant toutes reliées aux mots par un mécanisme assez simple.

Les sages clignèrent des yeux.
– Comment ça ?

L’apprentie prit une feuille.
Elle écrivit :
« Le vent les portera. »
Puis elle relia chaque mot aux autres par des fils.
Vent regardait portera.
Portera regardait vent.
Les regardait les deux.

Tout le monde regardait tout le monde.
Un joyeux bazar de flèches dans lequel chaque mot pouvait immédiatement savoir qui comptait vraiment.

Les sages se mirent à rire.
– C’est beaucoup trop simple.
La jeune fille haussa les épaules.
Alors ils essayèrent :

La machine apprit plus vite.
Ils augmentèrent sa taille.
Elle apprit encore mieux.
Ils ajoutèrent davantage de données.
Elle progressa encore.
Les sages cessèrent de rire.

Ils recommencèrent les expériences.
Les résultats s’améliorèrent encore.
Les sages cessèrent de dormir.
Les années passèrent.

Les machines traduisirent des textes, répondirent aux questions, résumèrent des livres, écrivirent des programmes, composèrent des poèmes parfois médiocres, parfois troublants.

Un soir, le plus vieux des sages retrouva l’apprentie devenue célèbre.
– Ce qui me tourmente, dit-il, ce n’est pas que ton idée ait fonctionné.
– Qu’est-ce donc ?
– C’est qu’elle était là depuis le début.

L’apprentie sourit.
– Les meilleures idées sont souvent comme les étoiles. Elles brillent depuis toujours. La difficulté n’est pas de les inventer.
– Alors ?
– C’est de lever la tête.
Le vieux sage contempla le ciel.
Puis il soupira.
– Cent sages pendant mille ans…
– Oui.
– Et il suffisait que chaque mot regarde les autres ?
– Il semblerait.
Le vieux sage resta silencieux un instant.
Puis il murmura :
– C’est extrêmement agaçant.

Et c’est ainsi que naquit une invention qui allait transformer le monde.
Comme beaucoup de grandes découvertes, elle apparut d’abord sous une forme que les experts reconnaissent immédiatement :
une idée qui semblait presque trop simple pour être vraie.

Le détail le plus irritant de l’affaire est que l’Histoire adore ce genre de plaisanteries. Des générations bâtissent une forteresse de concepts, puis quelqu’un déplace une chaise, ouvre une fenêtre, et l’air entre enfin.

Les humains appellent cela un changement de paradigme. Les chaises, elles, appellent cela un mardi.




Quant aux machines de Dubout, elles continuent encore en 2026 
de fabriquer des omelettes avec un sérieux admirable.





 

mardi 16 juin 2026

JEU 119 : "Lettre d'une inconnue" - An'Maï

 

La dactylographe- Doisneau



Lettre d'une inconnue à un inconnu


Cher toi que je ne connais pas et pour lequel je suis aussi une inconnue, je t'écris aujourdhui cette lettre qui fort probablement ne te parviendra jamais puisque tu n'existes pas, si ce n'est dans mon imagination. A moins que ce ne soit dans mes plus profonds désirs .

Pour le faire, parce que j'avais envie de la dépoussiérer, j'ai sorti l'antique machine à écrire de ma grand-mère, certaine que mes doigts sur les touches usées du clavier, sauront trouver les mots.

Assise contre un mur sur les pavés d' un quai de Seine pas trop fréquenté, je me suis mise à l'aise. Pieds nus, en short et top d'été, lunettes de soleil sur le nez, je les cherche ces mots qui se refusent encore à moi.

Qu'écrire et surtout comment écrire ce qu'on a sur le cœur, à quelqu'un qu'on ne connaît pas, qu'on ne connaîtra probablement jamais?

Façon romantique ? «Je suis une jeune fille un peu fleur bleue qui ne rêve que d'éclore à l'amour. Pour toi je serai la plus belle pour peu que tu consentes à me regarder.»

Ringard ? Je ne vous le fais pas dire ! Mais c'est ainsi que devait parler ma grand-mère. Dans sa folle jeunesse en tout cas ! Parce qu'elle a évolué Mamie ! Elle vit avec son temps et se sert de son ordi pour écrire ses histoires !

Je pourrais écrire «Ramène ta fraise beau gosse ! Brun, blond ou roux, je t'attends !»

Ça aussi c'est dépassé. Les jeunes d'aujourd'hui ne s'expriment pas ainsi d'après ce que j'entends ! Quand ils se parlent en vrai bien sûr ! Parce qu'en fait, ils communiquent plus par portable interposé et sur les réseaux sociaux que face à face ! Et je te jure, quand il leur arrive d'utiliser le français de madame et monsieur tout le monde, c'est bourré de fautes d'orthographe, de grammaire, de conjugaison... Ma pauvre mamie qui est de la vieille école en est outrée ! Au gré du temps, ils inventent et réinventent leur propre charabia, afin de n'être compris qu'entre eux !

Du coup, je t'écrirais un truc du genre «Wesh bg ! Chuis deter, mais fais belek ! Je cherche pas un bail ni un charo ! Pas un kassos non plus ! Ni un mytho. Qu'tu dahek ou qu'tu m'deuh et j'te ban despi ! T'as capté ?»

Bon, d'accord, j'ai récolté ces expressions «djeuns» sur une page web qui date de 2024-2025, alors je ne suis déjà plus dans le coup tellement ça évolue vite !

Et puis qu'importe la manière dont je le fais, je ne t'écris pas vraiment après tout puisque je ne fais que rêver à la personne que tu pourrais être. Je ne fais qu'imaginer notre possible rencontre après que tu auras lu cette lettre que je ne vais pas envoyer !

Je suis barge ? Certes avec cette antique machine à écrire sur les genoux, c'est ce que doivent penser les promeneurs.

Je m'en moque ! Je t'écris une lettre que je vais jeter dans l'eau de la Seine après l'avoir glissée dans la canette de soda que je viens de boire, dérisoire bouteille à la mer des temps modernes. Si tu la repêches, réponds moi.

Je t'attends.


An' Maï




lundi 15 juin 2026

JEU 119 : "Lettre à une inconnue" - Lilousoleil

 




Chère inconnue,


Je t’écris une lettre,

mais je ne sais pas qui tu es.

Tu es tellement inconnue

que même Google ne te trouve pas.

J’ai demandé au facteur :

« Où habite l’inconnue ? »

Il m’a répondu :

« Je ne la connais pas ! »

Alors cette lettre voyage

de boîte aux lettres en boîte aux lettres,

à la recherche de son inconnue.

Si tu la reçois,

signe ton nom vite,

sinon tu resteras une inconnue...

et moi,

l’auteur d’une lettre perdue !
.


Un correspondant inconnu





Lettre perdue ?
(d'un inconnu à une inconnue)


(Vidéo ajoutée par La Licorne)


lundi 8 juin 2026

JEU 119 : "Lettres de Cannelle à R." - Laura




Lettres de Cannelle à R


Elle l'avait connu lorsque j'avais 13 ou 14 ans ; il était client de sa mère (et ses grands-parents avant) qui avait un commerce.

Il la croisait sur le chemin de son collège puis lycée.

Il l'avait remarqué à son port de tête, sa posture droite qui était un des masques à sa timidité.

Ils se parlaient je crois, de quoi ?

Un jour, la conversation dériva, alors qu'elle avait 18 ans.

Il ne pouvait pas le faire avant.

Et ils se virent en cachette chez une de ses amies à lui chaque semaine en moyenne pendant quelques années.

Le reste du temps, ils s'écrivaient, lui chez ses parents, elle à son ancien cabinet car il était marié.

Cannelle n'aurait pas entamé une telle relation si elle avait pensé briser un couple (elle avait des défauts mais elle n'aimait pas sortir avec des hommes mariés ; les rares fois, elle s'était senti coupable).

Ce n'était pas le cas car elle n'était pas sa première infidélité et pas la dernière.

Il avait d'autres amantes en même temps qu'elle qui lorsqu'elle rencontra des hommes plus jeunes que lui(il avait 40 ans de plus qu'elle) avait lesquels elle pensait avoir un avenir, elle arrêta de le voir.

Elle leur parlait de R et même elle leur présenta.

Quand ces histoires d'amour « classiques » se terminaient, elle retournait à leur amour clandestin.

jusqu'à Daniel qui lui demanda de brûler les lettres signées signées R.

R est mort, Daniel aussi et Cannelle symboliquement avec eux.

Que sont devenues les lettres de Cannelle ?

Il reste une lettre de R  dans le grenier des parents de Cannelle qui regrette de ne plus avoir ces lettres pour se souvenir de l'époque où elle était aimée et dessinée (son nu doit être aussi par là).


Laura

 


dimanche 7 juin 2026

Agenda ironique de juin : "Nemo" - La Licorne



Les héros ne sont pas toujours décorés...
loin s'en faut.
J'en connais un qui porte un nom illustre
et qui, en cas de force majeure,
n'hésite pas à intervenir vigoureusement
quitte à y laisser l'émail de ses quenottes.

Bon, là, il paraît qu'on l'a retrouvé, hagard,
à une demie-lieue de son domicile,
emberlificoté dans sa laisse, 
bulles écumantes au bord des lèvres,

Vous voulez en savoir plus ?
OK.
je vais vous raconter ça...
en chanson.





Allô, allô Edouard !
Quelles nouvelles ?
Absent depuis quinze jours,
Au bout du fil
Je vous appelle :
Que trouverai-je à mon retour ?


Tout va très bien, Monsieur le Président
Tout va très bien, tout va très bien.
Pourtant, il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien :
Un incident, une bêtise,
Vot'chien Nemo n'a plus de dents
Mais, à part ça, Monsieur le Président
Tout va très bien, tout va très bien.


Allô, allô Alex !
Quelles nouvelles ?
Mon chien Nemo n'a plus de dents ?
Expliquez-moi
Garde fidèle,
Comment cela s'est-il produit ?


Cela n'est rien, Monsieur le Président
Cela n'est rien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien :
Voyez-vous, il les a perdues
Tout d'suite après avoir mordu
Donald dans ses parties charnues
Mais, à part ça, Monsieur le Président
Tout va très bien, tout va très bien.




Allô, allô Seba !
Quelles nouvelles ?
Président Trump est-il fâché ?
Expliquez-moi
Ministre modèle,
Comment cela s'est-il passé ?


Cela n'est rien, Monsieur le Président
Cela n'est rien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien...
Si l'ami Trump fut mordu
C'est juste parce qu'il était venu
Au palais ni-vu ni-connu
Mais, à part ça, Monsieur le Président
Tout va très bien, tout va très bien.


Allô, allô Brigitte !
Quelles nouvelles ?
Que fait Donald à l'Elysée ?
Expliquez-moi
Epouse fidèle
Comment tout ça est arrivé ?


Eh bien ! Voilà, 
mon très cher Emmanuel,
Apprenant qu'vous étiez parti,
Le grand chef des Etats-Unis
A envahi notre pays...
S'est installé à l'Elysée...
A demandé à m'épouser...
Mais au moment où j'ai dit oui
Notre Nemo a réagi :
C'est alors que Trump l'a frappé
Lui filant un grand coup de pied !
Et c'est pour ça qu'en ce moment
Nemo n'a plus une seule dent !


Mais à part ça, mon cher ex-président
Tout va très bien, tout va très bien...




Tout va très bien, tout va très bien !

.
La Licorne
.


Pour l'Agenda ironique de Juin

Thème : "Animal"

Mots imposés :

Demi-lieue, héros, émail,
emberlificoter, bulle

.



et pour

dont voici les consignes du mois :


Proposition 320 – Commencer par la fin

Certains événements laissent une trace 
avant même qu’on sache les raconter. 
Quelque chose est arrivé 
et le texte entre après la déflagration.

Écrivez une scène importante en commençant par la fin.

Contraintes :
- Ne révéler l’événement qu’à la toute dernière phrase.
- Commencer par une image forte et immobile
- Écrire uniquement à partir des conséquences matérielles





mercredi 3 juin 2026

JEU 119 : "Légende familiale" - La Licorne

 


"Ne touche pas à cette machine, m'a répété ma mère, des dizaines de fois. Elle appartenait à ton grand-père, celui qui était écrivain, et elle ne nous a causé que des ennuis."

De quels ennuis s'agissait-il ? Je ne l'ai jamais su.

Et en quoi une petite machine noire pouvait-elle provoquer autant d'exaspération et de rejet ? Mystère.

Aujourd'hui, mes parents ne sont plus là pour me l'expliquer. Je viens de vider la maison familiale après leur décès et je ne sais vraiment pas ce que je vais en faire. 
La vendre ? Personne n'utilise plus ce genre de truc depuis longtemps. La jeter ? Dommage, elle est en parfait état de marche. La donner ? Non, c'est quand même un souvenir. La dernière chose qui me rattache à ce grand-père que je n'ai jamais connu.

Je la dépoussière lentement avec un chiffon doux. Elle brille sous la lampe. 
Je ne peux pas m'empêcher d'admirer ses touches rondes suspendues et son mécanisme de frappe antédiluvien. C'est bien loin des touches souples des claviers d'aujourd'hui. Il fallait une certaine force pour actionner tout cela. Et puis, on n'avait pas le droit à l'erreur. Le traitement de texte n'existait pas. J'ai peine à imaginer le degré de concentration que cela demandait.


"Tiens, le "B", sur la ligne de caractères du bas, est resté coincé". J'appuie dessus pour le remettre en place. La machine émet aussitôt un bruit étrange. Je m'attendais à un clic, mais ça ressemble plus à un bruit sourd et prolongé. Une sorte de ronronnement.

Intriguée, j'appuie sur la touche "espace". Le ronronnement reprend. Comme un moteur qui se met en route. Bizarre. Et si j'insérais une feuille ?

Il me faut une minute pour comprendre comment faire. Voilà. Je crois que c'est bon. J'appuie de nouveau sur la touche "espace". Et là, sans crier gare, la machine s'emballe. Elle devient frénétique.. Elle se met à taper en accéléré. Les lettres, en petits caractères, s'alignent à la vitesse de l'éclair. Je n'ai même pas le temps de suivre ce qui s'écrit. Tak, tak, tak...tak, tak, tak...tak, tak, tak...

Je suis sidérée.

Comment une machine aussi primitive peut-elle se mettre à fonctionner toute seule ? Et qu'a-t-elle donc à dire ?

Je mets un moment à reprendre mes esprits. Puis, je m'approche de la feuille qui tremble encore, pour déchiffrer l'écriture inconnue :

"Bonjour Maria ! Et merci à toi de m'avoir sortie du grenier. Je m'ennuyais tant là-haut. S'il te plaît, emmène-moi dehors, au soleil. Cela me ferait le plus grand bien..."

Au soleil. C'est vrai qu'il fait chaud aujourd'hui...très chaud. 30 degrés au bas mot. 
Bien qu'on soit encore au printemps, le soleil tape fort. Si maman était là, elle dirait que c'est pour ça que je commence à avoir des hallucinations !!!

J'hésite une seconde puis je décide d'obtempérer. J'attrape mes lunettes de soleil, une pile de feuilles, une gourde et puis je mets la machine et le reste dans un grand sac avant de me diriger d'un bon pas vers les quais de la Seine, tout proches.

Une délicieuse odeur de lilas flotte dans l'air. Quelques touristes flânent au bord de l'eau...mais ils ne semblent pas faire attention à moi. 
Je place la machine sur mes genoux, et j'enroule une autre feuille. Allons- y ! Puisque la belle antiquité semble d'humeur à discuter, je vais lui poser quelques questions.  
Avec application, je frappe les touches, une par une, du bout de l'index.



"Est-ce que quelqu'un t'a programmée ?

Le ronron ne se fait pas attendre. La réponse non plus.

- Quelle idée ! Cela n'existait pas, de mon temps.

- Alors, comment fais-tu ?

- C'est mon petit secret, vois-tu....répond-elle du tac au tak.

- Et qu'est-ce que tu veux me dire ?

- J'aimerais te parler de ton grand-père. Je l'ai bien connu, tu sais. De là où il est, il te voit et il a choisi de passer par moi pour te faire quelques confidences. Si tu acceptes, je peux jouer les intermédiaires entre lui et toi."

Incroyable !

J'ai lu quelques histoires de medium dans ma vie...mais aucune n'évoquait ce genre de machine ensorcelée...qui vous envoie des messages de l'au-delà et converse avec vous avec autant de naturel que la dernière IA.

Je repense soudain aux "ennuis" évoqués par ma mère et j'hésite un peu...

Mais pas très longtemps. Poussée par la curiosité, j'accepte. La proposition...et ce qui va avec.

" Merci, claquette la machine, ragaillardie, tu ne vas pas le regretter. Je vais te raconter ce qu'on ne t'a jamais raconté. Je vais te raconter ce qui s'est passé juste avant ta naissance..."


La Licorne

.



.


dont voici les consignes :


Proposition 319 – Légendes silencieuses


Pour cette proposition, je vous propose de travailler sur les légendes. Pas n’importe laquelle : une histoire qui aurait survécu dans un tiroir, au fond d’une maison trop vieille, dans la mémoire d’un village ou dans la poche d’un manteau oublié. Choisissez un objet ancien qui aurait traversé des mains, des années, des silences. 
Puis inventez ce qu’on raconte à son sujet (que dit-on de cet objet, pourquoi certaines personnes refusent-elles d’y toucher, que provoque-t-il chez ceux qui le possèdent et surtout : quelle part de la légende est vraie ?). N’écrivez pas seulement l’histoire d’un objet. Écrivez ce qu’il continue de remuer chez les vivants.

Contraintes :
- Ne pas commencer par « Il était une fois »
- Ne jamais expliquer totalement l’origine de l’objet
- Intégrer au moins une phrase transmise oralement (“Ne le garde jamais près du lit”, “On disait qu’il choisissait son propriétaire”, etc.)
- Utiliser les cinq sens
- L’objet doit modifier quelque chose (une relation, un souvenir, un comportement, une peur, un destin, etc.).




mardi 2 juin 2026

JEU 119 : "La lettre incinnue du Vert-Galant" - Lothar





La Lettre Incinnue du Vert-Galant


(oui, incinnue, parce qu’à Paris 
même les fautes de frappe AZERTY ont du panache)

Paris, un été qui hésite entre exister et s’effacer.
Sur le quai du Vert-Galant, elle s’installe.
La Seine s’indiffère.
Machine à écrire posée comme un animal nerveux. 
Pavés qui font mal aux fesses mais bien au cœur. 
Un pigeon l’observe avec l’air d’un fonctionnaire en fin de carrière.

Le décor est prêt.

Elle veut écrire une lettre inconnue.
Pas une lettre d’amour. Trop fragile.
Pas une lettre de rupture. Trop déjà fait.

Non.

Une lettre pour quelqu’un qui n’existe pas encore. 
Ou qui existe ailleurs. Ou qui existe, mais pas encore pour elle.
Bref : une lettre au destin, version papier.

Elle tente :
« Cher… »

Rature.
« Mon cher… »

Re-rature.
La page ressemble déjà à un rapport administratif après explosion.
Plus loin, un vieux pêcheur ne pêche rien mais persévère. 
Le pigeon, lui, prend des notes mentales.

Elle soupire.
Puis écrit :
« À l’incinnue. »

Elle relit.
Ça lui plaît.

Parce qu’on écrit parfois mieux à quelqu’un qu’on ne connaît pas. 
Et qu’on se connaît un peu mieux en retour.
Alors elle déroule tout :
ses rêves, ses peurs, ses projets, 
les nuages de juillet qui ne ressemblent jamais à ceux de juin, 
et même cette habitude de parler aux objets quand personne ne regarde.

La lettre devient longue.
Trop longue.
Même la machine semble penser :
« Ma grande… respire. »


C’est alors qu’arrive un vent parisien.
Un vent qui critique sans prévenir.
La lettre s’envole.
Elle bondit.
Trop tard.
Le papier traverse le quai, évite un chien, 
frôle un cycliste, puis finit dans le bec du pigeon.
Le même.
L’inspecteur.
Le professionnel.
Il s’envole.
Elle court.




Le pêcheur commente :
– Celui-là va encore distribuer le courrier sans être payé.
La lettre disparaît dans Paris.

Fin.

Ou presque.
Trois mois plus tard, une enveloppe arrive.
Sans expéditeur.
Elle l’ouvre.
Son cœur improvise un solo de batterie.
« Chère incinnue,
Votre pigeon travaille très mal. 
Il a perdu votre troisième page dans un marronnier 
du boulevard Saint-Germain. 
Heureusement, j’ai retrouvé les autres. »

Puis :
« Puisque vous m’avez confié vos rêves, 
je vous confie les miens. »
Douze pages.
Treize avec les post-scriptum.

Les grandes histoires commencent souvent 
par une erreur de distribution.
Pendant un an, ils s’écrivent.
Jamais de nom.
Jamais de photo.
Seulement des lettres.
Deux inconnus qui apprennent 
à se reconnaître sans se voir.

Puis vient le jour de la rencontre.
Au Vert-Galant.
Évidemment.
Elle arrive.
Elle attend.
Un homme approche.
Ils se regardent.
Sourient.
Hésitent.
Puis éclatent de rire.

Parce qu’entre eux se tient déjà quelqu’un.
Le pigeon.
Le même.
Plus gros.
L’air satisfait.
Comme un notaire venu réclamer ses honoraires.
À sa patte pend une étiquette :
« Service des Lettres Inconnues. »

On raconte qu’ils vécurent heureux.
On raconte aussi que le pigeon continua longtemps 
à transporter les messages des amoureux du quartier.
Les historiens contestent.
Les pigeons refusent de commenter.
Le Vert-Galant garde le secret.

Mais certains soirs d’été, 
quand le vent soulève les feuilles au bord de la Seine, 
on croit entendre le tak-tak-tak d’une machine à écrire.
Ou simplement un pigeon qui travaille.


Ce qui, à Paris, revient parfois au même.

.
.


lundi 1 juin 2026

Jeu 119 : "La romancière novice" - Jill Bill






La romancière novice


Sur la pause déjeuner
Diane, petite dactylo,
Entame l'écriture débutante de son premier roman,
Un air de comtesse aux pieds nus,
Face à la Seine estivale,
Qui coule, imperturbable... !


Une oeuvre, dramatique,
Qui prend aux tripes
« Lettre d'une inconnue », un titre prometteur...
Plus que 101 pages... !


Elle a rompu avec Stefan
Trop bête, jaloux, pot d'colle
Elle ne sera jamais son esclave
Son chien, son ombre,
Cette passion excessive, envahissante,
Lui brûlait trop les ailes...


Dans lettre d'une inconnue
C'est tout le contraire
Une femme aime en secret un homme
Qui fichtrement l'ignore
D'ailleurs, il est marié à une autre... !


Ira t-elle jusqu'au suicide
Ravagée par l'indifférence
Après lui avoir envoyé, sans signature
Ou bien....... !?


La pêche aux idées
Au bord de la Seine,
Son autre bureau à l'air libre, le lui dictera...






JEU 119 : "Lettre d'une inconnue"


 - Atelier d'écriture pour le mois de juin -


Chers ami(e)s écrivant(e)s,
 
Ce mois-ci, je vous propose
de vous laisser inspirer

par cette photo :


 La Dactylographe- Doisneau

et ce livre :
 
 
de Stefan Zweig 
.

Comme d'habitude, vous pouvez (au choix) :


Placer les mots du titre

dans l'ordre ou dans le désordre

- Prendre le titre de ce livre comme titre de votre texte

- Ou faire référence dans votre texte au contenu de l'oeuvre

(en l'imitant, le complétant, le citant...etc)

.

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 30 juin 2026
.

Au plaisir

de vous lire !
.
 
La Licorne
.



dimanche 31 mai 2026

AI : Les résultats du mois de mai


Alors...alors...

après que l'huissier nous ait remis l'enveloppe

et que tout ait été bien vérifié, 

voili voilou le tiercé de mai :




John Duff, caracole en tête, 

avec 25% des suffrages,

suivi par tiniak (14 %)

notre généreux vice-organisateur...

puis par Max-Louis et moi-même

(ex-aequos à la troisième place avec 10 %). 


Tous les autres se placent

  à quelques encablures à peine...


Bravi, bravo, bravissimo...

à l'heureux gagnant

et sutout MERCI à tous

pour tous ces textes inspirés et inspirants !

Ce fut un bonheur de vous lire... :-)




Pour le mois de juin, je me retire donc 

tout tranquillement

et j'en appelle aux bonnes volontés...

pour la suite

de notre Agenda iron-itinérant.


La Licorne


John Duff ou Max-Louis, 

ça vous dit ?

Ou quelqu'un d'autre ?

.




Après rappels personnalisés 

(de tiniak)

l'AI atterrira...

peut-être...sans doute...sûrement... 

chez Max-LouisIotop ?

.




mercredi 27 mai 2026

AI de mai : Liste des participations


Diling, diling...

chantent les clochettes de mai...

C'est l'heure !

Nous arrivons tout doucement 

à la fin de notre "pros-épopée"...


C'est maintenant l'heure de tout relire....

(et pour les plus procrastinateurs, 

de "pondre" éventuellement 

un dernier texte, avant minuit).




Dans l'ordre d'arrivée, 

voici les florissantes participations de mai :

(à lire et à relire)


 1. Lothar : "Porte-bonheur, porte-malheur"

2. Tiniak : "Divan de travers"

3. Isabelle-Marie : 

"Quand un brin de muguet se fait la malle"

4. Max-Louis : "La pesanteur du temps"

La Licorne : 

5. "Un brin de mauvaise humeur"

6. "Triste, le bonheur ? "

7. "Le vieux mainate"

8. Mijo : "Brocante"

9. John Duff : "La porte du bonheur"

10. Laura : "Tu portes mon bonheur"

11. Jobougon : "Mélodie de mai accomplie"


Mille mercis à vous

pour tous les petits brins déposés ici...

et à très très bientôt pour choisir 

votre ou vos préférés...



(N'ayant malheureusement pas la possibilité

d'inscrire un tableau de vote

ici sur Blogger, 

ça se passera chez tiniak

.

Dates limites pour voter : 

 du 27 mai minuit au 31 mai minuit

.

La Licorne

.

Et si, parmi vous, 

il y a un (ou une) volontaire 

pour animer le mois de juin, 

ce serait un vrai...

"bonheur" ! ;-)

.