mercredi 6 mai 2026

AI (4) : "Triste, le bonheur ?" - La Licorne


"L'argent ne fait pas le bonheur ? Rendez-le ! " 

disait Jules Renard.

Alors, un jour, on me l'a rendu. 

Pas l'argent. 

Le bonheur.

Je l'ai ramassé. Je l'ai pris dans ma main. 

Puis je l'ai écouté. Il était tout en pleurs.

"Qu'est-ce que tu as ? lui demandai-je, inquiète.

- Je suis triste. Je suis triste parce que je n'arrive pas à demeurer quelque part. On me fuit, on me jette, on me perd...Personne ne me garde bien longtemps. Je suis maudit !

- Mais les gens t'aiment, pourtant.

- Je ne sais pas s'ils m'aiment. Ils me cherchent, ils me veulent, ils me rêvent...mais quand je suis là, ils m'oublient ! Je deviens invisible.

- La nature humaine est ainsi faite, dis-je. On souhaite toujours ce qu'on n'a pas.

- Je sais, je sais...depuis le temps que je parcours la Terre en tout sens, je l'ai bien compris. Tiens, pendant un moment, j'ai vécu chez Ulysse. Tu connais Ulysse ?

- Tout le monde le connaît. C'est celui qui a fait un beau voyage ?

- Oui, celui-là même. Eh bien, pendant son périple, il lui est arrivé bien des malheurs. C'était très mouvementé. Beaucoup trop pour que je l'accompagne. Et ensuite, quand il est rentré à la maison, dans son petit village, Pénélope, aigrie par sa longue absence, lui a rendu la vie impossible.

- Ah bon ? Pourtant, Messire Du Bellay a magnifié la fin de sa vie dans un superbe poème.

- Oui, c'est bien ça le problème : on parle de moi sans savoir, on me projette dans des endroits où je n'ai jamais été...on écrit des vers de toute beauté, mais sans vérité. Et surtout, surtout, on m'envoie sans cesse dans le passé. 

- Comment ça ?

- Eh bien, les gens ne me voient que de loin : ils me mêlent facilement à leurs souvenirs d'enfance, aux événements d'antan, mais presque jamais à leur présent. C'est comme une presbytie de l'âme. 

- C'est vrai. Je n'y avais jamais pensé. Mais tu as raison. Il est probable que la mémoire nous joue des tours. On méjuge le présent et on embellit ce qui a disparu...Moi, j'aime bien les vieilles pierres, les vieux souvenirs, les vieilles photos...ça m'attendrit. 

- Voilà. Exactement. Tu me mets là où je n'ai pas habité. Et tu joues en permanence  les Merlin l'enchanteur en repeignant les jours anciens d'un coup de baguette magique. Sur le moment, les "petites étoiles", les "étincelles de joie" que tu y vois aujourd'hui...ne brillaient pas tant que ça. Sur la photo de famille, la petite fille maigrelette pensait à ses devoirs non faits, sa mèche de travers et à ses disputes avec sa soeur...et, entre deux préoccupations, elle souriait sur commande, pendant cinq secondes. Toi, tu regardes ce grand sourire...et tu imagines que c'était la période la plus heureuse de sa vie. 

- Je comprends. C'est une sorte de reconstruction. Une reconstruction qui me fait du bien et me console un peu. Mais dis-moi, petit bonheur, je me pose une question...Tu ne vas pas me dire, que toi... toi le bonheur...tu es malheureux ???

- Eh bien, je suis comme vous : je passe du rire aux larmes, de la satisfaction à la déception, de la joie la plus pure au désespoir...Chaque jour est différent. Chaque jour amène de nouveaux états d'âme.

- Et si c'était ça, le plus important ?

- Que veux-tu dire? 

- Eh bien, que ce qui nous mène, c'est le fait que tout change à tout moment. Que toi, le bonheur, tu ne sois pas une conquête, une possession, un acquis...mais quelque chose qui va et qui vient..et qu'on est toujours honoré d'accueillir quelques secondes, quelques minutes, quelques jours.... Comme je suis ravie de t'avoir avec moi, aujourd'hui. De te porter, même un instant.  "

A ce moment-là, j'ai vu, dans l'oeil de mon petit bonheur, comme une lueur. Un éclat soudain. Il a séché ses larmes. Il s'est redressé d'un coup et il m'a dit, avec un petit sourire malicieux : 

"Bon, fillette, je t'aime bien, mais je dois y aller. Quelqu'un m'attend. A vrai dire, je ne sais pas encore qui, mais c'est ça qui est bien...non ?"

Et il s'est envolé. 


La Licorne





AI (3) de mai : "Un brin de mauvaise humeur" - La Licorne

 





Vendredi 13 mai 2026. 
Orée de la forêt. 7 heures du matin.

Une coccinelle, après bien des allées venues, finit par se poser sur un brin de muguet.

- Eh, toi...fais donc attention ! Tu viens de bousculer mes fleurs ! 

- Oh, Mumu...Calme-toi ! Tu me parais bien énervé, dis donc !

- C'est que je faisais une petite sieste, tranquille, à l'ombre... et bing ! tu m'as réveillé.

- Ce n'est pas moi qui t'ai dérangé...je me suis posée tout doucement. Ce sont tes clochettes qui font drelin, drelin...dès qu'on les frôle. Quelle idée aussi, d'en avoir autant ! 

- On est comme on naît. Je n'y peux rien. Et puis, les autres ne pensent pas comme toi : on les aime, mes clochettes. Il paraît même qu'elles portent bonheur.

- Humm...je ne crois pas tout ce qu'on raconte. Moi qui te connais bien, Messire Muguet, je sais que, sous tes airs enchanteurs, tu es tout ce qu'il y a de plus "toxique". Tu joues les magiciens du bonheur, les "Merlin"... mais il y a deux jours, j'ai croisé une petite vieille, toute fluette, toute maigrelette, qui cueillait des herbes dans la forêt. Elle voulait préparer un peu de pesto pour agrémenter les mets du dimanche. Bien mal lui en a pris : elle t'a confondu avec de l'ail des ours et depuis, elle est malade à en crever. 

- Ah, ah...tu peux parler, la Belle ! Les gens te laissent monter sur leur index et te trouvent mignonne...Ils pensent que tu es jolie, gentille et synonyme de chance. S'ils savaient ! Ils oublient, les pauvres naïfs, tes points "noirs"...ils oublient que tu es la plus grande "dévoreuse" que la Terre ait jamais portée ! Un monstre vorace. Combien de pucerons croques-tu par jour ? Non, ne réponds pas,  je préfère ne pas le savoir. C'est abominable !

- Je ne répondrai pas, en effet. Etre méjugée par un brin d'herbe, c'est un comble ! Chaque jour, je sauve des dizaines de plantes de la gent puceronesque...de ces horribles "suceurs de sève", de ces minuscules vampires au corps mou...Sans moi, tes congénères seraient morts depuis longtemps.. alors je n'ai pas de leçon à recevoir de toi, ok ?

- Je me demandais pourquoi tu étais si rouge, Coccie. Maintenant, je sais : c'est parce que tu es toujours en colère. Allez, zou ! Va donc voler ailleurs...mécréante...et laisse-moi dormir en paix.

- Oui, c'est ça, je vais aller me poser plus loin. Sur l'arbre voisin, tiens. Histoire de "toucher du bois". Et puis, je vais aussi "croiser les pattes"...pour chasser le malheur de t'avoir rencontré ce matin. 

- Ben, moi, je vais faire une causette avec mon ami le trèfle à quatre feuilles. Il est discret, lui. Et il ne se mêle pas de ce qui ne le regarde pas. C'est si rare. 

- Que de mots gentils aujourd'hui ! C'est bien ce que je disais. Toxique, le Mumu ! Allez, bye bye ! Je te laisse. Mon amie la rose m'attend. On a rendez-vous. De bonne heure. 


La Licorne




mardi 5 mai 2026

AI (2) de mai : "Divan de travers" - Tiniak

 



S'appropriant, vite fait, bien fait, la consigne,

Tiniak nous emmène sur le divan du psy

et nous parle d'un patient

à l'accent....

un peu particulier. 

C'est ICI.

.

Courez-y vite, 

courez-y vite !

.



lundi 4 mai 2026

AI (1) de mai : "Porte‑Bonheur, Porte‑Malheur" - Lothar






Hum...comploti, complota...
ça complote un brin...
chez l'ami Lothar.

Si vous voulez savoir
de quoi il s'agit...

Rendez-vous 
.


samedi 2 mai 2026

Agenda ironique : Consignes de Mai




Chers zamis agendistes, ironistes...

et pas tristes...

Comme vous l'avez vu, 

le mai, le joli mois de mai est revenu...

le soleil brille et il fait beau. (*)



Je vous propose donc de laisser un instant

toutes vos inquiétudes, angoisses et morosités,

de cueillir gaiement le joli muguet

et de prendre, en même temps, 

un grand bol d'air frais.

Le thème de ce mois sera :

"porte-bonheur"




Sur ce thème, je souhaiterais 

que vous placiez le plus de mots possible

commençant par "mai" 

(ou mei, mè, mê, mé)


(dont, 7 mots, au moins, choisis parmi ceux-là :

maitrise, maigrelet, mainate, messire, mets

che, mêler,juger, Merlin, mécréant)


Je vous invite aussi à manier habilement

la prosopopée...

ainsi que la fine ironie 

dont vous êtes coutumiers.



Enfin, (en option), vous pourriez vous inspirer 

de cette phrase de Jules Renard :

"Le bonheur, c'est être heureux ; 

ce n'est pas de faire croire aux autres qu'on l'est."


Bon, maintenant, 

selon la formule consacrée,

YAPLUKA...


Date limite pour participer 

(déposer le  lien de votre texte

dans les commentaires ci-dessous) :

mercredi 27 mai 2026, minuit.


Ensuite, on passera au vote

ici ou ailleurs...

(L'ami Tiniak

organisateur d'avril, 

 a généreusement accepté

de m'aider pour le sondage)


Au bonheur de vous lire !

.

La Licorne

.


(*) Le premier mai, jour où j'ai écrit ce texte...

il faisait encore très beau. Mais depuis...hum.

On aurait bien besoin d'un "petit coup de pouce" : 


"Coccinelle, demoiselle, va dire au Bon Dieu... 

qu'il fasse beau...demain !"




P-S : 
L' "Agenda Ironique" est un jeu littéraire itinérant
qui se promène de blog en blog 
depuis une bonne dizaine d 'années,
et j'ai l'honneur de prendre 
le relais de l'organisation 
ce mois-ci.

Cela ne vous empêche pas, évidemment,
de participer au jeu du mois
 - le Jeu 118 -
si vous le souhaitez.
Les deux se dérouleront en parallèle...
et en bonne amitié.
.




vendredi 1 mai 2026

JEU 118 : "La soupe aux mots" - La Licorne

 

 

 

Faites comme Queneau : 

 Prenez un mot

Prenez-en deux

Ou encore mieux 

Prenez-en dix

Prenez-en mille

Si ça vous dit

 Si c'est utile.

 

Un mot bizarre

Et un mot rare

Un mot banal

Un mot bancal

Un mot désuet

Un mot coquet

Un mot badin

Un mot coquin

Un mot violent

Un mot savant...

Plus c'est varié

Et meilleur c'est !


Epluchez bien.

Assez de mots ? 

Lavez le tout,

Jetez dans l'eau

D'un grand faitout.

Remuez bien...

Puis, pour le goût,

Un peu de sel

Et d'ironie,

Du vermicelle,

Un brin d'folie.


Il faut attendre 

Un petit peu.

Quand c'est bien tendre,

Coupez le feu.

 

 Mixez, mixez...

Puis partagez 

A ceux qui passent

Faites goûter

A tout l'espace. 

Soupe de légumes

Pour ceux d'Neptune.

De pommes de terre

Pour Jupiter.

Soupe de mots

Pour ceux d'Oxo. 

Deux louches en plus, 

Pour Uranus.

 

Voyez s'ils aiment

Votre poème :

S'ils disent "Schtroumpf !" :

Ils aiment de ouf

Mais s'il en reste

C'est qu'ils détestent. 

Si ça arrive,

Pas d'prise de tête 

Changez d'convives...

Et de planète.

 

Chers marmitons

A vos casseroles,

Chers compagnons, 

A vos mots drôles...

Et chers amis, 

Bon appétit...

.

La Licorne 

.

  

  
 
 
 
 

JEU 118 : "A la soupe" - An'MaÏ




A la soupe !


- A la soupe la Denrée ! Tu vas te régaler !

- Mais le Glaude, je n'aime pas la soupe ! Aux choux, aux pois aux poireaux ou au pain, je n'aime pas la soupe ! Et quand on y rajoute du vin pour faire chabrot*, ça me débecte !

- Comment ça tu n'aimes pas la soupe ? J'étais pourtant sûr que ça te plairait !

- Ben non tu vois ! Je n'aime pas vos soupes à vous les terriens !Je déteste en particulier le potage au vermicelle ! On dirait des petits vers qui nagent dedans ! Beuuuuurrrrrkkk ! Je n'aime pas non plus le bouillon du pot- au-feu. C'est gras et puis dedans il y a tous ces yeux qui me regardent ! Ça me fout les jetons ! Je n'aime pas le bouillon de toute façon, qu'il soit d'onze heures ou de minuit !

-Tu aimes quoi du coup mon pote ? J'étais persuadé que tu adorais la soupe aux choux !

- Tu as mal compris le Glaude ! Ce que j'adore, c'est la soupe aux Schtroumpfs ! Si tu en as, j'en mange un plein bol ! Deux même ! Ou trois ! J'ai bon appétit ! Sur ma planète, on la fait tellement bien ! Je t'invite à venir la goûter, elle vaut le voyage, crois-moi ! Un pur délice !

- Voyons la Denrée ! On ne mange pas les Schtroumpfs chez nous ! Ces petits bonshommes bleus au bonnet blanc, sont une race protégée ! Tellement protégée qu'on ne peut les voir qu'en ouvrant une BD de Peyo ! Les petits Schtroumpfs, la jolie Schtroumpfette, le grand Schtroumpf, Gargamel et son chat Azraël qui ne rêve que d'avaler quelques Schtroumpfs bien grassouillets....Un régal !

- Un régal tu dis ! Donc ça se mange une BD de Peyo ! Et les Schtroumpfs aussi du coup !

- Non la Denrée, ça se lit ! Une BD, une bande dessinée si tu préfères, c'est un livre avec plein d'images dedans qui racontent une histoire.

- Ah oui, un livre ! On nous en a parlé là-haut ! Ça aussi je croyais que ça se mangeait ! J'ai entendu cette expression plusieurs fois :"Ce livre m'a tellement plu que je l'ai dévoré !"

- Je comprends, je comprends ! Bon, si on allait la goûter maintenant cette soupe en train de bouillonner dans la marmite ! Ma mère me disait toujours "Goûte avant de dire que tu n'aimes pas !"

- Et c'est quoi cette soupe le Glaude ?

- Un velouté aux potirons !

- Ah non le Glaude, ça je ne peux pas !

- Et pourquoi donc la Denrée ?

- Sur ma planète, les potirons sont une race protégée !


* Faire chabrot, ou chabròl en occitan, est une coutume de la moitié sud de la France qui consiste, quand il reste un fond de soupe ou de potage, à ajouter dans l'assiette du vin rouge pour diluer ce bouillon puis de porter le plat à la bouche et à l'avaler à grandes goulées.


An'Maï




JEU 118 : "La soupe aux trois schtroumpfs bleus" - Lothar

 

– La soupe aux trois schtroumpfs bleus

(interchangeables, seconds rôles, clones clownesques)

 

Bégaiement de bulles, glou-glou de mémoire.
Je chauffe. Je frémis. Je parle.

Moi, la soupe.

Devant moi, trois schtroumpfs bleus.
Bleus comme des bleus.
Bleus comme des visages 

qu’on n’appelle jamais par leur nom.

Je les goûte plus que je ne les vois.
Même saveur, à peine décalée.
Le premier a un arrière-goût du second.
Le second ressemble au troisième.
Le troisième… flotte entre les deux.

Ils rient, ils gloussent, ils se renversent sur mes bords.
Ça clapote, ça se mélange, ça s’imite.
Leurs gestes se confondent comme des légumes trop cuits.

Dehors, ça hésite :
« C’est lequel déjà ? »
« Celui qui parle ? Celui qui tombe ? »
« Ils sont trois… ou un seul mal réparti ? »

Je remue.
Je les sens se superposer, se dissoudre, se schtroumpfer.

Et je comprends :

la vraie soupe aux schtroumpfs, c’est ça – 
un goût unique qui prétend être plusieurs.
 

 

 Risch et Villeret pas tels De Funes, soupe au lait, cools raoul 
 
 
– La soupe Pierre Richard : 
deux frères, deux silhouettes, zéro distinction

On me déplace,
dans l’île de la Tortue.
Nouvelle cuisine. Même confusion.

Deux silhouettes.
Deux frères synchronisés.

Même maladresse qui se répète, 
comme une louche qui glisse deux fois.

À côté, Pierre Richard se dédouble sans prévenir.
Ou peut-être qu’il ne s’est jamais vraiment séparé.

Je ne distingue pas.
Je sens des chocs, des chutes, des gestes 
qui se répètent avec un léger décalage.

Dehors, ça recommence :
« C’est lequel qui tombe ? »
« Le frère… ou l’autre frère ? »

« Ils sont deux… ils sont jumeaux, 
ou c’est le même qui insiste ? »

Je bouillonne doucement.
Tout finit par se ressembler ici.

Les visages glissent.
Les identités fondent comme légumes.

Je ne suis plus une soupe.
Je suis une tache où chacun voit ce qu’il croit reconnaître.

– La soupe Risch-Villeret-Extraterrestre : 
la bifurcation, la divergence, la chute

Puis vient la rupture.
Pas brutale.
Une séparation lente, comme quand le gras remonte.

Dans La Soupe aux choux, ça hésite… puis ça tranche.

Maurice Risch s’éloigne : « J’aurais pu. »
Jacques Villeret plonge : « J’aurais pas dû. »

Le goût change.

Je les sens pourtant, tous les deux, penchés au-dessus de moi.
L’un avec un parfum de “oui, c’est vrai, j’aurais pu”.
L’autre avec une pointe de “me voilà”.

Et soudain, autre chose arrive.
Quelque chose de net.
De seul.

L’extraterrestre.

Lui, je le reconnais immédiatement.
Pas parce qu’il est différent…
mais parce qu’il ne se mélange pas.

Dehors, ça hésite encore :
« Risch… c’est pas Villeret ? »
« Villeret… c’est pas Risch ? »
« Et l’autre, c’est qui ? »

Moi, je sais.

Je garde les traces.
Les presque-choix.
Les rôles refusés qui flottent encore à la surface.
Et, dans la vapeur bleue qui raconte 

que Risch est le Villeret du pauvre,
et que Villeret est le Risch du riche,

ce qui se confondait se sépare.
Ce qui hésitait se fixe.

La bifurcation.
La divergence.
La décantation.

Conclusion de la marmite

Je suis la soupe aux schtroumpfs,
la soupe aux frères,
 la soupe aux visages clonés 
qu’on mélange trop vite.

Je garde les ressemblances.

Je trie les différences.
Et si vous écoutez bien, au fond,
là où plus rien ne se distingue vraiment, 
vous m’entendrez encore.

Bluuuurp.

Ou quelque chose d’approchant.

 .

Lothar

 

 

JEU 118 : "La Soupe au bleu" - Jill Bill

 





La soupe au bleu


Une soupe à quoi ici.....
Servie dans cette soucoupe......... !?

Au « bleu » cher ami Casimir....
Au « bleu » !! Hum, miam, miam....
Avec un cht'ti canon d'rouge, eh eh........
Je chasse ce bleu au village d'à côté
Certes, sans autorisation, je ruse,
Mais c'est encore meilleur...
Goûte y donc mon alien !! Déguste...

Oui m'sieur Gamelle, ouiiiii......
Schtroumpfement bon, dans ma langue....

Va pour la soupe aux Schtroumpfs, eh eh...

C'est c'que j'appelle ma grosse bouffe
Depuis qu'ma femme cette gourgandine
est partie avec Azraël, un zig....

Un zig m'sieur Gamelle.... !?

Un auto suffisant, mange mon fils....... mange !!!

J'aimais bien chelle au vert
Au bleu ché kekchose m'sieur Gamelle...

J'remplirai ton bidon Casimir ;
Ils en diront des nouvelles, là-haut à OXO !!!






JEU 118 : "La soupe aux schtroumpfs"


- Atelier d'écriture pour le mois de mai -

 
Chers ami(e)s écrivant(e)s,
 
Ce mois-ci, je vous propose de prendre
 comme point de départ
cette photo :



 et ce livre : 


(Bande dessinée de Peyo)
.


Comme d'habitude, vous pouvez (au choix) :


Schtroumpfer les mots du titre

dans l'ordre ou dans le désordre

- Prendre le titre de ce livre comme titre de votre schtroumpf

- Ou faire référence dans votre schtroumpf au contenu de l'oeuvre

(en l'imitant, le complétant, le citant...etc)

.


Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 mai 2026
.
 
C'est le moment de laisser aller 

votre imagination débridée...

et votre sens de l'humour !
.

Amusez-vous bien !

.

La Licorne
.



jeudi 30 avril 2026

JEU 117 : "Chapeau ? Bah..." - Tiniak


Chapeau ? Bah…


Sur le Quai de Juillet, quasi désert
un bien triste minois, le nez en l’air
et l’air de dire…
“Le déluge et puis, quoi de pire ?”

L’onde lui adressait quelques œillades
prêtes à recueillir son cœur malade
à en crever…
le sombre plafond des nuées

Moins pleureux sous le saule aux bras ballants
j’observais cette scène, incidemment
laissant ma peine
aux bons soins d’autres quarantaines…

Si j’osais ?… Et j’osai ! lui faire un signe…
Elle se cabra d’un coup, le port digne
interrogeant
de son regard, mon sentiment

Dans un pli de l’ombre complice
elle s’évanouit… Ô supplice !
Adieu, Donzelle…
Qui saura jamais quel vain tourment te rappelle… ?

Passe un fugace et morne soir…
Puis quelques jours, sans rien à voir


Mais, j’en suis sûr… Oh je le jure !
Alors que j’attendais mon train
(pour un Quelque Part incongru)
tout soudain, je l’ai reconnue
journal en main
mise bourgeoise et moins catin

Et – j’en mettrais ma main au fion !
Elle m’a remis… Ce frisson !
mais, sitôt passé le suspens
de cet ineffable moment
“Adieu, bonhomme !
Prière d’oublier au mieux Ma Pomme”

Chapeau, La Belle (guérie, donc) !
Je lécherai ton guéridon
(sitôt partie vers… ta clinique ?)
pour apposer ma poLétique
sur le carnet
où j’ai coutume, au vrai, de tout bien 
effeuiller




lundi 20 avril 2026

JEU 117 : "La trouille du siècle" - Joe Krapov


LA TROUILLE DU SIECLE


 
L’homme avait des visons. Enfin, des visions. Quelquefois il considérait sa femme et voyait en elle un chameau. Cela n’était en rien insultant, dégradant ou même misogyne. D’ailleurs nous n’avons aucune raison d’en vouloir au camélidé. C’est un animal tranquille, utile, un tantinet exotique, certes, mais synonyme de régions chaudes, de tourisme et de vacances. Il est différent de nous en ce qu’il blatère alors que nous sommes, nous, du genre à déblatérer. 
 
Si celle à qui il s’était uni devant monsieur le maire et les familles réunies était à ses yeux un chameau, c’est en raison du fait qu’elle le véhiculait bien souvent.
 
Et donc, une semaine dans l’année, afin de l’en remercier, il lui offrait un désert, avec voyage en train, hôtel, restaurants. Il commandait le tout lui-même grâce à cet outil magique, Internet, où le client fait tout le boulot, fait chauffer sa e-carte bleue et où à l’autre bout on se contente d’encaisser la braise et de veiller à ce que le distributeur de café fonctionne bien à l’heure du breakfast.


On dit énormément de mal des déserts. C’est à tort. On nous méga-bassine avec les déserts médicaux, les déserts culturels mais de fait ces étendues de sable, ces zones blanches ou ces villes forcément minuscules aux yeux des habitants de l’antique Lutèce qui ne voient de bon bec qu’en leur tonitruante cité, nonobstant qu’en matière de bonbecs, le Mistral est gagnant-gagnant, ces bourgades que régente un officier de l’État à casquette qui, comme nous le suggère M. Daudet dans une lettre envoyée de son moulin, versifie des alexandrins au lieu de grands discours dans les étendues d’herbe verte (là où est le bonheur dixit M. Fort ?), tous ces territoires inconnus des richous qui s’en vont en avion à l’autre bout du monde contiennent d’infinies richesses et ce serait bien que le style de Marcel de Combray se barre de cet énoncé déjà bien longuet, ma foi !
 
Il faut juste aimer l’histoire, l’accumulation de vieux meubles, de tableaux, de statues, de choses et de faits d’autrefois.
 
Le dernier désert où l’homme a emmené sa femme vêtue d’un vison, d’un collier et d’un ridicule bibi se nommait Blois et était, est toujours le chef-lieu du Loir-et-Cher, ce morceau de France où habite la famille du gars Michel D., le chanteur nostalgique du café « Chez Laurette ».

 

 

On y trouve l’amusante Fondation du doute, un admirable musée des arts religieux, une cathédrale sans grand intérêt, une maison des acrobates, de belles images de gabares d’aujourd’hui et, au château, de belles images de bagarres d’autrefois. Ici, quarante-cinq favoris d’Henri III assassinèrent le duc de Guise et dans l’édifice religieux jouxtant le castel, Léonard de Vinci gît encore aujourd’hui en son humble tombeau.
 
***
 
Le midi, dans le restaurant où ils déjeunèrent, l’homme qui considérait sa femme comme un chameau eut une autre vision : celle du fessier ténu de la jolie serveuse, celle de ses cheveux roux, de son sourire naturel. Son amabilité, sa grâce, son aide en vue d’afficher le menu via un QR code le touchèrent. Était-ce un délit d’être ainsi séduit ? Quand on regarde le monde, quand on ne fait que regarder les gens, est ce un crime ? Quel en était le châtiment ? Est-ce que Dostoïev skie ?
 
Tout en discutant de Louis XII, d’Anne de Bretagne et de la salle des États-généraux, il regarda la femme de sa vie et au lieu du chameau, il vit un château ! Il songea à ce qu’ils vivaient ensemble, à toutes ces années écoulées en confiance totale et sa trouille du moment et ses questions idiotes s’évanouirent : l’homme qui regardait sa femme comme un château découvrit qu’il n’y avait en elle ni échauguettes, ni mâchicoulis ni surtout… aucune meurtrière !
 
C’est donc tout à fait rasséréné qu’il avala son faux-filet de bœuf, ses frites et sa salade.
 
 
N.B. 1
 
Cher Défiant·e·s du samedi, j’ai un chouïa la trouille de m’être bien gouré. Je crains fort d’avoir traité ici la consigne d’écriture 117 de Filigrane, l’atelier de Dame Licorne.

 Je suis effrayé de surcroît en constatant l’absence, dans tous les vocables de cette contribution, de la seizième des lettres du système utilisé en vue de constituer, avec des consonnes ou des voyelles, des syllabes, des mots, des énoncés et des romans fleuves dont le début nous causerait d’un mondain souffreteux qui durant des années se coucha de bonne heure ».
 
Je vous l’assure : j’ai les chocottes, je tremble des glaouis devant ce fait fort inquiétant : l’influence qu’exercent sur moi les affidés de Raymond Queneau et de l’autre Georges, celui qui arrive à faire des récits sans caser des « e » et des omelettes sans casser des œufs, devient vraiment très inquiétante. Dès demain, je vous en fais serment, je vais consulter !
 
 
N.B. 2
 
- C’est quoi ce charabia, Joe Krapov ?
 

- J’ai bien peur d’avoir pondu un lipogramme en p à partir de la première photo et du bouquin « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau » ! ;-) 


Joe Krapov



dimanche 19 avril 2026

Pour Mil et Une : "Charles-Edouard"




Après deux mois de passion charnelle et intense, Charles-Edouard l'avait quittée sans une explication.

Elle était allée au restaurant qu'ils avaient l'habitude de fréquenter. A l'heure habituelle. 
Elle avait commandé deux flûtes de champagne, deux steaks de cheval avec une sauce aux champignons, un peu de chaource et deux crèmes brûlées (au chalumeau). Leur menu préféré.

Puis elle avait attendu. Longtemps.

Elle avait fini par tout manger, seule.

La colère lui donnait de l'appétit.

Comment son coeur avait-il pu battre si fort pour ce chasseur au chapeau vert ? Comment avait-elle pu se laisser berner par ce grand gaillard au regard aussi charmeur que chafouin ? Comment avait-elle pu être aussi naïve ?

Elle aurait dû se douter que cette histoire allait très vite chavirer...et qu'elle se retrouverait à sauter dans la première chaloupe, avec son chagrin et son amertume pour seule compagnie.
 Elle aurait dû, oui.

Mais voilà, à chaque fois, elle y croyait. A chaque fois, elle pensait que ce serait différent...A chaque fois, elle se rejouait cette scène où une femme et un homme se jetaient dans les bras l'un de l'autre...chabadabada, chabadabada...

Il n'y a que dans les films que les histoires d'amour finissent bien.

" Garçon, un café, s'il vous plaît !"

Machinalement, elle avait ouvert le journal à la page des petites annonces.

"Veuf, charmant, possédant un chalet à Chamonix, cherche âme soeur pour partager des moments chaleureux, et plus...si affinité".

Tiens, il y a de nouvelles propositions.

Voyons voir...


La Licorne



Pour l'Atelier Mil et Une
 
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Tautogramme

avec les mots :
chapeau
chagrin
charnel
chafouin
chasseur
chavire
champagne
chaource
chaloupe
chalumeau

et un intrus : CHEVAL