- Atelier d'écriture pour le mois de mai -
Filigrane
Ateliers d'écriture mensuels : textes, poèmes et jeux littéraires
mardi 21 avril 2026
JEU 118 : "La soupe aux schtroumpfs"
lundi 20 avril 2026
Pour Mil et Une : "Charles-Edouard"
Après deux mois de passion charnelle et intense, Charles-Edouard l'avait quittée sans une explication.
Elle était allée au restaurant qu'ils avaient l'habitude de fréquenter. A l'heure habituelle.
Puis elle avait attendu. Longtemps.
Elle avait fini par tout manger, seule.
La colère lui donnait de l'appétit.
Comment son coeur avait-il pu battre si fort pour ce chasseur au chapeau vert ? Comment avait-elle pu se laisser berner par ce grand gaillard au regard aussi charmeur que chafouin ? Comment avait-elle pu être aussi naïve ?
Elle aurait dû se douter que cette histoire allait très vite chavirer...et qu'elle se retrouverait à sauter dans la première chaloupe, avec son chagrin et son amertume pour seule compagnie.
Mais voilà, à chaque fois, elle y croyait. A chaque fois, elle pensait que ce serait différent...A chaque fois, elle se rejouait cette scène où une femme et un homme se jetaient dans les bras l'un de l'autre...chabadabada, chabadabada...
Il n'y a que dans les films que les histoires d'amour finissent bien.
" Garçon, un café, s'il vous plaît !"
Machinalement, elle avait ouvert le journal à la page des petites annonces.
"Veuf, charmant, possédant un chalet à Chamonix, cherche âme soeur pour partager des moments chaleureux, et plus...si affinité".
Tiens, il y a de nouvelles propositions.
Voyons voir...
vendredi 17 avril 2026
JEU 117 : "Confusion" - Lilousoleil
Dans le café aux murs pâles, elle était assise comme une image figée dans le temps, un
chapeau légèrement incliné sur la tête, une tasse délicatement tenue entre ses doigts. Tout en
elle semblait à sa place — trop à sa place, peut-être.
L’homme entra sans vraiment regarder. Il avait cette manière étrange de percevoir le monde,
comme si les choses n’étaient que des formes à assembler, des objets à classer. Il balaya la
salle du regard, s’arrêta un instant sur elle… puis détourna les yeux.
Il s’approcha.
— Pardon, dit-il doucement en tendant la main.
Elle leva les yeux, surprise, mais avant qu’elle n’ait le temps de répondre, il attrapa son
chapeau. Enfin — ce qu’il croyait être son chapeau.
Ses doigts effleurèrent ses cheveux, puis sa tempe. Il fronça les sourcils, perplexe, comme si
l’objet refusait de se laisser saisir correctement.
— Étrange, murmura-t-il. Ce chapeau est… chaud.
Elle resta immobile, une seconde, deux secondes. Le monde sembla suspendu entre deux
interprétations possibles : l’erreur ou la folie.
— Monsieur, dit-elle enfin, d’une voix posée, je crains que vous ne confondiez.
Il recula, soudain déstabilisé, regardant sa main comme si elle venait de le trahir.
— Je… je pensais…
Mais il ne termina pas. Car ce qu’il voyait ne correspondait pas à ce qu’il comprenait. Pour
lui, les visages étaient des formes floues, des ensembles incohérents. Les objets, eux, avaient
une logique rassurante.
Elle, en revanche, n’était pour lui qu’un contour élégant, surmonté d’un accessoire.
— Vous prenez peut-être trop de choses pour ce qu’elles ne sont pas, ajouta-t-elle doucement.
Il la regarda de nouveau, plus longtemps cette fois. Quelque chose semblait changer dans
son regard, comme un effort douloureux pour dépasser la surface.
— Et vous, demanda-t-il, n’êtes-vous jamais prise pour autre chose ?
Elle esquissa un léger sourire.
— Tous les jours.
Un silence s’installa. Puis il hocha la tête, lentement, comme s’il venait d’apprendre une
vérité simple et immense.
Il s’excusa, maladroitement, et s’éloigna.
Elle reprit sa tasse, mais ne but pas. Elle regardait la porte par laquelle il était sorti, songeuse.
Car au fond, pensa-t-elle, il n’était peut-être pas le seul à confondre les êtres avec des objets
. Certains regardent sans voir. D’autres voient sans comprendre.
Et parfois, il suffit d’un chapeau — ou d’un visage — pour révéler à quel point le monde
peut nous échapper.
mercredi 15 avril 2026
JEU 117 : "Rupture" - An'Maï
Rupture
L'homme l'a posée là comme on pose un chapeau
Ou comme un pardessus sur son porte-manteau.
Il l'a déposée là, l'aurait-il oubliée?
Depuis sa femme attend, la mine résignée.
.
Une tasse à la main, dans l'autre une revue
Qu'en le guettant, dix fois déjà elle a relue,
Elle fixe le vide, la belle élégante,
Cela lui donne en fait, une allure distante.
«Attends-moi, je reviens !» C'est ce qu'il a promis.
Mais son attente est vaine. Enfin elle a compris !
Sous son joli bibi, son étole de reine
La femme abandonnée à la mine lointaine,
Ne voit rien, n'entend rien, perdue dans ses tourments.
Son mari l'a quittée, d'un coup c'est évident !
Il a pris son chapeau, ses claques et ces cliques.
Voilà d'une rupture le récit clinique.
.
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lundi 13 avril 2026
Mil et une : "Dali"
Pour l'atelier Mil et Une
Le soleil luit
Alors Dali
Plonge son pinceau
Dans l'astre d'or.
Devant l'oiseau,
Oui, Salvador,
- Fou ou génie ? -
Dé-peint la nuit.
.
La Licorne
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jeudi 9 avril 2026
Atelier de Villejean : "Le vocabulaire d'antan"
"Eh, ça boume ?"
C'est l'histoire d'une mouflette de treize piges, qui veut jouer les nanas. Ses parents ne s'occupent pas beaucoup d'elle, ils sont trop occupés par leur propre vie. A vrai dire, la seule personne qui la comprend vraiment, c'est son arrière-grand-mère, Poupette. Elle, elle est vachement chouette. On peut tout lui raconter. Ensemble, elles ont de grandes causeries.
Un jour, la miss est invitée à une surboum. Elle trouve ça épatant mais elle s'aperçoit assez vite qu'elle n'a rien à se mettre : ses fringues à deux francs six sous, la petite laine sur le tricot de peau, le gros chandail et les grolles usées, ça va pour aller au collège, mais pas pour aller gambiller ou danser. Elle se cloître alors dans sa cambuse et passe des plombes à essayer des vêtements, histoire de trouver un truc qui l'avantage un peu.
Puis elle sort à intervalles réguliers pour faire sa mijaurée devant sa mère qui lui lance des : "Mazette !", "Punaise ! ", "Terrible !"...et des "Trop chou ! " sans interrompre son travail de dessinatrice.
Bon, la fin de l'histoire, tout le monde la connaît : Vic va se rendre à la nouba de Raoul et s'enticher d'un petit gars au joli minois. Tout le monde se souvient du moment où le pick-up débite ce slow inoubliable : "Dreams are my reality...", de ce moment où, au beau milieu du chahut, le temps semble s'arrêter...
Ce genre de scène, c'était trognon. A l'époque, c'était encore assez "soft" ; deux tourtereaux qui se bécotent sur une belle musique, une fille qui en pince pour un garçon de son âge...y'avait pas de quoi fouetter un chat.
Quelques années plus tard, les parents s'inquiètent pour bien autre chose : le "Jules" en question est-il un blouson noir, un cador, un margoulin tatoué qui roule en pétrolette et qui se fait de l'oseille en fourguant de la came à ses potes ? Apporte-t-il, en douce, de la bibine, des alcools forts ? La java va-t-elle se terminer en désastre, chaque invité finissant par rendre ses boyaux dans tous les coins de l'appartement ? Ou pire : va-t-elle se terminer au panier à salade ? Vont-ils devoir "casquer" pour récupérer leur petit poussin ?
Ce genre de faits divers, malheureusement, il y en a plein les gazettes.
Alors, pris d'angoisse, les parents bigophonent quatre fois dans la soirée pour savoir si tout se passe bien. Du coup, leur fille les trouve absolument assommants et elle leur fait la tronche jusqu'à noël...
...quand elle ne fait pas sa valoche pour se tailler au bout du monde...avec toutes ses éconocroques et un gus complètement branque...afin de bien leur faire comprendre, à ses deux "vioques", qu'elle n'est plus une gamine, qu'elle a l'âge d'être libre...et qu'ils n'ont pas intérêt à la brider...
Pour sûr, nous vivons une époque "moderne"...
La Licorne
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Pour l'Atelier de Villejean
"Parler comme ses arrière-grands-parents"
(Les mots "démodés" sont en italique dans le texte...
j'en ai "casé" une bonne cinquantaine :-)
mardi 7 avril 2026
JEU 117 : "Bizarrerie bien bizarre" - Jak
AI : "Petite coupure" - La Licorne
Sur le thème
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vendredi 3 avril 2026
JEU 117 : "La femme qui prenait son regard pour un chapeau" - Lothar

Elle est là, assise, tasse en main.
Ses doigts portent déjà quelque chose qui ressemble à des chapeaux,
comme si chaque geste portait mémoire d’un départ.
Il est sorti, à huit heures, comme d’habitude.
Le chapeau est resté, suspendu à la patère.
Et elle, suspendue à son rôle.
Invisible, mais présente.
Elle se souvient : dix ans de mariage,
dix ans à être meuble, décor, habitude.
Mais ce matin, quelque chose a bougé.
Pas dans la maison – dans l’image.
Elle a relu ses textes, les siens, les autres.
Les textes cliniques du défi.
Une fois, puis deux.
Elle a revu la scène : la femme, le chapeau, la tasse.
Et soudain, le chapeau a parlé.
Pas pour dire, mais pour déplacer.
Le regard n’était plus celui de l’homme.
Ni celui du narrateur.
C’était le sien, enfin.
Celui qui sort avant lui,
qui boit son café ailleurs,
qui rentre quand elle veut.
Elle a compris qu’on ne devient pas invisible d’un coup,
mais par petites habitudes consenties.
Et qu’il suffit un jour de mettre un chapeau,
de lever la tête,
pour que le monde – voire son cher mari –
se souvienne qu’elle a toujours été là.
Alors elle a pris la tasse,
et dans le reflet du café,
puis dans le mirage du marc,
elle a vu non pas un chaton, mais un chapeau minuscule
posé sur chaque doigt,
comme une pensée qui tient.
Elle n’a rien dit.
Elle n’a plus besoin de dire.
Le récit s’écrit seul,
dans le silence des chapeaux.
.
.
jeudi 2 avril 2026
JEU 117 : "L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau" - La Licorne
Il est sorti. A huit heures.
Son chapeau est là, accroché à la patère.
Un peu vieux, un peu usé, légèrement cabossé.
"Comme moi" pensa-t-elle.
Je suis devenue comme ce couvre-chef.
Posée là, en attente. A disposition.
Une présence rassurante.
Mais invisible.
Le matin, il se lève, boit son café,
lit son journal et commente les nouvelles.
Sans même lever le regard sur moi.
Je peux être maquillée, pomponnée, élégante...
ou en robe de chambre,
cela ne change rien.
Dix ans de mariage.
Et voilà.
Mon mari considère sa femme comme un meuble.
Il part à la clinique, vaque à ses occupations,
soigne ses patients, rentre tard.
Et le lendemain, il s'attend à ce que je sois là.
A la même place que la veille.
Comme son chapeau.
Et moi, j'attends. Passive. Résignée.
Pour toujours ?
Eh bien, non.
Aujourd'hui, j'ai envie d'inverser les rôles.
Aujourd'hui, je serai l'homme.
Celui qui prend son café, lit son journal,
met son chapeau, sort...
et revient à la maison quand il fait nuit.
Aujourd'hui, je vais écrire un autre récit.
Je vais sortir avant lui
et rentrer après lui.
J'irai prendre mon petit-déjeuner
à la brasserie du coin.
Je ferai les magasins toute la journée.
Je dînerai au restaurant, seule.
Et je ne rentrerai que quand je l'aurai décidé.
Non, mais !
Ce n'est pas parce que je m'appelle
De la Rochefoucauld
que je suis condamnée à jouer les potiches.
On est en 1970, que diable !
Il est temps de sortir...
des stéréotypes.
.
La Licorne
.
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Consignes du Jeu 117
et de l'Atelier d'Ecriture créative
Proposition 316 – Quand le héros change de costume
Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu’il se passerait-il si la princesse sauvait le chevalier ? Si le dragon avait peur du village ? L’idée de cette proposition est de renverser les clichés !
Consigne : Écrivez une scène en inversant un cliché connu.
Vous pouvez choisir un conte, un stéréotype de film, une situation courante ou même un trait de personnalité attendu.
mercredi 1 avril 2026
JEU 117 : "Alphonse" - La Licorne
Photo d'Anna Osk
Mais que fait cette femme sous un bibi d'antan ?
Elle consulte le journal : est-ce pour les infos ?
Cherche-t-elle les nouvelles du Moyen-Orient ?
Est-elle en train de lire le bulletin météo ?
Elle a mis son vison et son plus beau chapeau
Elle a sorti ses perles et ses boucles d'oreilles !
Pourquoi boit-elle un thé, dans ce petit bistro
A sept heures du matin, dans un demi-sommeil ?
Sans me faire remarquer, je passe derrière elle
Et je jette un coup d'oeil sur la page grande ouverte :
Bon, je me suis trompé...sur la belle demoiselle.
Le journal est ouvert sur les petites annonces !
On y lit : "Récompense, forte, sera offerte
A qui retrouvera...mon petit chat Alphonse".
.
La Licorne
.

Photo d'Anna Osk
P-S : Je sais, je sais...
je n'ai pas respecté mes propres consignes...
(insérer les mots du titre...)
Je le ferai dans un texte ultérieur...
.
JEU 117 : "La femme au chapeau et le chat de porcelaine" - Lothar
Il était une fois une femme au chapeau sombre, qui venait chaque matin s’asseoir dans un café où les autres clients, surtout des hommes, parlaient bas, comme s’ils craignaient de déranger quelque secret ancien.
Dans ses mains, elle prenait toujours la même tasse de café, et dans cette tasse reposait un minuscule chaton, aussi calme qu’une ombre.
Une autre femme, habituée du lieu, au pseudo de biche unicorne, observait la scène, jour après jour. Elle trouvait qu’elle ressemblait bougrement à la femme au chapeau de son défi. Elle tenta donc d’en faire un récit clinique, persuadée qu’il s’agissait d’un phénomène étrange, peut-être même d’un cas rare à consigner dans un billet savant.
Mais plus elle regardait, moins elle comprenait.
Car le chat ne buvait pas, ne miaulait pas, ne bougeait presque pas.
Et pourtant, il semblait vivant.
Et pourtant, il semblait rêver.
La blogueuse finit par demander à la femme :
– Madame, pourquoi ce chat dans une tasse ?
La femme répondit simplement :
– Parce qu’il ne faut jamais confondre la fragilité et la liberté. Certains êtres ne grandissent qu’à l’abri d’une porcelaine.
La Licorne, écornée et perplexe, voulut en savoir plus.
Mais déjà, la femme au chapeau se levait, laissant derrière elle une légère odeur de café noir et un silence qui pesait comme une énigme.
Le lendemain, elle ne revint pas.
La tasse resta vide.
Et notre auteure comprit alors que son récit clinique ne serait jamais qu’une coquille vide :
ce qui compte dans une fable n’est pas l’explication, mais l’échappée.
JEU 117 : "Ernestine" - AlainX
Ernestine de Clochechapot, née Gallur, l'avait fière.
Elle avait pris ses quartiers d'orange au café « la Cloche », face au
Palais de justice, où elle se rendait chaque matin boire son Lavazza qui
lui rappelait tellement ce bel italien dont elle fut follement
amoureuse, durant quelques semaines, mais qui l'avait néanmoins plaqué
un soir, et ça, c'était fort de café !
Depuis, de noir vêtue,
elle traînait son ennui en compagnie de son vison triste lové autour de
ses épaules en guise de consolation tentée. Ses boucles d'oreilles
pendaient tristement de ses lobes, comme les extrémités de pendules de
mauvais augures. Son collier à trois rangs de perles fines, mais
grossièrement enfilées, se demandait s'il n'aurait pas mieux fait de se
détacher, les perles se répandant sur le plancher avec des petites
roucoulades de glissades entre les lattes du plancher.
Peut-être
que l'incident aurait attiré l'attention de l'homme qu'elle fixait du
regard depuis un bon moment. Il était assis à la table de l'autre côté,
en robe, et ne levait pas le nez de la revue judiciaire « la Gazette du
Palais » avec une attention de juge d'instruction sur le point de rendre
son ordonnance de renvoi afin qu'il soit statué sur ce viol conjugal.
Ernestine rêvait de s'envoyer en l'air avec la Justice.
Pour
l'immédiat, elle tenait en main une revue : « la Gazette du jour qui
vient », dont elle n'avait pas tourné une seule page depuis trois quarts
d'heure. Les nouvelles qu'elle contenait allaient finir par ne plus
être très fraîches. Pourtant, un article était intéressant concernant
l'homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Il relatait que celui-ci
avait brusquement disparu. Toutes les polices cherchaient à le retrouver
pour une confrontation au commissariat entre la femme et le chapeau.
La presse tenait en haleine son auditoire depuis plusieurs semaines avec ce sujet à rebondissements. Chapeau les journalistes !
Le juge se leva, paya et sortit.
La
femme garda son regard fixe. De fait, elle regardait la porte là-bas,
plus loin, avec ce panneau qui y était cloué : « Toilettes Fraîches ».
Elle songeait : j'y vais ? Ou pas ?
Cruel dilemme dont la résolution finirait par devenir pressante.
JEU 117 : "Au café des Lilas" - Jill Bill
JEU 117 : "L'homme qui..."
et de ce livre :
"L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau
et autres récits cliniques"
d'Oliver Sachs