Il fallait aussi introduire du cercle,
Filigrane
Ateliers d'écriture mensuels : textes, poèmes et jeux littéraires
samedi 7 mars 2026
Agenda ironique : "Depuis le temps" - La Licorne
Il fallait aussi introduire du cercle,
vendredi 6 mars 2026
Ce qui me tient debout
![]()
Mille fois , je suis tombée.
Mille fois, je me suis relevée.
Seule. Ou presque.
Certains appellent cela la "résilience".
Le mot est imparfait.
La résilience, au départ, est "la capacité d'un matériau
à absorber l'énergie d'un choc en se déformant".
Mais je ne suis pas un matériau.
Et puis, je n'ai pas envie d'être "déformée".
Parce que je ne sais pas si cette déformation sera définitive ou pas.
Qu'il m'oblige à passer par où je ne serais pas passée sans lui.
Ou alors, qu'il "ouvre" une brèche en moi.
Une faille par laquelle pourra passer quelque chose.
"Heureux les fêlés, ils laissent passer la lumière."
(Michel Audiard)
J'aime bien cette phrase.
Les blessures sont effectivement capables de nous "ouvrir".
A plus grand que nous.
Mais ne pas oublier que les plus importantes
peuvent tout aussi bien nous "casser".
Nous sommes tous des "cruches" fragiles.
Et nous ne sommes pas tous experts en "kintsugi".
La cassure ne nous rend pas toujours plus "beau", plus "original".
Parfois, la cassure ne se comble pas.
Elle laisse passer l'eau. L'eau de nos larmes.
Goutte à goutte. Longtemps.
J'ai souvent "rebondi" après des traumatismes.
Je sais que j'en suis capable.
Mais je ne me sens pas plus forte.
Je sais qu'il suffit d'un "coup" de plus, d'un "coup" de trop
pour que l'ensemble s'effondre.
Pour que le désespoir pointe le bout de son nez.
Ce ne sera peut-être pas le "pire", pas un coup énorme.
Mais s'il tombe sur une "faille" déjà existante,
il peut tout faire éclater.
Les prêcheurs de "positivité" m'énervent un peu, je l'avoue.
L'optimisme à tout crin frôle souvent la candeur.
Trouver du "positif" dans les pires situations n'est valable
que si c'est nous qui le faisons.
Le faire pour le voisin est offensant.
Alors, pitié, ne jouons pas les "Pangloss"
en mettant sur le même pied
les "grandes douleurs" et les...pistaches. (*)
Nous ne vivons pas dans le "meilleur des mondes possible".
Ce qui me tient debout ?
Je ne sais pas.
Peut-être pas quelque chose. Ni quelqu'un.
Peut-être pas ce que je crois.
C'est un subtil équilibre.
Comme quand on marche.
Ou qu'on fait du vélo.
Pourquoi ne tombe-t-on pas ?
Parce qu'on avance.
Ni trop vite, ni trop lentement.
Parce qu'on ne regarde pas ses pieds
mais un peu plus loin.
Bref, parce qu'on "va".
...ça "va" ? ça va.
.
La Licorne
.
(*) Pangloss disait quelquefois à Candide :
" Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ;
car enfin, si vous n'aviez pas été chassé d'un beau château
à grands coups de pied dans le derrière
pour l'amour de Mlle Cunégonde,
si vous n'aviez pas été mis à l'Inquisition,
si vous n'aviez pas couru l'Amérique à pied,
si vous n'aviez pas donné un bon coup d'épée au baron,
si vous n'aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d'Eldorado,
vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches."
Voltaire
.
D'après la consigne de
Proposition 314 – "Ce qui tient debout"
Il y a, dans nos vies, quelque chose qui empêche l’effondrement. Ce n’est pas forcément grand. Ce n’est pas forcément noble. Mais c’est là.
Consigne : Ecrire un texte à partir de la phrase « Il y a quelque chose qui me tient debout, et ce n’est pas ce que l’on croit. »
jeudi 5 mars 2026
JEU 116 : "Vent de mars" - La Licorne
Vent de mars
Il roule sur les pavés
Sans jamais regarder
Ceux qui marchent à l'ombre
Sous ma caresse enjouée
Il en oublie le nombre
Il jette ses papiers
Comme on lance des colombes
Moi, je les fais danser
Au-dessus des décombres
Les mots volent légers
Et puis soudain retombent
Dans un silence forcé
Les passants sont passés
La guerre jette ses bombes
Personne pour se soucier
D'un cycliste engagé
A part le souffle frais
Du printemps qui renaît
Rien ne laisse présager
La fin de l'hécatombe
.
La Licorne
.
Où le vent se lèvera..."
mardi 3 mars 2026
JEU 116 : "Au vent de mars" - Lothar
Au vent de mars
Le matin commençait toujours avant moi. Et le vent de mars arrivait toujours avant lui.
Je savais que lui arrivait quand le gravier du chemin se mettait à parler. Un crissement bref, puis le petit soupir du frein, le tintement doux de la sonnette Saint Christophe. Dans mon quartier des années 2000, les pavillons retapés avaient chacun leur voix : une boîte aux lettres qui claque sec, une autre qui grince comme une vieille porte de grange, une troisième qui sonne creux. Lui, il les connaissait toutes par cœur. Il les faisait toutes chanter.
Le facteur.
Grand blond, charismatique, mèche souple à la Françoise Hardy, casquette légèrement de travers. Vélo noir un peu penché sur le monde. Et cette voix de fausset, claire, presque théâtrale comme un appel d’oiseau qui portait au-dessus des haies. On l’entendait saluer, blaguer, commenter la météo, dire à demain, parfois même chanter un bout de refrain. Il avait ce don rare : faire croire que la tournée était un théâtre ambulant et que chaque maison était une scène.
Je ne le voyais pas toujours, mais je l’entendais vivre. Je pouvais tracer son parcours à l’oreille.
C’était ça, sa présence : un son avant d’être un visage.
Il finissait presque toujours chez le père Roblin, dans la grande cabane de jardinier qui sentait la terre humide et la confiture maison. Un petit coup de gros plant bien frais, un rire, un silence complice. Rituel de fin de tournée. Partition quotidienne. À refaire le monde. On aurait pu régler une horloge dessus.
Puis le vent de mars passait, tournait, et avec lui, quelque chose changeait.
Pas brusquement. Pas tragiquement.
Juste… autrement.
Un jour, j’ai commencé à bricoler un flux RSS sur mon blog.
Je me revois, penché sur l’écran comme un marin amer sur une chaloupe à réparer. Avec des lignes de code à la place des mots. Des balises à la place des salutations. Un protocole à la place d’un visage. Le monde devenait un courant à flux continu : on n’attendait plus la lettre, on la syndiquait. On n’écoutait plus la voix, on surveillait un rafraîchissement automatique.
Et pourtant, je ne me suis jamais dit que c’était mieux ou pire.
Juste différent.
Le facteur avait un corps, une odeur de vent froid, une mèche blonde qui bougeait quand il riait. Le flux RSS, lui, avait la netteté d’un outil bien affûté. Pas de confiture, pas de détour, pas de gravier. Une information qui glisse, propre, rapide, sans bavure.
Parfois, quand une notification muette s’allume sur mon écran, je repense au bruit du vélo.
À la voix qui traversait le matin.
À la cabane du père Roblin.
À cette façon qu’il avait de porter les lettres comme on porte et confie des secrets.
Le vent de mars continue de souffler.
Il passe entre les lignes de code comme il passait entre les haies des jardins de mon quartier.
Il ne dit pas que c’était mieux avant.
Il dit que le RSS, au fond, c’est un facteur sans confiture.
Efficace.
Propre.
Et un peu triste.
Et il rappelle seulement qu’avant ça, il était un visage.
JEU 116 : "Les petits papiers" - La Licorne
Les p’tits papiers
Au vent de mars
Mille notes éparses
S'envoleront
Papier chiffon
Sans vous toucher
Laisser passer
Tous les papiers
Papiers de guerre
Ou de colère
Qu’enfin ils puissent
Papier maïs
Se disperser
Un peu d’gaieté
Papier doré
Ce s'rait magique
Papier musique
Tant de chagrin
Papier dessin
A oublier
Laissez passer
Papier glacé
Le pire du mal
Papier journal
L'actualité
Papier froissé
Oui, c’est navrant
Tout est en ruine
Papier machine
A la télé
Papier monnaie
Tous ces gens louches
Papier tue-mouches
Sont moitié fous
C’est pas brillant
Papier d’argent
C’est pas fini
Papier tout gris
Ou l’on en meurt
Papier couleur
Ou l’on s'en fout
Les p’tits papiers
Dans la lumière
Papier de verre
Le ciel nous donne
Papier carbone
Sa belle clarté
Laisser voler
Les p’tits papiers
Le mois de mars
Et ses comparses
Les lanceront
Papier chiffon
lundi 2 mars 2026
JEU 116 : "Vent de mars sur vénus" - Sébastien D
JEU 116 : "2042, Le vent de mars, hors ligne" - Lothar
La guerre éclair fait rage
Les réseaux sont tous tombés
comme des constellations mal fixées.
Les satellites tournent encore et encore
mais ils ne parlent plus à personne.
Les écrans s’allument
sur des silences blindés de parasites.
Dans les villes d’information,
les tours de serveurs
respirent un air chargé de virus.
Les données s’entrechoquent,
s’entre-dévorent.
Les archives se contredisent.
La vérité change d’adresse
plus vite que le vent.
Et pourtant
il y a cet homme.
Lui.
Un vélo simple.
Une chaîne qui grince.
Un manteau trop léger pour mars.
Il n’est connecté à rien
sinon à la rue.
Dans sa sacoche
des tracts imprimés à l’encre imparfaite.
Le papier a une odeur.
Une densité.
Un poids minuscule mais réel.
Il pédale entre les façades bardées d’antennes mortes.
Il lance les feuilles dans l’air froid.
Le vent de mars les prend.
Pas un vent numérique.
Un vent qui soulève les cheveux
et pique les yeux.
Les machines calculent encore.
Elles optimisent la pénurie.
Elles trient les survivants par probabilité.
Les collabos comme les ennemis,
Elles n’aiment pas, ne haïssent pas.
Elles exécutent.
L’homme, lui,
s’obstine.
Cet inimaginable progrès industriel
avait promis l’abondance fluide,
la communication infinie,
la paix par l’algorithme.
Il a enfanté
des tempêtes de torpilles invisibles,
des villes saturées de fakes news,
des virus plus rapides que la peur,
un dessèchement lent
dans des cités sans postérité.
On ne rejettera pas l’informatique.
On ne brisera pas les machines par colère.
On ne renoncera ni à l’électricité
ni aux sciences.
Mais on devra les placer plus bas
que la vie.
Plus bas que les enfants.
Plus bas que les visages
qui se regardent sans interface.
Plus bas que l’amitié
qui ne demande aucun mot de passe.
Le cycliste tourne au coin d’une avenue.
Il jette encore une poignée de tracts.
Ils volent mal.
Ils tombent parfois dans les flaques.
Ils se froissent.
Mais ils existent.
Dans un monde où tout peut être effacé à distance,
le papier résiste par simple présence.
Le vent de mars ne choisit pas de camp.
Il traverse humains et machines
avec la même indifférence cosmique.
Mais il relève
ce qui tient debout par effort.
Et ce jour-là,
dans la guerre entre calcul et conscience,
entre conscience et calcul,
ce n’est pas la vitesse qui gagne.
C’est le geste.
.
.
dimanche 1 mars 2026
JEU 116 : "Tracts sur la ville" - Jill Bill
JEU 116 : "Vent de Mars"
- Atelier d'écriture pour le mois de mars -
dimanche 15 février 2026
Badoum, badoum...
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La Licorne
(qui aime bien , parfois,
"retomber"...badaboum !
en enfance)
samedi 14 février 2026
JEU 115 : "La montée vers le ciel" - Lothar
La montée vers le ciel
La plus belle conquête de l’air
C’est ici l’avion des continents balnéaires
Et les navigatrices de l’air
Ces hôtesses au bel air
En blazer qui s’envoient en l’air
Au dessus de nos fumées linéaires
Qui s’envolent pour les compagnies tarifaires
Insulaires –
Sans canadairs imaginaires
De ceux de l’eau qui ne prennent l’air –
Tertiaires et monte-en-l’air
Dans ce vestibule de pierres rouge solaire
Dans ce carmin sanctuaire
Toi, la fille de l’air
À l’uniforme noir mohair
Au miroir d’ombre claire
À l’aire du temps, en appel d’air
Tu l’attends ton professeur, l’Albert
Ton inventeur patibulaire
De livraisons de colis lunaires
Qui passe son temps en plein désert
Avec son assistante, son dessert
Son amazing amazone missionnaire
Alors, ici, tu l’attends ferme sous l’orage dans l’air
Sanguinaire
Rouge de colère, tout feutre en l’air
Pour changer d’air
Tu en as l’air
L’ambiance, ici, est plus lourde que l’air
Comprimée, en manque d’air
Tes mots retenus, moléculaires
L’air morose, mi-rose, mi-polaire, bipolaire
Abattue, flagellaire, angulaire
Et tourne tourne l’horaire
Fument tes cigarettes, filtrent l’air
Cillent tes mi-cils air-air
Subliminaires en éclairs
Nucléaires
Puis sur l’air du temps tu attends, épair
Transparente, frigidaire
Et tu ne vas plus à grand’erre…
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Rodney Smith, Rocketman,
Rhinebeck,New York , 2009
jeudi 12 février 2026
AI (3) et Jeu 115 : "Voyage, voyage..."- La Licorne
Dès l'ouverture de l'engin, vous êtes propulsés très très loin dans le passé et le futur...sans retour possible, avant plusieurs heures voire plusieurs jours. Le paysage défile devant vos yeux, vous revoyez des époques oubliées, vous allez dans des contrées temporelles non encore explorées...et vous en revenez ébloui, ravi, émerveillé.
L'engin en question s'appelle... un "livre".
L'une d'elles est de pouvoir transformer de petites lignes noires et ternes sur fond blanc en images détaillées et multicolores. Une autre est de vous faire quitter l'endroit et l'époque où vous êtes pour vous emmener dans l'inconnu. C'est vraiment fantastique...et ce qui ne gâte rien, peu onéreux.
De grands hommes ont compris toute la beauté de l'expérience et ont décidé de commercialiser l'engin. De le rendre accessible au plus grand nombre.
L'un d'eux s'appelait Ernest Flammarion. C'était le cadet de la famille. Et son grand frère, Camille, avait cette même passion pour les voyages dans le temps et dans l'espace...mais lui, il utilisait d'autres outils, qu'il pointait vers le ciel. Il n'avait pas son pareil pour vous décrire le monde tel qu'il était il y a cent mille ans.
Il était astronome.
Sur cette photo, vous pouvez voir Ernest à droite, légèrement caché. A ses côtés, deux hommes endimanchés. L'un d'eux se tient au poteau, sans doute pour tempérer les effets du "décollage". Trois femmes sont venues assister au "lancement" et un autre est en train de consigner l'expérience dans un petit carnet.
De nombreux prototypes sont rangés sur les rayonnages. Lequel sera l'heureux élu pour le périple spatio-temporel de la soirée ? Nul ne le sait.
Ce qui est sûr, c'est que des "voyages" livresques, il y en aura des milliers pendant tout le siècle suivant. Ils se démocratiseront, devenant rapidement à la portée de presque toutes les bourses.
Pendant que son frère fréquentera assidûment l'Observatoire de Juvisy, Ernest vendra ses petits parallélépipèdes "magiques"...véhicules pour des "montées" fulgurantes et des milliers de rêves étoilés...
Deux frères...deux façons d'explorer l'univers...une épopée.
Et vous, c'est quand la dernière fois que vous êtes "parti" ?
Photo ci-dessous :
