vendredi 13 décembre 2019

JEU 52 : Instruction pour rêver d'en rire

 

 

Instruction pour rêver d’en rire

 

 

Installez-vous confortablement
Partez en nuage
Oubliez sur terre vos bagages
A grandes cuillerées, dégustez pains en  douce folie
Ouvrez grand vos bouches en oreilles
Planez en sourires
L’air en mélancolie transformée, fleur sage déboutonnez
N’ayez crainte de faner, sagesse envolée,
Coeur débordé, fêtez-vous en légèreté
Baillez à respirer  l’arôme nouveau,
Sentez vous bergamote et joli papillon
De branches en branches,  d’une envolée soyez liane,
Jungle des sentiments étouffés, décrochez ces instants cauchemars
Libre regardez-vous
Offrez-vous ce sourire enguirlandé de rires
Cadeau de vie, la vôtre, soyez comme vous êtes.
.
.


mercredi 11 décembre 2019

JEU 52 : Instruction pour un corbeau





Au pied de l’arbre, le renard agite la carte.
Où se l’est-il procuré ? Est-ce bien nécessaire de préciser ce point ? On a déjà dit combien il était rusé, filou, astucieux, retors, et bien d’autres choses encore. Sans compter qu’il peut aussi l’avoir acheté, ou même que quelqu’un la lui a offerte. Bref, il brandit sa carte et vante à l’adresse du corbeau les beautés de l’instruction !
« Voir le monde, apprendre, voilà ce qui est beau, Corbeau : le monde est vaste, tu ne vas tout de même pas rester toute ta vie perché sur un arbre ! »
C’est peu dire qu’il est enthousiaste : il pointe une à une les villes et leurs petits – et grands – drapeaux, les îles, les côtes zigzagantes, les fleuves et les monts.





Où aller en premier ?
Les campagnes, les collines, les montagnes ? on connait déjà. Les villes si pimpantes sous leurs si jolis drapeaux, leur toits et leurs clochetons sont plus tentantes. Et puis on lui a rapporté qu’il y avait là des bibliothèques remplies de livres – là-dedans, il parait qu’on peut apprendre à lire et à compter : de l’instruction condensée ! Mais les villes sont closes de toutes parts d’épais remparts veillés par de hautes tourelles. Il faudrait une longue échelle pour passer par-dessus. Certes, il y a des portes que franchissent des charriots emplis de vivres, de tissus, d’or et d’argent. Mais aux portes il doit y avoir des gardiens tâtillons, sans parler des bobinettes et des chevillettes, des verrous et des cadenas. Il faudra certainement montrer patte blanche à l’huis. Un demi-sourire : ce serait facile pour lui, qui a plus d’un tour dans son sac. Mais soupire : quoi, encore berner les gens ? Non, désormais, il veut vivre honnêtement et partager en frère : l’instruction, c’est la seule chose au monde qui augmente quand on la partage !

Le corbeau reste coi. Renard reprend : il y a aussi les distances : la carte est toute petite tandis que le monde est vaste. Lui, renard, s’userait en vain les coussinets… Bien sûr, il pourrait se laisser porter par l’eau, descendre les fleuves impassibles. Mais là, il doit avouer qu’une vague crainte de peaux-rouges le retiennent. Alors, franchir les côtes, voguer sur le grand océan, regarder les grands poissons qui soufflent et plongent ? Voilà qui serait nouveau. Mais il faut avoir le pied marin. Ou des ailes.
Toujours coi, le corbeau, en proie à une curieuse impression de déjà-vu. Le renard poursuit : longer les rivages, aller au bout du monde pour rendre visite aux cousines bêtes qui campent dans les marges. Et, là, jeter un coup d’oeil au delà des marges : qu’il y a-t-il après la carte ? un gouffre ? d’autres cartes ? D’y penser le vertige le prend. Il se surprend à chuchoter e pericolo sprogersi… puis s’exclame :

« Ah, compère Corbeau, vois comme les choses sur cette terre sont bien mal partagées : d’un vol plané, tu pourrais tout savoir de la diversité du monde et de sa forme, et tu te bornes à attendre Noël planté sur cette vieille bûche qui te sert d’arbre ! Tu pourrais faire cela pour moi.
Moi, si j’avais tes larges ailes noires au lieu de mes quatre maigres pattes rouges, je partirais avant demain, j’irais là, là et là (il pointe de sa patte les dessins sur la carte) et je reviendrais vite te raconter ce que j’aurais vu ! »

A ces mots, le corbeau, qui sait d’expérience que le monde est rond et crémeux et non pas sec et plat comme la fallacieuse carte qu’agite ce benêt rouge, ouvre son large bec pour détromper son malheureux compère.
On connait la suite.

Carnets paresseux 



mardi 10 décembre 2019

JEU 52 : Instructions pour voyager


 pour l’Agenda Ironique de décembre. 
Il a eu la bonne idée de récapituler la consigne: 
un voyage inspiré de l’atlas de Joan Martines, 
deux dates, six mots avec une demi-douzaine de liens,
et j’en ai retenu un, celui des instructions élémentaires. 



Voyage au bout de l'an

Instructions pour voyager


N’emportez pas une échelle même si elle est en graphène, c’est juste trop volumineux, et prévoyez de revenir avant Noël, ou partez après. On ne sait jamais si les rennes cette année avaient enfin l’idée de venir avec the red guy et le traîneau rempli de cadeaux ce 24 décembre, ce serait dommage de les manquer. J’espère simplement que vous n’avez pas prévu partir demain, parce que là c’est trop tard pour lire attentivement les instructions qui suivent et trop tôt pour préparer minutieusement votre matériel et votre esprit.
Étalez d’abord quelques cartes routières récentes sur la table et observez. Ah vous n’en avez pas, et bien il faudra faire sans. Un petit conseil, ignorez celles où les villes sont trop visibles, nombreuses et très étendues, repliez-les immédiatement car vous n’aurez pas l’impression de changer de capharnaüm habituel et finalement ce sera un gouffre financier pour votre bourse.
Regardez plutôt celles qui présentent de grandes étendues, où vous pourrez aller respirer et vous détendre. Et si toutefois quelques lieux notés vous inspirent, c’est là qu’il faut aller ou fermer les yeux et écouter.

Si quelques signalisations de sites et châteaux sont mentionnées, votre séjour n’en sera que plus intéressant. Soyez attentifs et respectueux des lacs, rivières, littoraux… L’eau est précieuse, autant que des diamants ou les étoiles. L’ambiance doit être agréable et les points de vue magnifiques. Toutefois, sans être trop tatillon, préférez un seul littoral visible à la fois, sinon vous risqueriez de choisir une île et vous en aurez vite fait le tour. Méfiez-vous d’une région de lagune où la bande de terre est étroite et étriquée voire même infestée de moustiques, et là… Vérifiez que votre trousse à pharmacie soit bien dans votre sac et facilement accessible. Quoique… si vous partez avec des amis, il en auront sûrement une aussi, alors laissez tomber la trousse, et votre sac en sera moins lourd.
Ne vous encombrez pas inutilement et déchargez immédiatement vos objets et ustensiles qui vous paraîtraient superflus. Et si vous êtes vraiment avec de bons amis, vous partagerez facilement entre vous ce qui manque à l’un ou l’autre.

Ah oui, un truc important à connaitre, car il y a toujours un moment où l’atmosphère est malgré tout plus ou moins électrique. Apprenez à chanter pour divertir et calmer les plus énervés. Ou jouer de la guitare mais là, il faudra la transporter, et c’est fragile et encombrant. Alors apprenez à souffler dans un harmonica, et peut-être même que vos amis vous féliciteront pour votre sens pratique et votre don de musicien.

Une dernière chose. N’emportez pas de bijoux, vous risqueriez de les égarer. Après tout, si vous partez c’est pour faire de jolies rencontres. Et tisser des liens avec les autochtones seront toujours possibles. Ils vous offriront bien un souvenir du pays, et s’ils vous donnent le choix, optez  pour un bijou. N’acceptez pas n’importe quoi, restez vigilant sur le volume et le poids… et l’effet beauté bien sûr. Si besoin, vous pourrez le refiler à quelque de vos amis pour un service rendu, ou si l’ambiance et électrique à cause de vous et que vous n’auriez pas eu le temps d’apprendre à chanter ou à jouer d’un instrument. Voilà, vous êtes prêt.

Repliez votre carte quand vous aurez fait le choix de votre destination et glissez-la dans votre sac, réservez vos billets ou faites le plein d’essence, à votre convenance, car on peut très bien voyager pas trop loin de chez soi. Surtout faites bon voyage.

Dans le cas où vous n’auriez pas envie de voyager seul et que vous n’auriez pas encore décidé vos amis pour vous accompagner, griffonnez joliment un message mystérieux. Emballez cette carte-trésor dans un papier cadeau comme vous le feriez pour un livre à offrir. Et déposez ce paquet dans la main de quelqu’un qui vous la tendra dans la rue un soir de ce mois.
Faites-le. Avant le 31 décembre. Et qui sait ? il appréciera votre geste, et je suis pratiquement sûre qu’il vous offrira un sourire en retour.






dimanche 8 décembre 2019

Une histoire vraie


Participation au jeu de Lilousoleil :
"Des lettres pour un mot"




De l'avis général, je fus un "beau bébé".
 Ventre grassouillet, joues rebondies, fossettes triomphantes :
 je faisais honneur à ma mère et à ses qualités nourricières. 
Son lait généreux et débordant me transforma en quelques mois à peine 
en un petit bouddha replet et repu, qui exhibait fièrement ses formes 
et qui laissait, sur le plan de la croissance, 
tous les autres nourrissons de la région loin derrière.

Au début des années soixante, 
époque où l'on ne plaisantait pas avec les vertus maternelles 
et où l'on se souvenait encore des jours faméliques 
de la deuxième guerre mondiale, 
je partais avec un avantage certain sur mes camarades. 
A deux ans, je les dépassais tous d'une tête.

Pourtant, par un de ces mystères 
que la vie vous réserve parfois,
ce splendide appétit s'émoussa d'un coup 
vers l'âge de cinq ou six ans.
A l'âge où l'on a envie de quitter le giron maternel,
je me mis, pour une raison que j'ignore,
à inverser mon rapport à la nourriture.
Alors que jusque-là, je croquais la vie à pleines dents,
je commençai à regarder mon assiette d'un air sceptique.
Tout ce que j'adorais auparavant me sembla soudain sans attrait.

  Tel un pigeon indécis, 
je me mis à picorer de ci-de là,
une miette à la fois.
Du pain, je ne voulais plus que le croûton.
Du poulet rôti, je ne goûtais qu'une moitié d'aile,
que je suçais pendant trois-quarts d'heure, 
comme le chien rogne son os au fond de sa niche.

Je ne supportais pas qu'on me serve 
plus d'une cuillerée à la fois. 
Mais, quelques minutes plus tard,
il n'était pas rare de me voir "piocher",
fourchette en avant, quelques petits morceaux
dans le plat. 

A chaque fois, cela mettait mon père 
dans une colère noire :
que je picore dans mon assiette, passe encore,
mais "chiper" dans le plat familial,
c'était hors de question.

Croulant sous les reproches, 
je m'enfuyais alors, avant la fin du repas,
dans le recoin le plus proche,
en serrant mon poing dans ma poche.

En proie à l'incompréhension familiale, 
je me murai dans le silence,
et, en réaction à l'orgie alimentaire d'autrefois, 
je mangeai de plus en plus parcimonieusement.

A sept ans, j'étais devenue longue et osseuse.
Tel le héron de la fable, 
je dédaignais la plupart des plats qu'on me proposait
et j'avais fait du grignotage "pingre"
mon mode habituel de fonctionnement.

Je n'étais plus alors que la pâle copie de moi-même.
Cela faisait longtemps qu'Oncle Henri avait cessé
de me "pincer" les joues...
et de temps à autre, on me faisait remarquer
que ma copine Corine,
autrefois frêle comme le roseau, était maintenant 
deux fois plus imposante que moi.

Ce comportement d'opposition dura jusqu'à l'adolescence.
Jusqu'à ce que, vers douze ou treize ans,
je découvre les joies de la cantine du collège...
Loin de la pesanteur du regard familial,
je redevins moi-même...
et je me réconciliai rapidement
avec la nourriture.

A quatorze ans, 
je mangeais à nouveau de tout, 
sans problème.
Mon époque "anorexique" 
était définitivement derrière moi.

Mais pour être tout à fait honnête, 
 j'avoue que j'aime encore, 
entre la poire et le fromage, 
"pignocher" un peu
dans le plat...
(ce qui ne manque pas,
à chaque fois,
d'énerver tout le monde...  ;-) 
.
La Licorne
.



Règle du jeu :
Les mots en gras ont été créés
à partir des lettres suivantes :

mercredi 4 décembre 2019

JEU 52 : Instructions pour survivre à la mort de son mari






Ecouter les paroles de réconfort
Mais pas les formules à ressort
Que tu te prends en plus du reste
En pleine figure

Ecouter les conseils d’une oreille
Garder une pincée de celle
Ci et laisser de côté les critiques
Du mort et de celle qui reste

Ecouter ta voix qui me murmure
Encore que je suis belle et forte
Et qu’ensemble
C’est plus fort que la mort
.
.



dimanche 1 décembre 2019

JEU 52 : Instructions élémentaires


MERCI aux participant(e)s de novembre...

Je tiens vraiment à rendre  hommage...à vos hommages ,
et à votre façon, toujours inattendue et personnelle,
de traiter les sujets que, dans ma solitude plus ou moins inspirée,
je  laisse tomber sur la page, chaque premier du mois...

C'est toujours un plaisir énorme de vous lire.


Ceci dit, la fin de l'année approche,
et encore une fois,
je me suis trituré les méninges
et je me suis demandé,
la tête entre les mains,
ce que je pourrais bien vous proposer...
comme point de départ
pour entamer une nouvelle aventure scripturale...





Et si, ce mois-ci, nous partions un peu...
en déraison ?
Dans ce pays où tout est possible,
 dans ce pays où le probable et le certain
n'ont plus cours...
et où la poésie côtoie sans cesse
le bizarre et le loufoque ?

Ce pays de "douce folie",
c'est le pays de Julio Cortazar...
Oui, oui, vous connaissez ce nom, 
vous l'avez déjà croisé une fois dans ce blog,
c'était ICI.

Aujourd'hui, je vous confie trois de ses textes,
(à lire lentement et la bouche fermée)





Instructions pour monter un escalier (extrait)

Les escaliers se montrent de face 
car en marche arrière ou latérale ce n’est pas particulièrement commode. 
L’attitude la plus naturelle à adopter est la station debout, bras ballants, 
tête droite mais pas trop cependant 
afin que les yeux puissent voir la marche à gravir, 
la respiration lente et régulière. 
Pour ce qui est de l’ascension proprement dite, 
on commence par lever cette partie du corps située en bas à droite 
et généralement enveloppée de cuir ou de daim et qui, sauf exception,
 tient exactement sur la marche. 
Une fois ladite partie, que nous appellerons pied pour abréger, posée sur le degré, 
on lève la partie correspondante gauche (appelée aussi pied mais qu’il ne faut pas confondre
 avec le pied mentionné plus haut) et après l’avoir amenée à hauteur du premier pied, 
on la hisse encore un peu pour la poser sur la deuxième marche 
où le pied pourra enfin se reposer, tandis que sur la première le pied repose déjà. 
(Les premières marches sont toujours les plus difficiles,
 jusqu’à ce qu’on ait acquis la coordination nécessaire. 
 La coïncidence des noms entre le pied et le pied rend l’explication difficile. 
Faites spécialement attention à ne pas lever en même temps le pied et le pied.
Parvenu de cette façon à la deuxième marche, 

il suffit de répéter alternativement ces deux mouvements 
jusqu’au bout de l’escalier. 
On en sort facilement, avec un léger coup de talon
 pour bien fixer la marche à sa place et l’empêcher de bouger
 jusqu’à ce qu’on redescende. 






Instructions pour remonter sa montre


Là-bas au fond il y a la mort, 
mais n'ayez pas peur. 
Tenez la montre d'une main, 
prenez le remontoir entre deux doigts, 
tournez-le doucement. 

Alors s'ouvre un nouveau sursis, 
les arbres déplient leurs feuilles, 
les voiliers courent des régates, 
le temps comme un éventail 
s'emplit de lui-même 
et il en jaillit l'air, les brises de la terre, 
l'ombre d'une femme, le parfum du pain.

Que voulez-vous de plus ? Attachez-la vite à votre poignet, 

laissez-la battre en liberté, imitez-la avec ardeur. 
...



Instructions pour chanter

Commencer par casser tous les miroirs de la maison, 
laissez pendre vos bras, regardez vaguement le mur, oubliez-vous. 
Chantez une seule note, écoutez à l'intérieur.

Si vous entendez (mais cela ne se produira que plus tard) 
quelque chose comme un paysage plongé dans la peur, 
avec des feux entre les pierres, avec des silhouettes à demi nues et accroupies
je crois que vous serez sur la bonne voie, de même si vous entendez
 un fleuve où descendent des barques peintes de jaune et de noir, 
si vous entendez une saveur de pain, 
un toucher de doigt, une ombre de cheval.

Après quoi, achetez des partitions, un habit et, de grâce,
 ne chantez pas du nez et laissez Schumann en paix. 
.

 Julio Cortazar
"Cronopes et Fameux"
.






Voilà c'est fait ?
Vous avez réussi l'exercice ?
Alors , c'est bon, vous êtes fins prêts
pour le  défi de ce mois...;-)

Voilà de quoi il s'agit :

A votre tour, vous écrirez 
vos "Instructions pour...."
ce que vous voulez...


Utilisation impérative...de l'impératif
...et fantaisie recommandée.



Envoi de vos textes 
à undeuxtrois4@orange.fr
avant le 21 décembre 2019
.

La Licorne
.




mercredi 20 novembre 2019

JEU 51 : Requiem pour un f....

 



C'est vendredi matin 
que ces deux types en noir t'ont emmené...

Pendant plusieurs minutes, 
j'ai regardé en silence
le lourd parallélépipède fermé 
quitter la maison sur leurs épaules...
je les ai regardé le déposer
précautionneusement
à l'arrière de leur fourgon,
et c'est là j'ai réalisé
que je ne te reverrais plus.

La  tendre chaleur qui émanait de toi 
n'est déjà plus qu'un souvenir.
Je réalise soudain que plus jamais,
lors des longues soirées d'hiver, 
je ne me rapprocherai doucement de toi 
pour me réchauffer
et pour m'imprégner de ton odeur rassurante.
Pas facile à accepter. 

 D'autant que tu t'es éteint d'un coup. 
Sans prévenir.
Il est vrai que ces derniers temps,
j'avais remarqué que tu fumais de plus en plus..
et que tu montrais certains signes d'épuisement...
une résistance plus faible....
mais de là à imaginer que c'était la fin...
Non.
Je n'y avais pas pensé.
Je n'étais pas prête.

Après vingt ans, 
nous étions parfaitement habitués l'un à l'autre.
C'était une douce habitude, un compagnonnage...
je te connaissais dans les moindres détails...
et je savais que je pouvais compter sur toi.

Tu me rendais tant de services
que je ne manquais pas une occasion
de faire ton éloge et de vanter tes mérites
à ceux qui passaient à la maison. 

Aujourd'hui, pour me consoler, 
on me dit que tu étais déjà très âgé, 
que je trouverai bien à te remplacer...
que d'autres sont bien meilleurs que toi.
C'est dur à entendre, tu sais...
Ceux qui disent cela ne te connaissaient pas,
et ils n'ont aucune idée de tout ce que tu as fait 
pour moi pendant ces longues années. 

Je me souviens
de tous les délicieux petits plats 
que tu m'as préparé tant de fois :
poissons en papillotte, gratins en tous genres,
tartes au fromage blanc et gros gâteaux moelleux...
et j'ai la larme à l'oeil...
en même temps qu'une drôle de sensation
au creux de l'estomac...

Allez, je peux bien te le dire maintenant :
je t'appréciais vraiment...
mon vieux four...
Qu'est-ce que tu vas me manquer !
.

La Licorne
.



  

lundi 18 novembre 2019

JEU 51 : Adieu l'écriture




Cette fois, c’est décidé, j’écris ! L’ami qui m’a déposé dans cette  maisonnette perdue en pleine campagne avec un carton de nourriture doit passer me rechercher dans dix jours. Il fallait quitter la ville : je connais trop les pièges des bibliothèques, emplies de livres qui me narguent, et des cafés où l’on espère glaner des « pépites brutes de vraie langue de tous les jours », excuse fallacieuse qui amène à prendre en sténo les conversations ineptes des pauvres types des tables voisines. Quant à écrire chez moi, plus jamais ! qui ne sait le temps perdu dans les zigzagues des internets…

Dehors il pleut et je hais la campagne : pas de distraction, pas d’atermoiement possible. Je suis seul avec une chaise et une table en bois, une ramette de 500 feuilles blanches et mon stylo noir. Alors, écrire ; mais quoi ? Un roman maritime ? Après tout, ça n’a pas rebuté Stevenson… Mais sitôt que j’ai rêvé les grandes lignes  – il y aurait un marin au passé mystérieux, un naufrage, un trésor caché, une carte…. la lassitude me prend. Vite, autre chose ! Une fresque historique ? Un essai dépouillé et subtil ? Non, toujours non…

Et puis je me dis qu’écrire, quelque soit le sujet choisi, c’est toujours un peu parler d’écriture. Alors l’idée (avec un i majuscule, presqu’un h !), lumineuse, limpide, me vient ; je vais laisser la plume à mon stylo. Après tout, quoi que je raconte, c’est lui qui devra écrire, ligne à ligne : qui mieux que lui mérite d’être, pour une fois, le sujet ? Oui, bien sûr, le papier a son rôle, qui n’est pas négligeable. Mais qui écrit vraiment ? ça n’est tout de même pas la feuille qui trace les lettres !

Donc, le raconter. Dire notre rencontre chez le buraliste. Comment je l’ai trouvé – ou bien est-ce lui qui m’a choisi ? Nos premiers pas, liste de courses, gribouillis… les moments de lassitude, aussi, de machouillage de capuchon… les abandons au profit du clavier et de l’écran, ou d’un bête crayon-mine qui n’avait d’autre qualité que d’être là. Et puis toujours les retrouvailles triomphantes devant les grilles de mots croisés ! Oui il faudra être honnête, et dire tout cela.

J’écris de longues minutes , emporté par l’inspiration, où, plus exactement, la main agrippée au stylo qui se démène et allonge ses lignes de page en page… tous les mots que je crois écrire viennent de lui ; pas une rature, pas un repentir, il connait son sujet, et grâce à lui je deviens écrivain.

En haut d’une page, la ligne noire et nette s’estompe. Alors, plein de sollicitude, je réchauffe mon stylo entre mes paumes. Je l’encourage en silence, je l’exhorte à  mi-voix, je le maudis aussi : il ne peut pas m’abandonner maintenant, paumé au Diable-Vauvert entre une caisse de conserves et quatre-cent-quatre-vingt-dix-sept pages nues ! Je tente toutes les ruses : appuyer moins fort sur la feuille, multiplier les pauses, souffler sur la pointe. En vain : les lignes suivantes se noient de grisaille. Puis, exsangue, il griffe le papier une dernière fois et ne laisse plus qu’une entaille blanche en travers de la feuille, un filigrane de cinq lettres que je déchiffre malaisément :  
a d i e u.



dimanche 17 novembre 2019

JEU 51 : Hommage posthume à ta carte vitale





Hommage posthume à ta carte vitale que j'ai rendu hier: une minute
Pour t'effacer, mettre du blanc sur tes traces alors que ton silence
Remplit le vide béant: un chouette type qu'ils disent tous, c'est l'histoire
D'un mec, le mien, rendez-le moi, " C'est mon homme


[1] http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2019/11/13/mistinguett-mon-homme-version-1938-6190068.html

samedi 9 novembre 2019

JEU 51 : Un joli vase que j'aimais





IL ÉTAIT UNE FOIS... 
UN JOLI VASE QUE J'AIMAIS

 ll y a plus d’un an déjà…
Nous dînions en famille.
Mon chat en une minute
saute sur le secrétaire.
C’était la première fois
       qu’il s’intéressait à cet endroit.
      À défaut de fleurs j’avais disposé là, 
       dans un vase, quelques jolies plumes.
         Timidement il avance une patte…
puis une autre…

Enorme silence dans l’assemblée,
puis mon gendre, 
en se servant un grand verre de blanc
me dit dans son plus beau « franglais »
« be careful il va le casser
ton beautiful vase »
Impossible qu’il me fasse ça !
Suspens… 
et mon chat a épargné l’objet
en sautant prestement au sol.

Tout est bien qui finit bien…
Mais ce serait trop simple…
Plus d’un an après, j’admire mon joli vase
    souvenir d’un voyage en Espagne....
    "Pffff... pourquoi ce type, enfin mon gendre, 
       a t il osé imaginer que mon chat, le vase, etc......"
Je l’avais acheté à Cordoue en 1989. 
Il a 30 ans déjà !

  Je vais cool dans ma chambre 
lire… en paix.
Pas pour longtemps. 
J’entends alors un curieux bruit 
qui vient rompre le calme de
ce bel après midi d’été 2019.
« Serait ce le chat qui joue ? 
Avec quoi ? »

Facile de deviner la suite et... fin de mon vase.
Il était là, sous mes yeux, en morceaux.
Quand même pourquoi est-ce arrivé précisément
à l’instant où je repensais à ce dîner
et à la réflexion de mon gendre ?
Les chats, aussi câlins soient ils,
seraient ils devins, diaboliques ?

Je lui ai pardonné.
Après tout un vase c’est quoi ?
DU MATÉRIEL…
 Mon chat, c’est qui ?
MON AMOUR.

   .
    

vendredi 8 novembre 2019

JEU 51 : Eloge funèbre d'un doudou




C’était mon copain, c'était mon ami. 
Tu étais mon doudou, mon ninnin, mon consolateur,
 je t’emmenais partout, pas une minute sans moi, 
 tu prenais si peu de place. 
Tu absorbais tout, les odeurs les parfumées
comme le plus fétides.
Tu te colorais au contact des autres objets ; 
je me souviens encore du jour 
où tu as épongé les traces du rouge à lèvres cerise, 
ouvert maculant le fond de mon sac :
de blanc tu es devenu cramoisi. 
 Tu te roulais en boule ou au contraire 
tu t’étirais à te réduire comme une crêpe dentelle.
 Tu savais te loger dans les plus coins et recoins 
au point de disparaître parfois !

Tant de souvenirs en commun. 
Je me souviens encore de cette fois, cette soirée mémorable 
où alors que nous étions tout un groupe de filles à la piscine 
et où tu es tombé malencontreusement de mon sac de sport.
Une finaude t’a ramassé, t’a pris pour un simple chiffon 
et ô bonheur a commencé avec les autres une partie de passe à dix.
Dans l’eau tu t’étalais comme une tache bariolée 
glissant en silence au gré de l’eau au milieu du bleu du bassin.
 Les filles t’attrapaient et te pressaient avec force 
avant de faire une boule serrée 
comme si elles te transmettaient leur affection. 
J’étais jalouse ! 
Cette affection il n’y avait que moi qui pouvais te la donner,
 Que moi qui dégoulinais d’un amour fou…

Mais vois-tu aujourd’hui tu me quittes pour toujours
 comme ton propriétaire,
ce type infâme, ce Tristan
qui me quitte pour une moins jolie 
mais plus jeune forcément

Alors toi, Tristan,
ton vieux slip kangourou, 
tu le reprends…
.
.






vendredi 1 novembre 2019

JEU 51 : Hommage posthume







Sujet de novembre :

Un objet cher à votre coeur
vient de finir sa vie...
Ecrivez son hommage posthume...

...tout en incluant les cinq mots suivants :
minute - blanc - silence - type - fois






avant le 21 novembre 2019
.


La Licorne





dimanche 13 octobre 2019

JEU 50 en B




Brandissez vos billets
Avec ce bateau bicolore
Tout beau et sans bigor
En bikini, bacchantes et béret
Avec bien du bonheur
Une belle balade ferez !

A bâbord

Vous borderez Byzance
Ou  Babylone dans sa brillance
Irez-vous batifoler ou bouquiner ?
Les babas au rhum becqueter ?
Et avec les babas cools  baraguiner?

Danser au bal de brume
Et bailler sur le bitume?

Rien ici n’est bizarre ni mélancolique
Entrez, bondissez, bavardez
Venez à bord de ce bateau braisé
Entrez dans des rêves bucoliques

Mary G.




vendredi 11 octobre 2019

JEU 50 : A céder



Dans la série : 
"J'ai décidé de ne pas suivre exactement la consigne
mais j'ai envie de participer...
je vous présente le numéro 3 
du mois d'octobre : 
Carnets paresseux !

Que faire ?
je le garde, cet AS, 
ou je le laisse..
sur le carreau ?
;-)




As et dé
Solitaire bien évidemment

Excellent à la mistoufle, en brelan, au chien-vert et au lansquenet
Très propre au mistigri. Peu servi : jamais n’a aboli le hasard.

Don, contre-don, tontine et coinchée, étudie toute offre sérieuse.
Échange possible avec as de cœur esseulé.






jeudi 10 octobre 2019

JEU 50 : Biberon



Biberon du XIVème siècle
Intégralement en peau de chèvre
Bec en os de bœuf
Epousant parfaitement les lèvres
Rondes d’un enfant
Ostensiblement goulu
Nouveau né s’abstenir



JEU 50 : Bahut ancien





Bahut style Louis XV
Ayant beaucoup de possibilités
Huche à pain incorporée
Utilité pour les enfants
Tentant de jouer aux fléchettes



Avec tiroir amovibles
Nécessaire de couture bien rangé
Ciseaux et aiguilles jamais perdus
Insertions de nacre fatiguées
Et restaurables même par
Non professionnel
-

Lilousoleil




lundi 7 octobre 2019

JEU 50 : Bourgeons



Bourgeons fraichement poussés,
Obsession des chevreuils qui hébétés,
Un peu désorientés,
Rient légèrement alcoolisés
Gorges déployées et sens affolés
Entre champs et sapins élancés !
On ne peut que les aimer.
Nos sirops, confitures et liqueurs vitaminés
Sauront séduire vos papilles éveillées
 
Découvrez, vous aussi, cette saveur sapinée
Et aux vertus thérapeutiques certifiées.

Sans aucun doute vous serez
Avec joie séduits et transportés
Par monts et vallées.
Il n’y a pas à hésiter,
Non. Achetez !





jeudi 3 octobre 2019

JEU 50 : Annonce à la Une


 
Beaux chapeaux claques et chapeaux plumes
Rares vieux chapeaux, sans claques et sans plumes
Avec des grigris grands attireurs de fortume
De plusieurs détenteurs de collection posthume
Etant les seuls à effectuer chaque jours cents pas sur le bitume
Riant de leur infortune
Ivres et navigant sur la lagune
En silence avec un gondolier

S'adresser impasse des Prunes
Un soir de nouvelle lune
Rue des Dunes, 89
Esterel 06





JEU 50 : Bouquins

 

BOUQUINS



Bouquins à vendre, bouquins d’écrivaine
Œuvrant de prix en publications collectives
Usant son canal carpien sur des ordis
Qui ne lui donnent pas la gloire
Une écrivaine écrivant en vain
Ignore qui sont ses acheteurs
Non des lecteurs qui lui disent sa valeur
Sans aller plus loin que la déclaration d’intention


Laura Vanel-Coytte

mardi 1 octobre 2019

JEU 50 : Petites annonces humoristiques




Ce mois-ci, vous allez devoir, chers amis,
faire un effort supplémentaire...car pour une fois,
c'est vous qui choisirez
l'illustration de votre texte.
Je m'explique :
Vous allez chercher une image
(photo personnelle ou image trouvée sur internet)
et puis, à partir de cette image,
vous rédigerez une petite annonce humoristique.

Vous pouvez vendre, échanger, donner...
tout ce que vous voulez,
à condition de nous faire sourire...
Soyez inventifs !
je compte sur votre imagination débordante
et je me réjouis d'avance !





Petites contraintes supplémentaires,
quand même...(sinon, c'est trop facile).
Le "truc" en question devra commencer par la lettre B
et  le texte devra être écrit en "acrostiche"
à partir des lettres du mot.

Exemple (l'humour en moins) :

                                                                Beau meuble de sapin
                                                                Utile et pratique
                                                                Rayonnages et tiroirs sur le côté
                                                                Etat très satisfaisant
                                                                Appeler le numéro ci-dessous
                                                                Uniquement après 19 h


Il est permis, bien sûr, de proposer,
si vous êtes inspirés,
plusieurs petites annonces.
(autant que vous voulez) 
.
Envoi avant le 21 octobre
 .

La Licorne
.


La goualante de la pauvre écrivaine


"La goualante[1] de la pauvre écrivaine[2]"

 


Esgourdez[3] bien cette semaine
La goualante de la pauvre écrivaine
Que les hommes aimaient
Mais elle savait
Dans la vie y a qu'une morale
Qu'on soit aimé ou pas
Sans mots on n'est rien du tout
Alors elle lisait et lisait
Des polars et des poèmes
Puis elle écrivait et écrivait
Des poèmes et d'autres encore

Esgourdez bien cette semaine
La goualante de la pauvre écrivaine
Qu'on soit aimé ou pas
Sans mots on n'est rien du tout
Son amour lisait ses écrits
Et elle gagna trente prix
Elle fut publiée quatre
Vingt six fois en groupe.


Esgourdez bien cette semaine
La goualante de la pauvre écrivaine
Qu'on soit aimé ou pas
Sans mots on n'est rien du tout
Et elle lisait et lisait
Elle publia quatorze livres
Que quelques uns lisaient
Et elle écrivait et écrivait


Esgourdez bien cette semaine
La goualante de la pauvre écrivaine
Qu'on soit aimé ou pas
Sans mots on n'est rien du tout
.
Laura

.

[1] https://www.cnrtl.fr/lexicographie/goualante
[2] https://www.youtube.com/watch?v=nQ511xLCiTs
[3] https://www.paroles.net/edith-piaf/paroles-goualante-du-pauvre-jean-la