Pour l'atelier Mil et Une
Le soleil luit
Alors Dali
Plonge son pinceau
Dans l'astre d'or.
Devant l'oiseau,
Oui, Salvador,
- Fou ou génie ? -
Dé-peint la nuit.
.
La Licorne
.
Ateliers d'écriture mensuels : textes, poèmes et jeux littéraires
Pour l'atelier Mil et Une
Le soleil luit
Alors Dali
Plonge son pinceau
Dans l'astre d'or.
Devant l'oiseau,
Oui, Salvador,
- Fou ou génie ? -
Dé-peint la nuit.
.
La Licorne
.
"Eh, ça boume ?"
C'est l'histoire d'une mouflette de treize piges, qui veut jouer les nanas. Ses parents ne s'occupent pas beaucoup d'elle, ils sont trop occupés par leur propre vie. A vrai dire, la seule personne qui la comprend vraiment, c'est son arrière-grand-mère, Poupette. Elle, elle est vachement chouette. On peut tout lui raconter. Ensemble, elles ont de grandes causeries.
Un jour, la miss est invitée à une surboum. Elle trouve ça épatant mais elle s'aperçoit assez vite qu'elle n'a rien à se mettre : ses fringues à deux francs six sous, la petite laine sur le tricot de peau, le gros chandail et les grolles usées, ça va pour aller au collège, mais pas pour aller gambiller ou danser. Elle se cloître alors dans sa cambuse et passe des plombes à essayer des vêtements, histoire de trouver un truc qui l'avantage un peu.
Puis elle sort à intervalles réguliers pour faire sa mijaurée devant sa mère qui lui lance des : "Mazette !", "Punaise ! ", "Terrible !"...et des "Trop chou ! " sans interrompre son travail de dessinatrice.
Bon, la fin de l'histoire, tout le monde la connaît : Vic va se rendre à la nouba de Raoul et s'enticher d'un petit gars au joli minois. Tout le monde se souvient du moment où le pick-up débite ce slow inoubliable : "Dreams are my reality...", de ce moment où, au beau milieu du chahut, le temps semble s'arrêter...
Ce genre de scène, c'était trognon. A l'époque, c'était encore assez "soft" ; deux tourtereaux qui se bécotent sur une belle musique, une fille qui en pince pour un garçon de son âge...y'avait pas de quoi fouetter un chat.
Quelques années plus tard, les parents s'inquiètent pour bien autre chose : le "Jules" en question est-il un blouson noir, un cador, un margoulin tatoué qui roule en pétrolette et qui se fait de l'oseille en fourguant de la came à ses potes ? Apporte-t-il, en douce, de la bibine, des alcools forts ? La java va-t-elle se terminer en désastre, chaque invité finissant par rendre ses boyaux dans tous les coins de l'appartement ? Ou pire : va-t-elle se terminer au panier à salade ? Vont-ils devoir "casquer" pour récupérer leur petit poussin ?
Ce genre de faits divers, malheureusement, il y en a plein les gazettes.
Alors, pris d'angoisse, les parents bigophonent quatre fois dans la soirée pour savoir si tout se passe bien. Du coup, leur fille les trouve absolument assommants et elle leur fait la tronche jusqu'à noël...
...quand elle ne fait pas sa valoche pour se tailler au bout du monde...avec toutes ses éconocroques et un gus complètement branque...afin de bien leur faire comprendre, à ses deux "vioques", qu'elle n'est plus une gamine, qu'elle a l'âge d'être libre...et qu'ils n'ont pas intérêt à la brider...
Pour sûr, nous vivons une époque "moderne"...
La Licorne
.
Pour l'Atelier de Villejean
"Parler comme ses arrière-grands-parents"
(Les mots "démodés" sont en italique dans le texte...
j'en ai "casé" une bonne cinquantaine :-)

Elle est là, assise, tasse en main.
Ses doigts portent déjà quelque chose qui ressemble à des chapeaux,
comme si chaque geste portait mémoire d’un départ.
Il est sorti, à huit heures, comme d’habitude.
Le chapeau est resté, suspendu à la patère.
Et elle, suspendue à son rôle.
Invisible, mais présente.
Elle se souvient : dix ans de mariage,
dix ans à être meuble, décor, habitude.
Mais ce matin, quelque chose a bougé.
Pas dans la maison – dans l’image.
Elle a relu ses textes, les siens, les autres.
Les textes cliniques du défi.
Une fois, puis deux.
Elle a revu la scène : la femme, le chapeau, la tasse.
Et soudain, le chapeau a parlé.
Pas pour dire, mais pour déplacer.
Le regard n’était plus celui de l’homme.
Ni celui du narrateur.
C’était le sien, enfin.
Celui qui sort avant lui,
qui boit son café ailleurs,
qui rentre quand elle veut.
Elle a compris qu’on ne devient pas invisible d’un coup,
mais par petites habitudes consenties.
Et qu’il suffit un jour de mettre un chapeau,
de lever la tête,
pour que le monde – voire son cher mari –
se souvienne qu’elle a toujours été là.
Alors elle a pris la tasse,
et dans le reflet du café,
puis dans le mirage du marc,
elle a vu non pas un chaton, mais un chapeau minuscule
posé sur chaque doigt,
comme une pensée qui tient.
Elle n’a rien dit.
Elle n’a plus besoin de dire.
Le récit s’écrit seul,
dans le silence des chapeaux.
.
.
Il est sorti. A huit heures.
Son chapeau est là, accroché à la patère.
Un peu vieux, un peu usé, légèrement cabossé.
"Comme moi" pensa-t-elle.
Je suis devenue comme ce couvre-chef.
Posée là, en attente. A disposition.
Une présence rassurante.
Mais invisible.
Le matin, il se lève, boit son café,
lit son journal et commente les nouvelles.
Sans même lever le regard sur moi.
Je peux être maquillée, pomponnée, élégante...
ou en robe de chambre,
cela ne change rien.
Dix ans de mariage.
Et voilà.
Mon mari considère sa femme comme un meuble.
Il part à la clinique, vaque à ses occupations,
soigne ses patients, rentre tard.
Et le lendemain, il s'attend à ce que je sois là.
A la même place que la veille.
Comme son chapeau.
Et moi, j'attends. Passive. Résignée.
Pour toujours ?
Eh bien, non.
Aujourd'hui, j'ai envie d'inverser les rôles.
Aujourd'hui, je serai l'homme.
Celui qui prend son café, lit son journal,
met son chapeau, sort...
et revient à la maison quand il fait nuit.
Aujourd'hui, je vais écrire un autre récit.
Je vais sortir avant lui
et rentrer après lui.
J'irai prendre mon petit-déjeuner
à la brasserie du coin.
Je ferai les magasins toute la journée.
Je dînerai au restaurant, seule.
Et je ne rentrerai que quand je l'aurai décidé.
Non, mais !
Ce n'est pas parce que je m'appelle
De la Rochefoucauld
que je suis condamnée à jouer les potiches.
On est en 1970, que diable !
Il est temps de sortir...
des stéréotypes.
.
La Licorne
.
![]()
Consignes du Jeu 117
et de l'Atelier d'Ecriture créative
Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu’il se passerait-il si la princesse sauvait le chevalier ? Si le dragon avait peur du village ? L’idée de cette proposition est de renverser les clichés !
Consigne : Écrivez une scène en inversant un cliché connu.
Vous pouvez choisir un conte, un stéréotype de film, une situation courante ou même un trait de personnalité attendu.
Photo d'Anna Osk
Mais que fait cette femme sous un bibi d'antan ?
Elle consulte le journal : est-ce pour les infos ?
Cherche-t-elle les nouvelles du Moyen-Orient ?
Est-elle en train de lire le bulletin météo ?
Elle a mis son vison et son plus beau chapeau
Elle a sorti ses perles et ses boucles d'oreilles !
Pourquoi boit-elle un thé, dans ce petit bistro
A sept heures du matin, dans un demi-sommeil ?
Sans me faire remarquer, je passe derrière elle
Et je jette un coup d'oeil sur la page grande ouverte :
Bon, je me suis trompé...sur la belle demoiselle.
Le journal est ouvert sur les petites annonces !
On y lit : "Récompense, forte, sera offerte
A qui retrouvera...mon petit chat Alphonse".
.
La Licorne
.

Photo d'Anna Osk
P-S : Je sais, je sais...
je n'ai pas respecté mes propres consignes...
(insérer les mots du titre...)
Je le ferai dans un texte ultérieur...
.
Ernestine de Clochechapot, née Gallur, l'avait fière.
Elle avait pris ses quartiers d'orange au café « la Cloche », face au
Palais de justice, où elle se rendait chaque matin boire son Lavazza qui
lui rappelait tellement ce bel italien dont elle fut follement
amoureuse, durant quelques semaines, mais qui l'avait néanmoins plaqué
un soir, et ça, c'était fort de café !
Depuis, de noir vêtue,
elle traînait son ennui en compagnie de son vison triste lové autour de
ses épaules en guise de consolation tentée. Ses boucles d'oreilles
pendaient tristement de ses lobes, comme les extrémités de pendules de
mauvais augures. Son collier à trois rangs de perles fines, mais
grossièrement enfilées, se demandait s'il n'aurait pas mieux fait de se
détacher, les perles se répandant sur le plancher avec des petites
roucoulades de glissades entre les lattes du plancher.
Peut-être
que l'incident aurait attiré l'attention de l'homme qu'elle fixait du
regard depuis un bon moment. Il était assis à la table de l'autre côté,
en robe, et ne levait pas le nez de la revue judiciaire « la Gazette du
Palais » avec une attention de juge d'instruction sur le point de rendre
son ordonnance de renvoi afin qu'il soit statué sur ce viol conjugal.
Ernestine rêvait de s'envoyer en l'air avec la Justice.
Pour
l'immédiat, elle tenait en main une revue : « la Gazette du jour qui
vient », dont elle n'avait pas tourné une seule page depuis trois quarts
d'heure. Les nouvelles qu'elle contenait allaient finir par ne plus
être très fraîches. Pourtant, un article était intéressant concernant
l'homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Il relatait que celui-ci
avait brusquement disparu. Toutes les polices cherchaient à le retrouver
pour une confrontation au commissariat entre la femme et le chapeau.
La presse tenait en haleine son auditoire depuis plusieurs semaines avec ce sujet à rebondissements. Chapeau les journalistes !
Le juge se leva, paya et sortit.
La
femme garda son regard fixe. De fait, elle regardait la porte là-bas,
plus loin, avec ce panneau qui y était cloué : « Toilettes Fraîches ».
Elle songeait : j'y vais ? Ou pas ?
Cruel dilemme dont la résolution finirait par devenir pressante.
et de ce livre :