dimanche 22 mars 2026

JEU 117 : "Au café des Lilas" - Jill Bill

 
Au café des Lilas

 Recherche mots clés, vieux paris, photos anciennes et photographies d ...
 
L'homme qui...
L'homme qui prenait sa femme pour, pour...
Ben pour qui ?

Non ! Quoi !
Un chapeau... !!
Et qui se prend lui même
Pour un chien renifleur
D'après le dernier récit clinique
Que je tiens de ma concierge Edith
Qui a la caricature, facile, ma foi !

Tu m'en diras tant ;
Ben tiens, et moi je suis l'homme invisible !

Sachs, pas si fort, c'est elle, attablée...
La pauvre, elle mérite mieux
Qu'un vieux mari gâteux dû à l'âge,
Mais à la voir
Col de vison et rivière de perles
Il a encore un côté gâteau !!

Pour la bagatelle, je lui suppose un amant ;
Dommage, j'aurais bien tenté la chose... !

Mais, elle te fixe, Olivier,
Bouche en coeur, oeil de velours sous le bibi ;
Propose lui un autre café crème tiens...
Elle semble si, libre,
Si, seule,
Si, intéressée,
Tu ne vas pas en baver des ronds de chapeau !

 

 

 

 

samedi 21 mars 2026

JEU 117 : "L'homme qui..."

 

- Atelier d'écriture pour le mois d'avril -
  

Ce mois-ci, vous êtes tous invité(e)s 
 
à  créer un texte
 
à partir de cette photo :

Recherche mots clés, vieux paris, photos anciennes et photographies d ... 

 et de ce livre : 

"L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau

 et autres récits cliniques"

 d'Oliver Sachs

.


Comme d'habitude, vous pouvez (au choix) :


Placer les mots du titre

dans l'ordre ou dans le désordre

- Prendre le titre de ce livre comme titre de votre texte

- Ou faire référence dans votre texte au contenu de l'oeuvre

(en l'imitant, le complétant, le citant...etc)

.


Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 avril 2026
.
 
A vos plumes !
 
Il me tarde de voir

ce qui sortira...

de votre imagination

et de votre chapeau ! 
 
.

La Licorne
.

 

vendredi 20 mars 2026

Agenda ironique 2 : "Emojis"






Les émojis,
C'est bien joli
C'est bien gentil
Mais on choisit
toujours les mêmes :

Je te souris ☺️
Ou bien je t'aime ❤️
Des gros bisous 😘
Des câlinous 🐇
Des pouces en l'air 👍
De grands mercis 🙏
Des rires pardi 😁
J'me roule par  terre 🤣
Super ! Super ! 👏

...ça tourne en rond ! 🛞
C'est casse-bonbon ! 🍬

Images usées 
A renouveler
Fini le rose
En overdose

Je vous propose
Tout autre chose :
De l'inédit.
Je vous déplie
Une ribambelle
D'images nouvelles...

Voyons, voyons
Un arc-en-ciel ? 🌈
Une coccinelle ? 🐞
Un os à moëlle ? 🦴

Non, j'ai bien mieux...

Paire de gros yeux ? 👀
Jambe de robot ? 🦿
Ou grosse molaire ? 🦷
Langue de vipère ? 🐍
Ou bel OVNI ? 🛸
Une fourmi 🐜
Ou un caddie ? 🛒

Chapeau melon ? 🤠🍈
Drapeau breton ? 🏴󠁦󠁲󠁢󠁲󠁥󠁿🏁



Et puis, tiens,

Un pangolin...  


Couché en rond,

Il est mignon...

 
Un cocotier ? 🌴 
Un calamar ? 🦑
Une lune noire ? 🌚
Un gyrophare ? 🚨
Une gousse d'ail ? 🧄
Une Tour "Dubaï" ?  🏢

Une comète ? 💫
Une cacahuète ? 🥜
Une chauve-souris ?🦇
Un jeune zombie ? 🧟 
Un vieux babouin ? 🦧
Un beau vampire ? 🧛‍♂️
Ou même pire :  😦
Un homme enceint !🫃

Oui, ça existe !
Est-ce que c'est bien ?
Est-ce que c'est triste ? 
Je n'en sais rien. 
 🤔 


Mais y'a un truc
Qui est parti
C'est le mot juste
C'est le mot dit
La poésie
La langue fine
Les longues lignes
De nos aïeux 
🧄🥚🥚🥚
ça, c'est fini !


 🧄
Aïe ! Aïe ! Aïe !
D'heure en heure
La langue se meurt
Sous les p'tits coeurs

Crébillon pleure
🧅
Hugo
gémit...

Et mot
gît. 





.
La Licorne
.
 

Pour l'Agenda ironique de mars



.

 

mercredi 18 mars 2026

Atelier de Villejean : "Soirée électorale"




22 mars 2026. Salle de mairie de Trifouilly-les-Arsurettes, 91 habitants et 100 bovins.
La campagne a été compliquée. Et chaude.  Vraiment chaude. Dédé, le maire sortant, aurait pu "mettre une clim" dans son village...s'il en avait eu les moyens. 

Toutes les occasions de se déchirer ont été saisies. 
Hubert, le prétendant, qui se projetait maire depuis 10 ans, s'était mis en tête de séduire le "ventre mou" du village et il n'y est pas allé de main morte. Il avait déposé des tracts dans toutes les boîtes à lettres et, dans sa bafouille, on pouvait relever des expressions-missiles comme "immobilisme", "décrocher la toile d'araignée", "fautes inutiles", "réponse du berger à la bergère"...Bref, il est allé droit au but

Dédé a tenté de jouer en défense et de le marquer à la culotte, mais il s'est un peu pris les pieds dans le tapis. Ses réponses émaillées de "si c'est pas malheureux", "voilà la vérité vraie"...n'ont pas vraiment convaincu. 
A partir de là, le débat s'est peu à peu envenimé. Aucun des deux n'étant capable de faire preuve d'humilité (avec un grand U), le combat est devenu plus "viril"...et histoire de ne pas laisser une chance à l'adversaire, chaque mot prononcé par l'ancien maire fut désormais "retourné" contre lui, avec une régularité de métronome

A chaque "attentat" verbal, le pauvre Dédé essayait de "faire le vide dans sa tête". Il se disait que, depuis 18 ans qu'il portait l'écharpe tricolore et qu'il faisait tourner la commune, il était "passé au travers" de choses autrement plus graves... Ce n'était pas un "bleu", mais, au fond de lui, il se sentait quand même comme le petit poucet, face à l'ogre. Un peu impuissant. Faut dire qu'Hubert faisait, à la louche, deux têtes de plus que lui, qu'il était dentiste dans le civil. Il parlait bien et il en imposait. Le genre de type sûr de lui, difficile à museler. 

On s'enlisait dans le match classique gauche caviar - droite cassoulet...quand, un beau matin, en se croisant par hasard sur le petit pont de Trifouilly, les deux candidats faillirent même en venir aux mains. Les grosses paluches d'agriculteur de Dédé auraient-elles eu raison des mimines blanches d'Hubert ? On ne le saura pas car, par chance, le gros François s'interposa. Camionneur de métier, il fit un "arrêt-buffet" qui restera dans les annales. 

"En voilà deux qui ne passeront pas leurs vacances ensemble, avait-il commenté au café du coin, j'ai vraiment cru que ça allait finir par une praline.
- Ouais, il est temps que ça se termine, sinon ils vont faire comme à l'école, quand ils étaient plus jeunes...régler la chose en roulant dans l'herbe...avait dit un autre.
- C'est sûr ! ça craint......avait répondu le tenancier en lavant les verres. Le grand Hubert est furax. Les trois points d'avance que Dédé avait pris sur lui il y a six ans lui sont restés en travers de la gorge, on dirait. Croyez-moi, il ne va rien lâcher ...Ce n'est pas le genre à se déclarer battu ou à jouer les doublures. Plutôt le genre à vous glisser une savonnette sous les pieds. Et avec ça, menteur comme un arracheur de dents ! "
Tout le monde avait rigolé. 

Le dimanche soir arriva enfin. Tous les habitants étaient massés dans la salle de mairie. 

Le dépouillement commença ultra-fort : les dix premiers bulletins étaient en faveur d'Hubert. 
Un score-fleuve. Le dentiste, sans écouter les consignes, ne put s'empêcher de commenter. 
On entendait son accent pointu depuis le fond du couloir. 
"Allez, c'est bon...Le résultat est téléphoné. Tu peux faire tes valises, Dédé !". 

Mais, contre toute attente, Dédé effectua ensuite une "remontada" fulgurante : 
une vingtaine de bulletins plus tard, le score était parfaitement équilibré. 
La salle, silencieuse, retenait son souffle. 
Soudain, un léger courant d'air...
C'étaient les enfants, qui, de dehors, observaient la scène par une petite lucarne

Hubert se rapprocha de la porte. Sa grande silhouette, en contre-jour, 
se détachait nettement dans le cadre. Pour se donner une contenance, 
il posa sa main sur le montant.  
"Vas-y, grand, joue les portiers...et touche du bois ! gloussa le cafetier."

Il ne restait plus qu'un seul bulletin. 
Le conseiller prit son temps. Il essuya ses verres de lunettes sur son maillot sang et or, déplia soigneusement le petit papier blanc, sourit un peu...et comme on tire une dernière balle, lança à la cantonade : 
- "André Martin" !

Ce qui suivit ? Je crois qu'on entendit un cri étranglé près de la porte (exactement le même que celui poussé quarante ans plus tôt, au moment où, face à un but immanquable, Hubert avait flanché et s'était écroulé - rupture soudaine des ligaments croisés -...tandis que Dédé, devant les filets, repoussait le ballon d'une tête piquée).

Mais le cri en question fut immédiatement recouvert par un grand brouhaha : le tenancier et ses amis avaient attrapé Dédé et le soulevaient au-dessus d'eux, en hurlant :
" T'es le goat, Dédé ! T'es le goat ! "
Passé de "goal" à "goat", Dédé, aux anges, était à nouveau porté en triomphe...et c'est peu dire qu'il savoura sa victoire...
Même le baby-foot du café s'en souvient !

La Licorne

.




(toute ressemblance avec des faits réels
est bien sûr entièrement fortuite...)

.

Pour l'Atelier de Villejean

dont la consigne était la suivante :




Nous travaillons à partir du « Dico français-français » de Philippe Vandel et de son chapitre 4 sur le vocabulaire du football. Saurez-vous insérer entre cinq et dix de ces expressions dans un texte où vous parlerez d’une activité essentiellement statique :

- une soirée électorale – une partie d’échecs – la réalisation d’un puzzle – la commande de billets de train sur SNCF-connect – un concert, une pièce de théâtre, une conférence – un atelier d’écriture – une séance d’aquagym ou de pilates – un voyage en train ou en bus – la lecture d’un polar – une visite chez le médecin, au musée ou chez une vieille personne – toute autre situation dans laquelle on ne risque pas un claquage musculaire ?


marquer à la culotte – dans le cadre – balle – lucarne – décrocher la toile d’araignée – petit filet – couloir – herbe – goat (greatest of all time) – doublure – métronome – portier – téléphoné – impuissant – battu - missile – praline – pointu – tête – savonnette – caviar – retourné – louche – museler – arrêt-buffet – score fleuve – valise – remontada – classique – ventre mou – mimine – paluche – viril – hold-up – biscotte – à la douche ! – petit pont – mettre une clim – faire tourner – se prendre les pieds dans le tapis – se déchirer – se projeter - passer au travers – toucher du bois – sang et or – tricolore – à partir de là – pas malheureux – comme à l’école – ne rien lâcher – comme ils viennent – faire le vide dans sa tête – cadrermarquer – ils ne passeront pas leurs vacances ensemble – l’entraîneur est dentiste dans le civil – compliqué – faire preuve d’humilité avec un grand U – une tête piquée – écouter les consignes – petit poucet – bleu – ultra – ligaments croisés – les trois points – "réponse du berger à la bergère"...– immanquable – laisser une chance – courant d’air – attentat – but – la réponse du berger à la bergère – voilà la vérité vraie

(tant qu'à faire...j'ai - presque - tout mis !!)




samedi 7 mars 2026

Agenda ironique 1 : "Depuis le temps" - La Licorne






Depuis le temps qu'on demandait
Un nouvel air
Une nouvelle ère
Depuis le temps qu'on attendait
La fin d'un cycle
Dans l'hémicycle

Depuis le temps que ça tournait
Toujours en rond
En vieux ronron
Depuis le temps que ça changeait
En apparence
Avec constance
Depuis le temps qu'on nous servait
De beaux discours
Qui tournaient court
Depuis le temps qu'on nous menait
Tous en bateau
Incognito
Depuis le temps qu'on nous mentait
Le jour la nuit
Oui, sans répit
Depuis le temps qu'on nous servait
Via la presse
De belles promesses 
 
Depuis le temps qu'on y croyait
Aux élections
Et aux fictions
Depuis le temps qu'on le payait
De notre sueur
Et d 'nos malheurs
 
Depuis le temps qu'on se moquait
De tous les gens
Et tout le temps
Depuis le temps qu'on la sentait
L'odeur fétide
D'un monde cupide 
 
Depuis le temps qu'on s'endormait
Devant l'info
Les vidéos
Depuis le temps qu'on nous prenait
Pour des gamins
Et par la main
Depuis le temps qu'on espérait
Un monde nouveau
Un monde plus beau
Depuis le temps qu'on en rêvait
De cette saison
En floraison

Est-ce qu'on y va ? Est-ce qu'on y est ?
Est-ce qu'on la voit
La mauvaise foi ?
Est-ce qu'on évente les secrets
Est-ce qu'on est mûr ?
Sûr ? Sûr de sûr ?
Ou est-ce qu'on repart pour un tour ?
Tour de manège
Et sortilèges
Retour des roulements de tambour
Guerre et violence
Folie, Souffrance ?
 
 
 
 
.

La Licorne

.

 
P-S : 
1) Les émojis ci-dessus ont été créés
de toute pièce  pour ce texte...
 
 
 
 Jimi Hendrix - Quand le pouvoir de l’amour surpassera l’amour du ...
 
 
Pour l'Agenda ironique de mars


Sur le thème d’un nouveau départ, 
d’un recommencement, d’une nouvelle ère

Il fallait aussi introduire du cercle, 
du cycle, du circulaire,
 
et mettre en lumière des "émojis" ... 
qui n’existent toujours pas en 2026
.
 





vendredi 6 mars 2026

Ce qui me tient debout

 

 Tenir debout dans la nuit – Eric Pessan – Au fil des livres

 

Mille fois , je suis tombée. 

Mille fois, je me suis relevée. 

Seule. Ou presque.

Certains appellent cela la "résilience".  

Le mot est imparfait. 

La résilience, au départ, est "la capacité d'un matériau 

à absorber l'énergie d'un choc en se déformant"

Mais je ne suis pas un matériau.

Et puis, je n'ai pas envie d'être "déformée". 

Parce que je ne sais pas si cette déformation sera définitive ou pas. 

 

Ce que je peux admettre, c'est que ce "choc" m'emmène ailleurs. 

Qu'il m'oblige à passer par où je ne serais pas passée sans lui.

Ou alors, qu'il "ouvre" une brèche en moi. 

Une faille par laquelle  pourra passer quelque chose.


"Heureux les fêlés, ils laissent passer la lumière."

(Michel Audiard)

J'aime bien cette phrase.  

Les blessures sont effectivement capables de nous "ouvrir".

A plus grand  que nous.

 

Mais ne pas oublier que les plus importantes 

peuvent tout aussi bien nous "casser".  

Nous sommes tous des "cruches" fragiles.

Et nous ne sommes pas tous experts en  "kintsugi".

La cassure ne nous rend pas toujours plus "beau", plus "original".

Parfois, la cassure ne se comble pas. 

Elle laisse passer l'eau. L'eau de nos larmes.

Goutte à goutte.  Longtemps.

 


J'ai souvent "rebondi" après des traumatismes.

Je sais que j'en suis capable.

Mais je ne me sens pas plus forte. 

Je sais qu'il suffit d'un "coup" de plus, d'un "coup" de trop

pour que l'ensemble s'effondre.  

Pour que le désespoir pointe le bout de son nez.

Ce ne sera peut-être pas le "pire", pas un coup énorme.

Mais s'il tombe sur une "faille" déjà existante, 

il peut tout faire éclater.

 

Les prêcheurs de "positivité" m'énervent un peu, je l'avoue. 

L'optimisme à tout crin frôle souvent la candeur. 

Trouver du "positif" dans les pires situations n'est valable 

que si c'est nous qui le faisons.

Le faire pour le voisin est offensant.

Alors, pitié, ne jouons pas les "Pangloss" 

en mettant sur le même pied 

les "grandes douleurs" et les...pistaches. (*)

Nous ne vivons pas dans le "meilleur des mondes possible".

 


Ce qui me tient debout ?

Je ne sais pas. 

Peut-être pas quelque chose. Ni quelqu'un. 

Peut-être pas ce que je crois. 

C'est un subtil équilibre. 

Comme quand on marche.

Ou qu'on fait du vélo.

Pourquoi ne tombe-t-on pas ?

Parce qu'on avance.

Ni trop vite, ni trop lentement. 

Parce qu'on ne regarde pas ses pieds 

mais un peu plus loin.

Bref, parce qu'on "va".

...ça "va" ? ça va.  

.

La Licorne

.

  

 

(*) Pangloss disait quelquefois à Candide :  

" Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; 

car enfin, si vous n'aviez pas été chassé d'un beau château 

à grands coups de pied dans le derrière 

pour l'amour de Mlle Cunégonde, 

si vous n'aviez pas été mis à l'Inquisition, 

si vous n'aviez pas couru l'Amérique à pied, 

si vous n'aviez pas donné un bon coup d'épée au baron, 

si vous n'aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d'Eldorado, 

vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches."  

Voltaire 

 .

 




D'après la consigne de

 l'Atelier d'écriture créative

   

Proposition 314 – "Ce qui tient debout"

Il y a, dans nos vies, quelque chose qui empêche l’effondrement. Ce n’est pas forcément grand. Ce n’est pas forcément noble. Mais c’est là.

Consigne : Ecrire un texte à partir de la phrase « Il y a quelque chose qui me tient debout, et ce n’est pas ce que l’on croit. »



jeudi 5 mars 2026

JEU 116 : "Vent de mars" - La Licorne


 Vent de mars

Robert Doisneau Cycliste lanceur de tracts 

rue Henry Monnier, automne 1944 - printemps 1945


Il roule sur les pavés

Sans jamais regarder

Ceux qui marchent à l'ombre

Sous ma caresse enjouée

Il en oublie le nombre

Il jette ses papiers

Comme on lance des colombes

Moi, je les fais danser

Au-dessus des décombres

Les mots volent légers

Et puis soudain retombent

Dans un silence forcé

Les passants sont passés

La guerre jette ses bombes

Personne pour se soucier

D'un cycliste engagé

A part le souffle frais

Du printemps qui renaît

Rien ne laisse présager

La fin de l'hécatombe

.

La Licorne

.


"Je sais que le jour viendra

Où le vent se lèvera..."

.




Consigne 313 :

Je vous propose de choisir un élément brut :

vent, rouille, sel, pierre,

os, boue, bois flotté, pluie…

et de rédiger un poème contemporain

où cet élément parle à la première personne,

mais sans jamais le nommer.




et pour le Jeu 116




JEU 116 : "Au vent de mars" - Lothar

 

Au vent de mars

 

Robert Doisneau Cycliste lanceur de tracts



Avec un timbre à la Pierre Palmade

Le matin commençait toujours avant moi. Et le vent de mars arrivait toujours avant lui.
Je savais que lui arrivait quand le gravier du chemin se mettait à parler. Un crissement bref, puis le petit soupir du frein, le tintement doux de la sonnette Saint Christophe. Dans mon quartier des années 2000, les pavillons retapés avaient chacun leur voix : une boîte aux lettres qui claque sec, une autre qui grince comme une vieille porte de grange, une troisième qui sonne creux. Lui, il les connaissait toutes par cœur. Il les faisait toutes chanter.

Le facteur.

Grand blond, charismatique, mèche souple à la Françoise Hardy, casquette légèrement de travers. Vélo noir un peu penché sur le monde. Et cette voix de fausset, claire, presque théâtrale comme un appel d’oiseau qui portait au-dessus des haies. On l’entendait saluer, blaguer, commenter la météo, dire à demain, parfois même chanter un bout de refrain. Il avait ce don rare : faire croire que la tournée était un théâtre ambulant et que chaque maison était une scène.

Je ne le voyais pas toujours, mais je l’entendais vivre. Je pouvais tracer son parcours à l’oreille.
C’était ça, sa présence : un son avant d’être un visage.

Il finissait presque toujours chez le père Roblin, dans la grande cabane de jardinier qui sentait la terre humide et la confiture maison. Un petit coup de gros plant bien frais, un rire, un silence complice. Rituel de fin de tournée. Partition quotidienne. À refaire le monde. On aurait pu régler une horloge dessus.

Puis le vent de mars passait, tournait, et avec lui, quelque chose changeait.
Pas brusquement. Pas tragiquement.
Juste… autrement.

Un jour, j’ai commencé à bricoler un flux RSS sur mon blog.
Je me revois, penché sur l’écran comme un marin amer sur une chaloupe à réparer. Avec des lignes de code à la place des mots. Des balises à la place des salutations. Un protocole à la place d’un visage. Le monde devenait un courant à flux continu : on n’attendait plus la lettre, on la syndiquait. On n’écoutait plus la voix, on surveillait un rafraîchissement automatique.

Et pourtant, je ne me suis jamais dit que c’était mieux ou pire.
Juste différent.
Le facteur avait un corps, une odeur de vent froid, une mèche blonde qui bougeait quand il riait. Le flux RSS, lui, avait la netteté d’un outil bien affûté. Pas de confiture, pas de détour, pas de gravier. Une information qui glisse, propre, rapide, sans bavure.

Parfois, quand une notification muette s’allume sur mon écran, je repense au bruit du vélo.
À la voix qui traversait le matin.
À la cabane du père Roblin.
À cette façon qu’il avait de porter les lettres comme on porte et confie des secrets.

Le vent de mars continue de souffler.
Il passe entre les lignes de code comme il passait entre les haies des jardins de mon quartier.
Il ne dit pas que c’était mieux avant.
Il dit que le RSS, au fond, c’est un facteur sans confiture.
Efficace.
Propre.
Et un peu triste.

Et il rappelle seulement qu’avant ça, il était un visage.



.


Ajout de La Licorne :



mercredi 4 mars 2026

JEU 116 : "Les petits papiers" - La Licorne

 

 


Laissez voler
Les p’tits papiers
Au vent de mars
Mille notes éparses
S'envoleront
Papier chiffon
Sans vous toucher

Laisser passer
Tous les papiers
Papiers de guerre
Ou de colère
Qu’enfin ils puissent
Papier maïs
Se disperser

Un peu d’gaieté
Papier doré
Ce s'rait magique
Papier musique
Tant de chagrin
Papier dessin
A oublier

Laissez passer
Papier glacé
Le pire du mal
Papier journal
L'actualité
Papier froissé
Oui, c’est navrant

Tout est en ruine
Papier machine
A la télé
Papier monnaie
Tous ces gens louches
Papier tue-mouches
Sont moitié fous

C’est pas brillant
Papier d’argent
C’est pas fini
Papier tout gris
Ou l’on en meurt
Papier couleur
Ou l’on s'en fout
 
Laissez flotter
Les p’tits papiers
Dans la lumière
Papier de verre
Le ciel nous donne
Papier carbone
Sa belle clarté

Laisser voler
Les p’tits papiers
Le mois de mars
Et ses comparses
Les lanceront
Papier chiffon
Au vent fripon
 
Laissez passer
Tous les papiers
Papiers d'antan
Papiers collants
Roulez, marchez
Tous vers la paix
Et vers l'été 
 .
 
La Licorne
 
 
 
 
 


mardi 3 mars 2026

JEU 116 : "Vent de mars sur vénus" - Sébastien D






Vent de mars sur vénus



La littérature ondule avec poésie

et survole les pavés coincés dans leur mare.

Elle livre ses frasques, douce frénésie

qu’attire la lumière dans son traque-narre.



La littérature s’effeuille, poétique :

nul ne la voit par-dessus lui soupirer d’aise

dans un mouvement que je trouve si lyrique,

bien qu’il sorte du caniveau tant de foutaises.



Pages élevées, soignées et irradiées

d’une onde virginale par trop méconnue :

aucune ombre n’est par ce souffle incendiée,

saisie comme solitude mal contenue.

.