mercredi 22 janvier 2020

Merci !




Voilà une année qui commence bien !

Pas de syndrôme de la page blanche,
ni de  peur bleue de ne pas y arriver...
vous avez vaillamment relevé ce défi rimbaldien
et produit de superbes poèmes arc-en-ciel
sans lâcher le fil rouge de la consigne...

Alors, bravo à tous et surtout 

MERCI
 .

La Licorne
.



lundi 20 janvier 2020

JEU 53 : Sans nom





Dans l’infini rougeoyant de mes larmes
Une étoile scintille d’un vert chatoyant
Tel l’œil d’un félin aux aguets
Au creux d’une nuit sournoise


Cet infime éclat émeraude orné de parme
Dévoile un mal sans nom brûlant
Chaque recoin d’une mer sans reflets
Au cœur de mon âme turquoise


Sur un navire en bois de charme
Un homme sème pourtant
Sur l’île de mon cœur des bleuets
Pour chasser ces flammes narquoises




samedi 18 janvier 2020

JEU 53 : Infinis fragiles








Faut-il atteindre l’indigo
Des jours de pluie
Et la lumière des nuits sans étoiles
Pour parler de mémoire
Ces infinis fragiles
Des hommes qui affrontent le noir
Et se retiennent de tomber
Là où la mer tresse les souvenirs

Comme on s’amarre malgré la rouille
Aux vagues bleues du souffle majeur
J’entends battre en nous
Le bruit sourd
Du manque et de la douleur
 .

.





JEU 53 : L'étoile dans le ciel vert









Soir après soir les jours se taisent,
Chaque matin la nuit éteint
Le grand tohubohu bleu d’hier.

L’étoile s’isole dans le ciel vert
Et chacun vaque à son chemin
Où sont les cris et les colères ?

Printemps tardif, automne mauve,
Où va l’ami, passé la porte ?
Comment savoir ce qu’on oublie ?

Qui de la vague ou de la houle ?
Qui de la poule ou de l’oeuf ?
Comment dire ce qu’on ne sait pas ?

Questions infinies et idiotes
Chaque matin la nuit éteint
Le grand tohubohu bleu d’hier.

Où vont les cris et les colères ?
Passent l’été rouge et l’hiver,
Soir après soir les jours se taisent.
.
.





mardi 14 janvier 2020

JEU 53: Quoi qu'on y fasse et quoi qu'on dise







Quoi qu’on y fasse et quoi qu’on dise
elle survivra à nos bêtises.
Elle qui ? Elle, notre petite terre

Improbable et rose et bleue
qui tourbillonnera aussi bien sans nous
dans le tourbillon des étoiles

Rouliroulant dans la grande mer du ciel
verte la mer, orange le ciel –
Tout comme nous tournons ici bas

Engoncés dans notre infinie bêtise
– bêtise sans goût ni couleur
mais pas moins fière d’elle et de nous –

Alors, pour cette année bissextile
souhaitons-lui 366 révolutions !
.





mardi 7 janvier 2020

JEU 53 : En mer





Dans la nuit infinie parsemée d'étoiles
Un homme perdu sur une mer d'opale
Egrène les images en noir et blanc
Qui faisaient battre son coeur d'enfant

Les vagues qui frôlent sa barque grise
Le font dériver à leur guise,
Et le bercent tout doucement...
Comme sa mère il y a si longtemps

Et la lune là-bas triomphante
Lui murmure la chanson lente
Et douce et sans fin
Du temps qui jamais ne revient...
.
La Licorne





lundi 6 janvier 2020

JEU 53 : Escale aux Caraïbes





Le bleu des mers du Sud
se noie dans le noir infini
de la nuit en mer des Caraïbes
Sous les rayons de pleine lune
« L'étoile de l'homme » luit
C'est son étoile, son gagne pain
qui l'emmène tous les jours à la pêche
toute repeinte de tons fleuris
en violet et en vert, oiseau de paradis
pour attirer chance et fortune
comme les anciens l'ont prédit
Elle danse en rythme sur la vague
frêle youyou, précieuse barque
attendant que son marin s'embarque
pour la pêche de nuit




samedi 4 janvier 2020

JEU 53 : Un instant






Dans l'azur de tes yeux
Une étoile qui brille

Dans le gris de la vie
Le rire d'une petite fille

Dans le sable blond de la mer
Un homme en espadrilles

Dans l'or d'un seul instant
L'infini qui pétille


La Licorne





jeudi 2 janvier 2020

JEU 53 : Toi en quatre couleurs



Toi en quatre couleurs








Bleu comme le ciel où tu brilles désormais comme une étoile
Bleu comme le ciel du Maroc, lieu de nos dernières vacances ensemble
Bleu comme tes yeux qui éclairaient ton visage en sourire
Bleu comme tes regards qui me faisaient belle et intelligente

Orange comme ma couleur préférée que tu avais fait tienne
Comme tous les endroits de notre appartement que tu pouvais peindre
En orange et qui nous faisait nous sentir chez nous, infini ensemble
Orange de notre premier et dernier vrai appartement choisi et fixe

Blanc comme le sommet des vagues de l'Océan Atlantique,
Mer et désert au Sud du Maroc, notre dernier voyage ensemble
Blanc comme la robe de mariée que je pouvais enfin remettre
Blanc comme nos deux peaux qui se touchaient encore et encore

Noir comme la vie sans toi, corps et âme, toi, mon ami et mon homme
Noir comme la nuit où je ne trouves plus ton ventre qui soulage
Mes douleurs, noir comme parler de toi au passé, noir comme les larmes
Qui débordent d'un puits sans fond de ta présente et future absence.


 

JEU 53 : Amours riment avec le plus beau des jours







Emmêlés et nuageux, tes cheveux, un baiser fiévreux, y glisse.
Perçoit ton impatience, o’ mon ombrageuse amie.
Il est des jours de tendres pluies, ta peau, endormie, me câline .
Écrin de sage passion, aube de timides caresses, éclosion de  furtives embrassades.
Effleurer une courbe rosie, mes yeux osent tout, ma main attendrie, ne le tente.
Instants promesses, liens dénoués, hommages à ta lumineuse beauté,
Vers toi, à jamais ma mie, un jour déflorée, pensées et baisers rouge passion.
Favoris grisonnants, perruque blanc cassé, tenue du matin froissée,
étoiles d’or, broderie délavée,
Satin élimé, de couleur puce, d’antan , gris sale devenu.
Mon amour rauque, souffle et m’incline, au delà de  l’infinie éternité.
Du haut de ces escaliers familiers, te vénérer, chaque moment voudrait,
Un dernier regard énamouré, confusions de sentiments,
Pantin d’homme désarticulé, d’amour, consumé,
Pensées englouties, houle sombre, mer inconnue, je me débats,
Chute fatale ai fait.
Adieu, mon amante de papier.
.



mercredi 1 janvier 2020

JEU 53 : Poème en couleurs







L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
L'
infini roulé blanc de ta nuque à tes reins ;
La
mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'
Homme saigné noir à ton flanc souverain.

Arthur Rimbaud 
.




Pour ce mois de janvier,
en prévision d'une année "haute en couleurs",
je vous propose d'écrire un poème, 
qui comportera entre quatre à seize vers
et dans lequel, à l'exemple de Rimbaud,
 vous insérerez, justement, quatre couleurs.

La deuxième contrainte sera d'utiliser,
comme lui, les quatre mots suivants :
 étoile, infini, mer, homme.


Bonne inspiration !
(et bon début d'année)


Envoi à
undeuxtrois4@orange.fr
avant le 21 janvier 2020
 .
La Licorne 
.




samedi 28 décembre 2019

Le monde à l'envers


Pour l'atelier Mil et Une


"Image au choix"
Sujet 17/2018




Vous voyez cette devanture défraîchie ?
Là, juste au bout de la rue du Cloporte...
Eh bien, poussez-en donc la porte,
et vous serez surpris !

On m'a raconté, et cela de source sûre,
Que dès qu'on franchit le seuil
De cette vieille masure
On voit tout d'un autre œil...

On entre pour ainsi dire
Dans un monde nouveau
Un monde de délire,
Un monde de bas en haut

On y entre à pas feutrés,
On ouvre un livre aux feuilles cornées
On y plonge sans bruit
Comme en catimini

Et là, en terre imaginaire
Se dévoile tout un univers
Dans lequel peu à peu on perd
Tous ses repères
 
Les enfants y éduquent, avec grande patience, leurs parents
Les adolescents ne sont jamais mécontents,
Les femmes décident et les hommes font le ménage
Les pauvres se reposent et les riches partagent...

Les professeurs apprennent de leurs élèves
Les juges tentent de vider les prisons
Les médecins vous écoutent sans trêve
Les marchands retrouvent la raison

Les lions sont plus doux que les agneaux
Les cheminées crachent des pères noël
Les vieillards dansent le tango
La Nature, chaque jour, est plus belle

Comment ça, vous n'y croyez pas ?
Alors, tant pis pour vous, restez sur le trottoir !
Moi, je vais y rentrer à petits pas...
Juste histoire de voir...

De voir si l'impossible peut devenir possible
Si  la magie peut se faire tangible
Si les mots peuvent créer le monde
Et faire danser une autre ronde

Une ronde dans laquelle les livres
Et leurs histoires renversantes
Créent quelque chose qui vous délivre
Quelque chose qui vous réenchante...

Vous voyez cette devanture défraîchie ...
Là, juste au bout de la rue du Cloporte ?
Il paraît que derrière cette vieille porte,
On réinvente la vie !

.
La Licorne
.
 


lundi 23 décembre 2019

Jours de deuil


Pour l'atelier "Des  lettres pour un mot"

Les 12 lettres étaient :

A I I E U Y S N T Z M Q

avec la définition suivante : 

terme de chimie : qui empêche la fermentation

 J'ai trouvé : ANTIZYMIQUES

 

 

 

Il est des jours de tsunami...
des jours anti-musique
des jours tellement gris
que mille antizymiques
ne pourraient empêcher
la fermentation du chagrin
des jours où ceux que vous aimiez
quittent d'un coup votre chemin
des jours où vous vous réveillez
au creux d'un vide sans fin
ils sont partis trop tôt
ils sont partis trop loin
le manque vous transperce les os
dans le petit matin
vous entendez leur rire
leurs petits mots taquins
et tant de souvenirs
qui n'ont plus de demain...
coulent les larmes
sur ce que vous taisiez
d'un coup tout vous désarme
et vous laisse hébété(e)
Il est des jours de tsunami
et de détresse intime
où quand sonne minuit
un seul détail infime
vous jette au fond du puits
en de longues minutes
de vérité sans masque
l'absence vous azimute
et puis vous colle aux basques
elle vous remue profond
elle fouille dans vos fêlures
vous mène en déraison
au bord de la rupture
elle manie l'illusion
semant maintes fractures...











...jusqu'à ce que la Vie
vous rattrape un beau jour

...que vienne l'amnistie...
et de l'aube, le retour...











La Licorne 


(texte dédié aux familles de deux amis chers, tous deux décédés récemment d'un cancer)


mercredi 18 décembre 2019

Minuscule histoire sur le marché de Noël


Pour l'atelier  d'écriture Treize à la douzaine


Le soleil vient juste de se coucher sur Strasbourg. Sous l'éclairage clignotant d'une guirlande, deux petites souris grignotent avec ardeur les ficelles dorées d'un gros paquet...

- Stop ! Allez vous restaurer ailleurs ! crie le responsable du stand ...en les chassant à grands coups de balai. Une vraie calamité, ces bestioles... susurre-t-il à son confrère, occupé à vendre des cygnes et des anges de cristal, dans son édicule de bois installé sur la grand place de la cathédrale.


- Ne m'en parlez pas !...réplique ce dernier, agacé. Hier, elles ont "entamé" les deux sapins vernis électrifiés qui me servent de présentoir. Et depuis, la vidéo de simulation que j'avais installée à l'arrière du stand ne fonctionne plus ! Alors, si vous avez une idée pour me débarrasser de ces rongeurs, je suis preneur...et je suis même prêt à vous offrir un verre de vin chaud en récompense !

- Eh bien, je vais y réfléchir, cher ami... Je ne sais pas si j'aurai l'idée du siècle à ce propos... Comme vous, je suis nettement plus à l'aise avec les "souris" informatiques... :-).  Mais, étant donné les circonstances et le froid qui sévit aujourd'hui, je vous propose de le partager tout de suite ce verre, ce sera déjà ça de pris !

Attendez-moi une minute : je vais de ce pas chercher deux gobelets auprès du vendeur d'en face... 
Allez, à la vôtre, cher voisin d'infortune...

et Joyeux Noël !
La Licorne



Il fallait placer les douze mots suivants :
1  calamité
2 vernis
3 édicule
4 récompense
5 stop
6 circonstance
7 simulation
8 cygne
9 ficelle
10  souris
11 éclairage
12 soleil
et le 13 ème pour le thème  : partage


mardi 17 décembre 2019

JEU 52 : Instructions pour naviguer jusqu'au bout de l'an



Participation à l'Agenda ironique de décembre
mis à flot par ...Carnetsparesseux.


Rappel de la consigne :
il fallait raconter un voyage 
à partir d’un détail de l’Atlas nautique du monde de Joan Martines,
 avec un zeste d’ironie, deux dates
et six mots obligés : 
Noël, échelle, demain, livre, gouffre et tatillon.




Instructions pour naviguer jusqu'au bout de l'an


Chers Moussaillons,

Dans ce voyage d'un bout de l'année à l'autre, 
vous voici donc pratiquement arrivés à bon port...
Dans quelques jours, vos embarcations accosteront
sur la douce île de Noël
située à quelques encâblures
de la côte du Nouvel An.

Vous qui n'aviez ja, ja, jamais navigué
en dehors de votre petite mer natale
vous avez néanmoins tous répondu à l'appel du large,
et voilà que vous vous apprêtez, à partir du premier janvier,
à quitter la Mé-mé-méditerr-Année
pour affronter les dangers du vaste Océ-An de Deumilvin

Laissez-moi vous féliciter pour les progrès effectués
durant les dernières semaines et vous donner quelques conseils 
pour la grande traversée de 366 jours qui se profile ...
traversée pour laquelle vous avez tous été
soigneusement sélectionnés.

Quelle que soit votre embarcation 
(caravelle, navire, voilier ou...galère),
sachez que vous ne manquerez pas
de subir les aléas de tout voyage
en "Merra incognita"...

Je sais bien que chacun d'entre vous rêve 
de brises légères, de grand soleil...
et d'îles paradisiaques...
mais l'expérience montre que ce n'est guère réaliste...

En tant que capitaine expérimenté, j'ai la désagréable mission
de vous faire part des dures réalités de la navigation en plein océan :

Attendez-vous à la présence de vents contraires,
et à des tempêtes imprévues...
Ne sous-estimez pas les risques de possibles voies d'eau dans la cale
et de rencontres de mammifères marins malintentionnés,
voire de "requins" en tout genre.



Préparez-vous aussi à de longues périodes de "calme plat"...
pendant lesquelles votre patience pourrait être mise à rude épreuve.

Il serait d'ailleurs bon d'avoir quelques livres dans vos bagages,
le temps vous semblera ainsi moins long...
et vous résisterez mieux aux "sirènes" de l'angoisse 
et au gouffre du découragement...

 Une plume aiguisée vous sera également utile :
elle vous permettra de consigner au jour le jour
vos aventures sur le carnet de bord...



 
Quelles que soient les circonstances
ne vous endormez pas, restez vigilants...
et n'oubliez jamais que tôt ou tard
vous trouverez une terre d'accueil...

Si vous vous sentez vraiment perdus,
déployez vos voiles en grand...
et laissez les anges vous "souffler"
de délicates inspirations...




Visez à tout moment les étoiles,
gardez le cap...et ayez toujours
la carte de mon ami Joan Martines
à portée de main...

Consultez-la régulièrement ...

Elle est parfaitement à l'échelle,
tracée avec grande minutie
(vous savez à quel point
ce cher homme est tatillon)
et c'est elle qui sera, si vous le voulez bien,
 votre repère indéfectible
jusqu'au 31 décembre...




Mais attention :
lorsque vous voudrez faire escale,
veillez, je vous en prie,
 à ne pas jeter l'encre n'importe où :
évitez les endroits inhospitaliers...
et choisissez  de préférence
un site de confiance...

Je vous en indiquerai volontiers un ou deux...
aux alentours de l'Isle de France (*).
On y trouve, paraît-il,  de "drôles d'oiseaux",
tous avantageusement "emplumés",
qui, une fois par mois, se retrouvent
pour d'épiques ébats lit-terre-air...
;-)




Bon...maintenant, il convient, je pense,
d'arrêter ce flot de recommandations en tous genres...
et de vous souhaiter bonne chance ...
pour ce grand périple mari"time"
(à prononcer à l'anglaise :
"mari-taïme" :-)

Allez, moussaillons,
larguons les amarres :
"cap sur 2021"..."hissez haut !"...
et "que Dieu vous protège" !
.

Vice-amiral 
Wybrand van Warwijck

.





(*) L'isle de France n'est autre que l'ancien nom de l'île Maurice,
île sur laquelle le vice-amiral Wybrand van Warwijck
découvrit, en l'an 1598, le fameux...dodo !
.



vendredi 13 décembre 2019

JEU 52 : Instruction pour rêver d'en rire

 

 

Instruction pour rêver d’en rire

 

 

Installez-vous confortablement
Partez en nuage
Oubliez sur terre vos bagages
A grandes cuillerées, dégustez pains en douce folie
Ouvrez grand vos bouches en oreilles
Planez en sourires
L’air en mélancolie transformée, fleur sage déboutonnez
N’ayez crainte de faner, sagesse envolée,
Coeur débordé, fêtez-vous en légèreté
Baillez à respirer l’arôme nouveau,
Sentez vous bergamote et joli papillon
De branches en branches, d’une envolée soyez liane,
Jungle des sentiments étouffés, décrochez ces instants cauchemars
Libre regardez-vous
Offrez-vous ce sourire enguirlandé de rires
Cadeau de vie, la vôtre, soyez comme vous êtes.
.
.


mercredi 11 décembre 2019

JEU 52 : Instruction pour un corbeau





Au pied de l’arbre, le renard agite la carte.
Où se l’est-il procuré ? Est-ce bien nécessaire de préciser ce point ? On a déjà dit combien il était rusé, filou, astucieux, retors, et bien d’autres choses encore. Sans compter qu’il peut aussi l’avoir acheté, ou même que quelqu’un la lui a offerte. Bref, il brandit sa carte et vante à l’adresse du corbeau les beautés de l’instruction !
« Voir le monde, apprendre, voilà ce qui est beau, Corbeau : le monde est vaste, tu ne vas tout de même pas rester toute ta vie perché sur un arbre ! »
C’est peu dire qu’il est enthousiaste : il pointe une à une les villes et leurs petits – et grands – drapeaux, les îles, les côtes zigzagantes, les fleuves et les monts.





Où aller en premier ?
Les campagnes, les collines, les montagnes ? on connait déjà. Les villes si pimpantes sous leurs si jolis drapeaux, leur toits et leurs clochetons sont plus tentantes. Et puis on lui a rapporté qu’il y avait là des bibliothèques remplies de livres – là-dedans, il parait qu’on peut apprendre à lire et à compter : de l’instruction condensée ! Mais les villes sont closes de toutes parts d’épais remparts veillés par de hautes tourelles. Il faudrait une longue échelle pour passer par-dessus. Certes, il y a des portes que franchissent des charriots emplis de vivres, de tissus, d’or et d’argent. Mais aux portes il doit y avoir des gardiens tâtillons, sans parler des bobinettes et des chevillettes, des verrous et des cadenas. Il faudra certainement montrer patte blanche à l’huis. Un demi-sourire : ce serait facile pour lui, qui a plus d’un tour dans son sac. Mais soupire : quoi, encore berner les gens ? Non, désormais, il veut vivre honnêtement et partager en frère : l’instruction, c’est la seule chose au monde qui augmente quand on la partage !

Le corbeau reste coi. Renard reprend : il y a aussi les distances : la carte est toute petite tandis que le monde est vaste. Lui, renard, s’userait en vain les coussinets… Bien sûr, il pourrait se laisser porter par l’eau, descendre les fleuves impassibles. Mais là, il doit avouer qu’une vague crainte de peaux-rouges le retiennent. Alors, franchir les côtes, voguer sur le grand océan, regarder les grands poissons qui soufflent et plongent ? Voilà qui serait nouveau. Mais il faut avoir le pied marin. Ou des ailes.
Toujours coi, le corbeau, en proie à une curieuse impression de déjà-vu. Le renard poursuit : longer les rivages, aller au bout du monde pour rendre visite aux cousines bêtes qui campent dans les marges. Et, là, jeter un coup d’oeil au delà des marges : qu’il y a-t-il après la carte ? un gouffre ? d’autres cartes ? D’y penser le vertige le prend. Il se surprend à chuchoter e pericolo sprogersi… puis s’exclame :

« Ah, compère Corbeau, vois comme les choses sur cette terre sont bien mal partagées : d’un vol plané, tu pourrais tout savoir de la diversité du monde et de sa forme, et tu te bornes à attendre Noël planté sur cette vieille bûche qui te sert d’arbre ! Tu pourrais faire cela pour moi.
Moi, si j’avais tes larges ailes noires au lieu de mes quatre maigres pattes rouges, je partirais avant demain, j’irais là, là et là (il pointe de sa patte les dessins sur la carte) et je reviendrais vite te raconter ce que j’aurais vu ! »

A ces mots, le corbeau, qui sait d’expérience que le monde est rond et crémeux et non pas sec et plat comme la fallacieuse carte qu’agite ce benêt rouge, ouvre son large bec pour détromper son malheureux compère.
On connait la suite.

Carnets paresseux 



mardi 10 décembre 2019

JEU 52 : Instructions pour voyager


 pour l’Agenda Ironique de décembre. 
Il a eu la bonne idée de récapituler la consigne: 
un voyage inspiré de l’atlas de Joan Martines, 
deux dates, six mots avec une demi-douzaine de liens,
et j’en ai retenu un, celui des instructions élémentaires. 



Voyage au bout de l'an

Instructions pour voyager


N’emportez pas une échelle même si elle est en graphène, c’est juste trop volumineux, et prévoyez de revenir avant Noël, ou partez après. On ne sait jamais si les rennes cette année avaient enfin l’idée de venir avec the red guy et le traîneau rempli de cadeaux ce 24 décembre, ce serait dommage de les manquer. J’espère simplement que vous n’avez pas prévu partir demain, parce que là c’est trop tard pour lire attentivement les instructions qui suivent et trop tôt pour préparer minutieusement votre matériel et votre esprit.
Étalez d’abord quelques cartes routières récentes sur la table et observez. Ah vous n’en avez pas, et bien il faudra faire sans. Un petit conseil, ignorez celles où les villes sont trop visibles, nombreuses et très étendues, repliez-les immédiatement car vous n’aurez pas l’impression de changer de capharnaüm habituel et finalement ce sera un gouffre financier pour votre bourse.
Regardez plutôt celles qui présentent de grandes étendues, où vous pourrez aller respirer et vous détendre. Et si toutefois quelques lieux notés vous inspirent, c’est là qu’il faut aller ou fermer les yeux et écouter.

Si quelques signalisations de sites et châteaux sont mentionnées, votre séjour n’en sera que plus intéressant. Soyez attentifs et respectueux des lacs, rivières, littoraux… L’eau est précieuse, autant que des diamants ou les étoiles. L’ambiance doit être agréable et les points de vue magnifiques. Toutefois, sans être trop tatillon, préférez un seul littoral visible à la fois, sinon vous risqueriez de choisir une île et vous en aurez vite fait le tour. Méfiez-vous d’une région de lagune où la bande de terre est étroite et étriquée voire même infestée de moustiques, et là… Vérifiez que votre trousse à pharmacie soit bien dans votre sac et facilement accessible. Quoique… si vous partez avec des amis, il en auront sûrement une aussi, alors laissez tomber la trousse, et votre sac en sera moins lourd.
Ne vous encombrez pas inutilement et déchargez immédiatement vos objets et ustensiles qui vous paraîtraient superflus. Et si vous êtes vraiment avec de bons amis, vous partagerez facilement entre vous ce qui manque à l’un ou l’autre.

Ah oui, un truc important à connaitre, car il y a toujours un moment où l’atmosphère est malgré tout plus ou moins électrique. Apprenez à chanter pour divertir et calmer les plus énervés. Ou jouer de la guitare mais là, il faudra la transporter, et c’est fragile et encombrant. Alors apprenez à souffler dans un harmonica, et peut-être même que vos amis vous féliciteront pour votre sens pratique et votre don de musicien.

Une dernière chose. N’emportez pas de bijoux, vous risqueriez de les égarer. Après tout, si vous partez c’est pour faire de jolies rencontres. Et tisser des liens avec les autochtones seront toujours possibles. Ils vous offriront bien un souvenir du pays, et s’ils vous donnent le choix, optez  pour un bijou. N’acceptez pas n’importe quoi, restez vigilant sur le volume et le poids… et l’effet beauté bien sûr. Si besoin, vous pourrez le refiler à quelque de vos amis pour un service rendu, ou si l’ambiance et électrique à cause de vous et que vous n’auriez pas eu le temps d’apprendre à chanter ou à jouer d’un instrument. Voilà, vous êtes prêt.

Repliez votre carte quand vous aurez fait le choix de votre destination et glissez-la dans votre sac, réservez vos billets ou faites le plein d’essence, à votre convenance, car on peut très bien voyager pas trop loin de chez soi. Surtout faites bon voyage.

Dans le cas où vous n’auriez pas envie de voyager seul et que vous n’auriez pas encore décidé vos amis pour vous accompagner, griffonnez joliment un message mystérieux. Emballez cette carte-trésor dans un papier cadeau comme vous le feriez pour un livre à offrir. Et déposez ce paquet dans la main de quelqu’un qui vous la tendra dans la rue un soir de ce mois.
Faites-le. Avant le 31 décembre. Et qui sait ? il appréciera votre geste, et je suis pratiquement sûre qu’il vous offrira un sourire en retour.






dimanche 8 décembre 2019

Une histoire vraie


Participation au jeu de Lilousoleil :
"Des lettres pour un mot"




De l'avis général, je fus un "beau bébé".
 Ventre grassouillet, joues rebondies, fossettes triomphantes :
 je faisais honneur à ma mère et à ses qualités nourricières. 
Son lait généreux et débordant me transforma en quelques mois à peine 
en un petit bouddha replet et repu, qui exhibait fièrement ses formes 
et qui laissait, sur le plan de la croissance, 
tous les autres nourrissons de la région loin derrière.

Au début des années soixante, 
époque où l'on ne plaisantait pas avec les vertus maternelles 
et où l'on se souvenait encore des jours faméliques 
de la deuxième guerre mondiale, 
je partais avec un avantage certain sur mes camarades. 
A deux ans, je les dépassais tous d'une tête.

Pourtant, par un de ces mystères 
que la vie vous réserve parfois,
ce splendide appétit s'émoussa d'un coup 
vers l'âge de cinq ou six ans.
A l'âge où l'on a envie de quitter le giron maternel,
je me mis, pour une raison que j'ignore,
à inverser mon rapport à la nourriture.
Alors que jusque-là, je croquais la vie à pleines dents,
je commençai à regarder mon assiette d'un air sceptique.
Tout ce que j'adorais auparavant me sembla soudain sans attrait.

  Tel un pigeon indécis, 
je me mis à picorer de ci-de là,
une miette à la fois.
Du pain, je ne voulais plus que le croûton.
Du poulet rôti, je ne goûtais qu'une moitié d'aile,
que je suçais pendant trois-quarts d'heure, 
comme le chien rogne son os au fond de sa niche.

Je ne supportais pas qu'on me serve 
plus d'une cuillerée à la fois. 
Mais, quelques minutes plus tard,
il n'était pas rare de me voir "piocher",
fourchette en avant, quelques petits morceaux
dans le plat. 

A chaque fois, cela mettait mon père 
dans une colère noire :
que je picore dans mon assiette, passe encore,
mais "chiper" dans le plat familial,
c'était hors de question.

Croulant sous les reproches, 
je m'enfuyais alors, avant la fin du repas,
dans le recoin le plus proche,
en serrant mon poing dans ma poche.

En proie à l'incompréhension familiale, 
je me murai dans le silence,
et, en réaction à l'orgie alimentaire d'autrefois, 
je mangeai de plus en plus parcimonieusement.

A sept ans, j'étais devenue longue et osseuse.
Tel le héron de la fable, 
je dédaignais la plupart des plats qu'on me proposait
et j'avais fait du grignotage "pingre"
mon mode habituel de fonctionnement.

Je n'étais plus alors que la pâle copie de moi-même.
Cela faisait longtemps qu'Oncle Henri avait cessé
de me "pincer" les joues...
et de temps à autre, on me faisait remarquer
que ma copine Corine,
autrefois frêle comme le roseau, était maintenant 
deux fois plus imposante que moi.

Ce comportement d'opposition dura jusqu'à l'adolescence.
Jusqu'à ce que, vers douze ou treize ans,
je découvre les joies de la cantine du collège...
Loin de la pesanteur du regard familial,
je redevins moi-même...
et je me réconciliai rapidement
avec la nourriture.

A quatorze ans, 
je mangeais à nouveau de tout, 
sans problème.
Mon époque "anorexique" 
était définitivement derrière moi.

Mais pour être tout à fait honnête, 
 j'avoue que j'aime encore, 
entre la poire et le fromage, 
"pignocher" un peu
dans le plat...
.
La Licorne
.



Règle du jeu :
Les mots en gras ont été créés
à partir des lettres suivantes :