d'Annie Ernaux
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Ateliers d'écriture mensuels : textes, poèmes et jeux littéraires
d'Annie Ernaux
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Filles impertinentes
Elles sont sept. Comme les sept vertus.
Mais pas sûr qu'elles le soient vraiment, vertueuses.
Elles sont assises dans la rue. Et elles fument.
Deux choses que ne font pas les filles "bien".
En tout cas à cette époque-là.
Elles sont jolies. Bien habillées.
Bien coiffées. Elégantes.
Avec le sourire aux lèvres et l'oeil qui frise.
On devine une envie de s'encanailler.
Une envie de croiser un garçon.
Ou peut-être même tout un groupe de garçons.
Dans quelle ville ?
Sans doute à New-York.
Mais ça pourrait être n'importe où.
Elles ne regardent pas le photographe.
Elles regardent autre chose.
Quoi ?
Quelque chose d'attirant ou d'intéressant, on dirait....
ça se voit à leur expression.
Un joli garçon est-il en train de passer en voiture ?
Ou une célébrité ?
Chacune sort son plus beau sourire.
L'une d'entre elles prend même le temps
de se recoiffer.
Chacune veut être à son meilleur,
et faire "bonne impression".
Mais pas trop sage, quand même.
C'est à ça que sert la cigarette.
La publicité a réussi son coup.
Une femme qui fume est une femme "libre".
Elles le croient.
D'une bouffée, elles envoient le message :
je suis "à la page", je suis "décontractée",
et "effrontée"...
(Soixante-dix ans plus tard,
certaines pensent encore ainsi.)
Sans comprendre qu'elles ont toutes adopté
la jupe "qu'il faut",
serrée à la taille et de la bonne longueur,
la coiffure bon chic bon genre...
avec brushing apprêté
et la cigarette de la bonne marque...
et que tout ça est finalement très "convenu".
Même la nonchalance est soigneusement "codée".
Peut-être la plus libre des sept est-elle finalement
celle qui n'a pas de brushing, pas de cigarette
et qui a retroussé les manches de son pull...
sans chercher à être "parfaite".
Elle est en plein milieu du groupe,
on la voit à peine.
Et vous ne l'aviez sans doute
pas vraiment remarquée.
Et pourtant...
Réfléchissez-y une seconde :
où se niche "réellement" l'indépendance
et l'impertinence ?
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La Licorne
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Quelqu'un à qui parler....de tout?
Elles ont l'air sympa, ces filles
Et cette complicité que l'on sent
Entre elles: je n'ai jamais une bande
De copines comme ça; juste des meilleures
Amies que systématiquement ma mère
A critiquées : sale, moche et trop vieille
Deux fois alors j'ai tout fait pour partir:
De l'alcool, des hommes, beaucoup de sexe
Est-ce que parmi ces filles, il y en a une
A qui je pourrais parler sans qu'elle
Me juge ; j'écouterais ses aventures
Et je me sentirais moins seule
Comme avec lui, mon mari, mon ami
Mon père, mon amant, mon frère
Ma mère, ma soeur; poids trop lourd
Qui t'a lassé, t'a tué; plus personne
Est-ce que parmi ces filles, il y en a une
A qui je pourrais parler de ma mère,
Sa sainteté pour les autres
Une sorcière pour moi
Il y a des femmes comme celles-là,
Des hommes qui m'ont aimée, m'aiment
Alors pourquoi ne m'aime-t-elle pas?
Pourquoi me faire porter l'entière faute?
Est-ce que parmi ces filles, il y en a une
A qui je pourrais parler de l'homme
A qui j'ai cru tout donner pour des insultes
Un corps et une confiance encore meurtrie ?
Mais ces filles, tellement soudées
Vont me rejeter et je resterais
Seule et encore blessée sans personne
A qui parler de tout... sauf un psy
Et encore...
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Laura
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et de ce livre
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Envoi à undeuxtrois4@orange.fr
avant le 31 août 2025
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Un sac de billes
Cannelle a été jeté de la mer(ère)
Sur la terre
Avec un sac de billes
Elle a mis une bille, une pépite
Sur le un : enfance timide, bavarde ,
Rêveuse, sage, lectrice et joueuse:
Elle a lancé un caillou-bille
Sur le deux et gardé les autres
Pour jouer aux osselets
Elle a mis une bille-agate
Sur le trois: là, elle a sauté
À l'élastique puis à la corde
Elle a lancé un dé-bille
Sur le quatre, bien joué
La voilà sur le pont,
Le petit pont de bois
Qui la mène à l'adolescence;
Aux jeux d'adresse et de hasard
Se mêlent les jeux de l'amour;
Elle a mis une agate
Sur le cinq où elle s'est assise
Pour jouer au mikado
Mais à miser trop gros
Tout s'est écroulé
Puis elle tombe dans le puits
Alors que d'autres échappent
A la prison
5,6,7, on lui tend la main
A deux, ils atteignent le ciel
Parfois même le paradis
Mais à force de miser
Sur les mauvais chevaux
Ils n'ont plus une bille
Elle ne le sait pas
Lui joue toujours
Et y laisse sa vie
A trop jouer sa vie, on la perd
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Laura
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Mes jeux d'enfance
Jouer à la marelle, je l'ai fait avec Isabelle, ma meilleure amie d'enfance.
Nous la tracions maladroitement à la craie au beau milieu de la route puis, chacune à notre tour, nous sautions sur un pied de case en case, de la terre jusqu'au ciel. Avec elle j'ai aussi concocté des tambouilles aux herbes dans sa jolie dinette que je lui enviais. puis nous faisions semblant de les manger. Un jour c'était elle la maman et moi l'enfant difficile, le lendemain nous inversions les rôles...
Mais c'est avec mes deux grands frères, mes cousins, ma cousine et toute leur bande de casse-cou recrutés chez les gamins du village, que je préférais jouer à Tarzan, à d'Artagnan, aux cow-boys et aux indiens entre autres héros qui avaient le pouvoir d'inspirer notre imagination débordante. Ceux des films qui passaient le jeudi dans l'arrière-salle du café du village, ou ceux des BD que nous lisions.
Quand ils ne construisaient pas des cabanes ou ne rejouaient pas «La guerre des boutons» à leur façon avec la bande des «Brouard-Pierre» comme on les appelaien dans le village, mes frères s'adonnaient à des jeux plus calmes ! Enfin, il faut le dire vite parce que le calme cessait dès que leur petite sœur avait le malheur de vouloir participer. M'avoir dans les pattes, avait le don de les mettre sérieusement en boule ! Un sac de billes, un parcours compliqué entre parpaings, collines de sable et autres obstacles à franchir pour les billes de verre et d'agate, et mes deux frangins turbulents devenaient très sages et concentrés. Du coup, sitôt que je faisais mine de m'approcher, ils devenaient pires que des bulldogs dont un misérable roquet aurait voulu piquer l'os. En l'occurence, le misérable roquet, c'était moi ! Ils ne voulaient pas de moi dans leurs batailles rangées de billes et de galots au terme desquelles le perdant cédait quelques uns de ses précieux trésors au gagnant.
Pour les jeux de guerres et de batailles fictives entre deux camps ennemis, je n'avais de place qu'en tant que victime idéale : indienne prisonnière chez les cowboys, femme blanche attachée au poteau de torture chez les indiens, captive des méchants libérée par les mousquetaires... Et j'acceptais ce rôle ingrat parce que c'était pour moi, le seul moyen d'être intégrée à l'un ou l'autre des camps. Un rôle qui m'a valu pas mal de tirages de cheveux, quelques bleus et horions. De petites blessures de guerre dont j'étais en fait très fière parce qu'elles m'ont servi d'adoubement pour être acceptée dans la bande ! Une bande d'invincibles héros dont Isabelle qui n'aimait que nos gentils jeux de fille, n'a jamais fait partie.
- Atelier d'écriture pour le mois de juillet -
de Joseph Joffo
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Lettre d’une inconnue