"Ne touche pas à cette machine, m'a répété ma mère, des dizaines de fois. Elle appartenait à ton grand-père, celui qui était écrivain, et elle ne nous a causé que des ennuis."
De quels ennuis s'agissait-il ? Je ne l'ai jamais su.
Et en quoi une petite machine noire pouvait-elle provoquer autant d'exaspération et de rejet ? Mystère.
Aujourd'hui, mes parents ne sont plus là pour me l'expliquer. Je viens de vider la maison familiale après leur décès et je ne sais vraiment pas ce que je vais en faire.
Je la dépoussière lentement avec un chiffon doux. Elle brille sous la lampe.
"Tiens, le "B", sur la ligne de caractères du bas, est resté coincé". J'appuie dessus pour le remettre en place. La machine émet aussitôt un bruit étrange. Je m'attendais à un clic, mais ça ressemble plus à un bruit sourd et prolongé. Une sorte de ronronnement.
Intriguée, j'appuie sur la touche "espace". Le ronronnement reprend. Comme un moteur qui se met en route. Bizarre. Et si j'insérais une feuille ?
Il me faut une minute pour comprendre comment faire. Voilà. Je crois que c'est bon. J'appuie de nouveau sur la touche "espace". Et là, sans crier gare, la machine s'emballe. Elle devient frénétique.. Elle se met à taper en accéléré. Les lettres, en petits caractères, s'alignent à la vitesse de l'éclair. Je n'ai même pas le temps de suivre ce qui s'écrit. Tak, tak, tak...tak, tak, tak...tak, tak, tak...
Je suis sidérée.
Comment une machine aussi primitive peut-elle se mettre à fonctionner toute seule ? Et qu'a-t-elle donc à dire ?
Je mets un moment à reprendre mes esprits. Puis, je m'approche de la feuille qui tremble encore, pour déchiffrer l'écriture inconnue :
"Bonjour Maria ! Et merci à toi de m'avoir sortie du grenier. Je m'ennuyais tant là-haut. S'il te plaît, emmène-moi dehors, au soleil. Cela me ferait le plus grand bien..."
Au soleil. C'est vrai qu'il fait chaud aujourd'hui...très chaud. 30 degrés au bas mot.
J'hésite une seconde puis je décide d'obtempérer. J'attrape mes lunettes de soleil, une pile de feuilles, une gourde et puis je mets la machine et le reste dans un grand sac avant de me diriger d'un bon pas vers les quais de la Seine, tout proches.
Une délicieuse odeur de lilas flotte dans l'air. Quelques touristes flânent au bord de l'eau...mais ils ne semblent pas faire attention à moi.
- Quelle idée ! Cela n'existait pas, de mon temps.
- Alors, comment fais-tu ?
- C'est mon petit secret, vois-tu....répond-elle du tac au tak.
- Et qu'est-ce que tu veux me dire ?
- J'aimerais te parler de ton grand-père. Je l'ai bien connu, tu sais. De là où il est, il te voit et il a choisi de passer par moi pour te faire quelques confidences. Si tu acceptes, je peux jouer les intermédiaires entre lui et toi."
Incroyable !
J'ai lu quelques histoires de medium dans ma vie...mais aucune n'évoquait ce genre de machine ensorcelée...qui vous envoie des messages de l'au-delà et converse avec vous avec autant de naturel que la dernière IA.
Je repense soudain aux "ennuis" évoqués par ma mère et j'hésite un peu...
Mais pas très longtemps. Poussée par la curiosité, j'accepte. La proposition...et ce qui va avec.
" Merci, claquette la machine, ragaillardie, tu ne vas pas le regretter. Je vais te raconter ce qu'on ne t'a jamais raconté. Je vais te raconter ce qui s'est passé juste avant ta naissance..."
Pour cette proposition, je vous propose de travailler sur les légendes. Pas n’importe laquelle : une histoire qui aurait survécu dans un tiroir, au fond d’une maison trop vieille, dans la mémoire d’un village ou dans la poche d’un manteau oublié. Choisissez un objet ancien qui aurait traversé des mains, des années, des silences.
Contraintes :
- Ne jamais expliquer totalement l’origine de l’objet
- Intégrer au moins une phrase transmise oralement (“Ne le garde jamais près du lit”, “On disait qu’il choisissait son propriétaire”, etc.)
- Utiliser les cinq sens
- L’objet doit modifier quelque chose (une relation, un souvenir, un comportement, une peur, un destin, etc.).