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Cervantes s'éteint non loin de Madrid, un beau jour de printemps, au début du 17ème siècle.
Une dizaine de jours plus tard, c'est le célèbre Shakespeare qui rend l'âme...
Pourtant, l'histoire retiendra, pour tous les deux, la même date de décès : le 23 avril 1616.
Comment cela est-il possible ?
C'est simple : à l'époque, l'Espagne Catholique se base sur le calendrier grégorien et le
Royaume d'Angleterre protestant sur le calendrier julien, qui a quelques jours de retard sur le
premier !
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Réunis par cette troublante fausse-coïncidence, nous les retrouvons quelque temps après,
assis tous deux sur leur nuage préféré...
Sh. - A cup of tea, my dear ?
C. - Muchas gracias...querido amigo...Con un azúcar, por favor.
Sh - Servez-vous, je vous en prie ! Je plamotte le gâteau et j'arrive !
C - Vous me gâtez, William ! Même Sancho n'était pas aussi serviable !
Sh - Hum... le pauvre...ne le critiquez pas trop...Il avait fort à faire, je suppose. Avec
vos fantaisies...nul doute qu'il devait souvent être "au four et au moulin" !
C - Peut-être. Mais le problème de fond, avec ce garçon, c'est qu'il n'avait pas grand-chose
dans le crâne...
Sh - Etre ou ne pas être futé, that's the question.
C - Il était débonnaire et gélasin...très bon compagnon, je l'avoue... Mais il n'avait aucune
éducation digne de ce nom. Je devais constamment le tancer pour ses messéances. Vous qui
êtes gentilhomme, vous comprenez ce genre de choses, j'en suis sûr.
Sh - J'ai eu aussi un serviteur fidèle. Il s'appelait Roméo. Un vrai coureur de jupons, pour tout
dire. Il avait le don d'embabouiner toutes les guénuches qui passaient. Je le regardais faire
et souvent, je notais ses belles paroles enjôleuses...cela m'a bien aidé
à écrire une certaine pièce, qui, en son temps, eut pas mal de succès.
C - Je l'ai lue...je l'ai lue. Ah ! Vérone ! La scène du balcon ! Quelle merveille ! Moi,
je n'avais pas cette chance. Je vivais en Espagne "dans une maison sans balcon, sans
toiture, où y avait même pas d'abeilles sur les pots de confiture".
Sh - Reprenez donc une part de mon gâteau au miel, mon cher. J'ai lu également votre
oeuvre, voyez-vous. Votre héros qui, sur sa Rossinante, va de malenchère en malenchère
m'a beaucoup fait rire ! Et réfléchir, aussi.
Comment s'appelait sa bachelette, déjà ? Her name is on the tip of my tongue...
C - Dulcinée, elle s'appelait Dulcinée... Mais c'est bien loin tout ça...Le temps d'amour a
fui...je le crains, et nous voici ici, au paradis, à parler de petites pétoffes, sans le moindre
parchemin ni la moindre plume pour poser nos pataraphes...
Sh - Nous étions des rêveurs, des poètes, des aligneurs de mots, Michel : nous avons écrit et
créé du mieux que nous pouvions de notre vivant. Il faut maintenant laisser la place à
d'autres, qui diront tout ça aussi bien, voire mieux que nous.
Tenez, j'ai entendu, l'autre jour, une chansonnette monter jusqu'ici. C'était, ma foi, fort joli.
Juliette en eût été charmée. Je vous la fais écouter ?
La Licorne
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Pour l'Agenda ironique de février
chez Carnets paresseux
(2ème texte)
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et pour Mil et Une
qui nous demandait de placer les mots suivants :
Plamotter : Ôter le pain de sucre du moule
Débonnaire : bon, doux
Gélasin : rieur
Tancer : réprimander, admonester
Messéance : Qui est malséant, qui ne convient pas
Embabouiner : Amener (quelqu’un) à faire ce que l’on désire
en (le) séduisant par des flatteries, des cajoleries
Guénuche : petite guenon, femme laid
Malenchere : malchance
Bachelette : Jeune fille gracieuse
Pétoffe: Affaire ridicule, petite affaire, cancan
Patarafe : Trait d’écriture informe ou irrégulier; lettre mal formée
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