samedi 8 mai 2021

Sortie du cocon

 

 

 Pour "Les plumes d'Emilie"

 


 

Sachez , chers amis, qu'il y a peu...je vivais , comme tout un chacun, dans mon "cocon" (mot qui dit bien ce qu'il veut dire, si vous avez le courage de décoder préfixe et suffixe)...c'est-à dire, en fait, que je cherchais la sécurité dans une bulle stérile, me lavant les mains au savon 10 fois par minute et regardant mon voisin Gaston, par la fenêtre, d'un regard oblique..

Coincée à l'intérieur de mon dur logis, j'hésitais entre les travaux d'aiguille (tricot, tapisserie, broderie... et autres façons de m'infliger des "piqûres" inoffensives) et l'envie d'écrire le livre de trois cents pages que je projette depuis longtemps (la biographie complète de Louis Pasteur, mais ne le répétez pas, on pourrait me prendre l'idée). 

Cependant, la combinaison imperméable, ignifugée et aseptisée que j'enfilais chaque matin, comme une "armure", ne m'y aidait guère. Sans projet créatif, je ne m'éclatais que modérément et derrière ma vitre "triple vitrage", je regardais passer les jours...avec l'enthousiasme d'un prisonnier condamné à perpétuité.

Et puis, voilà, que, tout à coup, ma vie changea ! Au début de l'été, par je ne sais quel miracle, on m'accorda une permission. La permission extraordinaire de prendre l'air ! On me donnait le droit d'inspirer, on me donnait le droit d'expirer...Quelle chance !

Inutile de vous dire, qu'illico presto, je fêtai cela  avec Gaston ! Son champagne était si bon que nous en reprîmes plusieurs verres...Et puis, ivres de joie, nous allâmes tous deux, nous allonger dehors, sur la mousse...Ce que nous y fîmes, je ne m'en souviens pas bien...mais je me souviens avoir regardé avec tendresse l'envol de mes frères papillons, qui, insouciants et légers, passaient d'une fleur à l'autre, virevoltant et baguenaudant...comme s'ils n'avaient jamais vu les News à la télé...

 

La Licorne

 

 

Il fallait placer les mots suivants :

SAVON CHAMPAGNE IVRE ECRIRE ECLATER INTERIEUR ENVOL LINGER(E) LEGER(E) SECURITE COINCER MOUSSE AIR AIGUILLE ARMURE

J'ai zappé le mot "linger(e)"...


 

vendredi 7 mai 2021

(3) L'échelle des ans

 

Sur une proposition 

de l'Atelier d'écriture de Villejean

 

...(très librement) inspiré d'un poème de Raymond Queneau...

et d'une photo de Gilbert Garcin

 


La vie, vue d’ensemble
 

 
 
Quand j'ai eu l'âge 
D'avoir des dents
On m'a dit "Mâche 
Tes aliments"

Quand j'ai eu l'âge 
D'être un enfant
On m'a dit "N' fâche
pas tes parents"
 
Quand j'ai eu l'âge 
De quatorze ans
On m'a dit : "Cache
Tes sentiments"

Quand j'ai eu l'âge 
D'être étudiant
On m'a dit : "Tâche
D'êtr' performant"

Quand j'ai eu l'âge
De trente-trois ans
On m'a dit : "Sache
Être parent"

Quand j'ai eu l'âge 
De cinquante ans
On m'a dit : "N'gâche
Plus trop ton temps"

Quand j'ai eu l'âge
De soixante ans
On m'a dit "Détache
Toi d'ta vie d'avant"
 
Quand j'ai eu l'âge
D'être impotent
On m'a dit "Lâche
Tes petits-enfants"
 
Quand j'ai eu l'âge
De cent-deux ans
On m'a dit "Crache
Tes dernières dents"
 
J'ai été "sage"
Mais plus maint'nant...
J'lui ai dit tout "cash"
Au Dieu très grand :
 
Je n'ai plus l'âge
D'être conciliant ...
Même si ça clashe...
J'saurai dire "non" ! 
;-)

.

La Licorne
 
.

 


(2) Puisque...

 

Sur une proposition 

de l'Atelier d'écriture de Villejean

 

... à partir d'un poème de Raymond Queneau...

et d'une photo de Gilbert Garcin

 


 
 
 Puisque vous savez mieux que nous
Ce qui nous fait du bien
Puisque vous avez la science pour vous
Puisque nous ne savons pas


Puisque vous décidez seuls
De nos vies, de nos destins
Puisque vous nous suivez jusqu'au linceul
Puisque nous ne décidons pas


Puisque vous avez été formés
Dans les meilleures écoles
Puisque vous êtes au-dessus du panier
Puisque nous n'y sommes pas


Puisque vous changez d'avis tout le temps
Que vous dites noir, que vous dites blanc
Puisque vous faites la pluie et le beau temps
Puisque nous ne contestons pas
 
 
Puisque vous nous dites en danger
Et que vous brandissez le drapeau de la peur
Puisque vous martelez des chiffres à la télé
Puisque nous ne vérifions pas


Puisque vous vous arrogez le droit
De nous emprisonner
Puisque vous nous enfermez pendant des mois
Puisque nous ne refusons pas


Puisque vous nous empêchez de travailler, 
De sourire et de respirer
Puisque vous nous ôtez une à une nos libertés
Puisque nous ne protestons pas
 
 
Pourquoi donc vous arrêteriez-vous ?

.

La Licorne

.
 
 
 

 

 

mercredi 5 mai 2021

(1) Tant de ...

 

 

 Sur une proposition 

de l'Atelier d'écriture de Villejean

 

... à partir d'un poème de Raymond Queneau...

et d'une photo de Gilbert Garcin

 

L’interdiction

 

 

Tant d'obstacles rencontrés

Tant d'avenir barré

Tant d'occasions manquées

Tant de désirs refoulés

Tant d'interdits inculqués

 Tant d'idées abandonnées

 Tant d'élans arrêtés

Tant de rêves effacés

Tant de voyages annulés

Tant d'impossibilités 

Tant de tâches imposées

Tant de règles insensées

Tant  d'absurdité conditionnée

Tant de croyances infondées

Tant d'excuses ressassées

Tant de possibilités envolées

Tant de joies contrariées

Tant de fêtes reportées

Tant d'heures désenchantées

Tant d'attentes prolongées

Tant d'angoisses répétées

Tant de masques portés

Tant de rires étouffés

Tant de mots censurés

Tant de prétextes invoqués

Tant de peurs inventées

Tant d'existences dérobées 

Tant d'années sans liberté

Tant d'amours prohibées

Tant de gestes avortés

Tant de sentiments cachés

Tant d'amitiés  inexplorées

Tant de créations empêchées

Tant d'aventures confisquées

Tant d'enthousiasmes effilochés

Tant de temps gâché

Tant de choses inachevées

 Tant de vie gaspillée

Tant de barrières imaginées  

 

Sans jamais penser

A faire un "pas de côté" !

.

 

La Licorne


 

 

 

mardi 4 mai 2021

JEU 64 : E comme Ensemble

 


 

On veut bien l’accepter dans la troupe, avait dit le responsable, mais il n’a pas l’âge requis. Normalement, il faut avoir huit ans.

Et c’était vrai: il en avait à peine sept.

– Cependant, nous y mettrons une condition: c’est qu’il participe au camp, l’été prochain.
– Ce ne sera pas un problème, a répondu le père, c’est justement ça qui lui fait le plus envie.

C’est ainsi que petit frère a trouvé son copain-pour-la-vie, celui qui de tout temps a un an d’avance sur lui, avec qui il a fait les quatre cents coups et qu’aujourd’hui encore vous verrez en photo à ses côtés sur son profil fb.

Ensemble.

Un point c'est tout. :-)

 
 
 
 
 
 

lundi 3 mai 2021

Chanson : "La paresse"



79ème devoir du lundi

 

 

(à lire...ou mieux, à chanter...) 

 

On peut vivre dans le stress
S'agiter beaucoup
Se dédier à la vitesse
De ce monde fou
Moi, je vénère la paresse
Et puis mon matelas
Oui, oui, oui, oui
Moi, je reste chez moi

On peut vivre pour la gloire
Pour être "quelqu'un"
Être connu dans l'histoire
Sortir du commun
Ou vivre avec paresse
Et sans ostentation
Oui, oui, oui, oui
L'anonymat est bon !

Quelle douce faiblesse
Quel merveilleux penchant
Ce besoin de paresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

Le travail est nécessaire
Mais s'il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien, on s'y fait
Oui, vive la paresse
Le temps qui paraît long
Long, long, long, long
Le temps qui parait long

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les désirs
Et les rêves de prouesses
Qui nous font courir
Mais rien ne vaut l'allégresse
D'une vie au quotidien
Oui, oui, oui, oui
Vive les "petits riens"...!

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
Qu'on n'est plus qu'un pauvre diable
Broyé et perdu
On plonge dans la paresse
Le sommeil, le repos
Non, non, non, non
On n'est pas des héros

Et quand mon chat s'étire
(Il dort une heure sur deux)
Ses yeux semblent me dire :
"C'est simple d'être heureux"

 Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu
Dans votre immense sagesse,
Immense faveur,
Transformez donc en paresse
Nos vies de labeur
 
En torrents de caresses
Pour que règne l'amour
Règne l'amour
Pendant le septième jour...(*)
 .
 

La Licorne

d'après la chanson 
"La tendresse" 

 .

 

(*) Septième jour, qui, bien sûr, 
ne saurait être le lundi... ;-)

 

 

 

 

Paroles de la chanson originale :

On peut vivre sans richesse
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y en a plus beaucoup
Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas

On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Être inconnu dans l'histoire
Et s'en trouver bien
Mais vivre sans tendresse
Il n'en est pas question
Non, non, non, non
Il n'en est pas question

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

Le travail est nécessaire
Mais s'il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien, on s'y fait
Mais vivre sans tendresse
Le temps vous paraît long
Long, long, long, long
Le temps vous parait long

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l'amour fait des prouesses
Pour nous éblouir
Oui mais sans la tendresse
L'amour ne serait rien
Non, non, non, non
L'amour ne serait rien

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
On n'est plus qu'un pauvre diable
Broyé et déçu
Alors sans la tendresse
D'un cœur qui nous soutient
Non, non, non, non
On n'irait pas plus loin

Un enfant vous embrasse
Parce qu'on le rend heureux
Tous nos chagrins s'effacent
On a les larmes aux yeux


Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu
Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos cœurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l'amour
Règne l'amour
Jusqu'à la fin des jours

.

 


 

 

samedi 1 mai 2021

JEU 64 : "Ensemble, c'est tout"


 
- Atelier d'écriture pour le mois de mai -
 

 
Il s'agit de créer un texte 
directement inspiré de cette image :

 
 
 
 
Titre de livre associé :

 "Ensemble, c'est tout"

d'Anna Gavalda

.

 


 

Concernant le titre de livre , 

vous pouvez , au choix :


- Tout simplement, placer les mots de ce titre dans votre texte

(dans l'ordre que vous voulez)

- Ou faire en sorte que ce titre de livre soit aussi le titre de votre texte

(et donc le choisir comme fil conducteur de votre création)

- Ou , troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, à l'oeuvre citée

(en l'imitant, en la complétant, en la citant, en la détournant...etc)

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 mai 2021

(la date du mail faisant foi ;-)

.


Je vous souhaite une belle inspiration...

et un beau mois de mai...

 .

 

La Licorne

 


 

 

 

mercredi 28 avril 2021

Vie défigurée

 
 

Humeur du mois

 

 

J'ai toujours adoré prendre des photos...surtout des photos de nature. Mais j'avais un peu délaissé ce "hobby" depuis deux ou trois ans.  Et puis voilà qu'il y a quelques semaines, poussée par je ne sais quelle "mouche de printemps",  j'ai brusquement éprouvé le besoin de m'y remettre. J'ai donc pris mon appareil en bandoulière...et, au cours de mes promenades et marches quotidiennes, j'ai pris quelques centaines de photos...qu'il a fallu, ensuite, bien entendu, trier.

C'est pendant cette phase de "tri", assez fastidieuse, que je me suis amusée, pour me détendre un peu, avec la "retouche photo"... Partant d'une photo normale, j'ai tenté de pousser les caractéristiques à fond : couleurs hyper-saturées, contraste maximal, luminosité augmentée...etc. 

Pas par nécessité. Plutôt par curiosité...Pour voir ce que ça fait...

Eh bien, ce qui se passe, et vous vous en doutez, c'est que la photo, plutôt sympathique au départ, devient vite "artificielle"...Tout y est exagéré...Le ciel est trop bleu, l'herbe d'un vert criard, et les nuages perdent leur relief initial...

C'est comme ça : croyant améliorer une image , on peut facilement la "défigurer"...si l'on y va "trop fort"...

 


Mais pourquoi est-ce que je vous raconte ça ? Patience, patience...ça vient.

L'autre jour, j'ai aussi ressorti ...du fatras de mon grenier, un vieux dessin...que j'avais gardé "bien roulé", dans un coin, pendant trente ans ... Vous savez, un de ces dessins que l'on vous propose  sur une grande place pleine de touristes...quand vous vous asseyez sur un petit tabouret et qu'un monsieur habile, sous l'oeil attentif des passants, vous "croque" en moins d'un quart d'heure...pour une somme dérisoire.

J'avais 25 ans et des poussières...C'était en été, un soir de vacances ...et avec des amis, pour rire, on s'était arrêté et on avait "tenté l'aventure"...

Mais voilà, moi, j'avais choisi, un peu à la légère, un caricaturiste...

Il m'avait croquée et bien croquée, le coco.  Bouche un peu trop grande, nez retroussé, pommettes rondes, cheveux pas trop disciplinés, frange trop longue...tous mes "charmants" petits défauts y étaient passés...et je m'étais retrouvée avec un dessin digne du "Canard enchaîné" qui avait bien fait rire les copains...

Le travail du caricaturiste, comme vous le savez, est de "forcer le trait"...On prend une caractéristique réelle et on la "pousse" jusqu'à l'extrême...un peu comme quand j'ai transformé mes photos...

Vous commencez à voir où je veux en venir ? Non...toujours pas ? Alors continuons...

En regardant ce dessin, ça m'a paru soudain évident : c'est ça que nous vivons depuis un an. 

Nous vivons une vie dans laquelle tous les curseurs ont été "poussés au maximum"...

Le curseur de la peur, par exemple...

Dans la peur, on a , normalement, tous les degrés : insouciance, prudence, inquiétude, angoisse légère, peur, frayeur, terreur, peur panique...

Mais, si, face à une situation qui nécessite de la "prudence",  on pousse le bouton jusqu'à "grande frayeur", que pensez-vous qu'il se passe ? Est-ce qu'on a encore une "belle" vie, ou est-ce qu'on a une vie "défigurée"..? A votre avis ?

Je pourrais vous détailler encore plein d'autres curseurs, mais je pense que vous les trouverez facilement vous-même...

Ce que je voulais souligner ici, c'est que le fait de "forcer le trait" a aussi, au fond, un avantage : cette vie outrancière,  cette "caricature de vie", qu'on nous fait vivre...depuis des mois...met en relief des aspects, qui, auparavant, pouvaient passer inaperçus...

Tout comme je ne pense pas tous les jours à la taille de ma bouche...ou à la forme de mon nez ... on ne pense pas tous les jours à certains éléments du quotidien, qui sont habituels, et donc ressentis comme naturels et normaux. Ce n'est que par "l'aggravation de la situation", que, soudain, nos yeux s'ouvrent...

Par exemple: nous ne pensons pas tous les jours au fait que nous sommes "enfermés" dans un lieu, une relation ou un travail.  Mais le jour où...on vous oblige à ne plus avoir "que ça"...à ne plus avoir aucune échappatoire...alors la situation nous "saute au visage"...

Si je ne peux  plus sortir de chez moi, je remarque vite tous les inconvénients de cet appartement, de cette maison, de cette ville... Si je dois vivre 24h sur 24 avec mon conjoint ou mon enfant, aïe , aïe, aïe...je me mets à remarquer tout ce qui me "dérange" chez lui...et inversement, si je ne peux plus voir ou rencontrer certaines personnes, je peux me rendre compte de l'importance vitale qu'elles ont pour moi...

Si je ne fais plus que travailler, et qu'on me supprime mes loisirs, il est possible que je réalise, alors, que ce travail-là ne m'épanouit guère...ou même, au bout d'un moment, que la société elle-même a, depuis longtemps, un fonctionnement  inhumain...un fonctionnement qui "m'enferme" et "m'empêche" de vivre...

Bref, à mener une "caricature de vie", on peut arriver à ne plus du tout l'aimer cette vie...qui, tout à coup, est devenue "trop", "trop", "trop"...et dans laquelle nous ne nous reconnaissons plus. On peut se désespérer...on peut tenter d'échapper à la situation par tous les moyens...On peut essayer de se débarrasser de cette vie totalement "défigurée"...

Ou alors, on peut aussi rester là, courageusement, en face d'elle...et en profiter pour bien observer, ce qui, dans cette vie-là, ne nous convient plus... ce dont on s'accommodait jusque-là par habitude ou par paresse...On peut cheminer vers une "prise de conscience"...des lacunes et des défauts de notre "vie d'avant"...


Moi, après ma "caricature", je suis allée me faire couper les cheveux autrement, j'ai changé de coupe...

Et vous, qu'est-ce que vous aurez envie de changer...après ? (*)

.

La Licorne

.



(*) Ou même , pourquoi pas...maintenant ?


lundi 26 avril 2021

Bohême parisienne


 

78ème devoir du lundi

 

Fontaine de la Concorde - Paris


 

 

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon quartier désertique devenait "idéal"
J’allais seul dans Paris, dans le bleu vespéral...
A la fontaine mythique, rêvant de m'abreuver


Mon unique passe-temps était la promenade
Depuis des mois déjà, je vivais comme un ours
En hiver. Plus d'auberge joyeuse, ni de courses...
Mon logis arborait le charme d'un EHPAD


Et donc je m'en allais, marchant le long des routes,
Avant le couvre-feu...et je sentais les doutes
Ruisseler sur mon front en une fine sueur...


Egaré au milieu d'ombres fantômatiques,
Petit Poucet perdu dans un monde aseptique,
D'une ville plus humaine, je cherchais la lueur...

 

La Licorne 

(d'après Rimbaud )

 

 .

 

 

 

 

 

mercredi 21 avril 2021

JEU 63 : Les textes d'avril


 

Voilà, ça y est...

la date fatidique du 21 est tombée...

la moisson des textes s'arrête donc là...

et il est temps de vous remercier chaleureusement

pour la qualité et la diversité de vos productions

et de faire un petit "bilan"...

 


Récapitulatif  des productions du mois

(par ordre alphabétique) :


Si vous l'avez manquée, 

la consigne du JEU 63 

se trouve ICI





1) "Coeur tendre ?" 

de La Licorne

.

 




2) "Eloïse" 

de Mary Grimoire

..




3) "La grossophobie et autres harcèlements"

de Laura

...

 

 

  

 4)"Poil de carotte"

 de Célestine

....


 

 

5)"Poil de carotte et le bouquet magique"

de Jacou

 .....

 

 

Si ce n'est pas encore fait,

allez donc voir comment chaque participante

 a "cuisiné" la carotte "à sa sauce"... :-)

et si vous trouvez le texte "au poil"...

 n'oubliez pas de lui laisser un petit commentaire...

ça fait toujours plaisir !

.

 


 

 

mardi 20 avril 2021

La vie du facteur Cheval


 

Atelier d'écriture de Villejean

Thème :  Le vocabulaire postal

 

 

 Photo personnelle


 

 

    S'il est un facteur cher à mon coeur,  c'est bien le facteur Cheval

Ce facteur-là, il faut le dire, fut un postier assez spécial. Toujours sur les routes, puisqu'il effectuait sa tournée à pied...il transporta dans sa vie autant de cailloux que de courrier et sans doute même un peu plus. Jésus, Marie, Joseph ! Il fut le piéton le plus obstiné de toute l'histoire de la Poste, toujours à courir la campagne afin de trouver de nouvelles pierres pour son futur "palais"...Il usa ses bottes sur les chemins, tout autant que les pneus de sa brouette, qui, en général, ne faisaient pas long feu.

Il s'en était fallu d'un cheveu qu'il ne soit jamais facteur...car au départ, il était boulanger...près de Lyon. Mais lui et sa boulangère, poussés par la misère, durent changer de métier, déménager et  finalement poser leurs valises dans le village d'Hauterives. Il fut alors chargé de la "tournée de Tersanne", une tournée au rayon de distribution très large...une tournée pédestre de près de 30 kilomètres, qu'il effectuera quotidiennement et consciencieusement...jusqu'à sa retraite.

Dès lors, il transporta chaque jour dépêches, almanachs, bafouilles et liasses de lettres en tous genres...et à peine en était-il "allégé", qu'il passait à son deuxième métier, celui qui lui tenait vraiment à coeur : "constructeur de rêve". 

Pendant 33 ans, il collecta donc sans relâche, pendant ses "voyages" de facteur,  des tonnes et des tonnes de pierres, choisissant avec soin les plus étranges , les plus tarasbicotées...des pierres bizarres avec des creux, des bosses ou des dentelures... pour les assembler selon une esthétique qui n'appartenait qu'à lui ...une esthétique étrange et un brin "surréaliste", qui suscita d'abord les moqueries, avant de susciter l'admiration...

Il en connut des doubles et des triples journées, des déjeuners sur le pouce , avec juste un bout de pain et un camembert...des "coups de collier" et des "coups de feu" quand l'orage menaçait..et qu'il fallait faire vite...Il connut la fatigue extrême, les points de "côté", les mains rouges... et les soirs où après être descendu au chantier, on remonte à la maison, chargé comme une mule, parce que l'on a peur de se faire voler un "bloc de pierre" particulièrement intéressant.

Il en connut des peines et des difficultés, oui, mais en bout de ligne, il arriva à son but : un jour, son "Palais idéal" fut terminé...et ce jour-là, il s'assit et se sentit fier de ce qu'il avait réalisé.

Ferdinand Cheval, le petit facteur d'Hauterives, le maçon ambulant, l'architecte autodidacte, avait, grâce à sa tenacité hors norme, construit le Palais le plus original et le plus intrigant de toute l'Histoire...et, enfin sédentaire, il pouvait maintenant, en toute tranquillité, s'y reposer comme un "pacha"...! (*)

 

La Licorne


(*) Ce qu'il ne fit pas, bien entendu...car, poussé par sa passion, il se consacra très vite à d'autres constructions...

 

 

30 mots ont été utilisés parmi ceux qui étaient proposés :


Ach  - Allégé  - Almanach  - Ambulant  - Arête de poisson  - Babillarde,  - Bafouille  - Bidou  - Bitume  - Blanchir une batterie  - Bloc  - Boite à cocus  - Bombe (partir en)  - Botte  - Boulangère  - Boulisterie  - Bout de ligne  - Brêmard  - Brigades  - Burelage  - Cabine  - Cage à poules  - Califs  - Camenbert  - Char - Cheval  - Chevalet  - Cheveu  - Cocotte  - Collier et étiquette  - Combine  - Contrerembour  - Côté  - Coupage-piquage  - Coup de collier  - Coup de feu  - Courir la poste  - Culotte  - Dentelure  - Dépêches  - Dépêche close ou directe  - Dépiautage  - Descente  - Distri  - Double toile  - Ecluser  - Embrigadé  - Entier postal  - Etre au pair  - Etre descendu  - Faire gare  - Fausse  - Feuille 12  - Filante  - Gogneuse  - Haut le pied  - Jésus  - Lanterneau  - Liasse  - Libourne  - Maximaphilie  - Mignonnette  - Mondaine  - Mougeotte  - Mule  - Nénette  - Odontomètre  - Ordre de service  - Pacha  - Passe  - Peau de lapin  - Petit bleu  - Philatélie  - Piéton  - Pneu  - Pochée  - Ponton  - Postier  - Poulain  - Pyjama  - Rayon de distribution  - Rebuts  - Rembour  - Remonte  - Restes  - Rouge  - Route  - Sauterelle  - Sédentaire  - Surnuméraire  - Tilbury  - Timbre à date  - Tirer la toile  - Trempolino  - Trousse-couilles  - Tubiste  - Tuer le courrier  - Valise  - Voyage  - Zinc . 

 

 

   
 
 
 
 
 
 

lundi 19 avril 2021

Elle attend

 

 

77ème devoir du lundi 

 

 


 
 

C'est dur d'avoir quinze ans.

Quinze ans 

Et l'âme-volcan

Quinze ans 

Et des rêves-océan

C'est dur d'avoir quinze ans

Au printemps.

 

Elle attend, elle attend

Elle attend Gaëtan

Gaëtan si ponctuel, avant...

Elle attend, elle attend

Elle attend depuis longtemps

Il ne viendra pas, elle le sent

Le pressent...

 

D'un geste hésitant

Elle sort un mouchoir blanc

Tant de larmes, de sentiments

Qui restent bloqués au-dedans...

Pleurer ? Non...

Pas devant les gens...

Pas ici, pas maintenant


Elle attend, elle attend...
 
Le coeur gémissant...

L'espoir bringuebalant

Elle attend, elle attend

Son  chevalier charmant
 
Au sourire désarmant 
 
Son premier "prince amant"

 
  
 
Elle l'attend, elle l'attend
 
Ardemment
 
Eperdument

Démesurément

Obstinément

Impudemment

 Imprudemment

 

Car ce n'est pas prudent

En plein conflit violent

D'aimer un protestant

Et pourtant, et pourtant

A Belfast, au printemps

Le jour de ses quinze ans

Elle l'attend.... 

.


La Licorne

.

 

 

 

 
 
 
 ....
 
 

 

 


 

 

dimanche 18 avril 2021

JEU 63 : "Poil de Carotte" - Célestine

 

 

 

Photo de Benoît Courti


 
 
Pour l'atelier de la Licorne
Et pour celui du Goût.
 .
 
 
 
 
 
Je veux de l’inutile, du majestueux, je veux des bustes en marbre 
sur des façades lépreuses, je veux des rues où l’on s’égare, 
un labyrinthe, un dédale, les chansons hurlées de mon quartier 
et les bars grands ouverts, je veux des dieux à triple visage
 et des allégories aux carrefours, 
je veux de l’inexplicable, de la légende et des dragons,
de vastes jardins et des gerbes d’étoiles, je veux Palerme...


Edmonde Charles-Roux
Oublier Palerme
 
 
 
 



 
 
Voilà la fougue. Voilà cette force vitale qui explose en soi. C'est Palerme.
Au fond de mes yeux d'enfant marchant pieds nus sur les galets de Nice, précoce, inconsciemment, je vivais déjà en moi les tiraillements entre deux fougues. L'Italienne et l'Irlandaise. Mes jambes traçaient des ponts imaginaires de la Toscane à l'Ulster, de Sophia Loren à Maureen O'Hara.

Dans mon sang, indissociables, coulent la lave rouge du Vésuve et et le sang noir du Connemara. Les indignations, les révoltes, les enthousiasmes de ces peuples fiers.
Je suis née brune à l'extérieur, mais résolument rousse inside. Avec seulement quelques éphélides sur le bout du nez. Ceux qui me connaissent bien savent mon goût pour ces landes vertes et ces falaises luttant contre la mer, et combien le soleil toscan, piqueté de cyprès, m'a éblouie l'an dernier. Bref, mes marraines les fées ont dû consommer de la substance hallucinogène, ou en tout cas illicite, juste avant de se pencher sur mon berceau, pour m'avoir ainsi dotée de ce  double tempérament, héritage lointain d'aïeules pas toujours commodes, sans doute. Un cadeau longtemps lourd à porter. Maintenant, j'en ris.

Il y a quelques années, je me suis essayée à la couleur rousse. Mon coiffeur a fait flamber ma crinière à tout vent, allumant des flammèches mystérieuses dans mon sillage. Ça m'a plu. J'ai décidé que j'avais été brune assez longtemps.
Une manche dans chaque camp, me suis-je dit. Si les brunes ne comptent pas pour des prunes, que dire des rousses ? Je veux dire, d'intelligent.
Je vous avais raconté comment, un jour de mauvaise lune, je m'étais fait traiter par un malotru, un minable crapaud de basse fosse juché sur une trottinette électrique,  de « sale rousse ». Ce fut ma première ostracisation pour cause de couleur de cheveu.  Ça vous marque une Célestine. 
Ce jour-là, j'ai ressenti l'espace d'une instant la détresse du petit François devant la méchanceté de la mère Lepic. L'espace d'un instant seulement, car si d'aventure vous (re)lisez cette mésaventure, vous verrez que je ne me suis pas laissée abattre par ce trait de fiel. Et que j'ai relevé la tête, telle la reine de Saba quand elle sort faire ses courses.

Pourquoi je vous raconte tout ça, moi ? Ah oui, parce que je suis là, dans ce café, à essayer de faire partir la tache de jus d'orange que le serveur a renversé sur ma jupe, subjugué sans doute par ma flamboyance capillaire inopinée. Alentour, comme souvent, du gris, du blond, du brun, du blanc.
L'autre rousse qui me sourit, là-bas,  c'est seulement mon reflet dans la glace. 
Je lui rends son sourire. Et je comprends soudain pourquoi je me sens si bien depuis que j'ai changé de vie.
Je n'ai plus de colère en moi. Cette colère noire et blanche qui m'a tenaillée si longtemps, a disparu, Comme un grand oiseau gris qui plonge dans l'écume. 
Le feu a eu raison de mes noirceurs de plume.
Voilà que j'alexandrise, moi... Je n'ai pourtant bu que du jus d'orange. Ah te voilà, mon amour.
Ça faisait si longtemps que l'on n'avait pas bu un verre dans un bar.
 
 
 
 
 
 





vendredi 16 avril 2021

Paul et Pauline

 

Les Plumes chez Emilie

(+ Agenda ironique d'avril (2) ) 

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Et nous crevons par la blague, par l'ignorance, par l'outrecuidance,

par le mépris de la grandeur, par l'amour de la banalité, 

et le bavardage imbécile.

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Gustave Flaubert
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Edward Hopper, chop suey

 

 

20 février 2020 - Restaurant du quartier


- Alors, ça y est...c'est sûr, vous vous séparez, Paul et toi ?

- Oui, c'est décidé...on ne peut pas rester indéfiniment comme ça, au milieu du gué...il y a un moment où il faut prendre une décision. Oh, on ne divorce pas, tu sais...Pas encore...Mais on va vivre chacun de notre côté...j'ai trouvé un petit appartement.

- C'est drôle, je vous voyais vivre ensemble jusqu'à la fin de vos jours...moi. Je n'ai jamais pensé que tu faisais partie des femmes "mal accompagnées". Vous aviez l'air de filer le parfait amour et puis Paul est si charmant, il a toujours le sourire, toujours une blague à raconter...

- Oui, c'est vrai, il est charmant...à l'extérieur. Mais avec moi, c'est différent. C'est comme si une distance s'était installée peu à peu entre nous. On ne discutait plus...on ne se disait plus rien d'intéressant. La routine, le quotidien...et c'est tout. Et puis je ne supportais plus son air de "cause toujours, tu m'intéresses..." qu'il prenait quand j'essayais de lui confier quelque chose qui me tenait à coeur. Il écoutait poliment, mais je sentais qu'il n'avait qu'une envie : que j'aie fini et qu'il puisse retourner à son match de foot et à ses copains.

-  Bon, vous n'avez pas d'enfant, c'est une chance...C'est toujours douloureux les problèmes de garde, dans ces cas-là...Qu'allez-vous faire d'Ornythorynque ?

- Oh...C'est un chat très indépendant, tu sais...On ne va pas le partager en deux...il n'aimerait pas ! Il va rester avec Paul, je pense...il a ses habitudes ici, il est attaché à la maison, encore plus qu'à moi. Et il a une petite "amie" qui habite la maison près de la rivière... tu sais, la grande maison avec une barrière bleue... C'est une belle chatte blanche, racée. Je les ai surpris en train de batifoler, l'autre jour, entre deux grosses canalisations. On les entendait jusqu'à l'autre bout du quartier...Ces deux-là, on dirait, sont en pleine...lune de miel. "Chat-virée, chat-l'heureux", comme dit son maître, quand il veut faire rire ses amis...

- Et ton travail ?

- Je vais le garder, jusqu'à nouvel ordre. Je préférerais rester de ce côté-ci de la frontière, mais si je me retrouve seule, je dois avoir un salaire correct et ce boulot de comptable dans l'état voisin est vraiment bien payé. 

- Et Paul ?

- Paul, il restera agent de maîtrise dans notre ville. Il se plaît dans ce travail...Enfin, c'est ce qu'il dit. Il a toujours cloisonné travail et vie conjugale, tu sais...Je ne connais aucun de ses collègues...C'est incroyable, d'ailleurs, quand j'y pense...au bout de huit ans de vie commune !

- Et moi ???  

- Mais, toi,  je continue à te voir comme avant , voyons...Je n'ai pas l'intention de rompre les liens avec les amis. Tu es mon "ancre" dans cette vie, Pauline. Depuis quand se connaît-on ? Depuis vingt ans, non ? J'ai toujours tout partagé avec toi...les joies, les projets, les tracas...Comment peux-tu penser que je vais t'abandonner ?

- Je ne sais pas...Les gens sont si imprévisibles, en ce moment. On croit les connaître, et puis, d'un jour à l'autre...tout change. Tu as choisi ton plat ? Qu'est-ce que tu prends finalement ?

-  Un chop suey ...comme d'habitude...:-)

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La Licorne

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Défi "Les plumes" : 

Les mots à insérer étaient  ACCOMPAGNER, DIVORCER, CLOISONNER, MAÎTRISE, MILIEU, ENFANT, OUBLI, RIVIERE, CANALISATION, BARRIERE, DISTANCE, LIENS, ROMPRE, SOURIRE, PARTAGER, ORNITHORYNQUE, FRONTIERE, FILER, FEMME...

Il s’agissait donc d’écrire un texte incluant ces 19 mots  et on pouvait en laisser un de côté.  

J'ai laissé de côté le mot "oubli"...(parce qu'il était du genre à se laisser "oublier"... ;-)


Agenda ironique d'avril : 

Sur le thème de la "conversation", il fallait s'inspirer d'un des tableaux proposés et placer la phrase :  "Cause toujours, tu m"intéresses", un ou deux jeux de mots...et une citation.

 

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Le premier texte écrit pour l'Agenda ironique d'avril (à partir d'un autre tableau) se trouve ICI...


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Une journée réussie



 

    Une journée réussie, c'est une alchimie particulière, une histoire de symbiose entre vous et l'environnement...un mélange inexplicable d'éléments divers...d'ombre et de lumière.

    Une journée réussie , c'est la couleur particulière du ciel le matin à l'aube, l'extase d'un soleil doux sur la peau ou c'est le rythme de la pluie sur le pare-brise...en phase avec votre mélancolie.

    Une journée réussie, c'est parfois une journée qui "coule" sans anicroche, une complicité d'esprit avec vos proches et une joie en sourdine, comme un bonheur gratuit.

    Et c'est parfois  une journée qui vous surprend ou qui vous bouscule, mais avec l'impression que c'est le bon moment pour être surpris ou bousculé...

    Une journée réussie, finalement, ce n'est pas forcément le temps qu'il fait, ni ce qu'on vous fait...mais le fait d'être au diapason de la nature et de son coeur...

    Une journée réussie, c'est l'accord parfait entre l'intérieur et l'extérieur. 


La Licorne





Sur le thème :  " Symbiose ", 
il fallait placer les 10 mots suivants :


Inexplicable, Rythme, Pluie, Couleur, Esprit, 
Phase, Couler, Extase, Alchimie, Histoire...




 

jeudi 15 avril 2021

JEU 63 : "La grossophobie et autres harcèlements"

 

Consigne ICI 

 

Photo Benoît Courti

 

 
Cannelle se souvient de la lecture de "Poil de carotte" à l'enfance, période heureuse à côté de laquelle, la vie du héros de Jules Renard lui avait paru encore plus terrible. Sa vie se partageait simplement entre l'école et le reste; le reste étant deux paysages: celui de sa maison de ville où elle adorait faire ses devoirs, regarder la télé et lire et leur maison de campagne où elle n'aimait pas aller et où elle enlevait les pétales des pâquerettes: je t'aime un peu, beaucoup...

Le vernis du bonheur s'est un peu écaillé lorsqu'elle fut appelée dans le bureau du directeur de l'école avec sa mère et sa meilleure amie qui avait écrit une lettre qu'elle avait caché sous son oreiller que sa mère avait trouvé; elle était choqué et nous fûmes punis et séparée. Elle n'a jamais compris et lorsqu'elle a pu éclaircir cette histoire, elle ne l'a pas fait parce qu'elle n'en avait plus besoin.

Il se passa d'une manière ou d'une autre, il se passa la même chose avec toutes ses futures meilleures amies. Alors que la première était trop vieille, l'autre était sale et la dernière moche.

Son enfance se limitait donc la plupart du temps entre maman, papa et grand-mère. Elle demandait souvent à la première: "Dis tu m'aimes, maman, tu m'aimes dis, maman.? "comme elle enlevait encore les pétales des pâquerettes. Elle passait beaucoup de temps avec sa grand-mère qui vivait dans la même maison qu'elle.

Elle resta longtemps une enfant physiquement grande mais sans beaucoup de formes et mit du temps à pousser, même si un événement l'avait grandi moralement brusquement. Quand elle eut (enfin) de la poitrine, ses parents se mirent alors à la traiter de grosse alors qu'elle mettait les vêtements de sa mère qui était mince depuis sa naissance et que son père portait bien le costume mais était assez fort. Elle qui avait toujours été timide, devint encore plus ombrageuse et c'est cette attitude qu'il lui valut de passer devant un tribunal de filles harceleuses.

Un jour, elle se révolta contre tout ça.

Quelques vingt ans, plus tard, à la suite d'un hiver déprimant et maladif, elle prit beaucoup de poids, devint la grosse que sa mère voyait déjà depuis longtemps puis obèse sans avoir autant de poids que certaines vedettes revendiquent. Mais elle eut à subir la grossophobie alors que son mari l'aimait comme elle était. Ce fut son médecin traitant qu'il lui disait qu'elle grignotait alors que ce n'était pas ça le problème. Un kiné qui employa le mot "viande" pour son corps. Et les regards qui s'arrêtaient sur la grosse mémère  ou glissaient sur elle.

Depuis, elle a perdu quarante kilos (et son mari) et sa mère en doute encore.

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Laura

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