Filles impertinentes
Elles sont sept. Comme les sept vertus.
Mais pas sûr qu'elles le soient vraiment, vertueuses.
Elles sont assises dans la rue. Et elles fument.
Deux choses que ne font pas les filles "bien".
En tout cas à cette époque-là.
Elles sont jolies. Bien habillées.
Bien coiffées. Elégantes.
Avec le sourire aux lèvres et l'oeil qui frise.
On devine une envie de s'encanailler.
Une envie de croiser un garçon.
Ou peut-être même tout un groupe de garçons.
Dans quelle ville ?
Sans doute à New-York.
Mais ça pourrait être n'importe où.
Elles ne regardent pas le photographe.
Elles regardent autre chose.
Quoi ?
Quelque chose d'attirant ou d'intéressant, on dirait....
ça se voit à leur expression.
Un joli garçon est-il en train de passer en voiture ?
Ou une célébrité ?
Chacune sort son plus beau sourire.
L'une d'entre elles prend même le temps
de se recoiffer.
Chacune veut être à son meilleur,
et faire "bonne impression".
Mais pas trop sage, quand même.
C'est à ça que sert la cigarette.
La publicité a réussi son coup.
Une femme qui fume est une femme "libre".
Elles le croient.
D'une bouffée, elles envoient le message :
je suis "à la page", je suis "décontractée",
et "effrontée"...
(Soixante-dix ans plus tard,
certaines pensent encore ainsi.)
Sans comprendre qu'elles ont toutes adopté
la jupe "qu'il faut",
serrée à la taille et de la bonne longueur,
la coiffure bon chic bon genre...
avec brushing apprêté
et la cigarette de la bonne marque...
et que tout ça est finalement très "convenu".
Même la nonchalance est soigneusement "codée".
Peut-être la plus libre des sept est-elle finalement
celle qui n'a pas de brushing, pas de cigarette
et qui a retroussé les manches de son pull...
sans chercher à être "parfaite".
Elle est en plein milieu du groupe,
on la voit à peine.
Et vous ne l'aviez sans doute
pas vraiment remarquée.
Et pourtant...
Réfléchissez-y une seconde :
où se niche "réellement" l'indépendance
et l'impertinence ?
.
La Licorne
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