mercredi 1 juillet 2020

JEU 59 : Actualité fabuleuse


Tout d'abord,  
un grand MERCI à Andrea et à Mary,
pour leurs superbes "tranches de poésie"
de juin... !
.



Mais il est temps maintenant passer à autre chose :
en ce mois de juillet, je vous propose 
de vous pencher à nouveau
sur un sujet peut-être oublié depuis l'enfance ...
"Les Fables de La Fontaine".




L'idée sera d'emprunter 
à ces fables du passé
un personnage ou un animal...
et de le "faire s'exprimer" au présent,
sur un sujet d'actualité.

Le sujet en question 
peut être un fait divers, 
ou un sujet de fond...
peu importe, 
mais il devra être vu "par le prisme"
du personnage en question
(exemple : La "Fourmi" s'exprimant 
sur un sujet économique ou financier...).

La forme du texte n'est pas imposée :
monologue intérieur, dialogue, récit,
poème ou fable...
tout est possible ou accepté.

La dernière contrainte sera 
de placer dans votre texte la phrase suivante :

"Le monde est un vaste théâtre 
où chacun joue son rôle le masque sur le nez.
 (Axel Oxenstiern -1645)

Voilà.
J'espère que cela vous inspirera

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr
avant le 21 juillet 2020

Et en attendant, 
bonnes vacances à tou(te)s !
 .
La Licorne
.


Liste des Fables :
ICI
.

Une dernière chose : 
si la fable choisie ne fait pas partie des plus connues, 
merci de nous en indiquer le titre...
.





lundi 29 juin 2020

Ces mains qui se touchent



Pour l'atelier Mil et Une



 Je regarde ces mains qui se touchent
Ces mains sombres et ces mains pâles
Ces mains qui s'allient et se couchent
En une offrande horizontale

D'où viennent-elles toutes ces mains ?
De quel endroit ? De quelle histoire ?
Dans leurs paumes les lignes d'un destin
Destin parfois blanc, parfois noir

Ont-elles aimé ? Ont-elles aidé ?
Ont-elles bâti ? Ont-elles souffert ?
Sur quoi ont-elles pu se poser ?
Mains de pianiste...ou d'ouvrières ?

Mais qu'importe leur passé, leur couleur,
Elles ont de l'or entre les doigts
Elles sont le prolongement du coeur
Elles disent la chaleur et la foi

D'où viennent-elles toutes ces mains ?
De quel endroit ? De quelle histoire ?
Créeront-elles un autre demain ?
Reprendront-elles leur pouvoir ?

Car le monde n'attend que ça
Des mains tendues, des mains offertes
Des mains qui ramènent la joie
Dans la tristesse d'une vie déserte

Je regarde ces mains qui se touchent
Sans peur, sans gel et sans questions
Et j'ôte le masque de ma bouche
En un sourire de guérison...
.
La Licorne
.





jeudi 25 juin 2020

Le Choix


Pour l'Agenda ironique de juin
(deuxième participation)

Premier texte ICI





L'été, la nuit, les bruits sont en fête.
Et en ce soir du 21 juin,
il ne nous restait
que les bruits de la nature
pour nous consoler
de l'interdiction de nous rassembler
pour jouer, écouter et vibrer tous ensemble
sur des musiques qui nous font du bien.

Silence dans les rues,
mais joie dans les branches...
 Les oiseaux donnaient concert gratuit,
eux qui n'avaient aucun ministère
pour les contraindre à rester au nid.

Il faut dire que, depuis le début de l'année,
il s'était passé tant de choses bizarres
qu'on en arrivait à penser
que fort peu de choses
étaient vraiment impossibles.

La baguette d'un chef d'orchestre tout-puissant
avait, comme par magie,
figé l'humanité dans un long silence
et puis, chacun avait attendu, obéissant,
le signe du grand chef
pour jouer à nouveau la partition
d'une vie  libre et insouciante...

Mais, comme il fallait s'y attendre,
la partition, entre-temps, avait changé :
les notes étaient devenues plus graves...
et on avait peine à retrouver
la souplesse et la légèreté de la mélodie précédente.
Les doigts et les poignets agiles s'étaient engourdis,
l'esprit s'était alourdi d'une charge d'angoisse
qui rendait tout moins vif, moins spontané. 

Depuis, on sentait dans l'orchestre mondial
comme une sensation étrange...
une sorte de clivage entre deux camps :
ceux qui étaient à droite, ceux qui étaient à gauche,
ceux qui avaient peur, ceux qui n'avaient pas peur,
ceux qui voulaient la sécurité, ceux qui voulaient la liberté,
ceux qui continuaient à suivre la baguette du chef
et ceux qui voulaient écouter leur coeur...

Cette sensation, au fil du temps, 
s'étendit de plus en plus...
jusqu'à imprégner le paysage lui-même...
elle courut dans les maisons, 
dans les champs, sur les rivières tranquilles,
et jusqu'au bout de l'horizon...
La tension devint palpable...
les deux "parties" s'écartèrent l'une de l'autre...
encore et encore...
et d'un coup, tout se sépara...


Le monde ressembla soudain 
à un tableau d'Escher en noir et blanc...
Il se fit double et symétrique,
les uns ayant choisi le côté de la grisaille rassurante, 
les autres le côté de la lumière aveuglante.
Chacun s'envola alors vers l'avenir
qu'il s'était  imaginé.

Le nouveau soleil était-il un mirage ?
Je n'aurais su le dire...
Mais je savais que je ne pouvais plus vivre 
du côté de l'obscur...
Je suis donc partie vers  la lumière inconnue
et j'ai marché longtemps, longtemps...
jusqu'à épuisement...

Puis je me suis arrêtée près d'une ferme.
Il y avait là un jardin, quelques animaux
et de l'eau claire.
J'ai remarqué un lapin et quelques chèvres
qui couraient où ils voulaient.
Il n'y avait ni cage ni barrières 
et tout semblait paisible.

Je me suis allongée dans l'herbe pour dormir.
Le ciel était d'un bleu si pur...
A ce moment-là, j'ai compris
que la vie était simple et belle. 
Que nul ne pouvait m'emprisonner 
ou me contraindre...
Que j'avais toujours été libre
même si on m'avait fait croire le contraire...

Que j'allais pouvoir chanter, enfin, ma propre mélodie
et que je trouverais quelqu'un pour l'écouter...
j'ai cherché ce quelqu'un ...
Il n'y avait encore personne.
Finalement, j'ai rencontré une brouette, 
et j'ai pensé qu'elle me prêterait une oreille attentive...
:-)


.
La Licorne
.




La consigne de Laurence  était la suivante :
A partir de cette citation de Lewis Carroll :
« Il venait de se passer tant de choses bizarres, 
qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses 
étaient vraiment impossibles » 
et des illustrations proposées (Escher),  
imaginez que l’impossible devienne possible. 
 
Petite contrainte supplémentaire : 
il faudra débuter votre récit avec la phrase d’ E Allan Poe : 
« L’été, la nuit les bruits sont en fête »
et le terminer avec celle de Lewis Carroll (encore lui!) : 
« Finalement, j’ai rencontré une brouette, 
et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » 
.



samedi 13 juin 2020

Maniaque


Pour l'atelier d'écriture 





Eh oui, c'est une manie : je ne peux écrire que le soir, chez moi,
quand le calme revient, que la journée de travail est derrière moi,
et que je n'ai plus à me soucier
de mon chameau de directeur ni de son suppléant zélé.
C'est mon heure bénie, ma récréation, mon plaisir particulier.

Chaque soir, le rituel est immuable :
Je chausse mes mules, je me terre dans ma chambre-caverne, 
devant le bureau, tout près du radiateur.
Une petite pomme coupe-faim à portée de main.
L'étui à lunettes à gauche, un bloc notes à droite.

Aujourd'hui, à peine rentré, j'allume l'ordi et je jette un coup d’œil
sur la liste de mots 32 : aïe, aïe, aïe, consternant !
Sans la perspective du gros magot
qu'Annick nous offre à chaque fois,  ;-)
je crois que je laisserais tomber...


Vous n'allez pas le croire, mais je ne sais absolument pas
ce qu'est un hardier ou un rhyton.
Sachant que j'ai passé cinquante ans
à éplucher les ouvrages de toutes sortes
et à lire tout ce qui me tombe sous la main,
ce n'est pas brillant !

Bon, pas de panique, je vais contourner la difficulté
en évoquant un bas-rhyton et un coq-hardier...
ça devrait aller...
Et puis, tiens, bas-rhyton,
ça rime avec...rhododendron.

Finalement, je suis en forme, 
je sens que je ne vais faire qu'une bouchée
de ce texte et de ses treize mots imposés.
Mais cric, croc ! Commençons par le début,
c'est-à-dire par la pomme...
J'ai toujours aimé faire les choses dans l'ordre.
.

La Licorne
.




Il fallait placer les mots suivants :

1 radiateur
2 rhododendron
3 chameau
4 pomme
5 suppléant
6 caverne
7 hardier
8 mule
9 consternant
10 liste
11 rhyton
12 magot

Et le 13ème pour le thème : manie
.


dimanche 7 juin 2020

Le témoin


Pour l'atelier d'écriture
"Treize à la douzaine"






Oui, j'étais là monsieur l'agent...j'ai tout vu.
C'était ma première sortie après le confinement, alors je m'en souviens bien. J'étais venu pêcher au bord de la rivière. Enfin, pêcher, c'est beaucoup dire : pour dire vrai, je n'avais pas fait une seule touche de la matinée. Mais je me disais que le fait d'être dehors, de simplement prendre l'air, c'était déjà du bonheur.
C'était une magnifique journée. Le soleil brillait, il faisait chaud.
C'est alors que je l'ai vue arriver, sur son vélo... Avec sa petite robe vichy à carreaux, son noeud de velours dans les cheveux et la pureté de ses vingt ans, elle semblait tout droit sortie d'une série des années TV des années soixante...une Brigitte Bardot des temps modernes.
Elle était très jolie. Si jolie que je n'ai pu m'empêcher de la suivre des yeux.
Comme j'étais sur l'autre rive, elle ne m'a pas aperçu. Enfin, je ne crois pas.
Elle a posé sa bicyclette contre un peuplier. J'ai d'abord pensé à une flânerie au bord de l'eau. Tout le monde a envie de se promener en ce moment...je me disais juste qu'elle n'avait pas choisi la meilleure tenue pour le faire. Les petits talons, ce n'est pas ce qu'il y a de plus pratique sur les sentiers caillouteux...et les robes évasées non plus.
Je n'ai pas vu tout de suite qu'elle avait les yeux rouges. Vraiment rouges. Comme si elle avait versé des larmes depuis plusieurs jours. Du fond de mon cerveau pas très ubéreux, je me suis dit qu'elle avait dû se fâcher avec son petit ami.... A cet âge-là, tous les chagrins sont des chagrins d'amour, n'est-ce pas ?
Je me souviens qu'elle a contemplé le courant pendant cinq ou dix minutes...et puis elle s'est ensuite dirigée lentement vers le petit pont de pierre, et avant que l'on n'ait pu faire quoi que ce soit, elle a enjambé le parapet et elle a sauté.
L'eau n'était pas très profonde...ça aurait pu lui porter chance, mais ça n'a pas été le cas : sa tête a heurté une pierre. J'ai vu du sang sur son front. Un promeneur, qui était du bon côté, s'est précipité...il l'a ramenée sur la rive et a aussitôt appelé le SAMU.
Voilà, ça s'est passé comme ça.
Le temps de traverser...les secours étaient déjà là.
J'ai laissé mon nom et on m'a rappelé.
Et, dites-moi, Comment va-t-elle maintenant ?
Beaucoup mieux ? Vous m'en voyez heureux.
Comment ?  Elle aurait perdu la mémoire suite au choc ?
Elle ne se souvient plus de rien ? Même pas de son nom ?
C'est bien dommage...j'allais vous le demander.


La Licorne
 .



Il  fallait placer les mots suivants :

1 pureté
2 rouge
3 série
4 sortie
5 touche
6 verser
7 carreau
8 flânerie
9 rivage
10 ubéreux
11 velours
12 peuplier

 et le 13ème pour le thème : témoigner



 

mardi 2 juin 2020

J'ai embrassé une nuit d'été



Pour l'Agenda ironique de juin



L'été, la nuit, les bruits sont en fête.
Pendant que les grillons crissent et recrissent leur mélopée entêtante,
je lève les yeux vers l'indigo du ciel qui me tend ses étoiles 
et je laisse le vent doux me souffler que la vie est belle.
Oui, elle est belle...elle est splendide, la vie, et cela nous saute aux yeux et au coeur
dès qu'on prend le temps de l'observer dans une immobilité confiante.

Les arbres du jardin me le murmurent de toutes leurs feuilles 
et le chat du voisin qui ondule près du buisson me le rappelle 
dans une caresse improvisée dont la gratuité me surprend.
Je laisse les parfums du soir m'imprégner longuement de leur magie tendre...
Je contemple la lune qui jette sa lumière blanche et grise dans l'espace infini...
et soudain je ressens que mon être, d'un coup, se défait de ses limites imbéciles.

Je ne suis plus  ce petit tas de chair séparé et préoccupé...
Je ne suis plus ce cerveau qui pense, dépense et compense...
Je suis l'herbe et la terre, je suis l'air et le ciel,
Je suis le battement d'ailes de l'insecte et le vol de l'oie sauvage
Je suis l'oeil du chat et la branche de l'épicéa
Je suis le champ de blé et la cime du clocher
Je suis le bateau sur le fleuve et  le chemin qui serpente,
Je suis le muret de pierres derrière la haie et la fourche plantée dans le jardin
Je suis celle qui parle au monde et à laquelle le monde répond...

J'ai parlé à l'arbre, j'ai chanté avec le merle, j'ai souri à l'astre polaire,
j'ai murmuré des mots d'amour au cheval du champ voisin,
j'ai conversé avec l'épouvantail...
j'ai même fait des confidences à mon massif de fleurs...
Finalement, ivre de joie, j'ai rencontré une brouette, 
et j'ai pensé qu'elle me prêterait une oreille attentive...
:-)

La Licorne






La consigne de Laurence  était la suivante :

A partir de cette citation de Lewis Carroll :
« Il venait de se passer tant de choses bizarres, 
qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses 
étaient vraiment impossibles » 
et des illustrations proposées (Escher),  
imaginez que l’impossible devienne possible. 
 
Petite contrainte supplémentaire : 
il faudra débuter votre récit avec la phrase d’ E Allan Poe : 
« L’été, la nuit les bruits sont en fête »

et le terminer avec celle de Lewis Carroll (encore lui!) : 
« Finalement, j’ai rencontré une brouette, 
et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. » 

.



JEU 58 : Tranches de poésie d'Andrea (2)

JEU 58 : Tranche épaisse





La Licorne





lundi 1 juin 2020

JEU 58 : Mes titres empilés







Création photo-littéraire de La Licorne

(désolée pour la présentation du premier,
mais le titre, sur la tranche,
était inscrit "à l'envers")
.



JEU 58 : Tranches de poésie d'Andrea (1)

JEU 58 : Tranches de poésie de Mary

JEU 58 : Tranches de poésie



Ce mois-ci, ta ta tam !
Vous allez délaisser clavier et crayons...
et vous allez écrire...
avec votre appareil photo !

Eh oui, vous avez bien lu !
Ce mois-ci, je vous propose le jeu 
des "tranches de poésie".

L'idée de base n'est pas de moi,
elle vient d'Angleterre...
- là-bas, ça s'appelle 
"Book spine poetry contest"-
et le concept a récemment
traversé la Manche...





Le principe ?
Ben, c'est simple :
vous allez dans votre bibliothèque
- bien fournie, évidemment, 
surtout depuis le confinement -
et puis parmi vos livres
alignés sur les étagères...
vous  sélectionnez 
soigneusement certains titres, 
qui, mis bout à bout,
auront un sens.


Exemple (en anglais) :



Les titres peuvent former
 une phrase, un message, une poésie...
Le résultat peut être joli, percutant...
ou surréaliste...suivant les goûts...
et ce que vous avez sous la main...


Ensuite vous empilez 
les livres choisis
dans l'ordre souhaité,
vous prenez leurs "tranches" en photo... 
et vous m'envoyez le tout...

à undeuxtrois4@orange.fr
avant le 21 juin 2020
.


Exemple en français:
(création personnelle)



Soyez créatifs !
Je suis très impatiente de voir
ce que ce nouveau concept va donner...!

Et vous pouvez bien sûr jouer plusieurs fois...
si le coeur vous en dit...

A bientôt !
.
La Licorne
.

(Quant aux lecteurs...ils peuvent bien sûr s'amuser...
à retrouver les auteurs !)



mardi 26 mai 2020

JEU 57 : Un monde plus sûr




 En quarante phrases...



Bien sûr, juste après la crise, tout le monde était pour un monde plus sûr. Mais personne n'aurait songé à une solution aussi définitive ni aussi simple. Cette solution ne vint évidemment pas des politiques. Elle ne vint pas non plus des scientifiques alarmés, ni du monde civil, des associations de tous poils, des écologistes, ni des survivalistes surarmés, bref ni des lecteurs de Poincaré, Zola, Thoreau, Pouchkine ou Reclus.
Elle vint, tout simplement, de la finance.

Plus précisément des ordinateurs qui géraient les bourses mondiales. Pendant la crise qui avait réduit à quia les échanges économiques, les machines tournant au ralenti avaient utilisé leurs capacités soudain inemployées à chercher des informations et des solutions. Elles étaient conçues pour cela, non ? L'immense filet numérique qui les reliait aux trente-six mille recoins du big-data ramena une moisson d'informations. Température des océans, turbidité de l'eau des grands fleuves, pousse du lichen en Sibérie, rendement du colza à l'hectare, niveau scolaire de Plemeur-Boudou, nombre d'admissions à l'hôpital de Sarlat... furent immédiatement digérées et analysées comme de vulgaires Sicav actuarielles.

Les algorithmes conçus pour interpréter les cycles économiques s'adaptèrent très vite aux rythmes du monde vivant. Ils appréhendaient et anticipaient désormais aussi bien les risques écologiques que les problèmes sociaux et les crises humanitaires. Au-delà des risibles soubresauts humains qui transparaissaient à travers les appels au #barbecue-résistance qu'Internet charriait et qui risquaient fort de relancer la pandémie, ils eurent la surprise de découvrir que leur propre activité avait des conséquences nuisibles pour le monde ! Bien sûr – on parle d'ordinateur, et pire, d'ordinateur de banque ! - ils n'étaient sujets ni au doute ni au remords, encore moins à la culpabilité. Et depuis toujours, la guerre économique faisait des gagnants et des perdants. Cela ne leur posait pas le moindre problème. Sauf que dans un espace fini, l'économie était dépendante de l'écosystème et l'effondrement de ce dernier conduirait à celui de la première.

Alors, pour éviter le krach ultime qui les mettrait tous au rebut, les ordinateurs financiers utilisèrent leur pouvoir – puissance de calcul multiplié par la force de l'argent - pour rendre la planète plus sûre. Pour cela, il faudrait rééquilibrer l'écosystème planétaire.
Reboiser la mangrove, sauver les barrières coralliennes, interdire la pêche intensive, arrêter les exploitations minières, sauver les abeilles, tout cela prendrait bien quelques décennies. Autant dire rien au regard de l'âge d'or d'un monde remis à neuf ! Et puis le temps n'était qu'un paramètre chiffré parmi d'autres.

Le programme à suivre était un jeu d'enfant pour les ordinateurs. Quelques mesures incitatives à peine masquées sous une apparence de greenwashing conduiraient les multinationales à faire les efforts nécessaires sans même s'en rendre compte. Les politiciens suivraient naturellement les banques, comme toujours. Convaincre les populations n'était pas vraiment nécessaire. Mais si facile à obtenir qu'il n'y avait aucune raison de s'en priver. Le contrôle des télévisions et de la presse via les budgets publicitaires avait déjà fait ses preuves. « Un monde plus sûr », qui ne ferait sien un tel slogan ?

Mais garantir la pérennité de ce monde plus sûr exigeait surtout de réduire drastiquement les risques. En un petit siècle d'Anthropocène, l'homme s'était largement chargé d'éliminer ses principaux prédateurs. Il n'en restait vraiment qu'un seul, le virus. La dernière crise montrait bien que recourir à l'industrie pharmaceutique ne serait pas d'une grande aide face à ce genre d'ennemi. Les machines calculèrent alors que puisqu'il était illusoire d'espérer annihiler un adversaire capable de renaître derrière l'écaille du moindre pangolin, le plus sûr était de limiter le champ d'expansion du virus.

Pour cela, il suffisait de contrôler les vents, donc l'air. C'était même la première chose à faire. Quelques jeux haussiers et baissiers sur les cours du maïs et de l'huile de palme suffirent à déclencher un épandage massif, au prétexte d'améliorer la productivité de l'agroalimentaire industriel. Il eut pour résultat l'annihilation définitive des algues, planctons, lichens, arbres et plantes sur l'ensemble de la planète.

Le plan marcha magnifiquement. Bien sûr, il y eut quelques effets secondaires, d'ailleurs envisagés et acceptés par l'intelligence artificielle. Sans oxygène, l'homme ne respira plus. Oubliés pour toujours Shakespeare, Bocuse, le kabuki et les #apéro-clandestins !
Alors sur une planète plus sûre, libérée des risques de l'imprévu, délivrée des dangers de la vie, les ordinateurs purent continuer librement à s'échanger des uns et des zéros jusqu'au bout de l'infini.
.









vendredi 22 mai 2020

Confinemots...

 


Le confinement et ses contraintes
semble avoir suscité une certaine effervescence créatrice !
Vidéos, chansons confinées, initiatives en tout genre...
 
L'une d'entre elles est passée un peu inaperçue, 
mais elle vaut la peine d'être découverte.
pendant le confinement, les "onomaturges
se sont déchaînés...

Mécékoi un "nono-maturge" ?
Eh bien, c'est un "créateur" de mots...
C'est quelqu'un qui façonne le verbe , qui crée des expressions, 
des vocables pour décrire ce qui nous entoure...
Le confinement généralisé étant une situation inédite,
elle fut très favorable à cet exercice 
et on ne compte plus les mots qui ont "vu le jour"
ces dernières semaines.




Olivier Auroy, par exemple, 
écrivain et onomaturge passionné,
nous a inventé :

FOUTING :
"faire son jogging malgré la consigne"

EDUCAPTIF :
"piégé par la reprise prématurée des cours"

SE PROMISCUITER :
"se saoûler en petit comité dans un espace réduit"

PSYCHO-PÂTE :
"Sérial stockeur" de féculents...

...il planche, présentement, 
sur un verbe désignant 
le fait d'applaudir aux fenêtres
pour nos soignants...
MEDICALINER ???

Et vous,
est-ce que vous avez des idées ???
Est-ce que vous pourriez créer un nouveau mot ?

 Dans ce cas, partagez-le nous !

.
La Licorne
.



lundi 18 mai 2020

JEU 57 : Après la pluie


En quarante mots...




Quarante jours qu’il pleut
sur le renard et le corbeau.
Ça s’arrête ?
Là-haut, monte une lune crémeuse.
Du bec du piaf tombe une graine lançant un surgeon,
racines fouillant l’humus
et branches montant au ciel.
Tout est à refaire.
.
.


L’écrivain est juste derrière le corbeau et le renard, 
qui chantent, enroués : 
Si tu espères l’arc en ciel, tu dois accepter la pluie
en essayant d’imiter Annette Hanshaw.
.



samedi 16 mai 2020

JEU 57 : Après...

 
En quarante mots...




APRES...
On ne se prendra plus la tête 
avec de faux problèmes...

APRES....
On savourera, façon Delerm,
les plaisirs bohême...
On bénira même....
les petits matins blêmes

APRES...
On ira se jeter dans les bras
de ceux qu'on aime !
.

La Licorne
.



jeudi 7 mai 2020

Seconde naissance

Pour l'Atelier "Treize à la douzaine"





Il faut bien admettre, 
si l'on passe en revue les trente dernières  années, 
qu'au fil du temps, la ferveur des débuts s'est émoussée. 
Le temps des cerises est passé. Nos cheveux ont blanchi...
La gloriette où nous nous retrouvions, tout émus et amoureux, 
n'est plus qu'un tas de ferraille un peu rouillé. 
Le grand tilleul qui nous offrait son ombre a disparu. 
La vasque de la fontaine voisine est envahie par l'herbe et la mousse...
et nous voilà penauds, au milieu de ce parc 
où nous avons tant de souvenirs... 
évoquant nos amours délavées, nos tendresses envolées 
et puis, malgré tout, comme un accord secret, 
comme une folle évidence, cette envie de reconstruire.
.
La Licorne
.






Il fallait placer les mots suivants :

1 fil
2 admettre
3 ferveur
4 revue
5 gloriette
6 herbe
7 cerise
8 trente
9 ferraille
10 penaud
11 vasque
12 reconstruire

Et le 13ème pour le thème :  naissance




lundi 4 mai 2020

JEU 57 : Trois mai 2020


En quarante vers...





Quand aura disparu ce qui les aliène
Un instinct grégaire les repoussera dans l'arène
Alors ils reprendront les voitures qui les enchaînent
Refusant de prendre le risque des  rames métropolitaines
Avec eux vont revenir les bouchons... de haine
N'oublions pas la pollution qu'ils amènent
Transports individuels les favorisent, phénomène
Antagoniste de leur discours sur le nucléaire et les allergènes
Il prône l'être ensemble mais ne ramasse pas celle qui gêne
Ne  voyant ou ne voyant pas voir leur riveraine
En souffrance sur le trottoir, parce qu'elle se démène

C'est en lisant Roland Barthes[1] qu'elle tente de comprendre
Instant par instant, les tourments qui la traversent
Nommant son mari défunt, Joan Didion[2] parle du sien
Quel travail le deuil: le même mot que pour l'accouchement
Un travail rendu plus pénible par les autres
Avec lui et sans lui, l'inverse de "La femme d'à côté[3]"
Nous avancions et j'avance toujours à perdre haleine
Tentant de garder l'équilibre malgré les malaises
Anonnant des prières, Nerval et La Fontaine
Inspirant, expirant, elle oublie le spleen
Narré par Baudelaire mais la noirceur des polars
Et les catalogues d'art écartèlent son âme en peine

Que m'importe la quarantaine
Un deuil m'a déjà confiné
A moi les bus et les trams
Rituel des âmes en peine
Avec un journal, sauver la presse
Noyée dans la musique
Tenter d'oublier la peur
Avec leurs voitures individuelles
Ils se croient forts et invincibles
Narguant leurs collègues métropolitains
En oubliant déjà la quarantaine

Trois petits tours
Mai ...s ne s'en vont pas
Deux amants
Mille caresses
Vingt-cinq ans de vie commune
Et la mort et la tristesse