vendredi 17 avril 2026

JEU 117 : "Confusion" - Lilousoleil

 



Confusion


Dans le café aux murs pâles, elle était assise comme une image figée dans le temps, un

 chapeau légèrement incliné sur la tête, une tasse délicatement tenue entre ses doigts. Tout en

 elle semblait à sa place — trop à sa place, peut-être.

L’homme entra sans vraiment regarder. Il avait cette manière étrange de percevoir le monde,

 comme si les choses n’étaient que des formes à assembler, des objets à classer. Il balaya la

 salle du regard, s’arrêta un instant sur elle… puis détourna les yeux.

Il s’approcha.

Pardon, dit-il doucement en tendant la main.

Elle leva les yeux, surprise, mais avant qu’elle n’ait le temps de répondre, il attrapa son

 chapeau. Enfin — ce qu’il croyait être son chapeau.

Ses doigts effleurèrent ses cheveux, puis sa tempe. Il fronça les sourcils, perplexe, comme si

 l’objet refusait de se laisser saisir correctement.

Étrange, murmura-t-il. Ce chapeau est… chaud.

Elle resta immobile, une seconde, deux secondes. Le monde sembla suspendu entre deux

 interprétations possibles : l’erreur ou la folie.

Monsieur, dit-elle enfin, d’une voix posée, je crains que vous ne confondiez.

Il recula, soudain déstabilisé, regardant sa main comme si elle venait de le trahir.

Je… je pensais…

Mais il ne termina pas. Car ce qu’il voyait ne correspondait pas à ce qu’il comprenait. Pour

lui, les visages étaient des formes floues, des ensembles incohérents. Les objets, eux, avaient

 une logique rassurante.

Elle, en revanche, n’était pour lui qu’un contour élégant, surmonté d’un accessoire.

Vous prenez peut-être trop de choses pour ce qu’elles ne sont pas, ajouta-t-elle doucement.

Il la regarda de nouveau, plus longtemps cette fois. Quelque chose semblait changer dans

 son regard, comme un effort douloureux pour dépasser la surface.

Et vous, demanda-t-il, n’êtes-vous jamais prise pour autre chose ?

Elle esquissa un léger sourire.

Tous les jours.

Un silence s’installa. Puis il hocha la tête, lentement, comme s’il venait d’apprendre une

 vérité simple et immense.

Il s’excusa, maladroitement, et s’éloigna.

Elle reprit sa tasse, mais ne but pas. Elle regardait la porte par laquelle il était sorti, songeuse.

Car au fond, pensa-t-elle, il n’était peut-être pas le seul à confondre les êtres avec des objets

. Certains regardent sans voir. D’autres voient sans comprendre.

Et parfois, il suffit d’un chapeau — ou d’un visage — pour révéler à quel point le monde

 peut nous échapper.


Lilousoleil





mercredi 15 avril 2026

JEU 117 : "Rupture" - An'Maï

 



Rupture


L'homme l'a posée là comme on pose un chapeau

Ou comme un pardessus sur son porte-manteau.

Il l'a déposée là, l'aurait-il oubliée?

Depuis sa femme attend, la mine résignée.

.

Une tasse à la main, dans l'autre une revue

Qu'en le guettant, dix fois déjà elle a relue,

Elle fixe le vide, la belle élégante,

Cela lui donne en fait, une allure distante.


«Attends-moi, je reviens !» C'est ce qu'il a promis.

Mais son attente est vaine. Enfin elle a compris !

Sous son joli bibi, son étole de reine

La femme abandonnée à la mine lointaine,


Ne voit rien, n'entend rien, perdue dans ses tourments.

Son mari l'a quittée, d'un coup c'est évident !

Il a pris son chapeau, ses claques et ces cliques.

Voilà d'une rupture le récit clinique.

.

An'Maï

.




lundi 13 avril 2026

Mil et une : "Dali"


Pour l'atelier Mil et Une

Sujet 182




Le soleil luit

Alors Dali

Plonge son pinceau

Dans l'astre d'or.


Devant l'oiseau,

Oui, Salvador,

- Fou ou génie ? -

Dé-peint la nuit.

.

La Licorne

.



jeudi 9 avril 2026

Atelier de Villejean : "Le vocabulaire d'antan"

 

"Eh, ça boume ?"



C'est l'histoire d'une mouflette de treize piges, qui veut jouer les nanas. Ses parents ne s'occupent pas beaucoup d'elle, ils sont trop occupés par leur propre vie. A vrai dire, la seule personne qui la comprend vraiment, c'est son arrière-grand-mère, Poupette. Elle, elle est vachement chouette. On peut tout lui raconter. Ensemble, elles ont de grandes causeries. 



Un jour, la miss est invitée à une surboum. Elle trouve ça épatant mais elle s'aperçoit assez vite qu'elle n'a rien à se mettre : ses fringues à deux francs six sous, la petite laine sur le tricot de peau, le gros chandail et les grolles uséesça va pour aller au collège, mais pas pour aller gambiller ou danser. Elle se cloître alors dans sa cambuse et passe des plombes à essayer des vêtements, histoire de trouver un truc qui l'avantage un peu. 

Puis elle sort à intervalles réguliers pour faire sa mijaurée devant sa mère qui lui lance des :     "Mazette !", "Punaise ! ", "Terrible !"...et des "Trop chou ! " sans interrompre son travail de dessinatrice.

Bon, la fin de l'histoire, tout le monde la connaît : Vic va se rendre à la nouba de Raoul et s'enticher d'un petit gars au joli minois. Tout le monde se souvient du moment où le pick-up débite ce slow inoubliable : "Dreams are my reality...", de ce moment où, au beau milieu du chahut, le temps semble s'arrêter...



Ce genre de scène, c'était trognon. A l'époque, c'était encore assez "soft" ; deux tourtereaux qui se bécotent sur une belle musique, une fille qui en pince pour un garçon de son âge...y'avait pas de quoi fouetter un chat. 

Quelques années plus tard, les parents s'inquiètent pour bien autre chose : le "Jules" en question est-il un blouson noir, un cador, un margoulin tatoué qui roule en pétrolette et qui se fait de l'oseille  en fourguant de la came à ses potes ? Apporte-t-il, en douce, de la bibine, des alcools forts ? La java va-t-elle se terminer en désastre, chaque invité finissant par rendre ses boyaux dans tous les coins de l'appartement ? Ou pire : va-t-elle se terminer au panier à salade ? Vont-ils devoir "casquer" pour récupérer leur petit poussin ? 

Ce genre de faits divers, malheureusement, il y en a plein les gazettes.

Alors, pris d'angoisse, les parents bigophonent quatre fois dans la soirée pour savoir si tout se passe bien. Du coup, leur fille les trouve absolument assommants et elle leur fait la tronche jusqu'à noël...

...quand elle ne fait pas sa valoche pour se tailler au bout du monde...avec toutes ses éconocroques et un gus complètement branque...afin de bien leur faire comprendre, à ses deux "vioques", qu'elle n'est plus une gamine, qu'elle a l'âge d'être libre...et qu'ils n'ont pas intérêt à la brider...

Pour sûr, nous vivons une époque "moderne"...


La Licorne

.


Pour l'Atelier de Villejean

"Parler comme ses arrière-grands-parents"

(Les mots "démodés" sont en italique dans le texte...

j'en ai "casé" une bonne cinquantaine :-)



mardi 7 avril 2026

JEU 117 : "Bizarrerie bien bizarre" - Jak

 



Olivier Mutismebavard,

lui avait donné rendez‑vous dans ce bar chic

de la Rue de l’Asile, célèbre dans tout Paris.

On la surnommait « la rue où les mots se cachent sous les pavés »,

parce qu’on y trouvait plus d’enseignes de psychothérapeutes

que de numéros de rue.


Un endroit parfait pour commencer une histoire :

Un bar trop cher, un inconnu au nom improbable,

et une rue où même le syllabes étaient muettes

Mais le hic, c’est qu’Olivier

(rencontré sur internet)

était très bavard

Contrairement à elle.


Elle l’attendait avec impatience.

Elle en était à son 3ième verre de verveine apaisante,

mais la tension montait en elle

Sous son chapeau BCBG, les neurones s’agitaient.

Elle n’aurait jamais dû avoir à ce recours sur la toile,

d’autant plus que ce stratagème, dans le cas présent,

n’était pas encore d’actualité, puis que nous

étions début 20ième siècle !


Bizarrerie bien bizarre !


Enfin, il entra, décontracté, une écharpe posée

négligemment sur son col, sans chapeau,

les cheveux en bataille comme s’il avait traversé

un courant d’air.



D’emblée, il lui demanda ce qu’elle cherchait :

une aventure de passage,

un mariage, des enfants,

ou juste un café expresso.



Elle poussa un long soupir,

puis balbutia quelques sons inaudibles,

une sorte de brouillard vocal.



Il la fit répéter.

Et bis repetita : rien.

Pas un mot, pas une syllabe,

pas même un petit “heu” discret


Et pour cause : elle était aphasique.


Pas un drame, juste une manière particulière

de laisser les mots jouer à cache‑cache.


Aujourd’hui encore, après bien des décennies,

on se demande comment ils font

pour si bien s’entendre dans ce silence.


Peut‑être parce qu’au fond, dans la Rue de l’Asile,

les mots se cachent… mais les gens, eux, se trouvent.






AI : "Petite coupure" - La Licorne


Pour l'Agenda ironique d'avril

chez Tiniak




Pendant la toilette du matin, il avait susurré :
"Miroir, miroir, dis-moi si je suis beau ?"
tout en se regardant sous tous les angles.
On est star ou on ne l'est pas, n'est-ce pas ?

Au bout de quelques films à succès,
la vie change, c'est vrai :
On plaît à Pamela, à Cunégonde
et on se prend pour le nombril du monde.

Le miroir avait souri,
le miroir avait réfléchi...
et il avait répondu :
"En avril, ne perd pas le fil."
Le fil ? Quel fil ?
Le fil de l'histoire ?
Le fil du rasoir ?

Aïe ! C'est justement à ce moment-là
qu'il s'était coupé le menton...
Une goutte de sang était tombée sur le lavabo blanc.
Nul doute que la méchante reine eût été contente
de cette référence à sa fille.
Lui aussi, d'ailleurs, avait une "belle-fille"...
mais le trait d'union faisait toute la différence.

Il s'était essuyé le visage.
"Me voilà bon pour jouer Harry Potter !"
avait-il pensé en examinant la coupure en zig-zag.
Il avait attendu que ça ne saigne plus
puis il avait pris son téléphone.

"Allô, Lola ? ça va ?
Dis, on va au ciné-club demain.
On y passe "Tchao Pantin"
et on m'a invité.
Tu veux nous accompagner ?
Histoire de revoir un peu ton vieux beau-père,
dans un de ses plus beaux rôles...
On mange au resto après.

Non ? T'es pas libre ?
Bon, ben, tant pis, alors...
Attends, je ne t'entends plus...
T'es dans le métro ? Y'a du bruit?
Ouais, y'a beaucoup de bruit, même...
Je t'entends en pointillés...
J'ai perdu le fil...
Qu'est-ce que tu disais ?
Que t'as bien le temps de le voir, 
le film ? Que c'est pas urgent ?
Ok, ok. 
Allez...bisous...A plus !"

"Ah, ces jeunes !
Aucun respect pour les aînés...
Ils n'ont pas de pitié...
Faut te faire une raison, Richard...
Tu n'intéresses plus grand monde...
t'es complètement "has been".

Il avait décroché une des oranges suspendues,
l'avait épluchée et avait croqué dedans.
Le jus, en coulant, avait ravivé la plaie.
Il avait voulu crier...
mais impossible :
un morceau était resté coincé
au fond de sa gorge.
.

La Licorne

.



Sur le thème 
"Miroir sans fil"

Tiniak nous proposait 
de placer au moins quatre des mots 
- ou expressions -
 suivants :

Tasse Mobil (hin hin)
Tchao Pantin,
nombril du monde, Cunégonde,
“Et mon courroux coucou !” (sic)
pâte-fix, remix 
(et/ou) 
slam, bam, amstamgram,
et puis, bien sûr, 
miroir

Avec, en sus, la mention en toutes lettres :
"Perdu (,) le fil"

.




Et à ceux qui ne l'ont pas encore perdu, le fil,
  je propose un petit "retour dans le passé"
avec un texte d'AI datant d'avril 2016,
(il y a "pile" 10 ans...c'est fou !)

Le thème était - presque - le même...
et c'est ici :

.



Et aussi, pour finir, ce petit montage 
destiné à raviver votre culture... 
cinématographique :







vendredi 3 avril 2026

JEU 117 : "La femme qui prenait son regard pour un chapeau" - Lothar

 

 

Elle est là, assise, tasse en main.
Ses doigts portent déjà quelque chose qui ressemble à des chapeaux,
comme si chaque geste portait mémoire d’un départ.

Il est sorti, à huit heures, comme d’habitude.
Le chapeau est resté, suspendu à la patère.
Et elle, suspendue à son rôle.
Invisible, mais présente.

Elle se souvient : dix ans de mariage,
dix ans à être meuble, décor, habitude.
Mais ce matin, quelque chose a bougé.
Pas dans la maison – dans l’image.

Elle a relu ses textes, les siens, les autres.
Les textes cliniques du défi.
Une fois, puis deux.
Elle a revu la scène : la femme, le chapeau, la tasse.
Et soudain, le chapeau a parlé.
Pas pour dire, mais pour déplacer.

Le regard n’était plus celui de l’homme.
Ni celui du narrateur.
C’était le sien, enfin.
Celui qui sort avant lui,
qui boit son café ailleurs,
qui rentre quand elle veut.

Elle a compris qu’on ne devient pas invisible d’un coup,
mais par petites habitudes consenties.
Et qu’il suffit un jour de mettre un chapeau,
de lever la tête,
pour que le monde – voire son cher mari –
se souvienne qu’elle a toujours été là.

Alors elle a pris la tasse,
et dans le reflet du café,
puis dans le mirage du marc,
elle a vu non pas un chaton, mais un chapeau minuscule
posé sur chaque doigt,
comme une pensée qui tient.

Elle n’a rien dit.
Elle n’a plus besoin de dire.
Le récit s’écrit seul,
dans le silence des chapeaux.

.

Lothar

 

jeudi 2 avril 2026

JEU 117 : "L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau" - La Licorne

 



 

Il est sorti. A huit heures.

Comme d'habitude. 

Son chapeau est là, accroché à la patère.

Un peu vieux, un peu usé, légèrement cabossé.

"Comme moi" pensa-t-elle.

Je suis devenue comme ce couvre-chef. 

Posée là, en attente. A disposition.

Une présence rassurante.

Mais invisible.

Le matin, il se lève, boit son café,

lit son journal et commente les nouvelles.

Sans même lever le regard sur moi. 

Je peux être maquillée, pomponnée, élégante...

ou en robe de chambre, 

cela ne change rien.

Dix ans de mariage. 

Et voilà. 

Mon mari considère sa femme comme un meuble. 

Il part à la clinique, vaque à ses occupations,

soigne ses patients, rentre tard.

Et le lendemain, il s'attend à ce que je sois là. 

A la même place que la veille. 

Comme son chapeau.

Et moi, j'attends. Passive. Résignée.

Pour toujours ?

Eh bien, non.

Aujourd'hui, j'ai envie d'inverser les rôles.

Aujourd'hui, je serai l'homme

Celui qui prend son café, lit son journal, 

met son chapeau, sort...

et revient à la maison quand il fait nuit.

Aujourd'hui, je vais écrire un autre récit.  

Je vais sortir avant lui

et rentrer après lui.

J'irai prendre mon petit-déjeuner 

à la brasserie du coin.

Je ferai les magasins toute la journée.

Je dînerai au restaurant, seule. 

Et je ne rentrerai que quand je l'aurai décidé. 

 Non, mais !

Ce  n'est pas parce que je m'appelle 

De la Rochefoucauld

que je suis condamnée à jouer les potiches. 

On est en 1970, que diable ! 

Il est temps de sortir...

des stéréotypes. 

.

La Licorne

 

 Recherche mots clés, vieux paris, photos anciennes et photographies d ...

 

Consignes du Jeu 117 

et de l'Atelier d'Ecriture créative

 

Proposition 316 – Quand le héros change de costume

Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu’il se passerait-il si la princesse sauvait le chevalier ? Si le dragon avait peur du village ?  L’idée de cette proposition est de renverser les clichés !

Consigne : Écrivez une scène en inversant un cliché connu

Vous pouvez choisir un conte, un stéréotype de film, une situation courante ou même un trait de personnalité attendu.

 

 

mercredi 1 avril 2026

JEU 117 : "Alphonse" - La Licorne



Photo d'Anna Osk



Mais que fait cette femme sous un bibi d'antan ?

Elle consulte le journal : est-ce pour les infos ?

Cherche-t-elle les nouvelles du Moyen-Orient ?

Est-elle en train de lire le bulletin météo ?


Elle a mis son vison et son plus beau chapeau

Elle a sorti ses perles et ses boucles d'oreilles !

Pourquoi boit-elle un thé, dans ce petit bistro

A sept heures du matin, dans un demi-sommeil ? 


Sans me faire remarquer, je passe derrière elle

Et je jette un coup d'oeil sur la page grande ouverte :

Bon, je me suis trompé...sur la belle demoiselle.


Le journal est ouvert sur les petites annonces !

On y lit :  "Récompense, forte, sera offerte

A qui retrouvera...mon petit chat Alphonse".

.

La Licorne

.

Hair Work 89577, Katrin Sif Jonsdottir · Modelisto

Photo d'Anna Osk



P-S : Je sais, je sais...

je n'ai pas respecté mes propres consignes...

(insérer les mots du titre...)

Je le ferai dans un texte ultérieur...

.

 

 

JEU 117 : "La femme au chapeau et le chat de porcelaine" - Lothar






Il était une fois une femme au chapeau sombre, qui venait chaque matin s’asseoir dans un café où les autres clients, surtout des hommes, parlaient bas, comme s’ils craignaient de déranger quelque secret ancien.

Dans ses mains, elle prenait toujours la même tasse de café, et dans cette tasse reposait un minuscule chaton, aussi calme qu’une ombre.

Une autre femme, habituée du lieu, au pseudo de biche unicorne, observait la scène, jour après jour. Elle trouvait qu’elle ressemblait bougrement à la femme au chapeau de son défi. Elle tenta donc d’en faire un récit clinique, persuadée qu’il s’agissait d’un phénomène étrange, peut-être même d’un cas rare à consigner dans un billet savant.

Mais plus elle regardait, moins elle comprenait.

Car le chat ne buvait pas, ne miaulait pas, ne bougeait presque pas.
Et pourtant, il semblait vivant.
Et pourtant, il semblait rêver.

La blogueuse finit par demander à la femme :

– Madame, pourquoi ce chat dans une tasse ?

La femme répondit simplement :

– Parce qu’il ne faut jamais confondre la fragilité et la liberté. Certains êtres ne grandissent qu’à l’abri d’une porcelaine.

La Licorne, écornée et perplexe, voulut en savoir plus.
Mais déjà, la femme au chapeau se levait, laissant derrière elle une légère odeur de café noir et un silence qui pesait comme une énigme.

Le lendemain, elle ne revint pas.
La tasse resta vide.
Et notre auteure comprit alors que son récit clinique ne serait jamais qu’une coquille vide :

ce qui compte dans une fable n’est pas l’explication, mais l’échappée.


(P-L)



Création : Anna Ósk Erlingsdottir, Cafe Paris


JEU 117 : "Ernestine" - AlainX

 

Recherche mots clés, vieux paris, photos anciennes et photographies d ... 

 

     Ernestine de Clochechapot, née Gallur,  l'avait fière. Elle avait pris ses quartiers d'orange au café  « la Cloche », face au Palais de justice, où elle se rendait chaque matin boire son Lavazza qui lui rappelait tellement ce bel italien dont elle fut follement amoureuse, durant quelques semaines, mais qui l'avait néanmoins plaqué un soir, et ça, c'était fort de café !

Depuis, de noir vêtue, elle traînait son ennui en compagnie de son vison triste lové autour de ses épaules en guise de consolation tentée. Ses boucles d'oreilles pendaient tristement de ses lobes, comme les extrémités de pendules de mauvais augures. Son collier à trois rangs de perles fines, mais grossièrement enfilées, se demandait s'il n'aurait pas mieux fait de se détacher, les perles se répandant sur le plancher avec des petites roucoulades de glissades entre les lattes du plancher.

Peut-être que l'incident aurait attiré l'attention de l'homme qu'elle fixait du regard depuis un bon moment. Il était assis à la table de l'autre côté, en robe, et ne levait pas le nez de la revue judiciaire « la Gazette du Palais » avec une attention de juge d'instruction sur le point de rendre son ordonnance de renvoi afin qu'il soit statué sur ce viol conjugal.
Ernestine rêvait de s'envoyer en l'air avec la Justice.

Pour l'immédiat, elle tenait en main une revue : « la Gazette du jour qui vient », dont elle n'avait pas tourné une seule page depuis trois quarts d'heure. Les nouvelles qu'elle contenait allaient finir par ne plus être très fraîches. Pourtant, un article était intéressant concernant l'homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Il relatait que celui-ci avait brusquement disparu. Toutes les polices cherchaient à le retrouver pour une confrontation au commissariat entre la femme et le chapeau.
La presse tenait en haleine son auditoire depuis plusieurs semaines avec ce sujet à rebondissements. Chapeau les journalistes !

Le juge se leva, paya et sortit.
La femme garda son regard fixe. De fait, elle regardait la porte là-bas, plus loin, avec ce panneau qui y était cloué : « Toilettes Fraîches ».
Elle songeait : j'y vais ? Ou pas ?
Cruel dilemme dont la résolution finirait par devenir pressante.

 

AlainX

 

 

JEU 117 : "Au café des Lilas" - Jill Bill

 
Au café des Lilas

 Recherche mots clés, vieux paris, photos anciennes et photographies d ...
 
L'homme qui...
L'homme qui prenait sa femme pour, pour...
Ben pour qui ?

Non ! Quoi !
Un chapeau... !!
Et qui se prend lui même
Pour un chien renifleur
D'après le dernier récit clinique
Que je tiens de ma concierge Edith
Qui a la caricature, facile, ma foi !

Tu m'en diras tant ;
Ben tiens, et moi je suis l'homme invisible !

Sachs, pas si fort, c'est elle, attablée...
La pauvre, elle mérite mieux
Qu'un vieux mari gâteux dû à l'âge,
Mais à la voir
Col de vison et rivière de perles
Il a encore un côté gâteau !!

Pour la bagatelle, je lui suppose un amant ;
Dommage, j'aurais bien tenté la chose... !

Mais, elle te fixe, Olivier,
Bouche en coeur, oeil de velours sous le bibi ;
Propose lui un autre café crème tiens...
Elle semble si, libre,
Si, seule,
Si, intéressée,
Tu ne vas pas en baver des ronds de chapeau !

 

 

 

 

JEU 117 : "L'homme qui..."

 

- Atelier d'écriture pour le mois d'avril -
  

Ce mois-ci, vous êtes tous invité(e)s 
 
à  créer un texte
 
à partir de cette photo :

Recherche mots clés, vieux paris, photos anciennes et photographies d ... 

 et de ce livre : 

"L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau

 et autres récits cliniques"

 d'Oliver Sachs

.


Comme d'habitude, vous pouvez (au choix) :


Placer les mots du titre

dans l'ordre ou dans le désordre

- Prendre le titre de ce livre comme titre de votre texte

- Ou faire référence dans votre texte au contenu de l'oeuvre

(en l'imitant, le complétant, le citant...etc)

.


Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 avril 2026
.
 
A vos plumes !
 
Il me tarde de voir

ce qui sortira...

de votre imagination

et de votre chapeau ! 
 
.

La Licorne
.

 

vendredi 20 mars 2026

AI (2) : "Emojis"






Les émojis,
C'est bien joli
C'est bien gentil
Mais on choisit
toujours les mêmes :

Je te souris ☺️
Ou bien je t'aime ❤️
Des gros bisous 😘
Des câlinous 🐇
Des pouces en l'air 👍
De grands mercis 🙏
Des rires pardi 😁
J'me roule par  terre 🤣
Super ! Super ! 👏

...ça tourne en rond ! 🛞
C'est le ron-ron ! 

Images usées 
A renouveler
Fini le rose
En overdose

Je vous propose
Tout autre chose :
De l'inédit.
Je vous déplie
Une ribambelle
D'images nouvelles...

Voyons, voyons
Un arc-en-ciel ? 🌈
Une coccinelle ? 🐞
Un os à moëlle ? 🦴

Non, j'ai bien mieux...

Paire de gros yeux ? 👀
Jambe de robot ? 🦿
Ou grosse molaire ? 🦷
Langue de vipère ? 🐍
Ou bel OVNI ? 🛸
Une fourmi 🐜
Ou un caddie ? 🛒

Chapeau melon ? 🤠🍈
Drapeau breton ? 🏴󠁦󠁲󠁢󠁲󠁥󠁿🏁



Et puis, tiens, tiens,

Un pangolin...  


Couché en rond,

Il est mignon...

 
Un cocotier ? 🌴 
Un calamar ? 🦑
Une lune noire ? 🌚
Un gyrophare ? 🚨
Une gousse d'ail ? 🧄
Une Tour "Dubaï" ?  🏢

Une comète ? 💫
Une cacahuète ? 🥜
Une chauve-souris ?🦇
Un jeune zombie ? 🧟 
Un vieux babouin ? 🦧
Un beau vampire ? 🧛‍♂️
Ou même pire :  😦
Un homme enceint !🫃

Oui, ça existe !
Est-ce que c'est bien ?
Est-ce que c'est triste ? 
Je n'en sais rien. 
 🤔 


Mais y'a un truc
Qui est parti
C'est le mot juste
C'est le mot dit
La poésie
La langue fine
Les longues lignes
De nos aïeux 
🧄🥚🥚🥚
ça, c'est fini !


 🧄
Aïe ! 
D'heure en heure
La langue se meurt
Sous les p'tits coeurs 

Crébillon pleure
🧅
Hugo
gémit...

Et mot
gît. 





.
La Licorne
.
 

Pour l'Agenda ironique de mars

 

(deuxième texte)
.