mardi 2 juin 2026

JEU 119 : "La lettre incinnue du Vert-Galant" - Lothar





La Lettre Incinnue du Vert-Galant


(oui, incinnue, parce qu’à Paris 
même les fautes de frappe AZERTY ont du panache)

Paris, un été qui hésite entre exister et s’effacer.
Sur le quai du Vert-Galant, elle s’installe.
La Seine s’indiffère.
Machine à écrire posée comme un animal nerveux. 
Pavés qui font mal aux fesses mais bien au cœur. 
Un pigeon l’observe avec l’air d’un fonctionnaire en fin de carrière.

Le décor est prêt.

Elle veut écrire une lettre inconnue.
Pas une lettre d’amour. Trop fragile.
Pas une lettre de rupture. Trop déjà fait.

Non.

Une lettre pour quelqu’un qui n’existe pas encore. 
Ou qui existe ailleurs. Ou qui existe, mais pas encore pour elle.
Bref : une lettre au destin, version papier.

Elle tente :
« Cher… »

Rature.
« Mon cher… »

Re-rature.
La page ressemble déjà à un rapport administratif après explosion.
Plus loin, un vieux pêcheur ne pêche rien mais persévère. 
Le pigeon, lui, prend des notes mentales.

Elle soupire.
Puis écrit :
« À l’incinnue. »

Elle relit.
Ça lui plaît.

Parce qu’on écrit parfois mieux à quelqu’un qu’on ne connaît pas. 
Et qu’on se connaît un peu mieux en retour.
Alors elle déroule tout :
ses rêves, ses peurs, ses projets, 
les nuages de juillet qui ne ressemblent jamais à ceux de juin, 
et même cette habitude de parler aux objets quand personne ne regarde.

La lettre devient longue.
Trop longue.
Même la machine semble penser :
« Ma grande… respire. »


C’est alors qu’arrive un vent parisien.
Un vent qui critique sans prévenir.
La lettre s’envole.
Elle bondit.
Trop tard.
Le papier traverse le quai, évite un chien, 
frôle un cycliste, puis finit dans le bec du pigeon.
Le même.
L’inspecteur.
Le professionnel.
Il s’envole.
Elle court.




Le pêcheur commente :
– Celui-là va encore distribuer le courrier sans être payé.
La lettre disparaît dans Paris.

Fin.

Ou presque.
Trois mois plus tard, une enveloppe arrive.
Sans expéditeur.
Elle l’ouvre.
Son cœur improvise un solo de batterie.
« Chère incinnue,
Votre pigeon travaille très mal. 
Il a perdu votre troisième page dans un marronnier 
du boulevard Saint-Germain. 
Heureusement, j’ai retrouvé les autres. »

Puis :
« Puisque vous m’avez confié vos rêves, 
je vous confie les miens. »
Douze pages.
Treize avec les post-scriptum.

Les grandes histoires commencent souvent 
par une erreur de distribution.
Pendant un an, ils s’écrivent.
Jamais de nom.
Jamais de photo.
Seulement des lettres.
Deux inconnus qui apprennent 
à se reconnaître sans se voir.

Puis vient le jour de la rencontre.
Au Vert-Galant.
Évidemment.
Elle arrive.
Elle attend.
Un homme approche.
Ils se regardent.
Sourient.
Hésitent.
Puis éclatent de rire.

Parce qu’entre eux se tient déjà quelqu’un.
Le pigeon.
Le même.
Plus gros.
L’air satisfait.
Comme un notaire venu réclamer ses honoraires.
À sa patte pend une étiquette :
« Service des Lettres Inconnues. »

On raconte qu’ils vécurent heureux.
On raconte aussi que le pigeon continua longtemps 
à transporter les messages des amoureux du quartier.
Les historiens contestent.
Les pigeons refusent de commenter.
Le Vert-Galant garde le secret.

Mais certains soirs d’été, 
quand le vent soulève les feuilles au bord de la Seine, 
on croit entendre le tak-tak-tak d’une machine à écrire.
Ou simplement un pigeon qui travaille.


Ce qui, à Paris, revient parfois au même.

.
.


lundi 1 juin 2026

Jeu 119 : "La romancière novice" - Jill Bill






La romancière novice


Sur la pause déjeuner
Diane, petite dactylo,
Entame l'écriture débutante de son premier roman,
Un air de comtesse aux pieds nus,
Face à la Seine estivale,
Qui coule, imperturbable... !


Une oeuvre, dramatique,
Qui prend aux tripes
« Lettre d'une inconnue », un titre prometteur...
Plus que 101 pages... !


Elle a rompu avec Stefan
Trop bête, jaloux, pot d'colle
Elle ne sera jamais son esclave
Son chien, son ombre,
Cette passion excessive, envahissante,
Lui brûlait trop les ailes...


Dans lettre d'une inconnue
C'est tout le contraire
Une femme aime en secret un homme
Qui fichtrement l'ignore
D'ailleurs, il est marié à une autre... !


Ira t-elle jusqu'au suicide
Ravagée par l'indifférence
Après lui avoir envoyé, sans signature
Ou bien....... !?


La pêche aux idées
Au bord de la Seine,
Son autre bureau à l'air libre, le lui dictera...






JEU 119 : "Lettre d'une inconnue"


 - Atelier d'écriture pour le mois de juin -


Chers ami(e)s écrivant(e)s,
 
Ce mois-ci, je vous propose
de vous laisser inspirer

par cette photo :


 La Dactylographe- Doisneau

et ce livre :
 
 
de Stefan Zweig 
.

Comme d'habitude, vous pouvez (au choix) :


Placer les mots du titre

dans l'ordre ou dans le désordre

- Prendre le titre de ce livre comme titre de votre texte

- Ou faire référence dans votre texte au contenu de l'oeuvre

(en l'imitant, le complétant, le citant...etc)

.

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 30 juin 2026
.

Au plaisir

de vous lire !
.
 
La Licorne
.



AI : Les résultats du mois de mai


Alors...alors...

après que l'huissier nous ait remis l'enveloppe

et que tout ait été bien vérifié, 

voili voilou le tiercé de mai :




John Duff, caracole en tête, 

avec 25% des suffrages,

suivi par tiniak (14 %)

notre généreux vice-organisateur...

puis par Max-Louis et moi-même

(ex-aequos à la troisième place avec 10 %). 


Tous les autres se placent

  à quelques encablures à peine...


Bravi, bravo, bravissimo...

à l'heureux gagnant

et sutout MERCI à tous

pour tous ces textes inspirés et inspirants !

Ce fut un bonheur de vous lire... :-)




Pour le mois de juin, je me retire donc 

tout tranquillement

et j'en appelle aux bonnes volontés...

pour la suite

de notre Agenda iron-itinérant.


La Licorne


(C'est bon : ça y est, 

nous avons un bénévole, 

ou plutôt "béné de haut vol"

en la personne de tiniak !

Merci à lui !

Et à tout bientôt sur son blog

pour les nouvelles consignes)



mercredi 27 mai 2026

AI de mai : Liste des participations


Diling, diling...

chantent les clochettes de mai...

C'est l'heure !

Nous arrivons tout doucement 

à la fin de notre "pros-épopée"...


C'est maintenant l'heure de tout relire....

(et pour les plus procrastinateurs, 

de "pondre" éventuellement 

un dernier texte, avant minuit).




Dans l'ordre d'arrivée, 

voici les florissantes participations de mai :

(à lire et à relire)


 1. Lothar : "Porte-bonheur, porte-malheur"

2. Tiniak : "Divan de travers"

3. Isabelle-Marie : 

"Quand un brin de muguet se fait la malle"

4. Max-Louis : "La pesanteur du temps"

La Licorne : 

5. "Un brin de mauvaise humeur"

6. "Triste, le bonheur ? "

7. "Le vieux mainate"

8. Mijo : "Brocante"

9. John Duff : "La porte du bonheur"

10. Laura : "Tu portes mon bonheur"

11. Jobougon : "Mélodie de mai accomplie"


Mille mercis à vous

pour tous les petits brins déposés ici...

et à très très bientôt pour choisir 

votre ou vos préférés...



(N'ayant malheureusement pas la possibilité

d'inscrire un tableau de vote

ici sur Blogger, 

ça se passera chez tiniak

.

Dates limites pour voter : 

 du 27 mai minuit au 31 mai minuit

.

La Licorne

.

Et si, parmi vous, 

il y a un (ou une) volontaire 

pour animer le mois de juin, 

ce serait un vrai...

"bonheur" ! ;-)

.





dimanche 24 mai 2026

Encore un petit bilan




Depuis le premier bilan du 14 mai

ont éclos, dans leur petit nid de papier,

quatre nouvelles propositions 

de textes agend-iron-heur-oeufs

Les voici :


Mijo : "Brocante"

John Duff : "La porte du bonheur"

Laura : "Tu portes mon bonheur"

Jobougon : "Mélodie de mai accomplie"


Si je compte bien, 

nous en sommes donc à 11.


Attention : 

si vous avez aussi une couvaison en cours, 

il ne vous reste plus que quatre jours !

Le compte à rebours

a commencé...


Rendez-vous le 27 mai

pour l'élection du plus beau

(ou des plus beaux) oisillons !

.

La Licorne

.


Consignes 

de l'Agenda ironique de mai 

ICI

.



vendredi 22 mai 2026

AI (11) : "Mélodie de mai accomplie" - Jobougon

 




Au départ, on ne sait pas trop

si elle va virer à droite...

ou à gauche,

mais force est de constater 

qu'au final Jobougon

tient magiquement

et magnifiquement le cap...

 

 

Allez vite la lire

ICI

.




jeudi 21 mai 2026

AI (hors concours) : "Mai, mai, mais..." - La Licorne





Messire Mainate, merle moqueur mais pas mécréant, de mèche avec une mésange maigrelette, siffle sur un mélèze une mélodie mélancolique, une merveilleuse mélopée qu'il ne maîtrise que médiocrement. 

 


Maître Merlin, mélomane méticuleux et mécontent, s'en mêle et sans ménagement, médit mezza-voce sur les deux ménestrels  : 

"Quel méli-mélo ! Méconnaissable ! Mes amis, sur le métier, re-mettez mille fois votre medium...mélangez du miel à tous vos mets et mémorisez méthodiquement les méandres de cette mélodie médiévale. Ne la mésestimez pas, ne la méjugez pas ! Elle mérite le meilleur !"

Le merleau et la merlette font alors leur mea culpa, rentrent à la maison, corrigent leurs erreurs au métronome, y mettent tout leur coeur, progressent comme des météores ...jusqu'à mériter bientôt la médaille très médiatique des "meilleurs chanteurs méditerranéens". 

Merci Merlin !

La Licorne




mercredi 20 mai 2026

AI (10) : "Tu portes mon bonheur" - Laura

 



Tu portes mon bonheur


" Tu me vois dans ta main?

- Oui.

- Tu les trouves jolies mes clochettes ?

- Oui, très.

- Et ma tige, tu l'aimes ?

- Oui, énormément.

- Qu’est-ce que tu préfères,

mes clochettes ou mon brin dans ta main?

- Je sais pas, c’est pareil"



Tu portes mon bonheur, tu en as la maîtrise.

Même si ton brin semble maigrelet à certains,

Ta mèche met le feu à mon quotidien;

C'est un mets divin, un festin.

Messire, tu es mon Merlin,

Mon chef d'orchestre, mon magicien.

Peu me chaut le mécréant

Qui ne croit pas à notre religion

D'amour "Le bonheur, c'est être heureux ;

ce n'est pas de faire croire aux autres qu'on l'est [1]."



On m'a reproché de faire du mélo,

D'en faire trop, en veuve, inconsolée [2].

Mein liebe, où et avec qui es-tu?

Reste-il encore à des milliards

De mètres à la ronde, un mec bien?

Main dans la main

Corps contre corps

Coeur à coeur

Culture à partager


Amour trop cher?



Laura



[1] Jules Renard


[2] http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2012/11/14/el-desdichado-de-gerard-de-nerval-les-chimeres.html
(attention, liens non sécurisés)


JEU 118 : "Ma soupe aux schtroumpfs" - Laura






Pour schtroumpfer ma soupe aux schtroumpfs"

Je schtroumpfe mes pieds et ma cariot (1) ;

Je schtroumpfe le tramway jusqu'au marché

Où je schtroumpfe le plus possible de choses

Car l'hyper/super me schtroumpfe le seum

Je préfère les producteurs aux primeurs

Je préfère les produits bruts aux transformés

Je préfère les schtroumpfs de saison aux autres

Feu mon mari, le schtroumpf presque parfait

Faisait de la soupe aux choux au lard

Que j'ai supprimé en faisant une des rares soupes

Que je n'ai pas mangées

Je remplis ma cariot plus un sac bleu de marque

Je schtroumpfe le bus

Je traîne ma cariot dans l'escalier

Je schtroumpfe de côté les crudités et les salades

Soit je schtroumpfe une recette

Soit je jette dans la casserole les produits au hasard

Et le plus souvent, ça me fait une bonne soupe aux schtroumpfs


Laura



(1) Glossaire Chti : le dictionnaire pour apprendre la langue - Ch’ti



mardi 19 mai 2026

AI (9) : "La porte du bonheur" - John Duff



 

John Duff a empoigné la consigne

à bras-le-corps

et en a fait une belle histoire, 

pleine de saveur et de rebondissements,

avec, bien entendu, 

ses deux héros favoris :

Momo et Yuja.

Pour découvrir leurs nouvelles aventures

 c'est ICI .

.

(et si vous voulez laisser un commentaire à John,

vous pouvez le faire ci-dessous)

.


samedi 16 mai 2026

AI (8) : "Brocante" - Mijo




Mijo est allée faire un petit tour

sur la brocante du jour

avec ses copines 

et y a fait 

de surprenantes rencontres !

.

A lire ICI

.


jeudi 14 mai 2026

Agenda ironique : Petit bilan de mi-parcours


Le mois de mai file et défile à toute vitesse...

Nous voilà déjà, mine de rien, 

 au milieu du temps imparti.




Je vous propose donc un petit bilan 

sur les courageux participants

qui, bravant la paresse naturelle, 

 ont décidé de consacrer

une journée de repos, ou mieux,

la totalité de l'un des "ponts de mai"

à l'Agenda !




Il s'agit de :

 Lothar : "Porte-bonheur, porte-malheur"

Tiniak : "Divan de travers"

Isabelle-Marie : "Quand un brin de muguet se fait la malle"

Max-Louis : "La pesanteur du temps"

et puis enfin de moi-même, en trois essais :

"Un brin de mauvaise humeur"

"Triste, le bonheur ? "

"Le vieux mainate"

.

Plein de bons moments de lecture

à savourer...donc,

en attendant les suivants

qui, n'en doutons pas, 

taillent en ce moment

leur crayon...

avec entrain !




En espérant que ce sujet

vous ouvre des portes vers le bonheur...

d'écrire

je vous fais de grosses bises 

et vous dis "à bientôt" !

(avant le 27 mai)

.

La Licorne

.

Consignes 

de l'Agenda ironique de mai 

ICI

.

Astuce : si vous voulez retrouver tous les textes sans exception, 

cliquer ci-dessous sur le libellé "Prosopopée de mai"





mercredi 13 mai 2026

Atelier de Villejean (2) : "Mots disparus"

 





archifou adj - azedarac nm - baisure nf - bandoline nf - bégueulerie nf - bonace nf -
 bredi-breda adv - brusquembille nf - cagnarder v - calembouriste nm - canezou nm - capucinière nf - caracole nf - cispadan adj - clabauderie nf - clifoire nf - cric-crac nm - dansomanie nf - débaucheur nm - décaméron nm - dépilatif adj - diaphanéité nf - ducaton nm - duriuscule adj - ébaudissement nm - ecclésiastiquement adv - échauffant adj - effondrilles nf - esquinancie nf - estocader v - étanfiche nf - ethiopique adj - étoupillon nm - hexapole nf - fagotin nm - falarique nf - faluner v - fanfan nm - fantasquement adv - farcineux adj - festoyer v - figuline nf - flûter v - folâtrerie nf - fontange nf - galactomètre nm- galimafrée nf - gargoussière nf - gastrolâtre nm - génésiaque adj - gracioso adv - guenuche nf



Joe Krapov nous a demandé de placer dans un texte
les mots ci-dessus
(récemment disparus du Larousse)
en deux temps.

Tout d'abord, sans en connaître la signification
(en se fiant à leur sonorité)
puis, dans un deuxième temps,
 en tenant compte de leur sens réel.

Voici la deuxième partie du défi :




Je vais vous conter, si vous le voulez bien, ce qui m'est arrivé ces dix derniers jours. 
 
Mardi soir, j'ai mis mon plus beau canezou et ma jupe rouge fendue. J'ai mis aussi un peu de gel dans mes cheveux, (j'évite toujours la bandoline et la brillantine car c'est dépilatif), puis, avec une barrette, j'ai fixé gracioso une fontange sur mon chignon. Ainsi parée, je suis partie à mon cours. Mes deux fanfans voulaient m'accompagner mais je leur ai fait comprendre que ce n'était pas le genre d'ébaudissement qui leur plairait. En plus, je n'ai pas envie de les vêtir comme moi : ils auraient l'air d'un fagotin et d'une guenuche.
 
J'ai donc préparé une bonne galimafrée pour mes deux petits gastrolâtres, et avant de partir, je les ai invités à cagnarder devant la télé ou à faire une partie de brusquembille. Ce n'était pas un programme archifou, c'était "bonace", mais comme je leur avais promis un ducaton s'ils étaient sages, au final, ça s'est plutôt bien passé. Quand je suis rentrée, ils s'étaient un peu estocadés, il y avait eu quelques clabauderies mais les figulines sur la cheminée, dieu merci, étaient intactes. 

Mercredi, j'ai emmené fiston à son cours d'équitation. Je suis restée pendant la leçon. Il m'a montré qu'il maîtrisait parfaitement la volte et la caracole. Il a du mérite car il a dû changer de monture : son cheval habituel est farcineux depuis la semaine dernière. 

Vendredi, ce fut ma choupinette qui fit des siennes. Elle s'est réveillée avec le teint pâle comme la porcelaine. Une diaphanéité qui n'augurait rien de bon. J'ai dû l'emmener bredi breda chez le médecin, qui a palpé sa gorge, a diagnostiqué une esquinancie, non contagieuse, heureusement.

Samedi midi, tonton Gérard est venu manger à la maison. Il est éleveur et agriculteur . On ne risque pas de l'oublier, d'ailleurs, car, pendant tout le repas, il ne nous a parlé que de ça. De son tout nouveau galactomètre, des effondrilles qui restent au fond des bouilles de lait si on ne les nettoie pas bien et même de la dernière façon de faluner qu'un voisin lui a enseignée. Rendue aphone à cause de son mal de gorge, la pauvre Choupinette le regardait, les yeux écarquillés, comme s'il avait parlé chinois. 

Dimanche, les enfants étaient ravis, on avait rendez-vous avec leur père et on est allés se promener dans la forêt tous les quatre. Stéphane leur a appris le nom des arbres. J'en ai découvert un que je ne connaissais pas : l"azedarac". Puis il leur a dit: "Regardez, je vais vous montrer quelque chose." Il a cassé une petite branche de sureau et, avec son couteau suisse,  en deux temps trois mouvements, il a fabriqué un petit sifflet pour chacun. "ça s'appelle une clifoire", a-t-il dit. "Il sait tout, papa", ont dit les gamins, admiratifs. Sûrement. Mais qui c'est qui, le soir, les a entendu "flûter" jusqu'à des heures indues ? C'est moi. 

Ce mardi, on était invités à prendre l'apéro chez ma copine Marie. Elle, je l'aime bien. Mais son mari, lui, m'insupporte. Il est psychanalyste...et calembouriste. Un mélange détonant. 
Quand j'ai parlé de mes nouveaux cours du mardi, il a aussitôt évoqué l'une de ses clientes, atteinte de "dansomanie". 
" Elle danse jour et nuit, a-t-il confié, ce qui fait qu'elle est filiforme. Une silhouette éthiopique. Enfin, elle, elle ne s'en rend pas compte. Elle se trouve normale. Figurez-vous que l'autre jour, en séance, elle m'a sorti cette phrase incroyable : "Pour être dans les normes, il faut rester mince." 
A ce moment-là, il s'est arrêté et m'a regardé avec insistance. C'est là que j'ai compris que j'avais dû louper l'une de ses blagounettes.
"Tu n'as pas compris  ? 
Dans les normes : dans "l'énorme" ! Hihihi..."
Marie était morte de rire. Moi, j'ai fait semblant de trouver ça amusant et puis, prétextant un peu de fatigue, je suis rentrée le plus vite possible. 
La vérité, c'est que je sentais qu'à la dixième blague "vaseuse", j'allais répliquer par un trait incendiaire et malvenu. C'est ce que Stéphane appelait mon côté "falarique".
Et puis, le mardi soir, j'ai danse...et ça, c'est sacré !

Aujourd'hui, c'est vendredi.
Dix jours. Voilà. On y est. 
C'est la fin de mon petit decameron hexapole
Vous connaissez un peu plus mon quotidien maintenant.
 
Mais aujourd'hui, excusez-moi, j'ai mieux à faire que d'écrire ma vie dans un blog.
Ce soir, je vais festoyer avec mon débaucheur préféré. 
Vous ne voyez pas qui c'est ?
C'est... mon professeur de danse. 
Mais chuuuut ...ne dites rien à mes enfants. 
Promis ?


La Licorne



Définitions :


archifou adj : extrêmement fou

azedarac nm : arbre de la famille des méliacées

baisure nf : endroit où un pain en a touché un autre dans le four

bandoline nf : eau visqueuse pour lisser les cheveux

bégueulerie nf : caractère, air d’une bégueule

bonace nf : calme de la mer

bredi-breda adv : trop vite (raconter une chose bredi-breda

brusquembille nf : sorte de jeu de cartes

cagnarder v : vivre dans la paresse

calembouriste nm
: faiseur de calembours

canezou nm : corsage sans manches

capucinière nf : maison de capucins

caracole nf : mouvement en rond qu’on fait exécuter à un cheval

cispadan adj : qui est en deçà du Pô

clabauderie nf : criaillerie importune et sans raison

clifoire nf : Espèce de seringue que font les enfants avec du sureau

cric-crac nm : bruit que fait une chose qu’on déchire, qu’on casse

dansomanie nf : passion, manie de la danse

débaucheur nm : qui en débauche un autre

décaméron nm : récit d’événements survenus dans un espace de dix jours

dépilatif adj : qui fait tomber les poils, les cheveux

diaphanéité nf : qualité de ce qui est diaphane

ducaton nm : ducat d’argent

duriuscule adj : un peu dur

ébaudissement nm : grande réjouissance

ecclésiastiquement adv : en ecclésiastique

échauffant adj : se dit des aliments et remèdes qui augmentent la chaleur animale

effondrilles nf : dépôt qui reste au fond d’un vase après l’ébullition ou l’infusion

esquinancie nf : violente inflammation de la gorge

estocader v : porter des estocades

étanfiche nf : hauteur de plusieurs lits de pierre qui font masse dans une carrière

ethiopique adj : d’Ethiopie

étoupillon nm : petite mèche introduite dans une pièce d’artillerie pour éviter l’humidité

(h)exapole : contrée qui renferme six villes principales

fagotin nm
: singe habillé que les charlatans exhibent dans les foires

falarique nf : arme de trait incendiaire chez les Francs

faluner v : Répandre des débris de coquilles utilisés comme engrais dans un champ

fanfan nm : petit enfant

fantasquement adv : d’une manière fantasque

farcineux adj : qui a le farcin une sorte de gale qui vient aux chevaux et aux mulets

festoyer v : bien recevoir quelqu’un, le bien traiter

figuline nf : ouvrage de poterie

flûter v
: jouer de la flûte ; cri du merle : pop. boire

folâtrerie nf : action, parole folâtre

fontange nf : nœud de ruban qu’on place sur la tête

galactomètre nm : instrument pour mesurer la qualité du lait ; pèse-lait

galimafrée nf : espèce de fricassée composé de restes de viande

gargoussière nf : sorte de gibecière où l’on met les enveloppes contenant la poudre d’une bouche à feu

gastrolâtre nm : gourmand ; celui qui fait un dieu de son ventre

génésiaque adj : qui se rapporte à l’origine du monde

gracioso adv : gracieusement (en musique)

guenuche nf : petite guenon


Atelier de Villejean (1) : "Mots disparus"








archifou adj - azedarac nm - baisure nf - bandoline nf - bégueulerie nf - bonace nf -
 bredi-breda adv - brusquembille nf - cagnarder v - calembouriste nm - canezou nm - capucinière nf - caracole nf - cispadan adj - clabauderie nf - clifoire nf - cric-crac nm - dansomanie nf - débaucheur nm - décaméron nm - dépilatif adj - diaphanéité nf - ducaton nm - duriuscule adj - Ébaudissement nm - ecclésiastiquement adv - échauffant adj - effondrilles nf - esquinancie nf - estocader v - étanfiche nf - ethiopique adj - étoupillon nm - exapole nf - fagotin nm - falarique nf - faluner v - fanfan nm - fantasquement adv - farcineux adj - festoyer v - figuline nf - flûter v - folâtrerie nf - fontange nf - galactomètre nm- galimafrée nf - gargoussière nf - gastrolâtre nm - génésiaque adj - gracioso adv - guenuche nf




Joe Krapov nous demande de placer dans un texte 
les mots ci-dessus
(récemment disparus du Larousse)
en deux temps.

Tout d'abord, sans en connaître la signification
(en se fiant à leur sonorité)
puis, dans un deuxième temps,
 en tenant compte de leur sens réel.

Voici la première partie du défi :
(j'ai placé une quarantaine de mots)


Un canezou, nommé Azedarac, falunait bredi breda au milieu des effondrilles et des brusquembilles, quand surgit tout à coup une jolie figuline répondant au nom de Fanfan. Elle caracolait gaiement d'exapole en exapole, accompagnée de sa fidèle guenuche et d'un duriuscule ducaton éthiopique. Après un moment d'ébaudissement, Azedarac aborda la Belle sans galimafrée et lui dit, d'un air bonace
- Je me rends dans ma capucinière à deux pas de là, accepteriez-vous de partager un en-cas avec moi ? Cela me ferait grand plaisir et vous pourriez vous reposer un peu.

Fanfan le regarda. Même s'il n'avait pas l'air d'un débaucheur, elle se méfiait quand même.
Avait-elle affaire à un gastrolâtre en esquinancie,  à un décaméron en mal de baisure, à un fagotin archifou ou à un jeune gracioso à bandoline ?
Elle le toisa d'un oeil dépilatif et pencha pour la dernière hypothèse. Pas besoin d'un galactomètre pour mesurer le degré de sincérité du jeune sieur, il émanait de lui une certaine diaphanéité qui inspirait confiance. 

Le soleil échauffant et cagnardant estocada définitivement ses hésitations. 
A côté d'elle, son petit ducaton remuait son étoupillon en cadence et sa guenuche lançait des "cric-crac" enthousiastes. Ils mouraient de soif...et elle aussi. 
Sans bégueulerie, elle flûterait bien un petit verre de fontange avec quelques étanfiches farcineuses et croustillantes.
Elle dit oui.  


La Licorne



(à suivre)