mardi 23 avril 2024

Fugue-As

 

Pour l'atelier Mil et Une 

(et le Jeu 93)

 


 

 

Fugue-As

 

Le chemin vers l'ailleurs, depuis quand je le trace ?

C'est une bonne question, cher ami Stanislas !

Je crois que c'est chez moi un désir primitif

Une envie permanente, un vrai leitmotiv


Dès la petite enfance, de la fugue, j'étais l'as.

Né dans un océan de fadeur et d'ennui

Sans cesse, je cherchais la porte de sortie,

Le p'tit trou dans le sol, l'envolée dans l'espace...


Je ne supporte pas de vivre dans un lieu clos

Je ne supporte pas les barrières, les impasses

De toutes les prisons, je brise les barreaux

De mes lèvres émues, Liberté, je t'embrasse


Certaines célébrités ont le swing dans la peau

Moi, j'ai depuis toujours la fugue dans le sang

Mon héros c'est le Comte de Monte Christo

J'aime me faire la belle, m'évader à plein temps

 

Et aucun château d'If ne sera dissuasif

Aucune cage, aucune mer, aucun récif

N'arrêtera celui qui porte dans son coeur

L'élan vers le ciel et vers sa splendeur

.

La Licorne

.



Cette semaine, il fallait placer les dix mots suivants :

chemin, primitif, océan, question, lèvre, 

sol, trou, célébrité, peau, swing



jeudi 18 avril 2024

JEU 93 : "Fugues"- Lilousoleil

 

 

 


Je feuillette l’album des souvenirs, une photo en noir et blanc trône avec délicatesse, fige un instant de liberté dans un cadre intemporel. Deux enfants, aux visages espiègles et aux sourires éclatants, s'évadent de l'objectif en glissant par-dessus un vieux portail grillagé. Leurs silhouettes graciles se découpent sur un fond de parterres de fleurs, d'arbres majestueux et de buissons touffus, créant une toile de nostalgie où le temps semble suspendu. Pourvu que la robe ne se déchire pas ! Mon frère et moi !

Mon regard se perd dans les détails figés de cette scène d'enfance, où chaque élément semble avoir une histoire à raconter. Je me souviens ! Les fleurs, témoin muet de jeux innocents et de rires cristallins, conservent encore l'essence des saisons passées. Les arbres, fidèles gardiens de secrets enfouis et de rêveries éphémères, étirent leurs branches comme pour toucher le ciel lointain.

Au cœur de cette composition, le mot "fugue" s'inscrit discrètement, comme une note en suspens dans une partition de vie. Il évoque les accords de piano de Bach, Nous nous échappions pour éviter ces répétitions qui nous ennuyaient comme dans la chanson de Maxime Le Forestier. Dans l'air imprégné de souvenirs, j’imagine le doux murmure des notes s'entremêlant aux rires enfantins, créant une symphonie de joie et de liberté.

 

Lilousoleil 

 

 

 

jeudi 11 avril 2024

JEU 93 : "F comme fugues"


 

vendredi 5 avril 2024

AI et Jeu 93 : "Fugues"

 

 


 

Max et Lola sont en plein conciliabulle  :

- T'as fait un tour ce matin ?

- Plusieurs, répond Lola. Comme d'habitude.

- Et t'en a pas marre de faire toujours la même chose ? De lécher toujours la même vitrine ? 

- Ben non, quelle idée ? 

- Moi, j'en peux plus ! Toujours la même rengaine, toujours la même vue. Y'a des jours, j'ai des envies...de...de...de me jeter à l'air...et d'en finir une bonne fois pour toutes.

- Max ! Qu'est-ce que tu dis là ? Faut te reposer, mon ami. Ou alors manger un peu. Tiens, justement, c'est l'heure de la Main. Viens voir, il pleut des flocons ! Hum, délicieux ! Ils ont un petit goût de...rhubarbe.

- C'est bien ce que je dis...il pleut à heure fixe. Rien de nouveau sous le soleil ! Déprimant. 

 - Max, tu parjures ! Tu devrais remercier la Grande Main de nous nourrir aussi régulièrement et aussi généreusement.

- Je sais, toi, tu aimes le confort et la paresse.... Mais moi, je rêve d'autre chose...Lola. J'ai besoin de voir grand...je veux visiter le monde...je veux nager dans l'étang de Vierzon, dans le lac de Garde, dans la mer Baltique, dans l'océan Pacifique...

Lola ne répond pas...En entendant ces mots, elle fait une moue dubitative tout en lissant ses écailles, qui brillent dans la lumière du matin.

-  Je veux vivre, vivre, tu m'entends ? dit Max en haussant le thon.

- Eh bien, vas-y, lance Lola, ironique et passablement vexée. Quitte-moi ! Pars au bout du monde ! Réserve un train, un bus, un avion...Il suffit de décrocher le taxiphone ! Comme tu le sais, y'en a un dans chaque bocal...

Mais Max n'écoute déjà plus les propos de sa compagne. Il lorgne vers ce que la Main vient tout juste de poser sur la commode.

D'ici à là, y'a quoi, tu crois ? Juste assez, ou presque...

Il ne termine pas sa phrase. Sur une impulsion, il s'élance...s'envole et...plouf ! retombe dans l'eau du vase d'à côté.

- J'y suis arrivé, Lola ! Regarde ! Regarde !

La Main revient. Tout doucement, avec une épuisette , elle le repêche et le ramène dans le bocal. 

- Maman ! Maman ! Max est incorrigible, il a encore essayé de fuguer !

.

La Licorne

.

 

Pour le Jeu 93


 

 

et pour l'Agenda ironique d'avril

chez Carnetsparesseux

 

Il s'agissait d'écrire l'histoire d’un poisson 
qui ne serait peut-être pas un poisson, ou pas que poisson.
 
Et puis de parler d’une maison, d’un lieu clos. 
Il fallait que ce lieu ne soit pas un simple décor, 
mais participe à l’action, 
voire pique la vedette au poisson. 
 
Il y avait aussi quatre mots imposés : 
taxiphone, rhubarbe, paresse et Vierzon.
 
Et puis une ou deux phrases à glisser dans le etxte, 
à choisir parmi ces deux-là: 
 
« D’ici à là, y a quoi, tu crois ? Juste assez, où presque…» 
 
« Xénophon rapporte qu’Alexandre pleura 
quand il eut achevé la conquête du monde. 
Tamerlan et Attila, eux, pas une larme. » 

 .

 


lundi 1 avril 2024

JEU 93 : "Fugues"

 

- Atelier d'écriture pour le mois d'avril -
 
Ce mois-ci, laissez-vous librement inspirer par cette image  :

 
et par ce livre

"Fugues"

 d' Arthur H

.

 

Concernant le livre , 

vous pouvez , comme d'habitude :


- Soit placer les mots de ce titre dans votre texte


- Soit faire en sorte que ce titre de livre 

soit aussi le titre de votre texte


- Soit, troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, 

au contenu du livre en question

 .

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 avril 2024

.

La Licorne

.

 

 


lundi 25 mars 2024

Printemps de guerre ?

 


Le 22 mars 1968, 142 étudiants occupent une tour de la faculté de Nanterre, à l'ouest de Paris. Ils protestent contre l'arrestation de manifestants contre la guerre du Vietnam. Le mouvement, qui porte d'autres revendications, s'amplifie, migre vers La Sorbonne et débouche sur Mai-68.

Ce jour-là (et les mois suivants), aucune réaction dans la famille. Je suis bien trop jeune pour y comprendre quoi que ce soit...et mes parents, eux, sont bien trop vieux pour s'intéresser à ce qui se passe à l'université...Mars 1968 puis Mai 1968 glisseront sur eux comme l'eau sur les plumes d'un canard. Mais toute leur vie, ils se souviendront de leur adolescence ravagée par la guerre de 39-45.

56 ans plus tard... une constatation : les guerres n'ont pas disparu...mais les opposants aux guerres... se font discrets. 

Où sont-ils les jeunes (et les moins jeunes) qui se mobilisent pour dire "Plus jamais ça" ? Où sont ceux qui pourraient rappeler qu'il n'y a jamais, jamais, jamais rien de bon à attendre d'une guerre et que celle-ci ne sème que le sang et le malheur ? Qu'aucune graine de "paix" n'a jamais germé à la suite d'un conflit armé ? Qu'il n'y a jamais de vainqueurs, mais seulement deux pays exsangues qui s'arrêtent parce qu'ils n'en peuvent plus et que leur jeunesse est décimée ? 

Se pourrait-il que l'ombre noire qui se dresse aujourd'hui porte une nouvelle casquette ? Se pourrait-il que les leçons du vingtième siècle soient déjà oubliées ? Que les mêmes erreurs reviennent encore et encore ?

Ou alors  y a-t-il quelques personnes de bon sens qui sont capables de se lever et de dire : ce n'est pas l'avenir que nous voulons, ce n'est pas l'avenir que nous souhaitons pour nous et pour nos enfants...Vos guerres ne sont pas les nôtres...VOUS décidez...et NOUS souffrons. VOUS décidez et NOUS mourons. 

Y a-t-il encore quelqu'un dans ce pays des soi-disant "libertés"...quelqu'un qui soit capable d'éteindre son téléphone diffuseur de sornettes et d'arracher son baillon ?


La Licorne


 The War That Never Ends (for the U.S. Military High Command) And It's Not the War on Terror. - Beyond Chron

 

"Je ne sais pas si c'est une qualité ou un défaut :
c'est un fait.
Je déteste la guerre.
Je refuse la guerre pour la simple raison
que la guerre est inutile.
Oui, ce simple petit mot.
Je n'ai pas d'imagination.
Pas horrible ; non, inutile, simplement.
Ce qui me frappe dans la guerre
ce n'est pas son horreur : c'est son inutilité."

.

Jean Giono



samedi 23 mars 2024

En vers...et contre tout

 

 

 

 Pour écrire un seul vers

il faut bien des années,

il faut bien des hivers,

de longues traversées,

des bonheurs, des calvaires,

des histoires fanées,

des éclats d'univers,

de folles odyssées

et des échecs sévères,

des rêves enluminés

et des jours à l'envers,

des idées cabossées

et des yeux entrouverts.

Il faut être obstiné

supporter les revers

cent fois recommencer

et puis offrir un verre

aux muses époumonées

qui soufflent de travers

juste pour t'escagasser.

Pour écrire quelques vers,

il faut se coltiner

les fâcheux, les pervers,

qui viennent te rire au nez :

"Contemplez le trouvère,

ce qu'il nous a troussé !"

   Pour écrire tous tes vers

il faut les ignorer

"Pfff ! Au diable vauvert,

les malintentionnés !"

Sans cesse persévère

sans te laisser froisser

Garde le coeur ouvert

ta mine bien taillée

et cueille la primevère

tout juste nouvelle-née.

.

La Licorne

.

 

 


mercredi 20 mars 2024

Les trois soeurs

 

Pour l'atelier Mil et Une

 
 
Les trois soeurs Dalton
Dans le grand canyon
Volent sur leur planche
En robe du dimanche
 
 Bandites de grand chemin
Dans la brume du matin
Dévorent les kilomètres
Un chapeau sur la tête
 
Comment ça, ça n'va pas ?
ça n'existe pas ?
ça n'existe pas ?
Et...pourquoi pas ??? 
.
 
La Licorne
.


lundi 18 mars 2024

Dans la maison vide

 

Pour le 188 ème Devoir du lundi

 

 

Je me souviens, moi, de cette pièce nue, c'était l'été dans le château
Je me souviens moi de cette pièce nue, c'était l'été de nos amours
Le temps n'est plus où passaient les oiseaux dans le ciel pur et sans défaut
Il a tant plu sur les toits, sur mes maux, le temps n'est plus aux troubadours

Moi dans la maison vide, dans la chambre vide, je passe mon temps à contempler
Cette pièce déserte qui était si belle et qui me rappelle une vie finie

Moi dans la maison vide, dans la chambre vide, je passe mon temps à regarder
Les oiseaux qui passent comme des menaces
Et dans cet automne, moi, je n'attends personne.

Je me souviens moi, de cette vie d'antan, de la liesse, des fêtes et des chants
Je me souviens moi, de cette vie d'antan, de chevalier, de combattant 
Et chaque soir lorsque le jour s'enfuit, j'entends la vielle de septembre
Et le passé tout en polyphonie fait son entrée dans cette chambre.

Moi dans la maison vide, dans la chambre vide, je passe la nuit à écouter
Cette mélodie, aujourd'hui finie et qui me rappelle ma belle Damoiselle

 

 

Moi dans la maison vide, dans la chambre vide je passe mon temps à regretter
Ces croisades maudites, ces années de fuite
Et je m'abandonne au tocsin qui sonne...
 
Moi dans la maison vide, dans la chambre vide, je passe mes nuits à écouter
Cette mélodie, aujourd'hui finie et qui me rappelle ma tendre Isabelle

Moi dans la maison vide, dans la chambre vide, je passe ma mort à regarder
Les corbeaux qui passent, le temps qui m'efface
Fantôme qui frissonne, je n'attends personne

 

La Licorne

 

 

 

JEU 92 : "La farce de la salle de bains" - Lilousoleil

 

 


  

La Farce de la Salle de Bains

 

Dans le cadre exigu de la salle de bains, l'homme se tenait, figé dans une posture improbable, vêtu d'un costume sombre qui semblait tout à fait déplacé dans ce lieu d'intimité. Son regard se fixait dans le miroir, où son reflet semblait le défier avec un sourire moqueur.

L'eau de la baignoire stagnait là, comme une mare abandonnée, attendant désespérément d'être libérée de sa torpeur. Des bulles d'ennui semblaient éclater à sa surface, ajoutant une touche de comédie à cette scène absurde.

Soudain, un frisson parcourut l'homme, brisant la monotonie de l'air. Il entreprit alors de se dévêtir avec une grâce maladroite, comme s'il se battait avec ses propres vêtements. Sa cravate, rebelle, semblait s'accrocher à son cou comme un enfant à sa mère le jour de la rentrée des classes.

Le regard toujours fixé sur son reflet, l'homme se mit à débattre avec ses pensées, comme s'il tentait de convaincre une audience invisible de la justesse de ses actions. Puis, dans un geste théâtral, il se précipita vers la baignoire, manquant de glisser sur le sol carrelé dans sa hâte.

Une fois assis dans la baignoire, il jeta un regard circulaire autour de lui, comme s'il s'attendait à découvrir un public dissimulé derrière le rideau de douche. Mais la seule réponse à son acte était le silence, ponctué par le doux gargouillis de l'eau s'écoulant du robinet.

 
 
 

jeudi 14 mars 2024

Chat hébété

 

Pour l'atelier Mil et Une

 

 

 

Chat blanc, chat roux,

Touriste, tout triste,

T'es peu ou prou

Hors de la piste

 Qui t'a quitté ?

Abandonné ?

Quel maître fou

T'a jeté où ?

Quel égoïste

Quel nombriliste

T'a laissé là

T'a laissé las

Seul et perdu

Comme un rebut ?

Sur le trottoir

T'attends le soir

Et dans tes yeux

S'éteint le feu.

.

La Licorne



 

 

mardi 5 mars 2024

JEU 92 : "Bain Corse Pour Pointures" - Lothar


 

 

Si vous ne savez pourquoi souvent les vieilles baignoires percées 

sont rangements de chaussures jolies. Amis, oyez donc ceci :

 

Un soir d’orage, où
le bruit du tonnerre
se mêlait à un plastiquage,
près de la maison de Dumè,
de l’île des bains,
s’envola soudain l’ennemi …

La chaussure des bassins qui,
qui
des deux clans,
sous leurs masques vendettés
était la cause, la chose

la notre …

Toi, ô Merta !

Véchju-Jacozzi
en aïeul prodigue
tel Rodrigue,
au lendemain du dimanche,
la même bouteille avait vidé,

encore,
et encore,
en cause,
en l’absence, tombé,
en la salle, en l’entrée,

et tut tous ces non, en son nom …
si tragiques.

Ma douce,
des ronces parapluies
tombent
sur notre lit,
conjuguées.

Toi, ma savate, ma sandale, ma tongue
à la langue si douce,
je t’aime, sais-tu …

Je t’aime,
sur la trace de tes pas,
sur la lignée de Puppulata
la mère de ta mère,
la pointure première.

Délavé par tes mots,
appâté doux sous tes casseroles,
sous tes semelles,
aimanté grave par tes caresses,

Ma mie,
Ma grolle d’amour,

dans la baignoire des chaussures à l’envie,
tout est possible,
je ferai fi des différences,
des apparences,
des vacances …

encore bien trop loin de nos chats ?

 

Lothar

 

 

lundi 4 mars 2024

Jeu 92 : "La Salle De Bains Du Bas" - Lothar

 

  •  
    ♪ jacuzzi vais-t-y, ou jacuzzi vais-t-y pas ♪ ?

     

     

    Pensées dans la salle de bains du haut : le temps de la réconciliation est arrivé

     

    Le long de ta ligne de fuite, hors du temps,
    Par mille flambeaux de vie aérienne,
    Tu sortis du bain, toi, mon doux printemps,
    Tel un champ de blé d’allure olympienne.

    Nue, si belle enfant, éclat de lumière,
    Lapis-lazuli bronzé, indolent,
    Tu cambrais ton dos, ma rose trémière,
    Sous le vent fripon au souffle insolent.

    Vêtue en rais d’ors, mon ange soleil,
    Ta chute de reins aux reflets de reine,
    Réveillant mes sens en simple appareil …
    Me fit te rejoindre, enfin, ma sirène.

     

    Lothar

     

     

    Mon ange soleil
     

dimanche 3 mars 2024

JEU 92 : "Baignoires d'Outre-Tombe" - AlainX

 


 

Baignoires d'outre-tombe

Gonzague de Saint-Esthète souffre depuis très longtemps d'une maladie rare. Entre confrères, on l'appelle couramment le « syndrome du vertige de l'amour de la baignoire ». Cette affection serait apparue à l'époque de la Révolution française. D'ailleurs un certain Marat était tellement épris de sa baignoire qu'il ne la quittait ni de jour, ni de nuit. Il écrivait des lettres enflammées à sa copine Charlotte pour lui demander un amour de feu qui hélas se noyait dans l'eau de la baignoire. Charlotte se sentant tellement délaissée au profit de cette micro-piscine qu'elle finit par commettre l'irréparable en ne manifestant plus sa flamme pour lui, mais sa lame qu'elle lui enfonça jusqu'au fond du cœur. C'est dire si c'était passionnel.

La symptomatique de Gonzague est tout autre. Son syndrome comporte une dimension mystique depuis qu'il a mis de l'eau bénite dans son bain. Il a d'ailleurs écrit une sorte de psaume religieux :      « Du fond de ma baignoire, je crie vers toi Seigneur » qui comprend pas moins de 666 vers dans la version initiale. Diable ! Ça fait beaucoup. Satan l'habite.

C'est pour lui un refuge sécure où il est en cure de manière permanente. Un de mes éminents confrères estime que c'est le mieux pour lui et, ajoute-t-il, pour mes honoraires également. Personnellement je pense qu'il serait préférable qu'il soit en peignoir dans sa baignoire, là au moins ça rime… à quelque chose. Mais, nul ne l'ignore, les querelles au sein de la « Faculté de mes deux cygnes » prennent leur envol très fréquemment.

Personnellement ma déontologie m'oblige à aviser clairement Gonzague des risques qu'il encourt en raison du principe médical que chacun connaît : «Tout corps plongé dans une baignoire ne doit pas profiter de ce moment pour changer une ampoule ». Ainsi que l'a démontré le professeur émérite Claude François en payant de sa personne.

Enfin bref, on ne va pas constamment épiloguer sur le cas de Gonzague de Saint-Esthète. Pour me distraire une amie délicate m'invite pour une opération à l'opéra. Nous serons en tête-à-tête dans sa baignoire au premier balcon. Je vous raconterai la suite dans ma salle de bain.

  

AlainX

 

 

 

samedi 2 mars 2024

AI et Jeu 92 : "La salle de bains" - La Licorne

 

 

- Driiiing !

- Mince, c'est Jérémy ! Cache-toi !

Je prends ma veste et j'ouvre la première porte que je trouve : celle de la salle de bains. Je la ferme à double tour et juste après, j'entends, de loin, une voix grave et deux voix aiguës.

- Chérie ! La maîtresse des jumeaux est malade ! Je te les ramène pour l'après-midi...une chance que tu ne travailles pas aujourd'hui. Allez, bisous, mon amour ! A ce soir !

 - Maman ! Maman ! On n'a pas école ! Génial ! On peut jouer avec les jeux vidéo...? S'il te plaît !

C'est bien ma veine. Pour une fois qu'on se retrouve chez elle...et pas chez moi, il faut que le plan foire. Non, mais comment est-ce que je vais sortir d'ici ? Il faut traverser tout l'appartement pour accéder à la porte d'entrée. Et la fenêtre de la salle de bains est minuscule. Même un enfant y resterait coincé. A propos d'enfants, ceux de Marlène ont déjà huit ans. L'âge où l'on ne peut plus leur faire croire n'importe quoi. Je les entends se chamailler, dans le couloir. Et j'entends Marlène qui fait tout ce qu'elle peut pour les calmer. 

Hum... la fenêtre donne directement sur la rue, quelqu'un pourrait me voir.  Je vais m'allonger dans la baignoire, c'est plus prudent. Aïe, zut, je me suis cogné ! Il manque au moins cinquante centimètres à cette foutue baignoire, je suis obligé de plier les genoux, impossible de m'étendre complètement. C'est malin, j'ai mal au crâne, maintenant. Voyons si je trouve un cachet de paracétamol dans la pharmacie...Ouais, y' a une plaquette qui traîne. J'en prends deux, faut bien ça. 

Je me rallonge doucement en prenant mes précautions...et j'écoute la discussion dans la pièce d'à côté. Les deux garnements ont refusé la proposition de leur mère d'aller jouer au foot dans le jardin, ils tiennent absolument à rester dans le salon devant leur écran de jeux. Je sens que l'après-midi va être longue...soyons patient... attendons que Marlène trouve une occasion de me libérer, en toute discrétion...

Résigné, je contemple le plafond. Pas grand-chose à voir à part la bouche d'aération. Mais c'est bizarre, j'ai l'impression qu'elle bouge. Oui, elle bouge ! Une impression de mal de mer m'envahit. Ouh là ! Ma vue se brouille. Dans mon bateau blanc, emporté par une inexplicable calenture, je dérive peu à peu...et je divague. 

Des images se mettent à défiler à toute vitesse devant mes yeux. Un flot d'images. Des images floues, hachées, agitées...comme celles d'un antique phénakistiscope...

Incroyable ! Je vois plusieurs créatures étranges surgir de l'océan. Toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Il y a surtout une sorte de dragon des mers, vert, à la gueule immense...qui me poursuit...obstinément...et une jolie sirène, qui cherche à l'éloigner, à faire diversion. Elle virevolte habilement à droite, à gauche, entre deux eaux, tout en me lançant des regards inquiets...A un moment donné, elle s'approche tout près...tout près...Ses yeux bleus penchés sur moi, m'attirent...et m'hypnotisent...

- Eh, Sam ! Secoue-toi !  Réveille-toi ! Qu'est-ce que tu as avalé ?  Du Dictame ? Deux ? Mais ça va pas ? La dose, c'est un demi-cachet, pas plus ! Sinon, ça provoque des hallucinations ! 

Marlène n'hésite pas une seconde : elle prend la douchette et me passe la tête sous l'eau froide. L'effet est radical. Je sors de ma torpeur...et de ma baignoire.  

- Lève-toi...vite. Les garçons sont partis chez un ami. Mais Jérémy se pointe dans dix minutes. S'il te voit ici, ça va faire un drame.

Un drame ? Le drame, on baigne déjà dedans, non ? C'est ce que je pense en tout cas, en sortant dehors, dégoulinant et transi. 

Une chose est sûre : Andersen ne connaissait rien à l'amour. C'est Ulysse qui avait raison.


La Licorne

.


J'ai (entre)mêlé deux consignes ...


La consigne de l'Agenda Ironique de mars

chez Toutlopéra


Sur le thème "Les créatures fantastiques"

il fallait placer les mots rares suivants :

calenture, dictame et phénakistiscope

.

Et la consigne du Jeu 92 :

ICI

.


  

vendredi 1 mars 2024

JEU 92 : "La salle de bains"



- Atelier d'écriture pour le mois de mars -

 

Il s'agira ce mois-ci, si vous le voulez bien 
 
et si le printemps vous laisse quelques loisirs, 
 
de créer un texte
 
directement inspiré de cette image :

 


 
Titre associé :
 

de Jean-Philippe Toussaint

.

Concernant le titre de livre , 

vous pouvez , comme d'habitude :


- Soit placer les mots de ce titre dans votre texte


- Soit faire en sorte que ce titre de livre 

soit aussi le titre de votre texte


- Soit, troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, 

au contenu du livre en question


 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 mars 2024

.

La Licorne


 
 

vendredi 23 février 2024

Quand ce sont les machines qui répondent...


Pour l'atelier Mil et Une



L'ordinateur était allumé : une page internet affichait un tableau effrayant.

Paul détourna les yeux. Il avait toujours eu l'âme sensible, et le sang lui mettait le coeur à l'envers, même quand c'était celui d'une oeuvre d'art. 

"Qui a bien pu lancer ce genre de recherche sur Google ?" se demanda-t-il. Ses deux enfants étaient encore très jeunes et sa femme ne s'intéressait pas à la peinture. Bizarre...

Il ferma la page et s'en alla vers le salon. Anna terminait son goûter. Jules était assis sur le canapé. Il tenait la télécommande dans une main et caressait le chat de l'autre. Le sparadrap sur son genou était à moitié décollé, mais il ne le voyait pas. Il avait les yeux dans le vague. L'air soucieux. En regardant mieux, Paul vit que sa main droite tremblait un peu.

Paul s'assit à ses côtés. Sur l'écran de la télé, trois experts débattaient de la crise mondiale.

"C'est un peu compliqué, ce genre de sujet, à sept ans, non ? amorça-t-il en souriant. Tu n'as pas l'air dans ton assiette, mon p"tit bonhomme...qu'est-ce qui ne va pas ? 

- Si, si...ça va...

- Un papa voit toujours quand son fiston ne va pas bien, tu devrais le savoir... Viens donc près de moi que je te fasse un gros câlin.

Jules ne se fit pas prier et se cala dans ses bras. Deux minutes de silence plus tard :

-Dis, papa...Francisco, c'est qui ? C'est le mari de Chantal ?

Paul mit trente secondes à recoller les morceaux. Francisco...Chantal...Francisco...Quel Francisco ? Ah ! Mais oui...Francisco Goya ! Le bout de chou était allé faire une recherche sur...Chantal Goya ! Et était tombé, sans le vouloir, sur la peinture cauchemardesque. Voilà qui expliquait tout. Internet est un ogre irresponsable.

- Papa, c'est vrai que les pères dévorent leurs enfants?

Ouh là, là...c'est fragile une petite cervelle d'enfant....c'est impressionnable...et ça se met des choses invraisemblables en tête.

Pas le choix, il fallait qu'il réponde.

.

La Licorne


Consigne de l'atelier de cette semaine: 

La phrase du début et la phrase finale

étaient imposées.

On pouvait également insérer le mot sparadrap.



jeudi 22 février 2024

Jeu 91 : Une Zazie néo-réaliste - Joe Krapov

 

 

 

J'aurais tant aimé voir, naguère,
Des réclames pour Frigidaire
Au mur de la station Glacière !

J'aurais vraiment adoré suivre
Comme dans un livre
De cuisine
L'itinéraire d'une pomme de terre
De Parmentier à Porte (pommes ?) Dauphine !

Car le métro
C'est jamais trop
De fatrasie,
Oh que no !
Parole de Zazie !

J'eusse aimé compatir à la peine
De ces travailleurs sans gaîté
Que le métro charrie
De Charenton-école
A la Rue des Boulets
Pour qu'ils aillent au charbon,
- Métro boulot dodo ! -
Ternes héros du quotidien,
Vannés-Vaneau,
Filles du Calvaire,
Enfants de Puteaux,
A chacun sa Croix de Chavaux !

C’eût été un plaisir de voir
Le Cardinal Lemoine,
Les abbesses, Saint-Georges,
Notre-Dame-de-Lorette,
Toutes celles
Et tous ceux de la chapelle,
Les porteurs et porteuses de la Bonne Nouvelle,
Descendre prendre une rame à Rome
Et ressortir à la l(a)umière à Saint-Lazare !

J'aurais aimé dire "Merde !" à la station Cambronne,
Chanter du Renaud à Billancourt,
Danser le tango à Argentine,
Perdre connaissance à Félix Faure,
Attendre Jean-Marc Thibault à Robespierre,
Éprouver une peur bleue ou du blues à Danube,
Changer la pile du transistor à Alésia,
Aller de Chemin Vert à Château rouge
En évitant de passer par Blanche, Louis Blanc et Richard Lenoir,
Faire provision de fleurs à Couronnes
Pour aller les déposer au Père-Lachaise,
Monter à Jourdain dans un wagon
Plein de bourgeois et gentilshommes
Ou voir descendre une comtesse du XIXe siècle à Ségur,
Respirer du jasmin à Notre-Dame-des-Champs,
Louer la Gascogne à Cadet plutôt que parler de mes soucis
Et de ceux de Riquet à la Houppe,
Compter les gens au nez pointu qui ont l'air de planer à Concorde,
Attendre Mathilde à Madeleine
Et Louise Michel à Barbara,
Aller d’Edgar Quinet à Gabriel Péri,
De la Défense à Liberté,
Naviguer de Plaisance à la Pointe du lac,
Faire la noce Place des Fêtes
Ou à la Mairie des Lilas !

Mais le Paris des Olympiades
Est hors de portée de ma bourse
Et si ça se trouve,
Si j'y retourne,
Il y aura encore grève !

Non Bercy ! J'ai déjà donné !

J'aurais Bel-Air
A défiler de la Bastille à la Nation
Avec ma voix de Poissonnière !

Est-ce vraiment un bon slogan
Ce fichu « doukipudonktanlèrdutan » ?

Devrai-je à nouveau seriner,
Façon Petit Gibus dans la guerre des Mouton-Duvernet,
« Si Jaurès su Jaurès pas venu ! » ?

Non ! Tant pis ! Adieu Paris !

Je préfère
Emprunter à Aimé Césaire
Son cahier d'un retour au pays natal !

Car le métro
C'est vraiment trop
De fatrasie
Oh que oui !
Parole de Zazie !

.

Joe Krapov

 

mercredi 14 février 2024

Voir un petit coup

 
- Chez l'ophtalmo -
 

- Bonjour Monsieur Martinez ! Comment allez-vous ?

- Bien, bien, merci. 

Mais vous pouvez m'appeler Laurent, 

Monsieur Müller !

Vous vous souvenez quand même 

que nous avons gardé les cochons ensemble ?

- Si je m'en souviens ! Inoubliables, 

ces années d'enfance à Marseille !

Qu'est-ce qu'on a ri !

L'Alsace, c'est autre chose...

Mais bon, ma femme est d'ici, 

et mes grands-parents aussi, tu sais...

- Personne n'est parfait !

-Tu prendras bien un petit Gewürtz, 

pour fêter nos retrouvailles... ?

J'ai une bouteille dans mon bureau...

- Tu n'as pas changé, je vois...Oui, je veux bien , 

même si ça ne vaut pas le pastis !


Une demi-heure plus tard, 

après deux ou trois coups "derrière la cravate"...

 

- Bon, on s'y met ? 

Je ne peux pas faire trop attendre le suivant.

- On y va...on y va...Peuchère, c'est quoi ce tableau ?

- C'est tout nouveau. Offert gratuitement par la région. 

N'aie pas peur, ce n'est qu'un mauvais moment à passer... 

Regarde bien ma règle.

- Ta règle ? Hum, j'en vois deux... :-)))

- Arrête de plaisanter...con..concentre-toi !

- "Alsace" !

- Oui !

-" O-ber-nai" !

 - Bien !

- "Ri-que-wihr" !

- Parfait !

- "E-goui-chem" !

-Hum...

- "Biskot-chième"

- Ouille !

- "Amer-kir" ?

- T'exagères, Laurent !

Fais un effort , sinon, tu vas ressortir d'ici 

avec des verres ...co...comme des loupes ! 

- "Aimer-chier" ???

- De mieux en mieux...Allez, on fait une pause. 

Reprends un p'tit verre, ça va t'éclaircir la vue.

- Ouais, bonne idée !

 

 Un quart d'heure plus tard... 


- On s'y remet...?

Allez, on reprend les petits caractères, 

tout en haut. Applique-toi !

- Ok. 

"Texte de vue" ?

- Ouiiii !

- "Avant...avant de prendre la rou-oute, 

un petit vin d'Alsaaaace..."

- Eh bien, voilà, c'est pas plus compliqué que ça !

10 sur 10 !

Quand même, on ne vantera jamais assez les bienfaits

du vi...vignoble alsacien !

Je te signe ton papier pour le permis poids-lourd...

et, Lolo, maintenant qu'on a repris con...contact,

passe me voir quand...tu veux...

à Niederschaeffolsheim !

.

La Licorne

.

 

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