jeudi 22 février 2018

JEU 33 : Brasses



 
 
Je coupe une pomme 
Dans mon rêve je porte du fruit
Tant de mètres à franchir
Mon ventre gargouille
J’ai encore faim
Je prie
Je pense aux passants, aux migrants, aux voyageurs
Je pense aussi aux surprises, aux désillusions, aux craintes, aux espoirs
Je pense surtout aux espoirs
Je prie
Autrefois quand la terre était promesse, on avançait en bande, en groupe, en famille, entre amis ou frères
On se donnait la main
A l’aube, j’accomplirai une prouesse
Je prie
Avant de m’endormir je dois vérifier une chose
Ai-je toujours Le Livre ?
Je ne peux pas prendre de sac mais je vais me débrouiller
Le livre est là
J’en lis une page
Je prie
Je vais cacher Le Livre dans la doublure de ma combinaison
Je me lève
J’avance sur la plage
Je plonge
Je nage, je nage, je nage, je respire, je nage, je respire, je nage, je nage, je nage, je m’épuise, je nage, je nage, je m’épuise, je respire, je nage, je respire ….
Je sors la tête de l’eau
A bout de souffle
Personne sur la rive
Je vérifie les côtés, bords et rebords de la plage de sable
Personne sur la rive
J’examine l’horizon
Personne à l’horizon
Les bateaux sommeillent
La nuit s’efface
Je sors de l’eau
Et je cours, je cours, je cours, je respire, je cours, je respire, je cours, je balance les bras, je cours, je respire, je m’épuise, je cours, je cours, je cours, je tombe
La montagne tremble
Je me cache sur un sentier
Mes vêtements ruissellent
Je grelotte, je respire, je grelotte, je respire, je respire, je grelotte, je respire, je respire, je m’écroule
Un homme surgit sur le sentier
Il tapote mes joues
Je bave
Je respire
J’entrouvre les yeux
Je pose ma main sur mon torse, dégrafe la combinaison et sors Le Livre
Le froid me transperce
L’homme sourit
Il attrape Le Livre
Il range Le livre dans la falaise
Il me bénit
Le sac qu’il me tend contient du riz et un fruit
La Foi vit toujours
Tant d’années après la purge
L’homme disparait dans les rochers
Je mastique
Je cache le sac vide
Je prie
Je marche vers l’eau
Les vagues font du bruit
Je prie
La Parole me berce
Je nage
La Foi me suffit
 

mercredi 21 février 2018

Blanc

 
Texte écrit pour le tout nouveau blog
d'Annick SB:
"Treize à la douzaine"
 
Il fallait placer les douze mots suivants :
 
cavalcade, touche, hiver, lanière, sempiternel, écorce,
échelle, frite, anaphore, chêne, passoire, verre...
 
et le treizième pour le thème : Blanc



 
 

J'ai un "blanc", tout à coup ...
Est-ce la cavalcade des années qui m'afflige ? Je n'ai pas encore l'âge du vieux chêne en hiver, mais mes cheveux ont la couleur de la neige sur ses branches, mes mains ont la rugosité de son écorce et quand, parfois, elles s'escriment sur les touches du piano, je n'en reviens pas de les voir trembler.
J'ai un blanc...
Que faisais-je à l'instant ? Qu'allais-je, diantre, chercher dans ce placard ? Un verre, une passoire, le coupe-frites ? Je ne sais plus. Ma mémoire se vide et me laisse au milieu d'un geste, d'un élan... Je pars et je ne reviens pas. Je veux et je ne peux pas. Je marche à petits pas. Sempiternel manège.
Un blanc...Un blanc...
Oui, je sais, je me répète...Autrefois, quand j'étais professeur, j'aimais bien manier l'anaphore, la métaphore et la méto... La méto quoi ?  Je ne m'en souviens pas.  Tout cela est si loin...Perdu sur l'échelle du temps. Egaré à jamais. La lanière de mon sac à souvenirs s'est cassée. Les mots, que j'aimais tant... se sont envolés. Comme une myriade d'étourneaux sans cervelle.
Demain... oui, je crois que c'est demain...
j'aurai quatre-vingt-dix ans.

La Licorne








samedi 17 février 2018

JEU 33 : Fusion



 

Il y a quelques décennies, un événement contribua à élargir considérablement notre horizon.  Je me doutais que la vie s'étendait au-delà de nos frontières.  Mais je ne m'attendais pas, personne ne s'attendait, à ce qui émergea un jour sur notre terre, partout autour de nous:  une dimension où l'espace et le temps à notre façon n'existaient pas.

Une dimension qui depuis les débuts de l'humanité nous côtoyait pourtant.  Les vibrations de ce monde s'élevaient à un niveau que nous ne pouvions atteindre... jusqu'à maintenant.  Mais au fil du temps, de plus en plus d'individus avaient réussi à augmenter les leurs considérablement.
 Ce monde avait enfin surgi et nous invitait à fusionner peu à peu avec lui. Il ouvrait à nous et en nous des myriades de possibilités, les rêves pouvaient y devenir réalités, les dons s'épanouir en accéléré. Wow!
 
Tous ne pouvaient pas le voir, mais nul ne pouvait le nier, à présent. Plusieurs de mes contemporains ne peuvent même aujourd'hui, en 2118, percevoir cette dimension et en bénéficier. Pourtant le temps presse. Il faut apprendre à respirer autrement, à se nourrir autrement, à se déplacer librement, à modifier et optimiser notre énergie car, par notre faute, notre environnement s'est appauvri considérablement, comme beaucoup l'avaient prédit. Nous n'avons que deux choix : nous transformer ou périr dans la souffrance, de faim, de soif, d'empoisonnement.
 
J'ai retrouvé espoir depuis qu'ils nous côtoient. Ensemble, nous parviendrons à accélérer le mouvement de notre évolution vers un paradigme qui nous tend les bras. Si nous n'arrivons plus désormais à vivre ici-bas, eh bien, ceux qui le peuvent accéderont à cette dimension qui nous accueillera sans les soubresauts de la mort.
Franchir le pas, voilà ce qu'il nous reste à faire, à l'aide de nos amis de l'au-delà.
 
 


lundi 12 février 2018

JEU 33 : 2118




Une voix de sépulcre résonna dans les amplificateurs à propagation d’ondes de tribennialité Alpha. Les visiteurs rechargèrent leurs cartouches d’oxygène aux distributeurs à prigons que l’on trouvait à l’entrée. Il régnait une atmosphère d’étrangeté dans cette partie du Mémorium de la Galaxie. Quelques privilégiés parmi les Citiziens avaient été autorisés à voir les salles que l’on fermait habituellement au public, de par leur nocivité sur les esprits. Et ce, pour un moment seulement, et sur ordre de la Police des Espaces. On était en 2118. Ensuite, le muséum refermerait ses portes. Sa Félicité le Chef Ultimus aurait le droit d’y accéder, et seulement lui.

« Mesdames, messieurs, nous pénétrons maintenant dans la salle du Millénaire de la Malédiction. Le tableau que vous voyez devant vous a une valeur que l’on ne saurait estimer. Un individu l’a peint juste avant le Réalignement de 2020. Les historiens s’accordent à dire qu’il marque le début de l’Ere de la Calamité. Il représente la Prêtresse Ségolénia, en méditation devant un des symboles de la Décadence et des Archaïsmes. En ces temps d’effondrement, les habitants de la Planète s’appelaient encore les Hommes, ils étaient divisés en multitudes de groupes, aux noms de continents, nations, cliques, ligues, partis, classes. Ils n’avaient pas encore eu la Révélation de la Suprématie. Chacun parlait sa langue. Ils se battaient donc constamment, pour la survie, pour l’argent, pour le pouvoir. Ces luttes occupaient le plus clair de leurs vies sans longueur ni profondeur.» 

Un murmure de frissons parcourut l’assistance.  L’irréalisme de ces temps hors-mémoire apparaissait aux Citiziens comme le signe d’une déchéance que personne n’aurait songé à mettre en doute. Les mots eux-mêmes appartenaient à un passé que tout le monde semblait avoir oublié. Au fur et à mesure que la Voix décrivait les mœurs cette époque de troubles et de trivialité, on pouvait palper le dégoût sur les visages. 

« L’élément au centre du tableau représente une « rose », appartenant à une catégorie d’objets que l’oubli a relégué au rang de « reliquats du temps ». Ces objets dits « de la nature » s’appelaient des « fleurs ». Les objets de la nature dans leur ensemble ont disparu à la fin du 21° siècle, avec la découverte de la tribennialité et des extra-synthéticoïdes que nous connaissons aujourd’hui, et surtout depuis l’invention des organismes de substitution au plurimétabiologisme … » 

Les visiteurs se regardèrent dans l’hébétude et l’abasourdissement, cependant que la Voix continuait son monologue qui ne laissait d’ahurir l’auditoire. La difficulté était d’imaginer des êtres que la vie eût contraints à se nourrir d’organismes pour vivre, à se reproduire, à se battre pour des territoires. Seuls les rats et les fourmis avaient continué à suivre ces schémas de l’archaïsme, mais cela avait causé leur disparition. Quant aux quelques mots accompagnant les tableaux… Un ésotérisme sans substance les nimbait, si bien que nul ne comprenait plus leur sens depuis longtemps : démocratie, vote,  lutte des classes, capitalisme, socialisme. 

Sa Félicité Le Chef Ultimus avait tout prévu. La linéarité de l’existence. En douceur et sans faille. Sans rides. Sans luttes. Jusqu’au jour du Convoi Ultimus Programmus, où l’on devait partir pour une planète sans oxygène. Chaque jour les ordinateurs calculaient le nombre de naissances dans les incubateurs, et de là, le nombre des Citiziens en partance. Les entrées et les sorties de la planète devaient s’équilibrer. Le nombre de Citiziens au maximum, dont la justesse n’était plus à prouver, était, pour l’éternité, de 25 milliards. Tous acceptaient la règle. Ils n’avaient pas le choix. 

Ils sortirent du Mémorium et passèrent dans une Salle de Réajustement, afin de se faire nettoyer le cerveau aux ondes de Félicité.
 Dans le ciel, les trois Soleils brillaient. Tout était en état de perfection et de joie.
 


 


 

dimanche 11 février 2018

JEU 33 : Né pour courir




Eté 2118. Nous vivons sous terre, dans des espaces semblables à des villages. On y trouve des parvis, des maisons, des boutiques, des restaurants, des rues où circulent piétons et cyclistes. Des hommes, des femmes, des enfants y construisent notre présent depuis trois générations.  C’est un jour de l’été et dans le silence d’avant le départ, je respire encore l’air du dedans. Sur l’esplanade, la foule afflue et chaque année le nombre de personnes croît. Dans cinquante et une secondes le compte à rebours sera lancé. Je vérifie mes capteurs. Un signe du maître de la tour me confirme qu’ils fonctionnent. Je ferme les yeux et pendant un instant, l’ambiance est au recueillement. Le regard de la foule est braqué sur moi. Les pulsations de mon cœur tambourinent comme un avant-goût de ce que je vais réaliser aujourd’hui. Je ne dois pas rater le départ.

Le mouvement qui suit celui-ci est semblable à une vague qui déferle en gage de soutien. Les mains frappent les tambours, la foule en liesse ne forme plus qu’un avec moi. Je suis né pour courir. Alors je m’élance. Des foulées qui martèlent le sol et projette du sable et des cailloux autour de moi. Je puise dans mes muscles la propulsion qui m’entraîne loin, au-delà des entrailles de la terre. C’est un jour sans nuage. Le soleil éclaire le ciel de Tolosa. À l’horizon, les Pyrénées s’imposent. Leur présence et la beauté qui émanent d’elles me coupe un instant le souffle.  La nature a repris ses droits. Luxuriance et  profusion s’affichent partout, même si, de-ci, delà quelques bâtisses persistent. Sur les écrans de télétransmission la population suit l’évolution de ma course. Je connais le sentiment qui les anime. Ce désir d’être mes yeux dans le monde d’aujourd’hui. Mon regard capte ce qui m’entoure, détaille les arbres, les collines, l’éclat des boutons d’or dans les prairies, les fleurs des pissenlits dans le vent, le bruissement des cours d’eau.  La lumière qui joue entre les branches des arbres, l’ombre des peupliers. Le vol des oiseaux dans le ciel. Toute quintessence.

Mon souffle est à la mesure de ma mission. Je cours et, une à une, mes foulées s’imprègnent de l’atmosphère. Je suis né pour courir. Loin et vite.  Là, où personne ne va plus. Je cours pour raconter les couleurs. Le monde extérieur. J’emmène mon peuple en voyage. Dans la vibration de mes pas sur la terre, dans l’air qu’aspirent mes poumons, dans mes mains qui cueille un fruit,  sur mes lèvres qui le goûte, dans mes yeux qui parcourent les ondulations du monde. Je suis semblable à un artiste-peintre dont l’œuvre universelle réconcilie la terre et les hommes et peu importe si les radiations brûlent aussi mes cellules, si mon existence est à l’image d’un éphémère. Je suis né pour vivre le monde.



 

mercredi 7 février 2018

JEU 33 : Les Extras

 
 





2 septembre 2118.
 ...ça y est, j'ai réuni tout ce qu'il faut pour le Centenaire. Mon costume. L'invitation. Les coordonnées du point de rendez-vous. La liste des amis à prendre sur le chemin.

Ce matin, au saut du lit, Max m'a rappelé les détails à ne pas oublier. Il est bien, Max, il s'occupe de tout. De la liste de courses, de l'entretien de la maison, et même de l'organisation des fêtes et anniversaires. Une perle, ce Max. Jamais en panne, toujours au top. Une merveille de robot.

Cela fait donc pile cent ans qu'a eu lieu l'arrivée des Extras. Date sans équivalent dans l'histoire de la planète. Fin de la quarantaine. Début de l'ouverture sur les civilisations du cosmos.
Comment avait-on pu vivre aussi longtemps en niant leur existence ? Cela dépasse l'imagination.

Grand-grand-père, qui va sur ses cent vingt ans, en parle parfois avec un tremblement dans la voix :
"A l'époque, on ne croyait pas que la vie ait pu se développer ailleurs. On attendait des preuves. On s'était habitués à notre solitude et tous, on niait l'évidence. Des milliards d'étoiles et de planètes dans l'univers, et de la vie seulement sur la Terre, sur notre Terre, cela ne nous choquait pas. Oh ! On regardait bien quelques films de science-fiction, du style Star Wars... ou Avatar, mais on les regardait comme des divertissements, des fantaisies sans fondement. Quelle n'a pas été notre surprise quand ils ont débarqués ! Un choc. Presque un traumatisme.

Les journalistes en ont perdu la voix. Ils diffusaient en boucle les images de ces êtres en train de communiquer leur message à toute la population, et ne le commentaient presque pas. Tout le monde était là, devant sa télévision, sans savoir comment réagir. On s'attendait à une invasion, à une guerre, à des combats sans merci. Mais, voyez-vous, ce n'est pas du tout comme cela que ça s'est passé.

Les Extras étaient sans agressivité. Ils répétaient qu'ils ne nous voulaient aucun mal et que le temps était venu pour nous de créer des contacts avec le reste du monde, que c'en était fini de l'ère de l'isolement, qu'ils nous invitaient à travailler avec eux. Que s'ils ne s'étaient pas manifestés auparavant, c'était juste parce qu'ils attendaient que nous atteignions un minimum d'évolution et de maîtrise. Que nous y étions parvenus et qu'ils allaient maintenant, si nous étions d'accord, nous tendre la main pour nous aider à sortir de nos impasses et de nos erreurs. Parce que, soulignaient-ils,  nos "bêtises" avaient des répercussions jusque chez eux et que cela ne pouvait plus continuer ainsi.

J'avais dix-huit ans.
A partir de ce jour, tout a changé vertigineusement vite. Les gouvernements ont fait leur mea culpa et se sont enfin mis d'accord. En dix ans, le problème de la famine et de la pauvreté a été réglé. Le nucléaire a disparu. Il a été remplacé par la technique de l'énergie du vide. On a arrêté d'extraire du pétrole et du gaz de schiste. Vingt-cinq ans plus tard, grâce aux programmes de nettoyage, les océans et les rivières avaient retrouvé leur pureté et il n'y avait plus aucune pollution, ni dans l'eau, ni dans l'air. Ah, mes enfants, ce fut le tournant du siècle ! "

Il a raison, Grand-Pa, s'il y a une date qu'il faut fêter, c'est celle-là ! Et en beauté !
Nous, les jeunes, on ne se rend pas bien compte de ce à quoi on a échappé. Mais on en parle de temps en temps avec nos potes d'origine "extra". Et on se dit qu'on a de la chance. De la chance d'avoir toujours connu une Terre sans maladie, une Terre sans drame, une Terre sans guerre. Nous, on est la génération "d'après". Une génération sans complexe et sans frontière, une génération qui communique avec les étoiles et qui croit en son avenir.

Tout à l'heure, on va être un paquet à se réunir sur la méga-plate-forme du Pacifique, et on va faire une teuf d'enfer ! Côté musique, y'aura le meilleur du meilleur de la Galaxie...les groupes les plus en vue de ce coin d'univers...de Vénus à Arcturus !
...ça va "déchirer", comme dit Grand-Pa ! J'ai vraiment hâte d'y être !
Allez, Max, programme vite le GPS de la navette, on y va !

 
La Licorne







 

lundi 5 février 2018

JEU 33 : Uchronie

 
 



Je m’appelle Amandine, comme celle de France, celle d’avant la loi de 1983. Vous voyez sûrement de qui je veux parler, Amandine, le bébé-éprouvette née en 1982 à l’hôpital Béclère à Clamart.

Sur mon passeport il y a écrit : date de naissance : 2103, cent vingt et un ans après l’Autre. J’ai quinze ans.

Si j’avais vu le jour en Angleterre, je me prénommerais peut-être Louise. Elisabeth pour une naissance aux States, Durga pour l’Inde, comme les prénoms des bébés-éprouvettes des années 1970-80. Mais j’ai vu le jour en France, mes parents m’ont donc choisi le prénom d’Amandine. En hommage.

Après la naissance d’Amandine (celle de 1982), des voix ont hurlé au loup, à la manipulation, au crime de lèse-genétique, à l’hérésie, j’en passe... En 1983, la loi a interdit en France toutes les fécondations in vitro.

Bizarrement, tous les pays n’ont pas tardé à faire pareil.

Je dois ma vie à cette loi. La loi a interdit toutes les fécondations in vitro, que ce soit avec des « Porteuses » ou avec des « Biologiques », il a bien fallu trouver des utérus pour les couples en mal d’enfant. Le désir d’enfant est LE désir du 21ème siècle.

Je suis un prototype, le résultat de presque un siècle d’essais d’implantation d’embryons dans ces réceptacles : utérus d’éléphants, de vaches (il n’y a guère que les chats et les souris qui n’ont pas servi de cobayes … pour des raisons de taille of course.

Ma « Biologique » est une femme tout ce qu’il y a de plus courant, c’est une spécialiste en éthique ; mon père est également un représentant des humains, médecin.
 
 



Ma mère (de gestation) est une poulinière, dans ces enceintes que l’on appelle maintenant les « usines à bébé », « votre Porteuse vivra loin de la pollution des agglomérations et nous soignons le cadre pour fonder votre famille » (dixit le prospectus) . Les juments offrent une résistance hors du commun en ce qui concerne l’implantation d’embryons. La gestation dure 11 mois et 11 jours. Si j’étais née « normalement » je ne serais restée que neuf mois dans le ventre de ma mère : cela n’a semble-t-il pas affecté mon intellect.

Je suis une hybride, femme à l’extérieur mais jument à l’intérieur. Je dois la vie à une loi de plus d’un siècle et à des essais dans des laboratoires.

Mes parents ne m’ont jamais caché l’origine de ma naissance, ils se sont bien occupés de moi, ils m’ont régulièrement emmenée chez le psy dès que j’ai montré des signes de contestation : à trois ans, j’ai décidé de ne me coiffer qu’avec une queue de cheval (nuit et jour).

De temps en temps, je vais voir ma mère à quatre pattes. Elle ne me reconnaît pas. Je lui apporte des friandises, carottes et pommes. Elle porte régulièrement un bébé-humain. Je me demande si elle sent ce cœur qui bat dans son flanc et si elle se rend compte lors de l’opération qu’on lui retire une part d’elle-même. 

Depuis quinze ans, la vie a changé : les femmes ont le choix de porter leur enfant ou de recourir à ces juments. L’utopie de la liberté de procréation est une réalité. Les femmes ne voient plus arriver la quarantaine avec effroi, leur « horloge » ne leur rappelle plus l’urgence de trouver un géniteur. Au vingtième siècle, les femmes disaient : «un enfant,  si je veux et quand je veux », depuis peu on entend « un enfant, si je veux, quand je veux et où je veux ». Certaines femmes hésitent à se voir grossir, enfler, pour avoir un enfant.

Les poulinières leur ont donné un don d’ubiquité : les femmes restent au boulot pendant leur grossesse, elles surveillent l’évolution de la gestation avec une caméra, elles ne sont pas un poids pour la société, pas de nausées, pas de pathologies.

Les us et coutumes bougent lentement mais je gage que dans 100 ans, il y aura autant de bébés de « couveuses » que des bébés  d’utérus » comme on les appelle. Je me demande bien pourquoi cette distinction : les autres aussi grandissent dans un utérus.

Je suis un cobaye : on a mesuré toutes les semaines mon QI depuis ma naissance. Que dis-je, bien avant ma naissance. Déjà in utéro, je me sentais comme le lait qui bout sur le feu ! J’ai vu dans les magazines des photos de ma poulinière : on lui avait branché des électrodes, sortes d’ustensiles de toutes couleurs, sur le ventre pour suivre cette croissance. Un fil pour l’activité du cerveau, un fil pour la circulation du sang, un fil pour suivre l’activité des nerfs, et j’en oublie.

Vous vous demandez pourquoi j’écris ce début d’histoire : Eh bien, j’ai l’impression d’usurper la vie d’un autre, j’ai à peine quinze ans et tant de surveillance m’oppresse. 

Aujourd’hui je commence ma crise d’adolescence. Ce matin, devant mon bol de flocons d’avoine,  j’ai lancé cet ultimatum à mes parents (les z’umains). « C’est décidé, demain je commence des études de vétérinaire ».

Dans les yeux de ma mère, j’ai vu que cet uppercut la heurtait, elle me voyait déjà avec une blouse de médecin-obstétricien. 
 
 

Ancien texte ICI, 
modifié pour répondre au jeu
(sans adjectifs qualificatifs)
.





samedi 3 février 2018

JEU 33 : Vive ma vie





 

Je suis née le 1er janvier 2008. J’ai tout juste 100 ans.
Pour mon anniversaire ma famille vient de m’offrir un album de photos.
J’y retrouve mes ancêtres qui vivaient au début de ce siècle.
Ce n’est pas vraiment une découverte, nos musées exposent beaucoup de documents de cette époque.
Ce qui me pose question…. comment faisaient ils pour vivre si peu de temps ? Aujourd'hui on dirait "survivre"...
Pourquoi mouraient ils si jeunes ? Guerre, maladie, accidents, bêtise, ignorance ? 
Il reste des zones d’ombre, surtout dans ma famille. 
Une jeune femme morte à 31 ans… un frère à 68 ans… 
Une exception une grand-mère a vécu jusqu’à 106 ans… je n’ai pas hérité de ses gènes puisque c’est une ancêtre du côté de la famille de mon compagnon.
Bref… 100 ans… et dire que je ne suis probablement pas à la moitié de ma vie.
Je conserve une relique... une lettre de mon arrière grand mère Françoise... Elle disait qu'à 84 ans elle atteignait  99% de son temps de vie. 
On vient de me proposer un week-end sur la lune… Pourquoi ne pas en profiter tant que je n’ai pas d’enfant puisque je n’ai pas atteint l’âge d'être mère ?
Je me demande si je ne ferais pas mieux de patienter jusqu'au départ pour Mars… 
Oui je sais, ce n’est pas tout à fait au point, mais j’ai encore 200 ans devant moi…
Je vais réfléchir.
Ma maison est une bulle de cristal, comme celle de mes voisins.
Nous n’avons rien à cacher comme le faisaient nos ancêtres dans leurs bâtisses !
L’amour est partout, la nature me réjouit, les oiseaux,  seuls animaux qui nous restent,   sont amis avec  les humanoïdes que nous sommes.
Ah ! On nous raconte que les « vieux » craignaient le progrès, que certains croyaient que la terre était une boule.
Mais voyons comment n’ont ils pas vu que c’est un ruban qui flotte de nuage en nuage !  Pas de séparation, ils appelaient ça continents, frontières etc…
Aujourd’hui tout est luxe, calme et volupté….
La vie est… comment dire…. sans adjectif mot interdit dans ma famille…
Franchement, je me demande pourquoi ? 
Demain est un autre siècle… LOL





 

vendredi 2 février 2018

JEU 33 : J'attends le moment où...

 
 
 
Année 2118.On ne parle plus de saisons depuis longtemps. Il pleut. Le jour. La nuit. Quelquefois, des espaces entre les nuages laissent apparaître une éclaircie qui redresse nos corps et nous fait lever les yeux. Le reste du temps la grisaille est partout. Certains jours, l’humidité de l’air se mêle aux bourrasques de vent.  Les arbres se balancent, les bateaux tanguent, les maisons sur pilotis, aussi. Le reste du temps le climat ne varie pas. Les pluies rythment la monotonie du temps.

Je me souviens quand j’étais môme, avec les enfants du quartier, on inventait des jeux : danse de la pluie sous les cascades, sauts par-dessus les rus qui sinuent tout autour de la ville, courses à fleur des méandres,  plongeons dans les ravines et bien sûr sauter dans les flaques qui stagnent sur les toits-terrasses. C’était notre jeu de prédilection. On s’imaginait alors le monde d'avant. Chaque flaque pouvait nous mener de l’autre côté de la terre, là où il ne pleut jamais. On rêvait le monde d’avant, quand le soleil nourrissait la terre de sa lumière. Depuis, il paraît que là bas, le soleil brûle autant que le feu, mais personne n’en sait rien, personne n’a été voir, tout du moins personne n’en est jamais revenu depuis l’expédition de 2058. À cette époque le danger avait déjà bouleversé le monde. Les trois quarts de la population, la majorité de la flore et de la faune avaient péri. Le climat oscillait entre chaos et extinction. À présent, il pleut.

Moi, je suis né en 2102, le soleil je ne l’ai jamais vu, ni jamais senti effleurer ma peau.  Maintenant que j’ai grandi, je ne saute plus dans les flaques. Il faut bien bosser. On n’est pas si nombreux à pouvoir le faire. Consolider les fondations des habitations, construire, ériger la cité au-dessus de l’eau. Alors de temps à autre, sur le chemin qui mène au chantier de la ville, je m’arrête et je regarde les mômes sur les toits-terrasse. Et j’attends. J’attends le moment où ils sauteront dans les flaques. J’écoute leurs éclats de rire. Ce n’est pas le soleil, bien sûr mais ça colore et réchauffe quand même la Terre et le cœur des Hommes.
 
.
.
 
 


jeudi 1 février 2018

JEU 33 : Exclusion du futur



En ce début d'année, projetons-nous un peu...beaucoup...
et imaginons que nous sommes
 en...2118.

Vous inventerez donc une histoire qui se passe
cette année-là...
Tous les genres sont permis...
toutes les versions de l'avenir aussi...
et votre imagination pourra se déployer à son aise.
La contrainte sera purement linguistique :
les adjectifs qualificatifs seront INTERDITS.
Je serai sévère, impitoyable, intraitable :
je ne veux pas en voir un seul
pointer le bout de son nez.
Qu'on se le dise !
Pas facile ?
je sais.
mais c'est tout l'intérêt de la chose...:-)
Renouveler son style...

Y arriverez-vous ?
Réponse dans quelques jours...
ou quelques semaines.
avant le 21 février 2018
.
La Licorne
.

 
 

mardi 23 janvier 2018

MERCI !


C'est réglé comme du papier à musique :
chaque mois, du premier au vingt-et-un,
vous venez m'enchanter le cœur de vos mots
et de vos trouvailles.
Chaque mois, j'attends de voir
comment vous allez relever le défi
qui m'est "passé par la tête" à ce moment-là...
et chaque fois, je me dis, qu'encore une fois,
vous avez fait des merveilles...
que, comme Pierrot sur son croissant pâle,
vous avez "décroché la lune"
et en avez rapporté un petit morceau
que vous avez déposé, là, doucement, sur terre...
et sur Filigrane.
Quand les poules auront des dents,
quand les mots seront fatigués
et quand vos plumes s'envoleront
vers d'autres cieux...
ce jour-là, je serai triste
et je mettrai la clé sous la porte...
Mais en attendant, je vous dis MERCI...
à tous, aux anciens...
comme aux nouveaux et nouvelles...
que je suis heureuse d'accueillir !
Non, je ne vous érigerai pas de statue,
du moins pas encore,
et je ne vous offrirai pas de cadeau,
façon "plume d'or", "billet d'avion"
ou "portrait d'Arthur Rimbaud"...
N'y comptez pas..
ce n'est pas le genre de la maison...
mais je vous donne rendez-vous,
avec grand plaisir,
le premier février.
Bises et à bientôt !
.
La Licorne


dimanche 21 janvier 2018

JEU 32 : Chère Charlotte

 
 
C’est en me rasant ce matin en chantonnant « Chanson bleue » de Sasha Distel
que je me suis enfin décidé à t’écrire. Dans ma salle de bain sous les combles,
j’ai eu une illumination ce matin :
l’annonce que j’ai lue distraitement hier soir dans marmiton&magazine
ne pouvait émaner que de toi, ma belle de Fontenay,
 ma bleue d’Auvergne , ma Vitelotte.
 
"Silence suspect, se voir qd, où ?
Courage, lutte avt éclaircie.
 Trust in you babe.
C."
 
L’annonce en elle-même pouvait s’adresser à n’importe qui bien sûr
 mais elle était insérée une photo de  Monalisa et une d’Amandine,
le tout encadré par des clefs de sol.
Qui dit sol dit terre et j’ai de suite pensé à toi, ma pomme d’amour …
 
Après le rasage, j’ai pris un long bain dans le tube,
« Hercule il faut foncer » me suis-je dit .
J’ai quitté rapidement ma robe des champs et je suis descendu au café du coin.
 Je suis sorti de chez moi pour deux raisons : d’abord à la maison,
il y a Kartoffel qui fait le couch potato sur le divan
et cela me déconcentre
(tu te rappelles je pense de Kartoffel, mon chien saucisse,
 je t’en ai parlé dans ma dernière missive à laquelle tu n’as pas répondu).
 
Si je n’étais pas sorti de chez moi, je crois que j’aurais écrit cette lettre
 quand les poules auront des dents...
La deuxième raison est qu’au café en bas de la rue «Le gratin en folie »,
 je connais bien les patrons Emmanuel et Marie,
 j’ai ma place attitrée juste en dessous de portrait de Rimbaud
 et que ce portrait m’inspire des poèmes et des vers.
Voici l’ode et l’idée qui a germé de suite
 une fois installé devant une bière et quelques chips,
 vers que j’ai recopiés pour toi dans ce petit carnet :
 
Ma dauphine, ma duchesse
J’aime tes yeux caresse
Le bleu te va bien
C'est le bleu de tes yeux des jours heureux
Ma Roseval, tu es ma Rosebud à moi
Pour toi je décrocherai la lune ou mieux une planète
Ma planète, mon astéroide 88705
Le bleu te va bien
C'est le bleu de tes yeux des jours heureux
 
Après cette séance d’écriture qui a été féconde, purée ce que je suis fort,
j’ai pris un café et suis allé faire un tour au parc.
Et là j’ai eu un regain de créativité (je pense que c’est la statue de Verlaine
qui m’a inspiré ou alors c’est le goulash du « gratin en folie »,
 bref je chantonnais toujours la chanson bleue
 
Ma palette de camaieu bleu
Ma pomme d’amour
Ma ratte,
Ma marquise de Pompadour
Qui danse si bien sur Vivaldi 
Réglée comme du papier à musique
Le bleu te va bien
C'est le bleu de tes yeux des jours heureux
Tu me mets sens dessus dessous
Mon aligot
Ma tortilla
Ma poutine
Je caresse ta chair ferme
Je te revois cet été en maillot de bain
Le bleu te va bien
C'est le bleu de tes yeux des jours heureux
Pomme de terre ou pomme des mers,
Ma Charlotte for ever
Je pense à toi, écris-moi vite, ma grenaille
 
.
Ton dévoué H.I Parmentier (Hercule Isidore Parmentier)
Ci joint , une photo de toi que j'ai prise lors de nos dernières vacances !
 

 
 
Envoi de Valentyne, qui,
comme Carnets paresseux , a cumulé
plusieurs consignes pour ce texte
(voir sous le lien)
. 



 

JEU 32 : Tant pis si vous n'y croyez pas

 
 

Si vous trouvez ce carnet – et si vous lisez ces mots, c’est que vous l’avez trouvé – essayez de prêter attention aux trois conseils de la première page.  S’il m’arrive ce qui va probablement arriver (en fait, ça a dû m’arriver puisque maintenant c’est vous qui tenez le carnet), peut-être ce récit sauvera-t-il d’autres lecteurs. Mais je me rends compte que j’adopte un ton un peu mélodramatique. Recommençons plutôt au début.

Je l’ai trouvé là, posé sur la banquette en moleskine rouge bordeaux du café. Mise à part la patronne qui rougonnait près du percolateur en vidant inlassablement ses carafes dans l’évier, il n’y avait personne d’autre que moi. Curieux de tout et sans penser à mal, je l’ai pris et je l’ai ouvert : sur la première page était dessinée une étoile bleue. Les autres pages, que j’ai d’abord cru encrées d’une curieuse palette de teintes indécises, étaient couvertes d’une pagaille de pattes de mouche en folie : gribouillis ou écriture codée ? Évidemment, à partir de là c’était être réglé comme du papier à musique : il fallait que j’en cherche la clef. Je ne pouvais tout de même pas rester là-devant comme une pintade devant un portrait d’Arthur Rimbaud.
Autant l’avouer, c’est vite devenu un peu obsessionnel : je l’ai promené avec moi au parc, au pied des statues indifférentes. Je l’ai compulsé jusque dans ma salle de bain. Renoncer ? Non, même si je commençais à me dire que je trouverais la solution quand les poules auront des dents…
Et puis un beau jour, les pattes de mouche se sont mises à former des signes et j’ai soudain pu lire la première ligne, puis la seconde. J’avais décroché la lune !

La première ligne conseillait ceci :
Si j’étais toi, je ne me lirais pas.
 
La deuxième donnait un second avis :
Si j’étais toi, je ne m’écrirais pas.
 
La troisième ? Elle dit cela :
Si j’étais toi, je ne me dirais pas.
 
Là, je me suis murmuré :
Si j’étais toi… tais-toi.
 
Puis j’ai replongé les yeux sur la page : les signes, d’abord pâte de gribouillis informes, s’alignaient à mesure, s’organisaient devant mes yeux. ils formaient un long fil sans fin apparente, égrenant des histoires de vies sans histoire mais diablement vivantes. Au long de la lecture, des noms s’inscrivaient : Marie, Emmanuel…
Et puis, voulant vérifier un mot lu trop distraitement, je suis revenu une page en arrière ; las, le texte avait disparu, refondu en une pâte grise… alors j’ai pris mon crayon et j’ai commencé à recopier ce que je lisais, ligne à ligne. Pour me faciliter la tâche, j’ai lu à haute voix, comme pour me faire une dictée.
Quelques pages plus loin, je me suis dit que si ces vies inconnues étaient écrites ici, pourquoi ne pas y ajouter la mienne ? Qu’est-ce qu’elle avait de moins ou de plus que les leurs ? Alors, entre les péripéties de leurs petites aventures quotidiennes, j’ai intercalé mes propres faits et gestes.

A force de lire et d’écrire, je me sentais tout léger, euphorique, comme si je m’imprégnais de la vie des vies que je lisais. Et qu’en même temps, ma propre vie glissait vers le carnet, donnant vie aux vies écrites.  Alors, j’ai compris, comme on accepte une évidence longtemps cachée, que les lignes et les signes avalaient ma petite vie sans histoire. Que si je continuais, comme Sasha, Max et les autres avant moi, mon existence se dissoudrait dans l’écriture, qu’au bout du conte l’histoire me digérerait.

Mais comment en avoir le cœur net, sinon en continuant la lecture ? J’écrivais et je lisais encore et toujours. Les noms et les petits événements se succédaient toujours et encore. Comme soulagé de moi-même, plus j’avançais dans le carnet moins la menace m’inquiétait ; tout cela me paraissait banal et anodin : lovées dessous la couverture, les pages ouateuses m’accueillaient mieux que le monde. Pas la peine de jouer la Blanchette devant le loup à attendre l’aube : le carnet était un refuge douillet où je vivrais toujours, à condition – parce qu’il faut toujours qu’il y ait une condition pour tout compromettre, tout gâcher – à condition qu’un autre prenne un jour son tour de lecture.

Ce que je suis devenu, vous devez vous en douter : c’est vous qui avez le carnet, maintenant. Et puisque vous lisez ces lignes, il est clair que vous avez dédaigné les trois conseils, vous aussi.


 

samedi 20 janvier 2018

JEU 32 : Le café littéraire d'Arlette


Pour cet atelier chez Filigrane,
j’ai voulu mettre à l’honneur mes amies de plume,
qui sont à mes cotés depuis un peu plus d’un an,
à qui je dois beaucoup, pour leur soutien, encouragements…
.
Merci infiniment
 
Liens de leur blog en fin d'article



 
Règle du jeu 32 : ICI
 


Chez Arlette
 
Arlette, devant sa glace, essayait de maîtriser ses cheveux relativement rebelles.

-Pff , j’vais être en retard, soupire-t-elle , elle irait bien décrocher la lune pour transformer cette tête ! Elle détestait être en retard, son planning se devait d’être réglé comme du papier à musique.

Glissant la clé dans la serrure, elle se félicita d’être arrivée à l’avance ; éclairant la salle et le petit coin bar, elle se réjouit de la nouvelle déco.

Rose, turquoise, ainsi que des touches argentées faisaient ressortir la chaleur des éléments en bois ; Diverses œuvres de peintres, des portraits d’écrivains, des bougeoirs et appliques, des nappes rajeunissaient le petit café littéraire où elle animait chaque week-end des ateliers d’écriture, l’endroit était devenu convivial.

Elle posa son regard sur un portrait d’Arthur Rimbaud , lorsque la première personne poussa la porte, Souriante, Arlette s’approcha pour la saluer et lui proposer de s’asseoir.

-Soyez la bienvenue, vous désirerez boire quelque chose ou peut-être attendez vous quelqu’un ?.

-J’ai vu votre annonce à la bibliothèque, j’avoue être là par curiosité dit Ghislaine en riant timidement en déposant son manteau sur le dossier de la chaise.

-Je vais me laisser tenter, j’avoue que l’écriture m’attire depuis longtemps, mais de là à écrire un roman, ce sera  Quand les poules auront des dents, je vais prendre un capuccino, merci.

-Ne jamais dire jamais, dit Arlette en préparant le plateau de sa cliente, moi je ne m’imaginais pas oser ouvrir ce petit café littéraire et grâce à mes amies voilà que j’y suis.

Votre déco est très réussie.

C’est mon amie Colette qui m’a conseillé pour les éclairages, Maridan pour les couleurs, Evelyne pour l’agencement du coin atelier et Lilmaya s’est occupée de tout ce qui concerne le graphisme  dans déco. Expliqua Arlette plein d’enthousiasme.

-Vous êtes bien entourée.

-Oui nous sommes un petit cercle de poétesses…à nos heures, on partage une belle passion on se voit chaque Week-end…, vous allez les rencontrer aujourd’hui, j’espère vous ajoutez à mon cercle .

Quelques temps plus tard, Arlette ses amies  et Ghislaine se retrouvèrent autour de la table, La nouvelle venue fut présentée par son hôte, et elles firent connaissance autour d’un café et un plateau de biscuits.

Violette fit une entrée triomphale et surprit ses amies de plume.

-Hé les filles, ne restez pas là, il fait soleil, y'a de la place à notre grande table au parc !.

Cinq minutes plus tard, le groupe d’amies, profitèrent du beau temps dans le parc, entouré de fleurs, statues, arbres et bancs

Arlette profita de l’occasion pour proposer à la nouvelle venue de choisir le thème de l’atelier. Un peu intimidée celle-ci proposa le parc au travers des saisons.

-Très bonne idée affirma Colette, on pourrait faire un recueil et le vendre, tenter l’autoédition, vous en pensez quoi les filles ?

Toutes manifestèrent leur accord, l’équipe se lança dans ce nouveau défi, et c’est dans la gaieté  que chaque plume décrivent la beauté du paysage..
 
 
 
 
Colette: https://colettedc.wordpress.com/
Arlette: http://feecapucine.eklablog.com/
Ghislaine: http://ghislaine53.eklablog.com/
Lilimaya: http://lilimaya.eklablog.com/
Evy (Evelyne) http://plume-de-poete.over-blog.com/
Violette: https://wrviolette.blogspot.be/
Maridan http://maridan.eklablog.com/ et https://wrviolette.blogspot.be/
 
 



mercredi 17 janvier 2018

JEU 32 : Une fabuleuse matinée




Amélie tourna doucement la clé dans la serrure...et s'éloigna sur la pointe des pieds.
Son incursion dans la salle de bains de Collignon s'était passée comme prévu :  demain matin, l'épicier passerait  à coup sûr un mauvais quart d'heure.  Le plan était réglé comme du papier à musique : elle venait de programmer le réveil du goujat à 4 h du matin et elle l'imaginait déjà, les yeux lourds de fatigue et la gueule enfarinée, en train d'étaler consciencieusement sur sa brosse à dents une large dose de crème pour pieds secs...

La pensée de cette petite vengeance, minutieusement élaborée, dessinait un fin sourire sur ses lèvres et lui donnait une allure plus légère pendant qu'elle se dirigeait vers le café où elle exerçait ses talents de serveuse .
On ne pouvait pas laisser sévir ce genre d'individu éternellement. Cela faisait déjà trop longtemps que Collignon prenait un malin plaisir  à persécuter ce pauvre Lucien...De quel droit laisserait-on les gens comme lui continuer à humilier les plus faibles ? Quand auront-ils le dernier mot ? Quand les poules auront des dents...

Elle passa par le parc et aperçut au bord d'une allée une statue qui n'y était pas la veille. Cela la perturba quelque peu jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive que ce n'était qu'un artiste de rue qui venait de s'immobiliser le bras levé.
"Etrange...On dirait qu'il montre la lune. Tiens, cela me donne une idée..." pensa-t-elle. Jamais à court d'idées, Amélie...Et pour celui qui faisait battre son cœur, elle aurait été capable de décrocher l'astre de la nuit...

Elle poussa la porte et lança un joyeux  "bonjour" à la cantonade. Les habitués étaient tous là : l'amoureux de Georgette, assis dans son coin, triturait déjà nerveusement son dictaphone, tandis que l'écrivain raté commandait un double crème en fixant la reproduction à deux sous du portrait d'Arthur Rimbaud...
La journée promettait.
.
La Licorne
.



P-S : Le texte est destiné à ceux qui connaissent bien le film...:-)
 

dimanche 14 janvier 2018

Une étoile tout là-haut

 
 
 
 
 
 
Le sujet :
Vous n’y connaissez rien en Tarot ? Moi non plus.
Alors bonne occasion d’imaginer ce que veut bien vous dire
 cette jeune femme blonde au brushing assez réussi,
agenouillée sous une pluie d’étoiles multicolores et peut-être filantes.

 Elle vous donne dix conseils pour la nouvelle année.
Vos dix bonnes résolutions en quelque sorte.
Peut-être de boire plus d’eau ? (la main droite)
ou de vin rouge ? (la main gauche).
A vous de nous dire tout ça sous forme
de poème à forme fixe ou non.
Il devra commencer par : Si j’étais toi…
 
.
 
Si j'étais toi,
j'éteindrais la télé,
je couperais la radio
et j'irais boire l'air frais
qui dehors coule à flots...
 
Si j'étais toi,
dans la nuit je partirais
regard tourné vers le haut
vers l'infini étoilé
qui nous offre son halo
 
Si j'étais toi,
j'oublierais toutes les conventions
je marcherais le nez en l'air
je retrouverais les sensations
de l'enfant seul dans l'univers
 
Si j'étais toi,
j'enlèverais tous mes vêtements
pour sentir la chaleur du soleil
la fraîcheur de la pluie d'océan
la caresse de ce qui m'émerveille
 
Si j'étais toi,
j'écrirais un mot à tous mes amis
comme ça, juste pour leur dire que je les aime...
Je chercherais à mettre dans ma vie
des couleurs, des surprises et des poèmes
 
Si j'étais toi,
je m'agenouillerais au bord de la rivière
et j'écouterais le bruit de l'eau qui coule
je laisserais là tous mes soucis d'hier
je briserais les brocs, les vases et les moules...
 
Si j'étais toi,
j'oublierais sans regret les bonnes résolutions
qui ne durent  jamais que l'espace d'un instant
et je m'accrocherais à mes rêves d'évasion,
à mes désirs perdus dans le souffle du vent...
.
La Licorne