mercredi 28 avril 2021

Vie défigurée

 
 

Humeur du mois

 

 

J'ai toujours adoré prendre des photos...surtout des photos de nature. Mais j'avais un peu délaissé ce "hobby" depuis deux ou trois ans.  Et puis voilà qu'il y a quelques semaines, poussée par je ne sais quelle "mouche de printemps",  j'ai brusquement éprouvé le besoin de m'y remettre. J'ai donc pris mon appareil en bandoulière...et, au cours de mes promenades et marches quotidiennes, j'ai pris quelques centaines de photos...qu'il a fallu, ensuite, bien entendu, trier.

C'est pendant cette phase de "tri", assez fastidieuse, que je me suis amusée, pour me détendre un peu, avec la "retouche photo"... Partant d'une photo normale, j'ai tenté de pousser les caractéristiques à fond : couleurs hyper-saturées, contraste maximal, luminosité augmentée...etc. 

Pas par nécessité. Plutôt par curiosité...Pour voir ce que ça fait...

Eh bien, ce qui se passe, et vous vous en doutez, c'est que la photo, plutôt sympathique au départ, devient vite "artificielle"...Tout y est exagéré...Le ciel est trop bleu, l'herbe d'un vert criard, et les nuages perdent leur relief initial...

C'est comme ça : croyant améliorer une image , on peut facilement la "défigurer"...si l'on y va "trop fort"...

 


Mais pourquoi est-ce que je vous raconte ça ? Patience, patience...ça vient.

L'autre jour, j'ai aussi ressorti ...du fatras de mon grenier, un vieux dessin...que j'avais gardé "bien roulé", dans un coin, pendant trente ans ... Vous savez, un de ces dessins que l'on vous propose  sur une grande place pleine de touristes...quand vous vous asseyez sur un petit tabouret et qu'un monsieur habile, sous l'oeil attentif des passants, vous "croque" en moins d'un quart d'heure...pour une somme dérisoire.

J'avais 25 ans et des poussières...C'était en été, un soir de vacances ...et avec des amis, pour rire, on s'était arrêté et on avait "tenté l'aventure"...

Mais voilà, moi, j'avais choisi, un peu à la légère, un caricaturiste...

Il m'avait croquée et bien croquée, le coco.  Bouche un peu trop grande, nez retroussé, pommettes rondes, cheveux pas trop disciplinés, frange trop longue...tous mes "charmants" petits défauts y étaient passés...et je m'étais retrouvée avec un dessin digne du "Canard enchaîné" qui avait bien fait rire les copains...

Le travail du caricaturiste, comme vous le savez, est de "forcer le trait"...On prend une caractéristique réelle et on la "pousse" jusqu'à l'extrême...un peu comme quand j'ai transformé mes photos...

Vous commencez à voir où je veux en venir ? Non...toujours pas ? Alors continuons...

En regardant ce dessin, ça m'a paru soudain évident : c'est ça que nous vivons depuis un an. 

Nous vivons une vie dans laquelle tous les curseurs ont été "poussés au maximum"...

Le curseur de la peur, par exemple...

Dans la peur, on a , normalement, tous les degrés : insouciance, prudence, inquiétude, angoisse légère, peur, frayeur, terreur, peur panique...

Mais, si, face à une situation qui nécessite de la "prudence",  on pousse le bouton jusqu'à "grande frayeur", que pensez-vous qu'il se passe ? Est-ce qu'on a encore une "belle" vie, ou est-ce qu'on a une vie "défigurée"..? A votre avis ?

Je pourrais vous détailler encore plein d'autres curseurs, mais je pense que vous les trouverez facilement vous-même...

Ce que je voulais souligner ici, c'est que le fait de "forcer le trait" a aussi, au fond, un avantage : cette vie outrancière,  cette "caricature de vie", qu'on nous fait vivre...depuis des mois...met en relief des aspects, qui, auparavant, pouvaient passer inaperçus...

Tout comme je ne pense pas tous les jours à la taille de ma bouche...ou à la forme de mon nez ... on ne pense pas tous les jours à certains éléments du quotidien, qui sont habituels, et donc ressentis comme naturels et normaux. Ce n'est que par "l'aggravation de la situation", que, soudain, nos yeux s'ouvrent...

Par exemple: nous ne pensons pas tous les jours au fait que nous sommes "enfermés" dans un lieu, une relation ou un travail.  Mais le jour où...on vous oblige à ne plus avoir "que ça"...à ne plus avoir aucune échappatoire...alors la situation nous "saute au visage"...

Si je ne peux  plus sortir de chez moi, je remarque vite tous les inconvénients de cet appartement, de cette maison, de cette ville... Si je dois vivre 24h sur 24 avec mon conjoint ou mon enfant, aïe , aïe, aïe...je me mets à remarquer tout ce qui me "dérange" chez lui...et inversement, si je ne peux plus voir ou rencontrer certaines personnes, je peux me rendre compte de l'importance vitale qu'elles ont pour moi...

Si je ne fais plus que travailler, et qu'on me supprime mes loisirs, il est possible que je réalise, alors, que ce travail-là ne m'épanouit guère...ou même, au bout d'un moment, que la société elle-même a, depuis longtemps, un fonctionnement  inhumain...un fonctionnement qui "m'enferme" et "m'empêche" de vivre...

Bref, à mener une "caricature de vie", on peut arriver à ne plus du tout l'aimer cette vie...qui, tout à coup, est devenue "trop", "trop", "trop"...et dans laquelle nous ne nous reconnaissons plus. On peut se désespérer...on peut tenter d'échapper à la situation par tous les moyens...On peut essayer de se débarrasser de cette vie totalement "défigurée"...

Ou alors, on peut aussi rester là, courageusement, en face d'elle...et en profiter pour bien observer, ce qui, dans cette vie-là, ne nous convient plus... ce dont on s'accommodait jusque-là par habitude ou par paresse...On peut cheminer vers une "prise de conscience"...des lacunes et des défauts de notre "vie d'avant"...


Moi, après ma "caricature", je suis allée me faire couper les cheveux autrement, j'ai changé de coupe...

Et vous, qu'est-ce que vous aurez envie de changer...après ? (*)

.

La Licorne

.



(*) Ou même , pourquoi pas...maintenant ?


lundi 26 avril 2021

Devoir 78 : "Bohême parisienne"


 

78ème devoir du lundi

 

Fontaine de la Concorde - Paris


 

 

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon quartier désertique devenait "idéal"
J’allais seul dans Paris, dans le bleu vespéral...
A la fontaine mythique, rêvant de m'abreuver


Mon unique passe-temps était la promenade
Depuis des mois déjà, je vivais comme un ours
En hiver. Plus d'auberge joyeuse, ni de courses...
Mon logis arborait le charme d'un EHPAD


Et donc je m'en allais, marchant le long des routes,
Avant le couvre-feu...et je sentais les doutes
Ruisseler sur mon front en une fine sueur...


Egaré au milieu d'ombres fantômatiques,
Petit Poucet perdu dans un monde aseptique,
D'une ville plus humaine, je cherchais la lueur...

 

La Licorne 

(d'après Rimbaud )

 

 .

 

 

 

 

 

mercredi 21 avril 2021

Les textes d'avril (Jeu 63)


 

Voilà, ça y est...

la date fatidique du 21 est tombée...

la moisson des textes s'arrête donc là...

et il est temps de vous remercier chaleureusement

pour la qualité et la diversité de vos productions

et de faire un petit "bilan"...


Si vous l'avez manquée, 

la consigne du JEU 63 

se trouve ICI



 

Livre du mois :


Récapitulatif  des productions du mois

(par ordre alphabétique) :




1) "Coeur tendre ?" 

de La Licorne

.

 




2) "Eloïse" 

de Mary Grimoire

..




3) "La grossophobie et autres harcèlements"

de Laura

...

 

 

  

 4)"Poil de carotte"

 de Célestine

....


 

 

5)"Poil de carotte et le bouquet magique"

de Jacou

 .....

 

 

Si ce n'est pas encore fait,

allez donc voir comment chaque participante

 a "cuisiné" la carotte "à sa sauce"... :-)

et si vous trouvez le texte "au poil"...

 n'oubliez pas de lui laisser un petit commentaire...

ça fait toujours plaisir !

.

 


 

 

mardi 20 avril 2021

La vie du facteur Cheval


 

Atelier d'écriture de Villejean

Thème :  Le vocabulaire postal

 

 

 Photo personnelle


 

 

    S'il est un facteur cher à mon coeur,  c'est bien le facteur Cheval

Ce facteur-là, il faut le dire, fut un postier assez spécial. Toujours sur les routes, puisqu'il effectuait sa tournée à pied...il transporta dans sa vie autant de cailloux que de courrier et sans doute même un peu plus. Jésus, Marie, Joseph ! Il fut le piéton le plus obstiné de toute l'histoire de la Poste, toujours à courir la campagne afin de trouver de nouvelles pierres pour son futur "palais"...Il usa ses bottes sur les chemins, tout autant que les pneus de sa brouette, qui, en général, ne faisaient pas long feu.

Il s'en était fallu d'un cheveu qu'il ne soit jamais facteur...car au départ, il était boulanger...près de Lyon. Mais lui et sa boulangère, poussés par la misère, durent changer de métier, déménager et  finalement poser leurs valises dans le village d'Hauterives. Il fut alors chargé de la "tournée de Tersanne", une tournée au rayon de distribution très large...une tournée pédestre de près de 30 kilomètres, qu'il effectuera quotidiennement et consciencieusement...jusqu'à sa retraite.

Dès lors, il transporta chaque jour dépêches, almanachs, bafouilles et liasses de lettres en tous genres...et à peine en était-il "allégé", qu'il passait à son deuxième métier, celui qui lui tenait vraiment à coeur : "constructeur de rêve". 

Pendant 33 ans, il collecta donc sans relâche, pendant ses "voyages" de facteur,  des tonnes et des tonnes de pierres, choisissant avec soin les plus étranges , les plus tarasbicotées...des pierres bizarres avec des creux, des bosses ou des dentelures... pour les assembler selon une esthétique qui n'appartenait qu'à lui ...une esthétique étrange et un brin "surréaliste", qui suscita d'abord les moqueries, avant de susciter l'admiration...

Il en connut des doubles et des triples journées, des déjeuners sur le pouce , avec juste un bout de pain et un camembert...des "coups de collier" et des "coups de feu" quand l'orage menaçait..et qu'il fallait faire vite...Il connut la fatigue extrême, les points de "côté", les mains rouges... et les soirs où après être descendu au chantier, on remonte à la maison, chargé comme une mule, parce que l'on a peur de se faire voler un "bloc de pierre" particulièrement intéressant.

Il en connut des peines et des difficultés, oui, mais en bout de ligne, il arriva à son but : un jour, son "Palais idéal" fut terminé...et ce jour-là, il s'assit et se sentit fier de ce qu'il avait réalisé.

Ferdinand Cheval, le petit facteur d'Hauterives, le maçon ambulant, l'architecte autodidacte, avait, grâce à sa tenacité hors norme, construit le Palais le plus original et le plus intrigant de toute l'Histoire...et, enfin sédentaire, il pouvait maintenant, en toute tranquillité, s'y reposer comme un "pacha"...! (*)

 

La Licorne


(*) Ce qu'il ne fit pas, bien entendu...car, poussé par sa passion, il se consacra très vite à d'autres constructions...

 

 

30 mots ont été utilisés parmi ceux qui étaient proposés :


Ach  - Allégé  - Almanach  - Ambulant  - Arête de poisson  - Babillarde,  - Bafouille  - Bidou  - Bitume  - Blanchir une batterie  - Bloc  - Boite à cocus  - Bombe (partir en)  - Botte  - Boulangère  - Boulisterie  - Bout de ligne  - Brêmard  - Brigades  - Burelage  - Cabine  - Cage à poules  - Califs  - Camenbert  - Char - Cheval  - Chevalet  - Cheveu  - Cocotte  - Collier et étiquette  - Combine  - Contrerembour  - Côté  - Coupage-piquage  - Coup de collier  - Coup de feu  - Courir la poste  - Culotte  - Dentelure  - Dépêches  - Dépêche close ou directe  - Dépiautage  - Descente  - Distri  - Double toile  - Ecluser  - Embrigadé  - Entier postal  - Etre au pair  - Etre descendu  - Faire gare  - Fausse  - Feuille 12  - Filante  - Gogneuse  - Haut le pied  - Jésus  - Lanterneau  - Liasse  - Libourne  - Maximaphilie  - Mignonnette  - Mondaine  - Mougeotte  - Mule  - Nénette  - Odontomètre  - Ordre de service  - Pacha  - Passe  - Peau de lapin  - Petit bleu  - Philatélie  - Piéton  - Pneu  - Pochée  - Ponton  - Postier  - Poulain  - Pyjama  - Rayon de distribution  - Rebuts  - Rembour  - Remonte  - Restes  - Rouge  - Route  - Sauterelle  - Sédentaire  - Surnuméraire  - Tilbury  - Timbre à date  - Tirer la toile  - Trempolino  - Trousse-couilles  - Tubiste  - Tuer le courrier  - Valise  - Voyage  - Zinc . 

 

 

   
 
 
 
 
 
 

lundi 19 avril 2021

Devoir 77 : "Elle attend..."

 

 

77ème devoir du lundi 

 

 


 
 

C'est dur d'avoir quinze ans.

Quinze ans 

Et l'âme-volcan

Quinze ans 

Et des rêves-océan

C'est dur d'avoir quinze ans

Au printemps.

 

Elle attend, elle attend

Elle attend Gaëtan

Gaëtan si ponctuel, avant...

Elle attend, elle attend

Elle attend depuis longtemps

Il ne viendra pas, elle le sent

Le pressent...

 

D'un geste hésitant

Elle sort un mouchoir blanc

Tant de larmes, de sentiments

Qui restent bloqués au-dedans...

Pleurer ? Non...

Pas devant les gens...

Pas ici, pas maintenant


Elle attend, elle attend...
 
Le coeur gémissant...

L'espoir bringuebalant

Elle attend, elle attend

Son  chevalier charmant
 
Au sourire désarmant 
 
Son premier "prince amant"

 
  
 
Elle l'attend, elle l'attend
 
Ardemment
 
Eperdument

Démesurément

Obstinément

Impudemment

 Imprudemment

 

Car ce n'est pas prudent

En plein conflit violent

D'aimer un protestant

Et pourtant, et pourtant

A Belfast, au printemps

Le jour de ses quinze ans

Elle l'attend.... 

.


La Licorne

.

 

 

 

 
 
 
 ....
 
 

 

 


 

 

dimanche 18 avril 2021

JEU 63 : "Poil de Carotte" - Célestine

 

 

 

Photo de Benoît Courti


 
 
Pour l'atelier de la Licorne
Et pour celui du Goût.
 .
 
 
 
 
 
Je veux de l’inutile, du majestueux, je veux des bustes en marbre 
sur des façades lépreuses, je veux des rues où l’on s’égare, 
un labyrinthe, un dédale, les chansons hurlées de mon quartier 
et les bars grands ouverts, je veux des dieux à triple visage
 et des allégories aux carrefours, 
je veux de l’inexplicable, de la légende et des dragons,
de vastes jardins et des gerbes d’étoiles, je veux Palerme...


Edmonde Charles-Roux
Oublier Palerme
 
 
 
 



 
 
Voilà la fougue. Voilà cette force vitale qui explose en soi. C'est Palerme.
Au fond de mes yeux d'enfant marchant pieds nus sur les galets de Nice, précoce, inconsciemment, je vivais déjà en moi les tiraillements entre deux fougues. L'Italienne et l'Irlandaise. Mes jambes traçaient des ponts imaginaires de la Toscane à l'Ulster, de Sophia Loren à Maureen O'Hara.

Dans mon sang, indissociables, coulent la lave rouge du Vésuve et et le sang noir du Connemara. Les indignations, les révoltes, les enthousiasmes de ces peuples fiers.
Je suis née brune à l'extérieur, mais résolument rousse inside. Avec seulement quelques éphélides sur le bout du nez. Ceux qui me connaissent bien savent mon goût pour ces landes vertes et ces falaises luttant contre la mer, et combien le soleil toscan, piqueté de cyprès, m'a éblouie l'an dernier. Bref, mes marraines les fées ont dû consommer de la substance hallucinogène, ou en tout cas illicite, juste avant de se pencher sur mon berceau, pour m'avoir ainsi dotée de ce  double tempérament, héritage lointain d'aïeules pas toujours commodes, sans doute. Un cadeau longtemps lourd à porter. Maintenant, j'en ris.

Il y a quelques années, je me suis essayée à la couleur rousse. Mon coiffeur a fait flamber ma crinière à tout vent, allumant des flammèches mystérieuses dans mon sillage. Ça m'a plu. J'ai décidé que j'avais été brune assez longtemps.
Une manche dans chaque camp, me suis-je dit. Si les brunes ne comptent pas pour des prunes, que dire des rousses ? Je veux dire, d'intelligent.
Je vous avais raconté comment, un jour de mauvaise lune, je m'étais fait traiter par un malotru, un minable crapaud de basse fosse juché sur une trottinette électrique,  de « sale rousse ». Ce fut ma première ostracisation pour cause de couleur de cheveu.  Ça vous marque une Célestine. 
Ce jour-là, j'ai ressenti l'espace d'une instant la détresse du petit François devant la méchanceté de la mère Lepic. L'espace d'un instant seulement, car si d'aventure vous (re)lisez cette mésaventure, vous verrez que je ne me suis pas laissée abattre par ce trait de fiel. Et que j'ai relevé la tête, telle la reine de Saba quand elle sort faire ses courses.

Pourquoi je vous raconte tout ça, moi ? Ah oui, parce que je suis là, dans ce café, à essayer de faire partir la tache de jus d'orange que le serveur a renversé sur ma jupe, subjugué sans doute par ma flamboyance capillaire inopinée. Alentour, comme souvent, du gris, du blond, du brun, du blanc.
L'autre rousse qui me sourit, là-bas,  c'est seulement mon reflet dans la glace. 
Je lui rends son sourire. Et je comprends soudain pourquoi je me sens si bien depuis que j'ai changé de vie.
Je n'ai plus de colère en moi. Cette colère noire et blanche qui m'a tenaillée si longtemps, a disparu, Comme un grand oiseau gris qui plonge dans l'écume. 
Le feu a eu raison de mes noirceurs de plume.
Voilà que j'alexandrise, moi... Je n'ai pourtant bu que du jus d'orange. Ah te voilà, mon amour.
Ça faisait si longtemps que l'on n'avait pas bu un verre dans un bar.
 
 
 
 
 
 





vendredi 16 avril 2021

Paul et Pauline

 

Les Plumes chez Emilie

(+ Agenda ironique d'avril (2) ) 

 .

 


Et nous crevons par la blague, par l'ignorance, par l'outrecuidance,

par le mépris de la grandeur, par l'amour de la banalité, 

et le bavardage imbécile.

.

Gustave Flaubert
.

 

 


Edward Hopper, chop suey

 

 

20 février 2020 - Restaurant du quartier


- Alors, ça y est...c'est sûr, vous vous séparez, Paul et toi ?

- Oui, c'est décidé...on ne peut pas rester indéfiniment comme ça, au milieu du gué...il y a un moment où il faut prendre une décision. Oh, on ne divorce pas, tu sais...Pas encore...Mais on va vivre chacun de notre côté...j'ai trouvé un petit appartement.

- C'est drôle, je vous voyais vivre ensemble jusqu'à la fin de vos jours...moi. Je n'ai jamais pensé que tu faisais partie des femmes "mal accompagnées". Vous aviez l'air de filer le parfait amour et puis Paul est si charmant, il a toujours le sourire, toujours une blague à raconter...

- Oui, c'est vrai, il est charmant...à l'extérieur. Mais avec moi, c'est différent. C'est comme si une distance s'était installée peu à peu entre nous. On ne discutait plus...on ne se disait plus rien d'intéressant. La routine, le quotidien...et c'est tout. Et puis je ne supportais plus son air de "cause toujours, tu m'intéresses..." qu'il prenait quand j'essayais de lui confier quelque chose qui me tenait à coeur. Il écoutait poliment, mais je sentais qu'il n'avait qu'une envie : que j'aie fini et qu'il puisse retourner à son match de foot et à ses copains.

-  Bon, vous n'avez pas d'enfant, c'est une chance...C'est toujours douloureux les problèmes de garde, dans ces cas-là...Qu'allez-vous faire d'Ornythorynque ?

- Oh...C'est un chat très indépendant, tu sais...On ne va pas le partager en deux...il n'aimerait pas ! Il va rester avec Paul, je pense...il a ses habitudes ici, il est attaché à la maison, encore plus qu'à moi. Et il a une petite "amie" qui habite la maison près de la rivière... tu sais, la grande maison avec une barrière bleue... C'est une belle chatte blanche, racée. Je les ai surpris en train de batifoler, l'autre jour, entre deux grosses canalisations. On les entendait jusqu'à l'autre bout du quartier...Ces deux-là, on dirait, sont en pleine...lune de miel. "Chat-virée, chat-l'heureux", comme dit son maître, quand il veut faire rire ses amis...

- Et ton travail ?

- Je vais le garder, jusqu'à nouvel ordre. Je préférerais rester de ce côté-ci de la frontière, mais si je me retrouve seule, je dois avoir un salaire correct et ce boulot de comptable dans l'état voisin est vraiment bien payé. 

- Et Paul ?

- Paul, il restera agent de maîtrise dans notre ville. Il se plaît dans ce travail...Enfin, c'est ce qu'il dit. Il a toujours cloisonné travail et vie conjugale, tu sais...Je ne connais aucun de ses collègues...C'est incroyable, d'ailleurs, quand j'y pense...au bout de huit ans de vie commune !

- Et moi ???  

- Mais, toi,  je continue à te voir comme avant , voyons...Je n'ai pas l'intention de rompre les liens avec les amis. Tu es mon "ancre" dans cette vie, Pauline. Depuis quand se connaît-on ? Depuis vingt ans, non ? J'ai toujours tout partagé avec toi...les joies, les projets, les tracas...Comment peux-tu penser que je vais t'abandonner ?

- Je ne sais pas...Les gens sont si imprévisibles, en ce moment. On croit les connaître, et puis, d'un jour à l'autre...tout change. Tu as choisi ton plat ? Qu'est-ce que tu prends finalement ?

-  Un chop suey ...comme d'habitude...:-)

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La Licorne

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Défi "Les plumes" : 

Les mots à insérer étaient  ACCOMPAGNER, DIVORCER, CLOISONNER, MAÎTRISE, MILIEU, ENFANT, OUBLI, RIVIERE, CANALISATION, BARRIERE, DISTANCE, LIENS, ROMPRE, SOURIRE, PARTAGER, ORNITHORYNQUE, FRONTIERE, FILER, FEMME...

Il s’agissait donc d’écrire un texte incluant ces 19 mots  et on pouvait en laisser un de côté.  

J'ai laissé de côté le mot "oubli"...(parce qu'il était du genre à se laisser "oublier"... ;-)


Agenda ironique d'avril : 

Sur le thème de la "conversation", il fallait s'inspirer d'un des tableaux proposés et placer la phrase :  "Cause toujours, tu m"intéresses", un ou deux jeux de mots...et une citation.

 

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Le premier texte écrit pour l'Agenda ironique d'avril (à partir d'un autre tableau) se trouve ICI...


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Une journée réussie



 

    Une journée réussie, c'est une alchimie particulière, une histoire de symbiose entre vous et l'environnement...un mélange inexplicable d'éléments divers...d'ombre et de lumière.

    Une journée réussie , c'est la couleur particulière du ciel le matin à l'aube, l'extase d'un soleil doux sur la peau ou c'est le rythme de la pluie sur le pare-brise...en phase avec votre mélancolie.

    Une journée réussie, c'est parfois une journée qui "coule" sans anicroche, une complicité d'esprit avec vos proches et une joie en sourdine, comme un bonheur gratuit.

    Et c'est parfois  une journée qui vous surprend ou qui vous bouscule, mais avec l'impression que c'est le bon moment pour être surpris ou bousculé...

    Une journée réussie, finalement, ce n'est pas forcément le temps qu'il fait, ni ce qu'on vous fait...mais le fait d'être au diapason de la nature et de son coeur...

    Une journée réussie, c'est l'accord parfait entre l'intérieur et l'extérieur. 


La Licorne





Sur le thème :  " Symbiose ", 
il fallait placer les 10 mots suivants :


Inexplicable, Rythme, Pluie, Couleur, Esprit, 
Phase, Couler, Extase, Alchimie, Histoire...




 

jeudi 15 avril 2021

JEU 63 : "La grossophobie et autres harcèlements" - Laura

 

Consigne ICI 

 

Photo Benoît Courti

 

 
Cannelle se souvient de la lecture de "Poil de carotte" à l'enfance, période heureuse à côté de laquelle, la vie du héros de Jules Renard lui avait paru encore plus terrible. Sa vie se partageait simplement entre l'école et le reste; le reste étant deux paysages: celui de sa maison de ville où elle adorait faire ses devoirs, regarder la télé et lire et leur maison de campagne où elle n'aimait pas aller et où elle enlevait les pétales des pâquerettes: je t'aime un peu, beaucoup...

Le vernis du bonheur s'est un peu écaillé lorsqu'elle fut appelée dans le bureau du directeur de l'école avec sa mère et sa meilleure amie qui avait écrit une lettre qu'elle avait caché sous son oreiller que sa mère avait trouvé; elle était choqué et nous fûmes punis et séparée. Elle n'a jamais compris et lorsqu'elle a pu éclaircir cette histoire, elle ne l'a pas fait parce qu'elle n'en avait plus besoin.

Il se passa d'une manière ou d'une autre, il se passa la même chose avec toutes ses futures meilleures amies. Alors que la première était trop vieille, l'autre était sale et la dernière moche.

Son enfance se limitait donc la plupart du temps entre maman, papa et grand-mère. Elle demandait souvent à la première: "Dis tu m'aimes, maman, tu m'aimes dis, maman.? "comme elle enlevait encore les pétales des pâquerettes. Elle passait beaucoup de temps avec sa grand-mère qui vivait dans la même maison qu'elle.

Elle resta longtemps une enfant physiquement grande mais sans beaucoup de formes et mit du temps à pousser, même si un événement l'avait grandi moralement brusquement. Quand elle eut (enfin) de la poitrine, ses parents se mirent alors à la traiter de grosse alors qu'elle mettait les vêtements de sa mère qui était mince depuis sa naissance et que son père portait bien le costume mais était assez fort. Elle qui avait toujours été timide, devint encore plus ombrageuse et c'est cette attitude qu'il lui valut de passer devant un tribunal de filles harceleuses.

Un jour, elle se révolta contre tout ça.

Quelques vingt ans, plus tard, à la suite d'un hiver déprimant et maladif, elle prit beaucoup de poids, devint la grosse que sa mère voyait déjà depuis longtemps puis obèse sans avoir autant de poids que certaines vedettes revendiquent. Mais elle eut à subir la grossophobie alors que son mari l'aimait comme elle était. Ce fut son médecin traitant qu'il lui disait qu'elle grignotait alors que ce n'était pas ça le problème. Un kiné qui employa le mot "viande" pour son corps. Et les regards qui s'arrêtaient sur la grosse mémère  ou glissaient sur elle.

Depuis, elle a perdu quarante kilos (et son mari) et sa mère en doute encore.

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Laura

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mercredi 14 avril 2021

"Ce jour-là"

 

 

Dernièrement,

 Joe Krapov nous a demandé 

de "jouer aux osselets"

avec ces mots-là 

(extraits d'une chanson) :


20 - À - à - à - à - à - abrogées - Ah - Ah - Ah - Ah - amis - amis - amis - amour- Antoine - Apollinaire - Apporte - arbres - Arc-en-ciel - atmosphère - au - au - aussi - aux - aux - avait - avait - avait - avait - avait - avait - avait - avait - avait - avait - avec - Avec - barrières - beau - beau - beau - beau - beau - beau - beaux - beaux - bon - bougies - brune - ça - ça - ça - campagne - caniveaux - carreaux - casse - ce - ce - ce - ce - ce - cela - Ces - c'est - c'est - c'est - c'est - c'est - c'est - c'est - c'est - c'est - C'est - c'est - chambre - Charles - charme - châteaux - chaud - chaud - ciel - cinéma - comprendre - coteaux - coteaux - côtelettes - Cros - croûte - d'agneau - dans - dans - dans - dans - d'assaut - de - de - De - de - de - de - de - déjà - des - Des - des - des - des - des - des - Des - des - des - des - des - Des - Des - des - des - Des - d'extase - Dieu - D'importants - douane - doute, - du - du - du - dure - en - encore - est - est - Et - Et - et - Et - Et - Et - et - et - Et - être - faite - fini - fit - fou - fraises - Fut - gendarmes - gentille - gouttes - gravés - gros - haut - héros - Il - Il - Il - Il - Il - Il - Il - Il - Il - Il - instants - J'ai - jamais - jamais - jamais - J'aperçois - j'avais - Je - je - je - je - Je - J'étais - joie - jour-là - jour-là - jour-là - la - la - la - la - la - la - la - la - là-bas - l'aise - l'ami - l'amour - l'amour - l'auto - l'auto - le - le - le - les - les - les - logis - l'on - l'on - Louis - lune - lune - ma - ma - ma - ma - ma - mâche - Mais - Mais - Mais - marbres - me - même - merci - moi - moi - moi - Moi - montagne - mots - ne - ne - ne - novembre - nuit - oiseaux - oiseaux - orages - Où - Où - oublier - oublier - oui-da - Par-dessus - Par-dessus - Par-dessus - parfois - Parfois - pas - passait - petite - peut-être - phrase - phrases - pleuraient - pluie - pluie -  poésie - pompe - pompe - pompes - pot - poule - pourrai - pourrais - Poursuivant - prenait - pressé - projette - Quand - Quand - que - Que - que - que - qui - Qui - qui - qui - qui - qui - Qui - qui - qui - qu'un - rêve - rigolos - Rimbaud - route - route - route - s'achèvent - saint - service - soir - sont - Sortant - soudain - suis - Sur - Sur - Sur - taureaux - tête - Thérèse - Thérèse - t'invite - toit - toit - tombeaux - ton - tout - Tout - train - travers - trop - un - Un - un - Une - une - une - Une - une - une - Une - Une - Une - vache - vaches - vas-tu - veaux - vécus - venez - venir - vie - vient - vieux - vieux - vin - vin - voiture - voiture - vrai - XIII - y - y - y - y - y - y - y - y - y - y -

 

Seules les deux premières phrases 

devaient être construites avec les mots donnés...

mais comme j'aime bien les contraintes "fortes", 

j'ai un peu compliqué l'affaire

et j'ai écrit un texte en utilisant exclusivement 

(ou presque)

 les mots  de la chanson...

Voilà ce que ça donne... 

 .



 

Ce jour-là

Il y avait des orages

Les gouttes pleuraient sur les carreaux...

Une atmosphère de tombeaux...

Je me casse avec l'auto...

 

Oublier ma vie, 

Tout ce cinéma, 

Qui me pompe...

Qui me pompe...


Sur la route, il y avait des arbres :

ah...c'est haut...!

Par-dessus, il y avait des oiseaux :

que c'est beau !

Dans la campagne,

Des vaches poursuivant des taureaux :

...ça, c'est chaud !

Un arc-en-ciel par-dessus le toit : 

La joie...

 


 

Le soir, le charme de la lune...

Une nuit d'extase...

La montagne, les coteaux...

Dans ma chambre d'hôtel, 

J'aperçois

Une petite phrase 

De Rimbaud

C'est beau, c'est beau...

 


   

Antoine qui t'invite...

A son logis. 

Merci !

Le château, les bougies...

L'ami Louis et son vieux vin

La poule au pot...

Les rires et les amis rigolos

Instants vécus

Comme un cadeau. 

 

 

Ce jour-là, il y avait tout...

Le doute et le rêve

Ce jour-là, il y avait tout

C'est fou !

.

 

La Licorne

 

 


.

Mots "ajoutés" : 

"hôtel", "rires", "comme", "cadeau"...

et quelques articles...ou petits mots...

.

Toute ressemblance avec la chanson de départ 

serait fortuite...

car je ne la connais pas !

.

Et ne me dites pas que je n'ai pas respecté 

les contraintes sanitaires 

(10km, repas entre amis...etc) :

en  imagination, 

c'est ça qui est bien, 

tout est permis !

.

:-)

.


 

mardi 13 avril 2021

JEU 63 : "Poil de Carotte et le bouquet magique" - Jacou

  

 Consigne ICI 

 

 Photo Benoît Courti

 

 

  • Le joli bouquet, Mathilde, dit maman. Merci ma chérie.
  • Mais c’est pour le mariage.
  • Le mariage ? Quel mariage ?
  • Le mariage avec Poil de Carotte.
  • Poil de Carotte ! Ce bon à rien. Je t’interdis, tu m’entends, je t’interdis!
  • Oui, maman, boude Mathilde.

Une pour que Félix nous laisse tranquilles.

Deux pour que Ernestine arrête de rapporter à sa mère ce que Poil de Carotte et moi, on fait ensemble.

Trois, pour que sa mère ne le batte plus. Ah, non, il faut dire « ne le corrige » plus.

Quatre, pour qu’il me dise son secret, là où est enfermé son trésor.

Cinq, quand je saurais, je sais pas si j’aurais encore envie de me marier avec lui.

Six, et si c’était pas vrai, le trésor ? Maman dit tout le temps que c’est un menteur.

Sept, et si c’était vrai,  le trésor, et qu’il l’aurait volé. Maman dit que c’est un voleur.

Huit, bon il me reste plus de pâquerettes. Faut plus que je pense à lui. Il m’attire que des ennuis.

  • Bonjour Mathilde.
  • Va-t-en, je veux plus te voir. Ma mère m’a battue, heu…corrigée, quand elle a su ce qu’on faisait ensemble.
  • Tu veux plus que je te dise le mot de passe pour mon trésor?

Mathilde lui tend le bouquet: « Dis vite, alors! »

  • C’est Lustucru.

 

Jacou

 

 

 

lundi 12 avril 2021

Devoir 76 : A l'île Saint-Louis...et ailleurs...

 

76ème devoir du lundi

Consigne ICI 

 


Je ne connais pas l'île Saint-Louis...

Oh, j'ai bien dû y passer une fois ou deux...après une visite à Notre-Dame...Mais je n'en ai pas vraiment de souvenirs...

Non, je ne connais pas cette île sur la Seine, ce village en plein Paris , ce petit coin de paradis... 

Je ne connais pas ce quartier paisible dans lequel vivait ce cher Georges. Pas le "grand" Georges du 14ème...non...l'autre, vous savez, celui qui portait barbiche blanche et qui, d'une voix douce, parlait de Liberté...

Je ne connais pas les Ludoviciens, qui, paraît-il, comptaient parmi les plus sympathiques et les plus conviviaux des parisiens...avant d'être envahis par les riches acheteurs étrangers.

Je ne connais pas non plus l'hôtel dans lequel passa l'auteur des Fleurs du Mal...mais je le connais, lui,  et c'est déjà pas mal...

Non, je ne connais pas bien Paris...parce que moi, ma vie, elle se passe très loin de la capitale, au milieu des forêts, des montagnes et des chamois... là où les hivers ne sont pas des "cartes postales"... là où Monsieur Haussmann n'a jamais mis les pieds... là où, pour passer de la rive droite à la rive gauche, on saute un ruisselet...

Je ne connais pas ces petites ou grandes rues... et subséquemment, je ne peux pas vous raconter ce qui, là-bas, m'a émue...ou touchée.

Mais je peux vous dire ce qui me touche, chaque jour que Dieu fait ...

Ce qui me touche et qui me "remue l'âme"...C'est un rayon de soleil qui joue sur le mur de ma cuisine ; c'est une fleurette qui pousse au pied du mur, là où je ne l'avais pas plantée ; c'est un petit oiseau inconnu qui se pose sur le rebord de ma fenêtre...ou un arbre printanier qui jette ses branches dans le bleu du ciel...

Que des choses gratuites, des choses "pas commerciales"...comme dirait Alain.

Et ça, je crois que nous sommes nombreux et nombreuses à nous en émouvoir... à l'île Saint Louis...ou ailleurs.

Parce que la vie, finalement, elle est partout. Et partout, elle est faite de choses simples. De choses naturelles...et éternelles.

Comme nous.


La Licorne

 

 


 
 
Hors-sujet , mais "Baudelairien", 
un petit poème qui m'est venu ce matin :
 
 

"L'Alb' atroce"

 

Souvent pour s'amuser, les enfants de la classe 
Prenaient le plus chétif, qui se nommait Albert
Et avec l'assistance d'une poignée de comparses 
Le couvraient, insolents, d'acides commentaires
 
A peine venait-il de quitter son dimanche
Que ces rois de l'école, arrogants et matheux
Entreprenaient, sournois, des attaques peu franches
Visant à le blesser, à le rendre miteux 

Du gars aux cheveux longs, ils n'aiment pas la gueule
Un poète de treize ans, oh... c'est comique, pas vrai ?
L'un l'agace avec art et lui déchire ses feuilles
L'autre lui vole, en riant, ses vers et ses cahiers

Tout poète est semblable à un prince des nuées
Tombé sur le sol fade de la médiocrité...
Exilé sur la Terre, au milieu des huées
Il doit se battre sans fin...juste pour exister...
 
.
 
La Licorne
 
.
 
 

Portrait de Baudelaire (1821-1867)  par Courbet





samedi 10 avril 2021

JEU 63 : "Eloïse" - Mary Grimoire

 

 Consigne ICI 

 


  Photo Benoît Courti
 


Eloïse



Dissimulée dans l’ombre de l’entrée, elle attendait sans un bruit. Le silence ne l’effrayait pas, au contraire, elle l’appréciait particulièrement. Loin du tumulte qui régnait habituellement à la maison. Loin de ses deux frères qui chahutaient bruyamment, de sa mère qui haussait le ton pour tenter de les calmer tout en s’occupant de la petite dernière, Cécile, née à la sortie de l’hiver. Loin des corvées qu’elle accomplissait chaque jour… Son père travaillait au fond des mines, elle le voyait peu. C’était un homme fort et doux qui aimait sa famille, elle l’aimait beaucoup et aujourd’hui était un jour spécial.
Aujourd’hui c’était son anniversaire. 
Elle voulait être la première à le lui souhaiter.
 
Alors elle s’était levée avant même le chant du coq, avant l’aube.
Discrètement, elle s’était glissée hors de la maison. Elle savait se déplacer de son lit de paille jusqu’à la lourde porte en bois, synonyme de liberté, sans éveiller le moindre soupçon…seul le vieux chat de la maison venait se frotter à ses jambes frêles.
Poil de Carotte avait un pelage tout roux, sauf une petite tache blanche autour de son œil droit. Il la suivait partout, comme un ange gardien. Peut-être parce que comme elle, il aimait s’échapper dans les champs ou les bois alentours, avide de grand air. Sans peur, elle avait rejoint l’orée du bois pour y cueillir quelques pâquerettes à la lumière de la petite lanterne qui trônait habituellement près du poêle. Elle connaissait par cœur le moindre recoin de cette campagne qui entourait la petite ville où vivaient tous les mineurs qui travaillaient pour M. Alfred.

Souvent, elle profitait de la quiétude avant l’aurore pour vagabonder dans les champs ou les bois sans que personne ne le sache…sauf son père qui comprenait son besoin de se sentir libre et son envie de s’enfuir dans la nature. Sa mère, si elle avait su, l’aurait grondée tant les bois et la nuit l’effrayaient. Oh, elle avait bon cœur malgré sa voix forte et son caractère colérique, mais jamais elle ne supporterait qu’il n’arrive le moindre malheur à l’un de ses petiots.

Dissimulée dans l’ombre de l’entrée, alors que le soleil commençait à pointer son nez à l’horizon, Poil de Carotte allongé à ses pieds, elle attendait patiemment que son père arrive. Il n’allait pas tarder. Son tour de nuit s’achevait dès que le premier rayon de soleil touchait le toit de la première maisonnette du quartier. Elle avait l’œil, la petite ! Depuis un mois, son père avait dû remplacer l’oncle Gaston : la jambe de ce dernier avait été prise sous un bloc de roche lors d’un éboulement à l’intérieur d’un boyau étroit. Il avait fallu trois bonnes heures pour réussir à le sortir de la mine. Du coup, le père d’Eloïse, c’était son nom à la petiote, travaillait double pour que la famille de son frère ne soit pas sans ressources. Son frère le lui revaudrait si un accident venait à lui arriver à lui aussi…Ils avaient toujours été soudés, les deux jumeaux Berbot.

Ereinté par des heures de travail à respirer la noirceur de la mine, il rentrait au lever du soleil, et repartait en début d’après-midi. Heureusement qu’il était de consistance solide tant physiquement que moralement. 
Eloïse voulait lui offrir un peu de réconfort avant qu’il ne s’allonge pour quelques heures de sommeil bien méritées.

Dissimulée dans l’ombre de l’entrée, elle entendit ses pas et ceux des autres mineurs qui résonnaient contre les murs gris de la rue. Un rayon de soleil vint se poser sur ses mains et les délicates pâquerettes. Elle leva les yeux. Il était là, devant elle avec son sourire, celui qu’elle aimait tant. Sans mot dire, elle lui tendit son bouquet timidement, les yeux brillants de tendresse. Son père la prit alors dans ses bras et l’embrassa sur sa joue toute fraîche. Puis ils rentrèrent, heureux de cet instant éphémère si intense dans leurs cœurs. 
La maisonnée s’éveillait, les petits frères d’Eloïse se chamaillaient déjà pour avoir le privilège de sauter dans les bras de leur père en premier, on entendait les pleurs de Cécile qui réclamait le sein. Le tumulte habituel reprenait petit à petit ses droits…La mère de famille avait préparé un délicieux gâteau au miel pour l’occasion, c’était le préféré de l’homme qu’elle chérissait. Tous s’attablèrent, les rires firent vite place aux cris. Puis le père d’Eloïse rejoignit la chambre et s’endormit, épuisé. La petite reprit ses corvées, la mère tentaient de calmer les jumeaux pour qu’ils ne réveillent pas leur père tout en préparant le linge à mener à la fontaine pour ce jour de lessive.

Eloïse rêvait déjà de sa prochaine escapade dans les champs…







jeudi 8 avril 2021

La rencontre


Pour L'Agenda ironique d'Avril

chez "Des arts et des mots"


 

- Bonjour Monsieur Courbet !

- Bonjour Monsieur Bruyas ! 

Quelle joie de vous rencontrer 

dans ce paysage-là !

- Vous êtes venu de Paris à pied ?

- Pensez-vous ! Je suis venu en diligence...

en diligence...et avec diligence...:-)

- Mais pourquoi ce bâton ?

- Eh bien, pour l'allure, voyons !

La barbiche fière et le bâton long, 

Voilà ce qui signe une ambition...

Pour le reste, je n'ai guère de ressources ni d'argent...

Je ne suis, malheureusement, 

qu'un petit bourgeois d'Ornans...

- Je pense être l'homme qu'il vous faut, sur ce plan...

Je voulais vous proposer mon aide, justement...

Votre art me plaît et je souhaite l'encourager...

Si vous l'acceptez, nous pourrions, moi et mes proches de Montpellier, 

Assez régulièrement et assez largement, vous payer !

- Je vous en saurais gré...

J'ai en ce moment, de grands projets...

Et je crois que l'on retiendra bientôt le nom de Courbet...

Ne pensez pas, cependant, que mon nom me décrive...

On me pense courbé, ou amateur de courbettes...Or, non !

Rien n'est plus faux : à tout abaissement ma conscience est rétive

Je suis, la plupart du temps, aussi têtu qu'insolent...

Car je connais mon talent.

A celui qui  cherche à me prendre dans ses filets

Par de vains mots ou de fausses promesses

Je réponds : "Cause toujours, tu m'intéresses "!

Et je m'éloigne sans délai...

Alors, sachant cela, 

Monsieur Bruyas, 

Faites-vous encore le choix

De me choisir, moi ?

- Plus que jamais, mon cher ami !

Car vous êtes de la trempe des génies...

- Génial ? Je ne sais pas... Je suis réaliste, surtout...

Et je veux peindre, peindre avant tout....

De l'aube jusqu'au soir...

Je veux me consacrer à l'art !

Je me sens capable de peindre aussi bien

La mer en furie que les yeux de Zélie,

Aussi bien les chênes centenaires que les notables austères...

Je peindrai, vous verrez, les chasseurs et les chiens...

Les renards blessés et les femmes alanguies

Les demoiselles et les casseurs de pierres...

Les villageois inconnus tout autant que mon ami Baudelaire...

Je peindrai l'amour, la rage et la détresse profonde...

Je remonterai même, s'il le faut,  à l'origine du monde...

 Je veux "faire de l'art vivant, 

tel est mon but" (*) et mon tourment...

- Eh bien, voilà une quête qui vous honore...

Et qui mérite bien quelques pièces d'or...

Valet, veuillez décharger Monsieur Courbet

De ses affaires et de son chevalet...

Afin que nous puissions 

Finir cette conversation

A la maison.

Et après le dîner, 

Je lui demanderai...

S'il lui plaît...

De nous tirer le portrait !

.

La Licorne

.

 

 (*) Citation de Gustave Courbet 

lui-même... 


.

 

Consigne : 

Tout en s'inspirant d'un ou plusieurs tableaux

évoquant le thème de la "conversation",

il fallait placer l'expression

 « cause toujours, tu m’intéresses »

quelques jeux de mots...et puis une citation...

.

 


"Le désespéré, autoportrait"


 

Et... juste pour le plaisir, 

une autre citation de Gustave Courbet

qui "courbé", ne l'était certes point..;-).

 

"Quand je serai mort, il faudra qu'on dise de moi: 

celui-là n'a jamais appartenu à aucune école, à aucun état, 

à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, 

surtout à aucun régime, si ce n'est le régime de la liberté."

.

 

"Paysage près d'Ornans"
 
 
 

Deuxième texte écrit sur la même consigne 

pour l'agenda ironique

ICI

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