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dimanche 8 mars 2020

Le prix des choses


 
Atelier chez Lilousoleil:
"Lettres pour un mot mystère"

E E I O U U D L Q R

10 lettres (adj)
manière de peindre en miniature, 
au XVIIIe siècle.


rappel des règles
Utiliser les lettres du mot mystère 
pour construire des mots  de cinq lettres au moins,
que l'on introduit  dans un texte de votre choix 
ou cerise sur le gâteau
dans un texte en rapport avec le mot trouvé.
.

J'ai trouvé :
ELUDORIQUE 
.

Et voici mon texte :





Armé d'une lourde loupe,
l'expert reluque la miniature dorée avec grand soin.

"C'est un magnifique spécimen, annonce-t-il,
avec une lueur de convoitise dans l'oeil.
Quelle brillance !
L'artiste était douée
elle a dilué ses couleurs de façon parfaite, 
ce qui fait qu'elles ont tenu dans la durée
Vous détenez là, Madame, 
une superbe relique du 18ème siècle...
Une pièce rare. 
Combien en souhaitez-vous ?"

Odile lui verse un petit verre de liqueur 
de manière à éluder habilement la question. 
A vrai dire, elle ne se sent pas encore prête 
à se séparer de ce médaillon.
La douleur du deuil est encore trop proche. 
Elle sait que c'est tout ce qui la relie encore
 à sa grand-mère.

C'est drôle, mais quand elle contemple 
la photo de la vieille femme ridée,
elle a l'impression  qu'elle la regarde. 
L'odeur de son parfum flotte encore dans l'air.

Alors, non...c'est décidé...
elle ne vendra pas ce bijou d'antan  !
Les amateurs auront beau faire la queue 
devant son domicile :
cela ne la fera pas changer d'avis.
Certaines choses n'ont pas de prix.
.
La Licorne
.



lundi 23 décembre 2019

Jours de deuil


Pour l'atelier "Des  lettres pour un mot"

Les 12 lettres étaient :

A I I E U Y S N T Z M Q

avec la définition suivante : 

terme de chimie : qui empêche la fermentation

 J'ai trouvé : ANTIZYMIQUES

 

 

 

Il est des jours de tsunami...
des jours anti-musique
des jours tellement gris
que mille antizymiques
ne pourraient empêcher
la fermentation du chagrin
des jours où ceux que vous aimiez
quittent d'un coup votre chemin
des jours où vous vous réveillez
au creux d'un vide sans fin
ils sont partis trop tôt
ils sont partis trop loin
le manque vous transperce les os
dans le petit matin
vous entendez leur rire
leurs petits mots taquins
et tant de souvenirs
qui n'ont plus de demain...
coulent les larmes
sur ce que vous taisiez
d'un coup tout vous désarme
et vous laisse hébété(e)
Il est des jours de tsunami
et de détresse intime
où quand sonne minuit
un seul détail infime
vous jette au fond du puits
en de longues minutes
de vérité sans masque
l'absence vous azimute
et puis vous colle aux basques
elle vous remue profond
elle fouille dans vos fêlures
vous mène en déraison
au bord de la rupture
elle manie l'illusion
semant maintes fractures...





...jusqu'à ce que la Vie
vous rattrape un beau jour

...que vienne l'amnistie...
et de l'aube, le retour...



La Licorne 


(texte dédié aux familles de deux amis chers, 
tous deux décédés récemment d'un cancer)


dimanche 8 décembre 2019

Une histoire vraie


Participation au jeu de Lilousoleil :
"Des lettres pour un mot"




De l'avis général, je fus un "beau bébé".
 Ventre grassouillet, joues rebondies, fossettes triomphantes :
 je faisais honneur à ma mère et à ses qualités nourricières. 
Son lait généreux et débordant me transforma en quelques mois à peine 
en un petit bouddha replet et repu, qui exhibait fièrement ses formes 
et qui laissait, sur le plan de la croissance, 
tous les autres nourrissons de la région loin derrière.

Au début des années soixante, 
époque où l'on ne plaisantait pas avec les vertus maternelles 
et où l'on se souvenait encore des jours faméliques 
de la deuxième guerre mondiale, 
je partais avec un avantage certain sur mes camarades. 
A deux ans, je les dépassais tous d'une tête.

Pourtant, par un de ces mystères 
que la vie vous réserve parfois,
ce splendide appétit s'émoussa d'un coup 
vers l'âge de cinq ou six ans.
A l'âge où l'on a envie de quitter le giron maternel,
je me mis, pour une raison que j'ignore,
à inverser mon rapport à la nourriture.
Alors que jusque-là, je croquais la vie à pleines dents,
je commençai à regarder mon assiette d'un air sceptique.
Tout ce que j'adorais auparavant me sembla soudain sans attrait.

  Tel un pigeon indécis, 
je me mis à picorer de ci-de là,
une miette à la fois.
Du pain, je ne voulais plus que le croûton.
Du poulet rôti, je ne goûtais qu'une moitié d'aile,
que je suçais pendant trois-quarts d'heure, 
comme le chien rogne son os au fond de sa niche.

Je ne supportais pas qu'on me serve 
plus d'une cuillerée à la fois. 
Mais, quelques minutes plus tard,
il n'était pas rare de me voir "piocher",
fourchette en avant, quelques petits morceaux
dans le plat. 

A chaque fois, cela mettait mon père 
dans une colère noire :
que je picore dans mon assiette, passe encore,
mais "chiper" dans le plat familial,
c'était hors de question.

Croulant sous les reproches, 
je m'enfuyais alors, avant la fin du repas,
dans le recoin le plus proche,
en serrant mon poing dans ma poche.

En proie à l'incompréhension familiale, 
je me murai dans le silence,
et, en réaction à l'orgie alimentaire d'autrefois, 
je mangeai de plus en plus parcimonieusement.

A sept ans, j'étais devenue longue et osseuse.
Tel le héron de la fable, 
je dédaignais la plupart des plats qu'on me proposait
et j'avais fait du grignotage "pingre"
mon mode habituel de fonctionnement.

Je n'étais plus alors que la pâle copie de moi-même.
Cela faisait longtemps qu'Oncle Henri avait cessé
de me "pincer" les joues...
et de temps à autre, on me faisait remarquer
que ma copine Corine,
autrefois frêle comme le roseau, était maintenant 
deux fois plus imposante que moi.

Ce comportement d'opposition dura jusqu'à l'adolescence.
Jusqu'à ce que, vers douze ou treize ans,
je découvre les joies de la cantine du collège...
Loin de la pesanteur du regard familial,
je redevins moi-même...
et je me réconciliai rapidement
avec la nourriture.

A quatorze ans, 
je mangeais à nouveau de tout, 
sans problème.
Mon époque "anorexique" 
était définitivement derrière moi.

Mais pour être tout à fait honnête, 
 j'avoue que j'aime encore, 
entre la poire et le fromage, 
"pignocher" un peu
dans le plat...
.
La Licorne
.



Règle du jeu :
Les mots en gras ont été créés
à partir des lettres suivantes :