vendredi 1 juillet 2022

JEU 78 : "Les contes de ma mère l'Oye"

 

 - Atelier d'écriture pour le mois de juillet -

 
 
Ce mois-ci, vous ferez
courir votre imagination 
à partir de cette image :
 

 

Titre de livre associé : 

"Les contes de ma mère l'Oye"

de Charles Perrault

.

 

Concernant le titre de livre , 

vous pouvez , au choix :


- Tout simplement, placer les mots de ce titre dans votre texte


- Ou faire en sorte que ce titre de livre soit aussi le titre de votre texte

(et donc le choisir comme fil conducteur de votre création)

 

- Ou , troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, à l'oeuvre citée

(en l'imitant, en la complétant, en la citant, en la détournant...etc)

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 juillet 2022


Je vous souhaite une belle inspiration...

et un beau mois de juillet...

 
.
 
La Licorne
 
.


 


lundi 20 juin 2022

JEU 77 : "Lecture libre" - La Licorne

 


 

Monsieur Pennac, on a déjà dit bien des choses de votre livre...qui, en son temps, fut abondamment commenté dans toutes les bonnes émissions littéraires. Tout ayant déjà été dit, je n'y ajouterai rien , sinon un petit témoignage personnel...

Je fais partie de ces personnes qu'on n'a jamais dû contraindre à lire...je m'y suis attelée toute seule. Les livres m'ont toujours fascinée. Les mots aussi. Je sentais intuitivement que le champ de l'écrit était fait pour moi et il était hors de question que ce champ reste un mystère. Je l'ai donc "percé" dès que j'ai pu. Comme si c'était une question vitale. Une question existentielle. 

A cinq ans, pendant que mes copines jouaient dans le bac à sable, j'interrogeais ma mère à tout bout de champ : "p et a, ça fait pa ?" , "o et u, ça fait ou ?", "q et u, ça fait k ?". En trois mois, l'affaire était bouclée, je lisais couramment. 

A la rentrée , ma mère, qui n'y était pour rien, subit les foudres de ma maîtresse de CP qui déclara que, premièrement, elle ne savait que faire de moi dans sa classe et que deuxièmement la méthode avec laquelle j'avais appris à lire n'était absolument pas "orthodoxe". Il est vrai que j'avais suivi une progression qui devait tout à ma curiosité et rien à l'Education Nationale, mais le résultat était là : je savais lire. Et plutôt bien.

Que j'y sois parvenue par mes propres moyens irritait grandement cette brave institutrice qui voyait sans doute, par cette anomalie, ses compétences et son savoir-faire remis en cause. Où allait-on si les enfants se mettaient à trouver le chemin du savoir par eux-mêmes ? Le métier en pâtirait .

Sous cette avalanche de remontrances, je compris vite qu'il valait mieux faire "profil bas". Je débutai l'année de CP en cachant le plus possible mes capacités. Pendant les leçons de lecture, je ne levais jamais le doigt, je ne coupais pas mes camarades qui ânonnaient consciencieusement, je me faisais toute petite et invisible. Je pense que si j'avais pu disparaître sous la table, je l'aurais fait. Mes efforts ne suffirent pas, cependant, à calmer l'enseignante, qui, je le sentais bien, ne me pardonnait pas d'avoir court-circuité le parcours habituel...

En janvier, je fus sauvée par une toux persistante et douloureuse qui me cloua au lit. On diagnostiqua une coqueluche. De quinte en quinte, je passai plus d'un mois sans école...puis ce fut le tour de mes  soeurs de s'arracher la gorge...Pour éviter la contagion, on me garda encore un moment à la maison. Quand je revins sur les bancs de l'école, on était fin mars...J'enchaînai avec les vacances de Pâques...et je ne revins  que pour les dernières semaines, qui furent moins pénibles que celles du premier trimestre car je peaufinai les quelques sons complexes qui me posaient encore problème...

A partir du CE1, je lus tout ce qui me tombait sous la main...Je pillai le bibliobus, la bibliothèque de la classe...Trois mois plus tard, grâce à un instituteur heureusement plus éclairé, je passai prématurément au CE2.

Pendant les dix années suivantes, je continuai à lire avec acharnement...et surtout avec passion. La lecture était un besoin, une nécessité. Je me faisais des "listes" de livres à lire...Quand j'aimais un auteur, je lisais tout de lui...et ensuite, je passais à un autre...A dix ans, j'avais terminé le rayon "Comtesse de Ségur", à quinze ans j'avais lu celui de Zola et à dix-sept ans, je me passionnais pour Soljenitsyne. 

Parfait, me direz-vous. Ben non, justement.  Outre le fait que cela ne me rapprochait pas des autres, qui eux, lisaient plutôt des policiers ou des romans d'amour...cela ne m'aidait pas non plus pour le travail scolaire.

Habituée à lire "pour mon plaisir", les livres "imposés" me tombaient des mains. 

Alors que  d'habitude, je finissais un livre en moins de trois jours, je mis des mois à lire "Polyeucte"... et je faillis ne jamais arriver au bout de "La condition humaine" de Malraux...Je devais vraiment me "forcer"...je n'y arrivais pas. 

J'avais deux piles sur ma  table: la pile de livres personnels disparaissait en un clin d'oeil...celle des livres "obligatoires" prenait la poussière... Aujourd'hui encore, je garde de ces lectures scolaires des souvenirs  de "tâche insurmontable"...des souvenirs de contrainte et de déplaisir. Paradoxal, quand même, pour quelqu'un dont la lecture était la principale occupation.

Alors, merci, merci , Monsieur Pennac pour votre livre. 

Merci d'avoir rappelé à tous que la lecture est autre chose qu'une contrainte. Merci d'avoir rappelé que c'est avant tout une soif, une aventure, un désir...Car c'est ça, au final,  qui change tout : le DESIR. Sans désir, sans liberté, tout amour vire au dégoût...et l'amour des livres n'y échappe pas.

Si les parents et les enseignants pouvaient s'en souvenir, ce serait merveilleux !

 

La Licorne

 

 


Les droits imprescriptibles du lecteur

  1. Le droit de ne pas lire.
  2. Le droit de sauter des pages.
  3. Le droit de ne pas finir un livre.
  4. Le droit de relire.
  5. Le droit de lire n’importe quoi.
  6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
  7. Le droit de lire n’importe où.
  8. Le droit de grappiller.
  9. Le droit de lire à haute voix.
  10. Le droit de nous taire.
Daniel Pennac 
"Comme un roman"
.
 
 

dimanche 19 juin 2022

JEU 77 : "Gogolien" - Joe Krapov

 

GOGOLIEN

 

Filigrane jeu 77 piles de livres

 

- Lardu ? Ouksékté ? C’est Loreille !

- Je suis dans la bibiothèque ! Au guichet !

- De kèk tu fous là-d’sous ? Montre donc ta binette !

- Ch’peux pas ! J’ai une tête monstrueuse ! Y m’est arrivé un truc pas ordinaire !

- Keskecé donc ?

- J’ai pus d’ nez !

- Tu ne sens plus rien ? C’est la Covide ? L’anosmie ?

- Non, mon appendice nasal s’est fait la malle ! Tu sais que j’ai toujours adoré bouquiner ?

- Sûr, c’est pas les livres qui manquent, chez toi !

- Même que mes parents s’en plaignaient toujours : « Çui-là, kès’k’on va n’en faire ? L’est toujours le nez plongé dans ses livres !".

- Mais t’as pas tout raté, Lardu ! T’es quand même devenu bibiothécaire ?

- Oui mais figure-toi qu’hier soir je me suis endormi comme d’habitude, le nez dans mon bouquin. Eh bien ce matin je ne l’ai pas retrouvé !

- Le livre ?

- Non, le nez ! Ni le livre non plus, t’as raison. Alors depuis je retourne toute la bibiothèque pour le retrouver.

- N’en v’là encore d’une drôle d’histoire ! Tu veux-t-y que je t’y aidasse ?

- Je préfère pas. Y’a que moi pour m’y retrouver dans mes piles.

- Tu veux dire dans tes PAL ? Tu veux vraiment pas que je t’épaule ? A défaut de tomber le pull, je peux te suggérer des pistes. T’as regardé dans « Cyrano de Bergerac » d’Edmond Rostand.

-Tu penses bien que c’est par là que j’ai commencé ! En matière de tirade du nez, hein !

- « Le Parfum » de Patrice Süskind ?

- J’ai pas, ça !

- Celui de la dame en noir de Gaston Leroux ?

- Pas trouvé de nez dedans.

- « L’É-nez-ide » de Virgile ?

- Y était pas.

- Les Mémoires du maréchal Ney ?

- Pas plus !

- Celles de Tony Blair ?

- Nothing !

 

Filigrane jeu 77 le nez de Gogol

 

- « Les nez des Ferchaux » de Simenon ?

- L’est au grenier, çui-là.

- « La Perspective Nez-vsky « de Gogol ? Dans une édition achetée sous le manteau ?

- Lui, je l’ai viré à cause de la guerre, avec toute ma collec’ de littérature russe.

- C’est particulièrement con vu que Gogol était ukrainien ! T’as regardé dans tes bandes dessinez ? Peut-être dans Gaston Lagaffe, confisqué par l’agent Longtarin, ton pif ?

- Pif ! Pif ! Pif ! T’es génial, Loreille, je n’ai pas cherché là et pourtant j’en ai lu un hier soir ! Tiens le voilà ! Youpi, il est là, mon nez, dans « Les Aventures de Pif » n° 53 ! Merci, merci, cher ami ! Je te suis infiniment… infiniment… C’est quoi l’adjectif pour exprimer la gratitude ?

- Recon-nez-sant ?

- Oui, c’est ça, reconnaissant !

- Si je peux me permettre un conseil, Lardu…

- Oui ?

- Pour ne plus avoir à chercher ton nez dans les bouquins... investis dans une liseuse !

 

PLC 53 01

 

Joe Krapov

 

 

 

jeudi 2 juin 2022

JEU 77 : "Comme un roman" - Adrienne

 

 


- Mais comment t'as su que j'étais là? s'étonne Nadine.
- Écoute, dit Marie-Paule, c'est vraiment pas difficile! Tu crois que tu te caches mais tu gardes tes mains sur la table...
- Ben oui sinon je tombe, grommelle Nadine en se réinstallant derrière ses piles de livres.

C'est vrai quoi, est-ce que j'ai encore l'âge de me mettre à croupetons!

Et puis d'abord, est-ce que je n'ai pas le droit de lire tranquille? De lire ce que je veux, sans que Marie-Paule me dise un dédaigneux "c'est n'importe quoi!"
De lire où je veux?

Et sans avoir à en faire un rapport commandant!

Non mais!!!

***

Adrienne

 

 

mercredi 1 juin 2022

JEU 77 : "Comme un roman"

 

 - Atelier d'écriture pour le mois de juin -

 

Chers ami(e)s écrivant(e)s,
 
Ce mois-ci, je vous propose 
de faire courir votre imagination 
à partir de cette image :
 


 Et de ce titre de livre :
 

 "Comme un roman"

de Daniel Pennac

.

Rappel : 

Vous pouvez, au choix :


- Tout simplement, placer les mots de ce titre dans votre texte

(dans l'ordre que vous voulez)

- Ou faire en sorte que ce titre de livre soit aussi le titre de votre texte

(et donc le choisir comme fil conducteur de votre création)

- Ou , troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, à l'oeuvre citée

(en l'imitant, en la résumant, en la complétant, en la détournant...etc)

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 juin 2022

.


La Licorne

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mercredi 25 mai 2022

JEU 76 : "La gloire de mon père" - Joe Krapov

 


 

La gloire de mon père est très similaire à celle du capitaine Haddock. Ces deux individus bruts de décoffrage sont, ou plutôt étaient, toujours sur leurs gardes, prompts à s’emporter et surtout capables d’invectives fleuries.

Dans le répertoire de mon père il y avait par exemple « Flamind d’bos » (Flamand de bois). Pourquoi en avait-il contre les Belges ? On n’en connaissait pas, on n’allait jamais Outre-Quiévrain même si on était des Boïaux rouches (boyaux rouges) vu qu’on habitait la partie extrême-orientale du Pas-de-Calais ! Et surtout la découverte, certes tardive, grâce à un cousin, de notre arbre généalogique du côté paternel montre que ses ancêtres, peu mobiles il est vrai, ont été Belges pendant près d’un siècle !

On ne voyait pas plus d’Espagnols dans le coin, plutôt des Polonais puis des Algériens et des Marocains, mais le mal dégourdi, l’imbécile étaient forcément des « agosils », mot qui vient de l’ancien « alguazil » des Ibères.

Un « trop d’gueule » désigne un beau parleur, « faquin » un hâbleur trop bien habillé, « Marie Toutoule » une femme qui parle pour ne rien dire, une pas grand-chose. L’« ébeulé » est un abruti. Le « pourchiau » n’est autre qu’un cochon mais #balancetinpourchiau ça le fait moins que #dénoncetonmacho.

Je n’ai pas retrouvé « bouloute » (pour Mouloud ?) qui désigne un individu mal vêtu, dépenaillé.

Ses expressions étaient également assez pittoresques :

« Ramasse tin cô, y a les pattes cassées » invitait le destinataire à rabattre son caquet, à se montrer moins vantard ou moins fanfaron. Et pourtant il n’y avait pas de ces traditionnels combats de coqs du Nord par chez nous.

« Compte tes blèques ! » vient sans doute de la belote quand l’adversaire n’a fait qu’un ou deux plis.

« Qui qu’ch’est qui t’a dit gros genoux, ti qui as d’aussi belles gampes ? » permet de mettre un bémol, de calmer le ton et les susceptibilités quand l’agressé-agresseur monte sur ses ergots. (Qui t’a traité de « gros genoux », toi qui as de si belles jambes ?)

De ma cousine très bavarde il disait qu’« elle avait été vaccinée avec une aiguille de phonographe ».

A part ça la vie de mon père n’a rien eu de très glorieux et, semblable en cela à bon nombre de ses congénères, dont le dénommé Archibald Haddock quand on fait sa connaissance à bord du Karaboudjan dans « Le Crabe aux pinces d’or », il avait un penchant certain pour la bouteille. De ce fait, comme il passait toutes ses soirées au bistrot, j’ai très peu connu mon père et je suis très mal placé pour parler de sa gloire.

Celle-ci m’a paru surtout être du genre posthume et très vite éphémère. Le jour de son enterrement on a découvert qu’il était connu « comme le houblon » et apprécié de tout le village. Enfin de tous les habitants du village qui, comme lui et comme le personnage fictif d’Andy Capp, le « héros » de papier de Reg Smythe, consacraient l’essentiel de leur temps à picoler chez Sidonie, chez Marie Taillez, chez Albin ou chez Figaro. Avant ce jour-là je n’avais jamais vu autant de trognes d’alcooliques, bien marquées par la cirrhose naissante ou galopante, rassemblés dans un cimetière !

 

Filigrane jeu 77 Andy Capp

 

Mais qui suis-je pour juger? Je n’ai pas très envie de me faire traiter de « trop d’gueule » même si je sais que j’en suis un quelque part.

Déjà, allez savoir pourquoi, je suis un très petit buveur dans ma catégorie : je ne fréquente pas les cafés, je ne bois que chez moi, de l’eau gazéifiée le plus souvent, un porto rosé le samedi et une vodka polonaise le dimanche. Je ne suis même pas rancunier : je lève mon verre à la santé de mon père, de ses copains d’estaminet et à celle du capitaine Haddock, en fait à la santé de tout le monde à part peut-être Madame Thatcher, Vladimir Poutine et quelques autres agosils plus ou moins sinistres ici et là de par le monde.

Je bois surtout à la santé de mes deux enfants dont je me demande parfois ce qu’ils pourront se dire à propos de « la gloire de leur père ».

- Qui, vous dites ? Papa ? Celui qui a donné la petite graine à Maman pour qu’on naisse ? Le gars qui jouait au jeu d’échecs et qui chantait des chansons stupides ? Ah si ! On se souvient ! On sait même : il faisait très bien la cuisine et il racontait sa vie sur Internet sous le pseudonyme de Joe Krapov !

Mais bon, ils n’auront même pas à se préoccuper de ce questionnaire Pagnolo-Proustien vu que je serai encore là, encore et toujours là. C’est que voyez-vous, Messieurs et Mesdames, je suis immortel, moi ! « Et ch’est pas des cacoules !» (Ce ne sont pas là des carabistouilles !).

Que celles et ceux qui, à la lecture de cette dernière assertion se sont posés le bout de l’index sur la tempe, l’ont fait tourner quatre fois en pensant « Y’est dumm dumm, ch’ti lal ? » se le tiennent pour dit : dans ce que m’a légué mon père, mon proverbe préféré est « Intique, intasse, n't’occupe pas de ch’ti qui passe !".

Ce qui signifie, en quelque sorte, « Bien faire et laisse dire » !

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Joe Krapov

9 mai 2022

 

(avec toutes mes excuses pour la publication tardive)

 

 

 

vendredi 20 mai 2022

JEU 76 : "A tous mes pères" - La Licorne

 
 
 

 
 
Père de ma naissance
Immensément fier
Emu et heureux
Tenant ma menotte 
dans la sienne 
Comme un trésor
 

Père de mes deux ans
Me faisant sauter 
Sur ses genoux
Taquin et joueur
Plein d'enthousiasme
Et de vie
 
 
Père de mes cinq ans
Devenu soudainement
Sombre et triste
Grand-mère est morte
Et sa peine
Est devenue la nôtre
 
 
Père de mes dix ans
Toujours au travail
Toujours absent
Transparent
Ses yeux regardent 
...ailleurs
 
 
Père de mon adolescence
Ayant plongé par mégarde
Dans un nouvel amour
Celui de l'ivresse
Père colérique
Et irascible
 
 
Père de mes vingt ans
Trop jeune retraité
Déboussolé 
Par la perte de son activité
Tombé dans le silence
De la dépression
 

Père de mes trente ans
Essayant de revivre
Maîtrisant peu à peu 
Ses vieux démons
Et tentant
Une nouvelle existence

 
Père de mes quarante ans
Ayant retrouvé son équilibre
Sobre et paisible
Passant ses journées 
Dans son jardin
Au milieu des fleurs
 
 
Père de mes cinquante ans
Papi épanoui
Jouant au patriarche
Au milieu de sa tribu
De petits-enfants
Déjà adolescents

 
Enfin père d'aujourd'hui
Presque centenaire
Vingt fois mourant
Vingt fois guéri
Indestructible
Et étonnant...

 
De tous mes pères
Que garderais-je ?
Je ne sais trop...
Mais sur l'arpège 
D'un siècle de vie
Son chant me suit...

La Licorne

.



 


dimanche 1 mai 2022

JEU 76 : "La gloire de mon père"


- Atelier d'écriture pour le mois de mai -

 

Faites courir votre imagination 
à partir de cette image :

 

 
Et de ce livre : 
 
 
de Marcel Pagnol
 



Concernant le titre de livre , 

vous pouvez , au choix :


- Tout simplement, placer les mots de ce titre dans votre texte

(dans l'ordre que vous voulez)

- Ou faire en sorte que ce titre de livre soit aussi le titre de votre texte

(et donc le choisir comme fil conducteur de votre création)

- Ou , troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, à l'oeuvre citée

(en l'imitant, en la résumant, en la complétant, en la détournant...etc)

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 mai 2022

.


La Licorne

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jeudi 21 avril 2022

Mot inconnu

 

Pour l'Atelier de Villejean 

 


 

Voilà dix jours qu'ils dérivaient. Dix jours qu'ils s'accrochaient, par désespoir, à quelques planches mal clouées. Dix jours qu'ils subissaient le soleil brûlant, le vent désséchant et les vagues salées...Les trois quarts d'entre eux avaient sombré...ceux qui restaient étaient au bord de la démence. Louis tentait de rassembler ses dernières forces, mais à vrai dire, il n'avait plus qu'une obsession : rester en vie.

Il regardait les corps autour de lui...

Vêtements en lambeaux qui laissaient apparaître une peau pâle comme la mort...cheveux collés par le sel...côtes apparentes...ses camarades n'étaient plus que des morts-vivants, plus que l'ombre d'eux-mêmes...Régulièrement, un rescapé basculait...et le bruit de son corps plongeant dans l'eau, le plus souvent au milieu de la nuit...au milieu de son sommeil...ne faisait presque plus réagir personne.

Seuls ceux qui avaient pu trouver un morceau de ficelle suffisamment solide pour s'attacher réussissaient à "tenir" sur cet esquif ballotté dans tous les sens. Louis  faisait partie du lot et il veillait à tout moment sur la corde salvatrice. 

Il avait maintenant du mal à éprouver quoi que ce soit. Les émotions exacerbées du début avaient laissé la place à une apathie résignée, à une économie de gestes et de sentiments, qui frisait l'indifférence. Les sensations corporelles primaient sur tout le reste : le froid, la douleur, la faim. Plus rien d'autre n'existait. Les frissons. Le vide au creux du ventre, le vide insupportable.

Il observa de près son voisin le plus proche...Cela faisait deux jours que le malheureux n'avait plus prononcé un mot. Il était inerte. Cramponné au mât. Ses joues, sous l'effet du soleil, étaient devenues écarlates...Son nez, agressé par le sel, avait doublé de volume...la peau de son front commençait à se rider comme une vieille pomme...

Le soleil tapa encore plus fort ce jour-là. La tête lui tournait. Il avait des visions dérangeantes...au début de la soirée, son voisin perdit conscience. Au matin, il ne donnait plus aucun signe de vie. Louis n'aurait su dire ce qui se passa ensuite. Il ne se souvenait de rien. Juste du fait que le vide, le vide insupportable s'était calmé.

Ce n'est que deux jours plus tard qu'ils croisèrent l'Argus. Plus personne n'y croyait. On les débarqua à  Saint-Louis. Et pendant qu'ils reprenaient des forces, les journaux s'emparèrent aussitôt de l'affaire. Des mots terribles circulèrent : naufrage-scandale-incompétence-désastre-hécatombe...

Le dernier, le plus terrible de tous ne le toucha qu'à retardement, mais définitivement. C'était un mot qu'il n'avait jamais entendu auparavant, un mot étrange, à consonance scientifique, un mot qui ne semblait pas fait pour lui, un mot qu'il aurait aimé ne jamais connaître...Pourtant il s'étalait un peu partout à la Une des journaux du monde entier et il était désormais impossible d'y échapper : "anthropophagie".

 

 La Licorne

 


 

 

Consigne : "Faites parler les tableaux"

Choisissez deux tableaux célèbres.

Racontez le personnage du premier tableau : qui il est, ses petites habitudes, ses jeux préférés, son caractère, s’il vit tout seul ou non, etc.

Le second tableau représente le rêve ou le cauchemar que le personnage du premier tableau fait toutes les nuits.

Racontez ce rêve et ce qui va se passer pour le rêveur, comment son rêve agit sur lui et l’incite à dire ou faire des choses et quelles choses.





 

lundi 18 avril 2022

Devoir 121 : "De l'autre côté"

 
 




 
 
Au contact de la main sur son épaule, Alix sursauta.
Elle venait de s'assoupir, en pleine séance de pose. 
La chaleur, peut-être. L'ennui, sûrement. 
Richard était un peintre talentueux mais il était minutieux...
il mettait un temps fou à rendre les moindres nuances 
de la lumière sur sa peau diaphane. 
Elle avait tenu bon pendant une heure et puis, tout doucement, 
ses yeux s'étaient fermés...
 
En une fraction de seconde, elle s'était alors retrouvée "de l'autre côté du miroir"...
dans un univers étrange.
 
Dans ce monde-là, elle était grande, très grande...
d'une taille incroyable, qui lui permettait de surplomber la maison et le jardin. 
Les plus gros massifs de fleurs ressemblaient à de minuscules pâquerettes...
L'artiste et son chevalet n'étaient pas plus hauts que le bout de ses escarpins. 
Pas plus hauts que des figurines dans une maison de poupée.
 
Elle enjamba le toit et se dirigea vers la colline. 
Là, une ribambelle de petits lapins blancs couraient en tous sens. 
Ils semblaient pressés. 
- Où allez-vous ? demanda-t-elle.
- Nous sommes en retard, répondit le plus proche.  En retard pour Pâques...
- Pour Pâques ? Mais nous sommes en juillet !
- C'est bien ce que je disais, nous sommes en retard...très en retard...
- Bizarre, bizarre, pensa-t-elle...
 
Elle s'assit dans l'herbe pour les regarder. 
Ils étaient des dizaines et, à bien les observer, on pouvait voir 
qu' ils suivaient des trajectoires insensées. 
Ils s'arrêtaient brusquement et repartaient dans la direction opposée...
ou bien sans raison, viraient  à angle droit, 
comme s'ils étaient égarés dans un labyrinthe invisible. 
 
Huit d'entre eux, plus calmes, étaient occupés dans un coin 
à grignoter des salades.
- Tu en veux ?
- Non, merci, dit-elle, peu enthousiaste à l'idée de cette verdure.
- Tu as tort...il n'y a rien de meilleur ! 
Rien de meilleur que les (huit) scaroles...;-)
 
Un lapin plus hardi que les autres s'approcha d'elle 
et déposa sur le bas de sa robe un petit oeuf en chocolat.
- Merci, dit-elle, en ôtant délicatement le papier doré. 
- De rien ! Je voyais bien que tu avais soif !
 
Au moment où l'oeuf commença à fondre sur sa langue, 
elle eut l'impression curieuse que le lapin grandissait...
De fait, en quelques secondes, il eut la taille d'un vrai lapin...
mais il ne s'arrêta pas là, il continua à grandir et très vite, il la dépassa ...
- Comme tu es grand, dit-elle. 
Est-ce que toi aussi, tu es passé de l'autre côté ? 
- Je n'ai rien fait, dit le lapin, mais toi, je te le dis, tu as rétréci !
- Rétréci ? Oh, ce n'est pas possible !!!
Pourtant, c'est lui qui avait raison...
Non loin de là, il y avait une fourmi. 
Une fourmi qui portait un chapeau et tirait une sorte de char...
Mais le plus dérangeant n'était pas là...
le plus dérangeant, c'est qu'elle avait la taille...d'un chat !
 
- Mon Dieu ! Je suis devenue si petite...Comment est-ce arrivé ?
- Ce sont des choses qui arrivent...
lui susurra la reine des abeilles qui passait par là.
Tu es bien jolie dans cette robe, comment t'appelles-tu ?
- Je m'appelle Alix.
- Et quel âge as-tu, Alix ? 
- Je vais avoir vingt ans...
- Vingt ans ? Vingt ans...ça se fête !
 
Aussitôt, elle appela ses sujettes et en un instant, 
des dizaines d'abeilles se mirent à voler
 et à vrombir autour de la jeune fille en chantant : 
"Zoyeux Z-Âne-Hiver-Cerf !" "Zoyeux Z-Âne-Hiver-Cerf"
- Merci, mais c'est dans trois mois, dit-elle, un peu étonnée.
- Il n'est jamais trop tôt pour bien faire, dit la Reine,
 en apportant le gâteau et ses bougies de cire.
C'était un tout petit gâteau marbré de noir et de jaune, 
un gâteau en forme d'abeille. 
"Coupez-lui la tête !" dit-elle.
L'une de ses comparses prit le couteau et s'exécuta.
Puis elle tendit la minuscule part à Alix,
qui la porta à sa bouche...
et s'éveilla d'un coup.
 
-...ça va ? lui demanda Richard, en ramassant le miroir brisé.
- Oui, oui...répondit-elle. Je suis désolée, je crois que je suis un peu fatiguée.
- Ce n'est pas grave, ma belle...on va faire une pause. Veux-tu une tasse de thé ?


La Licorne
.
 
 
 








lundi 11 avril 2022

Devoir 120 : "Les joies de l'escalier"


 

Pour le 120ème Devoir du Lundi

 


 

Quand j'étais "petite"...nous habitions une maison à trois étages, sans ascenseur. Une grande maison située dans la banlieue d'une petite ville de province. Coincée entre un pavillon avec jardinet, une station-service et trois grands HLM. Une maison banale. Ni vraiment accueillante ni vraiment repoussante. Ni mal famée ni bien famée. Ni belle ni laide.

Au rez-de chaussée, il y avait l'appartement des propriétaires : un couple, dans la quarantaine, avec deux enfants et un chien, un grand berger allemand au caractère assez doux. Au premier étage, une famille, d'origine italienne, avec quatre enfants en âge scolaire. Et au deuxième, les parents des propriétaires : deux "vieux" plutôt grincheux...

Le fait d'habiter juste au-dessus d'eux était une torture quotidienne : il ne fallait bouger ni pied ni patte, sous peine de se faire réprimander. Un calvaire absolu quand on a moins de dix ans, qu'on aime sauter sur les lits et rire aux éclats. Je crois que je me souviendrai toujours des "séances de contrition" qu'ils nous imposaient et des plates excuses, qu'on allait régulièrement déposer chez eux, pour avoir malencontreusement dérangé leur sieste.

Avec mes parents et mes soeurs, nous vivions donc au troisième, sous les toits. Chambres mansardées et vue imprenable sur la rue et sur le quartier. Mais surtout, surtout, pour y accéder, un grand escalier. Un escalier qui ressemblait fort à celui de l'image ci-dessus.

On le dégringolait joyeusement le matin, on le remontait gentiment à midi... On le redescendait en début d'après-midi, et on le remontait poussivement le soir, courses à la main. 

Souvent, à la sortie de l'école, j'allais chercher le lait à la ferme (il y avait une ferme en périphérie de la ville). Le cartable dans une main, le bidon métallique dans l'autre...Je dois dire que je trouvais ce dernier bien lourd pour mes petits bras de six ans. Alors, afin de les soulager, je faisais une halte avant d'atteindre le troisième étage. 

Parfois la halte durait un peu trop. Mon esprit s'égarait...Je me souviens qu'il m'est arrivé plus d'une fois d'oublier le bidon sur une marche...et de m'en apercevoir seulement en haut, sous les questions inquiètes de ma mère.

Mais le grand escalier était aussi un lieu de rencontre...

C'est là, assis sur les marches, qu'on discutait des heures avec la bande d'enfants de l'immeuble. C'est là qu'on se montrait nos "trésors", nos cartes de collection et nos billes...  billes qui nous échappaient parfois et qu'on courait récupérer tout en bas...

C'est là qu'on s'asseyait pour se faire des confidences. C'est là qu'on coiffait nos poupées...C'est là qu'on caressait le chien...C'est là qu'on "lâchait" le cobaye qui aurait dû rester dans sa cage...

C'est là qu'on croquait dans des colliers de bonbons et dans de longs carambars qui allaient faire la fortune de nos dentistes dix ans plus tard...C'est là qu'on se racontait, en pouffant, les "blagues à Toto". C'est là qu'on se collait sur les bras des "tatouages" malabar...que nos parents découvriraient le samedi matin, au moment du bain...

C'est là, sur le dernier palier, qu'on s'échangeait passionnément les Zembla, les Ivanhoé, les Tartine,  les Mandrake, les Kiwi et les Pif Gadget qui, à l'époque, ne coûtaient quasiment rien.  C'est là qu'on jouait aux osselets et au tac-a-tac...

C'est là qu'on se distribuait les rôles pour savoir qui serait le gendarme et qui serait le voleur... "Plouf plouf, une bague en or c'est toi qui sors... mais comme la reine et le roi ne le veulent pas ça ne sera pas toi !!!"

C'est là, tout en bas, qu'on s'y "collait" pendant que les autres allaient se cacher. Enfin, c'est là qu'on planquait, dans un recoin, nos cordes à sauter, nos craies, nos élastiques et nos balles...pour ne pas avoir à remonter tous les étages.

Eh oui, j'ai vécu dans cet escalier on ne peut plus banal des instants précieux, des instants d'insouciance...et là où vous ne voyez peut-être que des marches cirées...moi, je vois tout ça...je vois l'univers de mon enfance.

Quand j'ai eu neuf ans, nous avons déménagé. A la campagne. Dans une maison individuelle. J'ai découvert les champs, les petits chemins, les arbres...J'ai aimé l'espace, le ciel bleu et le grand air. 

Mais jamais, jamais je n'ai retrouvé les petites joies...de l'escalier !

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La Licorne

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vendredi 8 avril 2022

JEU 75 : "Que ma joie demeure" - La Licorne

 

 

 La vie ce n'est pas attendre que l'orage passe, 

c'est apprendre à danser sous la pluie.

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 Sénèque

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Sous l'orage et sous la pluie
Sous le flot des impostures
Sous le déluge de la vie
Sous les tombereaux d'injures
 
Que ma joie demeure

Dans la souffrance et l'ennui
Dans le clair et dans l'obscur
Dans les combats, les conflits
Dans la brume et dans l'azur

 Que ma joie demeure

Du lundi au samedi
De l'aujourd'hui au futur
De l'aurore jusqu'à la nuit
De l'aube à la sépulture
 
 Que ma joie demeure
 
Dans le silence et le bruit
Dans toutes les mésaventures
Dans l'amour et le mépris
Dans l'âge de la flétrissure
 
Que ma joie demeure
 
Du grand palais au taudis
Du coup bas à la blessure 
De l'alarme à l'hallali
D'la rencontre à la rupture

Que ma joie demeure

Sous la menace des fusils
Sous le feu de la torture
Sous les bombes, les éboulis
Sous les folles dictatures

Dieu,
Que ma joie demeure

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La Licorne

 


   
 
 
 Consigne ICI
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jeudi 7 avril 2022

Renaissance

 


 

Cela fait longtemps que j'ai quitté le pays des évidences. 

Le pays où j'étais née et qui avait bercé mon enfance.

Je l'ai quitté d'un coup, presque sur un coup de chance.

Avec pour tout bagage mes désirs et mes doléances

J'ai traversé les grands champs de l'indifférence

Enjambé les ruisseaux  du doute et de la méfiance

Contourné les collines de la bienséance

Délaissé  les rivages de la prudence...

J'ai marché, marché avec endurance

J'ai gravi la montagne de l'exigence

Et osé la désobéissance...

 

J'ai vu les coups fourrés, les manigances

L'orgueil et l'arrogance,

Les mille excès de la régence

Et toutes leurs conséquences...

J'ai vu les actes de démence

De la Haute Finance

J'ai vu la vanité et la grandiloquence

La jalousie et la vengeance

La soif d'une illusoire puissance

Et les déchaînements de violence...

J'ai vu les manques de nuance, 

Les  insolences, les médisances

Et de la haine la résurgence

 

Mais j'ai vu aussi dans le silence

Dans les petits villages de France

Le début de la renaissance

Le déploiement de l'intelligence

Et les trésors du bon sens.

J'ai vu la foi et le courage immense

Qui chaque jour contre-balancent

La peine et la souffrance 

J'ai vu l'irrévérence

Teintée de bienveillance

J'ai vu les graines de l'espérance

Germer dans les consciences

J'ai vu la tolérance

Qui transcende les différences

 

J'ai vu sous les défaillances

Les incohérences et les errances...

Sous le chaos de la décadence

La beauté d'un monde qui commence...

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La Licorne


 

Merci à Joe Krapov pour sa consigne : Récit de voyage

Les voyages les plus beaux sont peut-être ceux que l’on s’invente. Votre récit comprendra 4 parties :

 1) J’ai quitté
Qu’avez-vous quitté ? Nommez simplement un lieu ou une personne.

 2) Avec
Dites avec quoi vous êtes parti·e : quel objet avez-vous emmené ?

 3) J’ai traversé
Dites en une phrase ce que vous avez traversé en partant.

 4) J’ai vu
De l’autre côté, qu’avez-vous vu ? Là, donnez toute la gomme ! Décrivez ce que vous découvrez et ce qui vous arrive dans ce lieu nouveau. Il n’est pas indispensable d’en revenir.










mercredi 6 avril 2022

Conte de la Carotte d'Or

 

 



Pour l'Atelier de Villejean

 Consigne ICI

 

 
 
Dire qu'il y a quelques mois, c'était un personnage de premier plan...
Tout le monde avait déjà oublié  Edouard. 
Le grand Doudou et sa barbe en cours de blanchiment.
Où était-il passé ? Personne ne le savait.
 
On racontait  qu'après avoir chaussé de petites lunettes rondes, il avait frappé à la porte d'une célèbre Princesse  qui vivait au milieu de la forêt politicienne et y "faisait le ménage". 
Je suis "Prof" avait-il annoncé, en pliant les genoux, persuadé que la Belle n'y verrait que du feu. 
Malheureusement, l'affaire ne s'était pas déroulée comme il l'avait prévu, car sous des atours délicats, Blanche de Forteteste cachait une âme rebelle.
- Laissez ma chevillette tranquille ! Vous vous êtes trompé d'histoire ! répliqua-t-elle sans ménagement.
Edouard était donc reparti vers d'autres horizons, plus modestes, en pleine campagne.
- Ben on est bien ici. Pourquoi aller plus haut ? 
 
Ce qui avait fait aussitôt de la place pour d'autres ambitions. 
- A mon tour ! A mon tour !  hurlait la bande de nains.
Ils étaient nombreux à chercher parrainage pour la course à la Carotte d'Or.
Petits Poucets en mal de reconnaissance, ils se haussaient de toute leur taille pour avoir l'air plus grands. Certains grimpèrent même à toute vitesse l'arbre des promotions vers une lueur d'espoir.

Rapidement, douze d'entre eux se détachèrent du lot.
Mais au bout de quelques mois, l'Ogre des Sondages, droit dans ses bottes, déclara :
"Ah, désolé ! Il ne nous reste que du huit lieues !"
Il n'en resta donc plus que huit dans la course. (normal...me direz-vous...dans une course à la carotte... sont qu'huit !  ;-))
 
 

 
Parmi les douze, il y avait un grand gaillard des Pyrénées dont on disait qu'il pouvait abattre un ours d'une seule main.On le surnommait Gulliver. Il horripilait les autres qui le trouvaient bien trop grand pour eux. Son humeur joviale et son caractère de bon vivant leur tapait sur les nerfs. Comment pouvait-il continuer à rire et à chanter par les temps qui couraient ?
- Ouais ben nous c’est Grincheux, Revêche, Bougon, Boudeur, Grognon, Acariâtre et Rabat-joie ! Et on t’emmerde ! lui lançaient les nains polis. 
Non, aucun de nous ne s’appelle Serviable… Pourquoi ?
 
Un candidat prônait le Vert partout, même à l'Elysée.
- Mais enfin ? Qui veux-tu attirer avec une maison en épinard ? lui rétorquait-on.
 
Un autre se prenait pour le Sauveur :
- Eh oui, mon nom, je le signe à la pointe de l’épée d’un Z qui veut dire Zorro, annonçait-il fièrement à la TV...D'ailleurs, son entretien au poste de héros national se passa bien ...jusqu’à la question piège sur sa taille.
 
Il y avait aussi, bien sûr, quelques candidates. 
 
La Binoclarde défendait vaillamment ceux qui "vont au charbon"...et chantait la chanson des travailleurs.
- La chanson des travailleurs ? répondait son alter ego, en lui faisant un gros "poutou", ah ouais, celle-là je la connais mais en la "mineur"...
Ayi, ayo...
 


 
La Brune citadine hésitait :
- Je "meuh " présente...Ah, je ne sais jamais : "meuh", ça prend un h ou pas ?
 
La première Blonde se ridiculisait en meeting...
- Tu ne serais pas un peu fatiguée, Val ?
- Ah la la, m’en parle pas ! En ce moment j’ai un boulot de dingue. Mais bon, je vais gagner, c'est sûr...je suis la plus belle ...mon miroir me l'a dit...Ben non, je ne vois pas ce que tu lui trouves de déréglé à mon miroir magique.

Quant à la deuxième Blonde, elle faisait l'unanimité :
-  Oh là là, c’est le portrait de son père !
A son habitude, la sorcière endiablée attaquait férocement l'autre "extrême" : 
- OK, Grand-mère, j’ai de grandes dents mais ce n’est pas beau de se moquer ! lui répondait son adversaire de toujours, en oubliant qu'il était plus vieux qu'elle...
 
L'Ex-Grand-Carotteur, lui, passablement plombé par son passé, refusait tout débat : 
- Là ! là ! Relaxez-vous ! lui soufflait son conseiller en communication, dans quelques minutes votre phobie des corridas aura disparu.
- Comment voulez-vous que je me relaxe ! C'est la guerre ! Partout ! Regardez : Atchoum prend de l’aspirine, Dormeur des vitamines et Grincheux des antidépresseurs.
Quant à moi, impossible de dormir, je sens un brin de paille là-dessous !
- Oh hé, si t’arrives pas à dormir, t’as qu’à prendre de la pomme empoisonnée ! lui conseillaient les autres nains. Et le petit pois, ne le cherche pas, il est...dans ta tête !
L'ambiance commençait à devenir très très chaude. On était sur le poing d'en venir aux mains. 
 
C'est à ce moment-là que débarqua la reine Blanche, née Scrogneux :
- C’est pas vrai ! Je ne peux pas vous laisser seuls cinq minutes ! Arrêtez vos batailles de polochons, les enfants. C'est pas sérieux ! Voilà, j'ai remis les plumes dans l'oreiller. Que fait-on maintenant  ? Y'a plus rien dans le frigo...
Elle tendit alors un papier au Superman qu'elle avait épousé :
 - Tiens, mon amour, ne sors pas les mains vides, voilà la poubelle et la liste des courses ! Et fais gaffe, l'épicier ne prend pas les chèques en bois !
 
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La Licorne
 
 

 
 
 
CONSIGNE : 
Joe Krapov nous avait demandé, pour l'Atelier de Villejean, d'utiliser certaines phrases, tirées d'un livre d'Etienne Lecroart (détournement de contes) ... Dans le texte, elles sont en italique...