lundi 30 juillet 2018

Artifice

 
Pour l'atelier  "Treize à La douzaine"
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Naguère, après avoir dressé son chevalet,
le peintre observait ce qui l'entourait et s'imprégnait longuement
de la lumière et du paysage...
Il n'était pas tenu, bien sûr, de reproduire exactement la scène...
il ajoutait ou retranchait certains détails...
déplaçant un peu le disque du soleil vers la droite
si cela équilibrait le tableau, gommant une épave disgracieuse,
inventant quelques moutons bucoliques
ou quelques vaches à lait paissant dans le lointain si cela l'arrangeait...
Ce faisant, il n'avait pas l'impression de procéder à une falsification,
mais juste de donner libre cours à son imagination...

Aujourd'hui, à l'époque de la photographie, c'est plus difficile.
Au moment d'utiliser ses ciseaux ou la  dernière version de Photoshop
pour corriger une image, 
dans le but de donner un peu d'éclat à nos feux d'artifice
ou d'ôter du cadre la rampe peu esthétique qui a permis de les lancer,
on éprouve comme un pincement au cœur et la vague impression de tricher.
La dictature du réel est passée par là.

La Licorne

Il fallait placer 12 mots :
 
lait, falsification, chevalet, photographie, ciseaux, épave, lancer,
disque, mouton, naguère, rampe, paysage
sur le thème suivant : observation

 

dimanche 22 juillet 2018

JEU 37 : Le silence est vivant


 

J’entends une mouche voler, ou deux peut-être et le bruit du radiateur, qui,  quoique fermé depuis le printemps, sonne comme un gong.

Le silence est vivant.
 
Ma mère, elle, est morte ; depuis trois ans ; elle n’ira plus jamais à son cours de gymnastique, ne finira pas le roman de Kundera emprunté à la bibliothèque, ne repassera plus sa blouse, ne piquera plus de crise …
 
Ses nerfs ont lâché et le cœur aussi …
 
J’entends une mouche voler, ou deux peut-être et le bruit des feuilles dans les arbres me caresse l’esprit. 
 
Ma mère détestait les mouches. 
 
Les souvenirs vont et viennent, se balancent, hésitent, tandis que paupières closes, je songe à tout ce que je voudrais écrire en commençant ce journal. 
 
Les vacances sont propices au repos et aux confidences. 
Je ne crains pas les moqueries ; l’autodérision est mon bouclier. 
Je ne crains pas les moqueries mais il parait qu’ « il n y a que la vérité qui fâche » et je ne voudrais pas me fâcher ni avec elle, ni avec vous, alors j’ai choisi un cahier à spirales !
Ecrire l’intime est chose délicate, souvent, toujours…
Je me livre.
 
Je me délivre.
 
J’ai choisi un cahier de Travaux Pratiques.
Ce n’est pas pour tricher, non,  mais pour marquer une pause régulière dans ce qui sera écrit, digéré, livré.
 
Le silence est vivant ; la feuille de dessin sera son refuge.

 ...
 
Parfois la page sera déchirée et je sentirai comme un regret qui ne veut pas se partager ; je poserai alors le papier froissé sur le rebord de la fenêtre.
 
Le vent qui soufflera l’emportera doucement au loin ou le laissera frémir de solitude.
Le fardeau sera couché sur la feuille, pas à pas, mot à mot, lentement…
 
Le silence vivra…
 
 
 
 

samedi 21 juillet 2018

JEU 37 : Le journal de Sophie


 
Enfin un peu de fraîcheur, j'en profite pour virer tout ce que mes héritières mettront gaiement à la poubelle.
Décidée à y passer la journée... je vais ranger.
Première action un peu de gymnastique pour attraper le carton en haut de l'armoire; je me souviens y avoir mis des livres.
Hé non ma mémoire me joue des tours, tout ce que j'ai gardé précieusement de Sophie est là, de ses billets de train à ceux d'avion, ses dessins évidemment et... attention je vais pleurer... son journal "d'amour", tout un roman.
"À ma mère, ma mamounette aimée. Te souviens tu, un jour d'automne 1995 ? À Londres ce petit mot glissé sous ta porte que j'avais griffonné sur un bout de carton - je t'aime si fort qu'il faudrait inventer un mot pour te le dire - 
Le lendemain, je prenais l'avion pour les States. C'est là que je reprends mon journal pour partager avec toi ce curieux voyage. Installée sous un arbre dans Central Park, j'ai mis la jolie blouse que tu m'as offerte pour Noël. 
Crise de rire quand j'ai ouvert le paquet, moquerie générale... je te la balance à la tête... c'est un nouveau jean que je voulais. Finalement, tu vois, je l'aime puisque je la porte, c'est un bout de toi qui caresse ma peau.
Tu sais maman, mon journal ce sont les lettres que je ne t'envoie pas mais que peut être, un jour, tu retrouveras en rangeant des vieux papiers. Serais-je encore là pour partager ces souvenirs avec toi. P'têtre ben qu'oui... P'têtre ben qu'non. Va savoir, la vie nous réserve des surprises..."
Mauvaise surprise... 19 mars 1996. Juste un jour  avant le Printemps  Sophie a pris le large sur des océans inconnus.

Françoise


 

vendredi 20 juillet 2018

JEU 37 : Un jour de printemps de 1950



 


21 mars 1950 - Châlons-sur-Marne

Je l'attendais depuis si longtemps, ce début de printemps !
Il a pourtant bien mal commencé : en marchant sur le chemin du collège, je n'ai pu résister à l'envie de me balancer à la branche du gros arbre sur la place et j'ai déchiré ma blouse grise. J'imagine la tête de ma mère ce soir : elle va piquer une crise ! Je sais déjà ce qu'elle va dire : " Et comment allons-nous t'en acheter une neuve ? Tu crois que l'argent se trouve sous le sabot d'un cheval ?  Tu as pensé à tes frères et sœurs ? Tu n'es pas tout seul... "
Toujours la même rengaine...Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire pour la calmer ? Que je répétais pour le concours de gymnastique ? Je sens qu'elle ne va pas le croire ! Elle sait que le sport ne m'intéresse pas, que je ne vis que pour le dessin...
L'autre jour, le prof de maths a confisqué un de mes griffonnages : il se trouve que  l'avais joliment croqué avec ses pantalons trop courts et sa moustache ridicule. J'étais assez fier de moi, mais, évidemment, ça ne lui  pas plu...pas plu du tout. Il m'a refilé cent lignes.
Les cent lignes, c'est rien...ce qui m'a fait mal, ce sont les moqueries des autres...ils ne ratent pas une occasion de m'humilier...surtout depuis que ma mère m'a fait une "coupe au bol" et m'a affublé d'une paire de lunettes rondes comme la lune.
...ça tombe bien, d'ailleurs, j'y suis souvent, dans la lune...et c'est le seul endroit où je suis bien. Je m'extrais du brouhaha de la cour, je décroche du discours monocorde des professeurs, je me mets en retrait et je regarde. J'observe mes semblables...leurs travers, leurs défauts, leurs manies...c'est passionnant. Un jour, j'en ferai quelque chose : un tableau, une bande dessinée...ou un roman. Je ne sais pas.
Bon, c'est pas tout...faut que je retourne en cours, maintenant. J'ai latin avec Monsieur Borgnolle...ce n'est pas que ça me réjouisse...mais au cours de latin, y'a la fille du proviseur...qu'a de grands yeux bleus...
Alors c'est pas grave si Borgnolle me hurle dessus et pousse son cri habituel : "Monsieur Cabut, si vous continuez ainsi, vous ne ferez rien dans la vie...! "
Il peut crier...je regarde deux yeux couleur de paradis....et je ne l'entends plus.

La Licorne




 

jeudi 19 juillet 2018

JEU 37 : Etats d'âme du jour




 


Aujourd’hui, j’ai décidé d’écrire ce que je ne dis pas. Parce que coucher les mots sur le papier (en l’occurrence dans  ce journal), c’est en quelque sorte mettre en carton des vieilleries, faire le ménage de printemps. Et là je crois que j’en ai besoin.
Je pense souvent à la citation de Virginia Woolf : « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » Jamais phrase n’a eu autant d’écho en moi que celle-ci depuis que je suis né.

La nuit dernière je n’ai pas beaucoup dormi. J’ai fait un drôle de rêve, enfin drôle n’est pas le mot approprié, mais ce n’était pas un cauchemar non plus, c’était plutôt un souvenir déplaisant. 
Je devais avoir douze ou treize ans et je racontais à des copains de ma classe ce que je voyais la nuit pendant que tout le monde dort. Je ne sais pas pourquoi c’était important de le dire, mais sur le moment, ça l’était. Je crois que je voulais me laisser porter par les mots qui jaillissaient de ma voix, éprouver cette certitude que le monde pouvait être ample. Généreux.
Mais tout ce que je saisissais en retour c’était les moqueries des élèves, des trucs bien méchants qui pleuvaient sur moi comme des tempêtes, pour bien me faire comprendre qu’être différent ce n’était pas envisageable. Ça m’a réveillé en sursaut. Après, je n’ai pas réussi à me rendormir. Alors je suis allé dans le salon pour dessiner et surtout écouter la nuit. J’ai crayonné les ombres, les apparences inaccessibles et tout ce que je perçois.  Depuis des années maintenant, pendant la nuit  j’accède à un autre monde. Un monde où les arbres me parlent, ou le vent, la Terre, l’eau me racontent des milliers d’autres existences.
J’éveille la nuit. J’ai un carnet rempli de dessins qui l’atteste. Bien entendu, j’évite de les montrer à ma mère. Déjà qu’elle pique des crises à chaque fois que je lui raconte ce qui se passe la nuit. Ce matin elle a crié après moi, elle disait : Arrête de suite, arrête, tu m’entends ? C’est pas la vie, ça, c’est pas la réalité ! Si tu continues, on va penser que t’es fou, c’est ça que tu veux ? Finir à l’asile ? Entouré de blouses blanches ?

Ça me fait de la peine de la voir ainsi, coupée de tout, coupée de moi, toujours à craindre le regard et le jugement cruel des voisins, des collègues, de la foule autour d’elle. (Surtout depuis que papa est parti). Y a que Julie, qui ne se formalise de rien, qui me soutient même si elle ne le dit pas. Tous les deux, on se comprend au-delà des mots. C’est ça aussi être jumeaux. Différents et semblables dans le même temps depuis dix-sept ans. Si moi je ne bouge presque pas, elle, elle est toujours en mouvement, (elle vise le prochain championnat de gymnastique artistique) son corps toujours en balance, elle tangue comme le vent, puis elle s’élève avec grâce, elle s’envole… et moi je m’ancre dans le sol, je tente de ne pas soulever le moindre grain (de folie ?)

Aujourd’hui, donc, je pense que me taire c’est bien aussi. Je réfléchis différemment. J’entrevois de nouveaux possibles. Et j’ai compris qu’il me faut attendre. Dans ce monde, on n’est pas prêt à s’ouvrir à d’autres univers. Même si les brèches sont de plus en plus évidentes.
Alors je crois que j’ai trouvé une solution. Voilà, je vais commencer par écrire un roman. Et peut-être que d’autres histoires suivront. J’en ai des tas à raconter. Ce ne sont pas vraiment des histoires, enfin si bien sûr, même si je ne fais qu’écouter et raconter avec mes mots l’univers qui aspire notre temps d’ici et ouvre des portes ailleurs.
Après tout, d’autres l’ont déjà fait avant moi.

Laurence





mercredi 11 juillet 2018

JEU 37 : Sous le hêtre

 

 
 
Que se passe-t-il ?
 
Pourquoi ces doutes me traversent-ils ?
 
Je me sentais si bien, si confiant en la Vie ?
 
Tous ces bouleversements ici et là. La mort, la maladie, les drames...
 
Cette crise mondiale...
 
Ma "solide" assurance se fissure. La morosité me gagne.
 
Comment faire pour apaiser tout cela ?
 
ECRIRE, écrire, laisser ma plume glisser sur le papier.
 
Non, pas un roman !
 
Juste ce que me dicte mon cœur...

S'asseoir sur le banc où ma mère, après avoir quitté sa blouse ou son tablier de cuisine,

aimait tant se reposer, esquisser un dessin.
 
Faire le vide. Laisser venir les pensées sans les juger, ni les rejeter.
 
Observer ce qui advient....
 
Admirer le magnifique hêtre pourpre au fond du jardin.

Arbre majestueux totalement impassible dans le temps et devant les événements,

les moqueries des enfants qui se balancent sous ses branches,

le voient se dénuder en hiver ou se revêtir de superbes couleurs au printemps.
 
Faire quelques mouvements de gymnastique sous son imposante stature.
 
Là est la Réalité !
 
 

 

lundi 2 juillet 2018

JEU 37 : Ma journée


 
 

Cher journal
 
Aujourd’hui j’ai encore eu droit à des moqueries en gymnastique. Pourquoi moi,

 qui grimpe aux arbres et me balance aux branches du pommier comme un

garçon, je ne réussis pas à grimper cette corde à nœuds ? Mystère !
 
Au cours de dessin, Maryvonne m’a envoyé de la peinture verte sur ma blouse.

Ma mère va encore piquer une crise quand elle va s’en apercevoir… crise moins

grave que celle de l’autre jour, j’espère, quand elle a découvert sous mon

matelas un roman de Pierre Loti. Je n’ai droit qu’à des Delly mais Aziyadé est

infiniment plus instructif…
 
Ah ! Vivement qu’on soit au printemps et que j’aie seize ans !
 

Ton Adrienne





 

dimanche 1 juillet 2018

JEU 37 : Journal intime

 
 

 

Ce mois-ci, si vous avez un peu de temps...
je vous propose
de vous pencher sur vos états d'âme...
et d'écrire la page d'un "journal intime"...
 
Ce sera le vôtre ou celui de quelqu'un d'autre...
comme il vous plaira.
 
Et vous devrez aussi placer, dans votre texte,
les mots suivants :
 
mère, arbre, blouse, crise, roman
printemps, gymnastique, moquerie,
dessin, balance
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Envoi à undeuxtrois4@orange.fr
avant le 21 juillet 2018
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La Licorne
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