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vendredi 19 octobre 2018

JEU 40 : Pour toi




Pour toi

La solitude d’un coup empoigne mon cœur
Un jour, demain, tu partiras emportant la douceur
Auréole de ma vie, tu t’envoles vers un refuge sûr 
Et je me souviendrais des moments vécus
C’est formidable de se rappeler ce que nous avons vu


Feuille virevoltant dans l’heure de rosée
Roseau s’agitant au son des violons parfumés
Aile légère qui captive la lumière
Bateau affrontant les secousses de la mer
Chasseur en sanglots libérant la couleur


Parfum suffocant de la nouvelle Aurore
Qui en chantonnant tutoie les astres
Comme un effluve de vent d’innocence
Le dos bien droit et le front pur
Et ignorant la langueur des regards


mardi 14 août 2018

JEU 38 : Jumarts du Jura


Texte proposé par Valentyne


 

Mr Le juge,
 
Cette lettre pour vous demander votre aide judiciaire et judicieuse. Jugez plutôt :
Jujube, ma jument a été victime d’un don Juan. Elle était tranquillement en villégiature dans le Jura. Ce julot s’est échappé de son (juke)box et lui a fait un coup de Judas. 
 
Certes Jujube manque de jugeote de s’être laisser subjuguée par ce coureur de jupon mais je ne peux laisser cette juvénile jument enfermée dans nos écuries jumelées avec celle de ce goujat, fut-il la propriété d’un judoka spécialiste en ju-jitsu. Sans avoir des préjugés, les chiens ne font pas des chats et les taureaux des chevaux.
 
J’ai tout vu avec mes jumelles longue portée. Le temps de descendre de l’échelle où j’étais juchée pour réajuster mes rideaux en toile de jute. Je suis arrivée trop tard, le don Juan avait déjà remballé son tire-jus (excusez mon franc parler), son jubilatoire méfait accompli. JUPITER, le nom de ce scélérat, que j’écris exprès en MAJUSCULE pour que vous l’identifiez rapidement. Je l’ai fait fuir avec des jurons qu’un adjudant chef n’aurait pas osé conjugué à l’imparfait ni au subjonctif présent ou passé.
 
Jujube donc attend des jumeaux, voire potentiellement des jumeaux jumarts.
Je demande justice, réparation pour le préjudice. Merci de m’indiquer la jurisprudence en vigueur pour ce cas avéré de donjuanisme jurassique.
 
Votre dévouée Justine


 
 
 
 

mercredi 7 mars 2018

JEU 34 : Ma madeleine


 
 
 
 
Ma mémoire une fois me joua des tours.
- Tel Hansel, je la découvris sur ma soucoupe
Dans mon thé, cette pâtisserie se fit chaloupe
Délicatement noyée, la belle sortait du four

Je me souviens, de mes papilles enivrées ;
Ce dessert fondant dans la soirée boréale ;
J'ouïs sous mes dents le murmure des céréales ;
Oh ! là là ! cette madeleine divine dégustée !

Et je la savourais, attentif à cette filoute
Cette Aimée me mit les sens en déroute
Le thé à mon palais sublima sa candeur  ;

Me souvenant de ma tante mélancolique,
Je tirai une dernière fois mes zygomatiques
et avalai d’un coup des miettes de ce bonheur!

.
Valentyne
.






lundi 5 février 2018

JEU 33 : Uchronie

 
 



Je m’appelle Amandine, comme celle de France, celle d’avant la loi de 1983. Vous voyez sûrement de qui je veux parler, Amandine, le bébé-éprouvette née en 1982 à l’hôpital Béclère à Clamart.

Sur mon passeport il y a écrit : date de naissance : 2103, cent vingt et un ans après l’Autre. J’ai quinze ans.

Si j’avais vu le jour en Angleterre, je me prénommerais peut-être Louise. Elisabeth pour une naissance aux States, Durga pour l’Inde, comme les prénoms des bébés-éprouvettes des années 1970-80. Mais j’ai vu le jour en France, mes parents m’ont donc choisi le prénom d’Amandine. En hommage.

Après la naissance d’Amandine (celle de 1982), des voix ont hurlé au loup, à la manipulation, au crime de lèse-genétique, à l’hérésie, j’en passe... En 1983, la loi a interdit en France toutes les fécondations in vitro.

Bizarrement, tous les pays n’ont pas tardé à faire pareil.

Je dois ma vie à cette loi. La loi a interdit toutes les fécondations in vitro, que ce soit avec des « Porteuses » ou avec des « Biologiques », il a bien fallu trouver des utérus pour les couples en mal d’enfant. Le désir d’enfant est LE désir du 21ème siècle.

Je suis un prototype, le résultat de presque un siècle d’essais d’implantation d’embryons dans ces réceptacles : utérus d’éléphants, de vaches (il n’y a guère que les chats et les souris qui n’ont pas servi de cobayes … pour des raisons de taille of course.

Ma « Biologique » est une femme tout ce qu’il y a de plus courant, c’est une spécialiste en éthique ; mon père est également un représentant des humains, médecin.
 
 



Ma mère (de gestation) est une poulinière, dans ces enceintes que l’on appelle maintenant les « usines à bébé », « votre Porteuse vivra loin de la pollution des agglomérations et nous soignons le cadre pour fonder votre famille » (dixit le prospectus) . Les juments offrent une résistance hors du commun en ce qui concerne l’implantation d’embryons. La gestation dure 11 mois et 11 jours. Si j’étais née « normalement » je ne serais restée que neuf mois dans le ventre de ma mère : cela n’a semble-t-il pas affecté mon intellect.

Je suis une hybride, femme à l’extérieur mais jument à l’intérieur. Je dois la vie à une loi de plus d’un siècle et à des essais dans des laboratoires.

Mes parents ne m’ont jamais caché l’origine de ma naissance, ils se sont bien occupés de moi, ils m’ont régulièrement emmenée chez le psy dès que j’ai montré des signes de contestation : à trois ans, j’ai décidé de ne me coiffer qu’avec une queue de cheval (nuit et jour).

De temps en temps, je vais voir ma mère à quatre pattes. Elle ne me reconnaît pas. Je lui apporte des friandises, carottes et pommes. Elle porte régulièrement un bébé-humain. Je me demande si elle sent ce cœur qui bat dans son flanc et si elle se rend compte lors de l’opération qu’on lui retire une part d’elle-même. 

Depuis quinze ans, la vie a changé : les femmes ont le choix de porter leur enfant ou de recourir à ces juments. L’utopie de la liberté de procréation est une réalité. Les femmes ne voient plus arriver la quarantaine avec effroi, leur « horloge » ne leur rappelle plus l’urgence de trouver un géniteur. Au vingtième siècle, les femmes disaient : «un enfant,  si je veux et quand je veux », depuis peu on entend « un enfant, si je veux, quand je veux et où je veux ». Certaines femmes hésitent à se voir grossir, enfler, pour avoir un enfant.

Les poulinières leur ont donné un don d’ubiquité : les femmes restent au boulot pendant leur grossesse, elles surveillent l’évolution de la gestation avec une caméra, elles ne sont pas un poids pour la société, pas de nausées, pas de pathologies.

Les us et coutumes bougent lentement mais je gage que dans 100 ans, il y aura autant de bébés de « couveuses » que des bébés  d’utérus » comme on les appelle. Je me demande bien pourquoi cette distinction : les autres aussi grandissent dans un utérus.

Je suis un cobaye : on a mesuré toutes les semaines mon QI depuis ma naissance. Que dis-je, bien avant ma naissance. Déjà in utéro, je me sentais comme le lait qui bout sur le feu ! J’ai vu dans les magazines des photos de ma poulinière : on lui avait branché des électrodes, sortes d’ustensiles de toutes couleurs, sur le ventre pour suivre cette croissance. Un fil pour l’activité du cerveau, un fil pour la circulation du sang, un fil pour suivre l’activité des nerfs, et j’en oublie.

Vous vous demandez pourquoi j’écris ce début d’histoire : Eh bien, j’ai l’impression d’usurper la vie d’un autre, j’ai à peine quinze ans et tant de surveillance m’oppresse. 

Aujourd’hui je commence ma crise d’adolescence. Ce matin, devant mon bol de flocons d’avoine,  j’ai lancé cet ultimatum à mes parents (les z’umains). « C’est décidé, demain je commence des études de vétérinaire ».

Dans les yeux de ma mère, j’ai vu que cet uppercut la heurtait, elle me voyait déjà avec une blouse de médecin-obstétricien. 
 
 

Ancien texte ICI, 
modifié pour répondre au jeu
(sans adjectifs qualificatifs)
.





dimanche 21 janvier 2018

JEU 32 : Chère Charlotte

 
 
C’est en me rasant ce matin en chantonnant « Chanson bleue » de Sasha Distel
que je me suis enfin décidé à t’écrire. Dans ma salle de bain sous les combles,
j’ai eu une illumination ce matin :
l’annonce que j’ai lue distraitement hier soir dans marmiton&magazine
ne pouvait émaner que de toi, ma belle de Fontenay,
 ma bleue d’Auvergne , ma Vitelotte.
 
"Silence suspect, se voir qd, où ?
Courage, lutte avt éclaircie.
 Trust in you babe.
C."
 
L’annonce en elle-même pouvait s’adresser à n’importe qui bien sûr
 mais elle était insérée une photo de  Monalisa et une d’Amandine,
le tout encadré par des clefs de sol.
Qui dit sol dit terre et j’ai de suite pensé à toi, ma pomme d’amour …
 
Après le rasage, j’ai pris un long bain dans le tube,
« Hercule il faut foncer » me suis-je dit .
J’ai quitté rapidement ma robe des champs et je suis descendu au café du coin.
 Je suis sorti de chez moi pour deux raisons : d’abord à la maison,
il y a Kartoffel qui fait le couch potato sur le divan
et cela me déconcentre
(tu te rappelles je pense de Kartoffel, mon chien saucisse,
 je t’en ai parlé dans ma dernière missive à laquelle tu n’as pas répondu).
 
Si je n’étais pas sorti de chez moi, je crois que j’aurais écrit cette lettre
 quand les poules auront des dents...
La deuxième raison est qu’au café en bas de la rue «Le gratin en folie »,
 je connais bien les patrons Emmanuel et Marie,
 j’ai ma place attitrée juste en dessous de portrait de Rimbaud
 et que ce portrait m’inspire des poèmes et des vers.
Voici l’ode et l’idée qui a germé de suite
 une fois installé devant une bière et quelques chips,
 vers que j’ai recopiés pour toi dans ce petit carnet :
 
Ma dauphine, ma duchesse
J’aime tes yeux caresse
Le bleu te va bien
C'est le bleu de tes yeux des jours heureux
Ma Roseval, tu es ma Rosebud à moi
Pour toi je décrocherai la lune ou mieux une planète
Ma planète, mon astéroide 88705
Le bleu te va bien
C'est le bleu de tes yeux des jours heureux
 
Après cette séance d’écriture qui a été féconde, purée ce que je suis fort,
j’ai pris un café et suis allé faire un tour au parc.
Et là j’ai eu un regain de créativité (je pense que c’est la statue de Verlaine
qui m’a inspiré ou alors c’est le goulash du « gratin en folie »,
 bref je chantonnais toujours la chanson bleue
 
Ma palette de camaieu bleu
Ma pomme d’amour
Ma ratte,
Ma marquise de Pompadour
Qui danse si bien sur Vivaldi 
Réglée comme du papier à musique
Le bleu te va bien
C'est le bleu de tes yeux des jours heureux
Tu me mets sens dessus dessous
Mon aligot
Ma tortilla
Ma poutine
Je caresse ta chair ferme
Je te revois cet été en maillot de bain
Le bleu te va bien
C'est le bleu de tes yeux des jours heureux
Pomme de terre ou pomme des mers,
Ma Charlotte for ever
Je pense à toi, écris-moi vite, ma grenaille
 
.
Ton dévoué H.I Parmentier (Hercule Isidore Parmentier)
Ci joint , une photo de toi que j'ai prise lors de nos dernières vacances !
 

 
 
Envoi de Valentyne, qui,
comme Carnets paresseux , a cumulé
plusieurs consignes pour ce texte
(voir sous le lien)
. 



 

dimanche 10 décembre 2017

JEU 31 : Une petite page de pub




 
Mardi dernier, j’ai reçu une proposition pour une intervention pour Christmas Time,
chez un opérateur de bigophonie (que je ne citerai pas, secret d’amateuriste of course)
Cette missive m’indiquait une adresse dans Paris 10ème, rue des petites écuries,
un nom de rue qui sent bon comme une odeur de crottin, frais comme j’aime.
;
Je me présentai donc ce samedi à cette adresse.
C’était un remue-ménage capharnaümesque : un monde fou, des caméras
et des cameramans, des photographes, des cascadeurs, des reporters,
des acrobates, des pyramides d’iphones, des grimeuses, des vendeurs de hot-dog,
 des badauds affamés et des curieux frigorifiés, mais contents de participer à cette fête.
 En bref, une expérience sensitive comme j’en ai peu connu!
,
Je fus reçue par une charmante jeune femme avec une robe trapèze méga-courte
qui m’a très gentiment commenté mes attributions.
Je serai « mentor technique en animaux magiques »
pour the SCENE WITH THE HORSE.
Je me voyais déjà non pas en tête d’affiche
 mais au moins comparée à Mario voire à Bartabas.
J’ai eu tout de suite un coup de foudre pour ce canasson,
qui était d’une teinte entre ivoire et cygne, une ossature robuste et vaporeuse,
une robe moirée et bien brossée, une corne tressée sur son chanfrein….
Un pur bijou.
 
J’ai chuchoté à son intention :
 "Bonjour, Fiston ! Comment te surnommes tu ?"
Sans attendre de réponse, Miss Robe-trapèze me prévenait d’un ton froid :
« son nom est Canson du Papetier, un peu sourd, Canson n’en fait qu’à sa tête,
son comportement est digne d’un enquiquineur de première :
pour preuve trois cascadeurs avaient été mis par terre ….
d’où ma présence en tant que dresseuse.
Son museau était aussi doux que du papier de soie justement
et nous avons commencé une grande discussion (j’ai bien vu que Canson
avait un type asiatique, et je baragouine couramment japoney)
,
A un moment, un homme a crié dans un mégaphone
que c’était mon tour avec « ce fichu bourrin ».
Je me suis dit que c’était évident que The Horse se soit vexé.
 S’entendre nommer « Bourrin » çà vous siérait à vous ?
Pourtant Canson paraissait motivé et prêt à se courber en quatre
 pour tourner cette pub !
,


 
Je me suis approchée de Marco, cascadeur de son état, 
que j’avais vu faire des acrobaties, juste avant sur une fusée, 
et j’ai écouté attentivement ses consignes.
 
The Operator in chief disait : 
« On fait d’abord une maxi séquence et ensuite on zoome ! 
toi, oui toi, Miss « mentor technique en animaux magiques »  
tu dois juste faire courir The Bourrin au bon moment
 (pour ce faire j’avais hérité d’une botte de carottes à agiter sous son nez
 avec une sorte de canne à pêche géante (on ne voit rien sur ma photo-souvenir,
ce prodige fait en postprod quand même !!)
 
The Operator chief a poursuivi :
« A un moment on va mettre à fond, tous gaz dehors
et on devra donner une vision d’une course aérienne.
 Tu as tout compris ?
Excite Canson en même temps avec ta voix et avec ces carottes »
?
J’ai acquiescé et Canson du Papetier aussi
pour prouver qu’on était compagnons et partenaires.
Marco, the cascadeur, avait un air un peu démoniaque
avec son déguisement rouge et outremer en strass,
 mais je crois que c’est juste du fait de son habitude
 à chevaucher des fusées et non pas des chevaux…
 
D’un bond, Marco est monté sur Canson.
J’ai agité mes carottes comme une pom-pom women
 pour mettre Canson en route.
Cet équidé a été très coopératif jusqu’au moment
où Marco s’est déporté en arrière
(pas extraordinaire son assiette à ce monsieur)
 et c’est à ce moment que Canson a craqué :
 
ce poids du cascadeur a dû froisser une vertèbre
 à moins que ce ne soient un des feux de fusée
qui ont chambardé son imagination féconde.
Je ne vois que ça pour transformer un canasson si patient
 en furie déchaînée.
 
Canson a rué comme un Quater-Horse de rodéo
et Marco a fait un très charmant Take-off in the sky ;
notre pauvre cascadeur est tombé dans un bac d’orangers 
avec un grand craaaaaaaaaaac. 
Je me suis retrouvée aussi 4 fers on the air dans cette affaire.
?
J’ai entendu Marco reprendre ses esprits et grogner en recrachant ses dents :
« ouh, ouh, ouh donn…..moi un …..mède ! »  
Je me demandais bien ce que ce pauvre homme disait sans dents ?
un intermède ? Un Archimède ?
?
A peine je me suis redressée
et ai reconnecté mes neurones, que j’ai enfin compris.
Marco désirait un remède sur ses bosses !
j’ai essayé de rendre service en attendant nos bien aimés pompiers….
Et Canson me direz-vous ?
Je ne sais pas où ce phénomène est parti : j’ai vu sa dégaine une dernière fois,
trottinant sur nos toits de Paris comme un fantastique acrobate !
 
 
Pour voir the texte of the beginning it’s here.




dimanche 19 novembre 2017

JEU 30 : Paris – 1865 – Ligne E – Vers la Madeleine

 
 

 
 
Mr Zola est monté en haut de l’impériale, sa « gazette des tribunaux » sous le bras. D’habitude, il circule à pied quand il fait un soleil comme aujourd’hui. Aujourd’hui cependant, il n’a pas le temps de se balader, il travaille. Il a l’air oisif comme cela son journal déplié, le chapeau vissé sur la tête à côté des autres messieurs. Mais il n’en est rien, il suit une vieille femme et son cabas. Elle a un profil spectaculaire la vieille dame, un peu comme un bec de canard et ce profil entraperçu chez la boulangère lui a donné envie de la suivre, voir si le bec va tenir ces promesses inspirantes. Enfin bec de canard, de foulque pour être plus précis. La vieille dame en plus d’avoir un air remplumé a une voix de corneille, rauque et aigüe par moment. Elle marmonne toute seule en bas de l’omnibus.
Il est monté quasiment au terminus, boulevard Bourdon et se demande où la sorcière va descendre. Il est décidé à en faire la première héroïne de son grand roman, l’œuvre de sa vie. Elle pourrait être le départ d’une épopée autour des années 1850.
 
Elle a la tête des gens qui picolent de bon matin, nez en chou-fleur, yeux dans le vague. Elle traîne aussi la patte, est-ce l’alcool ou est-ce de naissance ?  En tout cas cette femme est bien trop vraie pour faire un personnage de roman, les critiques vont dire que je « charge trop la barque » réfléchit Emile. Je vais garder la boiterie pour la fille de cette femme. Femme si on peut dire, tant il y a chez elle une présence presque animale. D’abord lui trouver un nom …
 
Tiens déjà l’arrêt des filles du Calvaire, très bonne idée d’ailleurs ça il faudrait que la femme ait une large descendance et pourquoi pas un petit fils qui devient abbé et qui serait déchiré entre sa vocation religieuse et l’amour d’une femme. La femme descend à Capucine, je pourrais appeler mon héroïne Capucine Foulque, ce ne serait pas mal un nom de fleur accolé à un nom d’oiseau. Ou Jacinthe, Hortense, Marguerite ou alors Azalaïs, ça me plait bien ça Azalaïs Foulque, reste à me décider sur sa descendance. Asseyons-nous un moment pour noter tout cela avant que j’oublie. Mr Zola s’installe sur un banc, le journal même pas parcouru chiffonné par le trajet, en omnibus. Emile dessine dans son carnet un semblant d’arbre généalogique avec une Azalaïs Foulque, il griffonne fébrile jusqu’au moment où sonne midi. Midi ? Il sursaute et range son carnet. Pressé, il se dirige vers le café où il a rendez-vous, il en a oublié son ami qui doit déjà l’attendre.
 
Le journal est oublié sur le banc.  Chiffonné, il semble pathétique. Heureusement que le temps est sec et légèrement venteux. Vent qui le remet dans un pseudo ordre. Une femme boitillante le récupère et se rend au marché.
- J’vais vous reprendre des bettes, Mame Michaud, v’là pour les emballer, dit elle en tendant le journal.
- Ben sûr, Mame Colvert, j’vous en mets une livr’ pour vous et vot p’tiote ?
.
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Ne manquez pas d'aller lire (ou relire)
 la première histoire De Valentyne,
née de la même consigne:
 
 
 
 
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dimanche 12 novembre 2017

JEU 30 : Neuilly 1989 – Bus 82



Neuilly 1989 - Bus 82
Ce matin, Jules est parti comme tous les matins jusqu’au kiosque. Il voulait juste acheter le journal, quelques provisions pour sa journée avec Madeleine…mais les gros titres en ont décidé autrement… S’il rentre avec ce journal sous le bras avec les beaux yeux qui sont à la une, c’est sûr Madeleine, du haut de ses 81 ans va lui faire une scène… Elle a toujours détesté cette actrice, Elisabeth, (cette « snob qui a changé de prénom pour ne pas se confondre avec toutes les autres Elisabeth d’Hollywood »), que faire alors ? cacher le journal pour le lire en cachette de Madeleine plus tard ? mais Madeleine n’est pas née de la dernière pluie, il verra qu’il a les larmes aux yeux, son Elisabeth (la deuxième femme de sa vie après Madeleine) est morte, ici dans sa ville, à deux pas de chez lui.
Alors il regarde rapidement les bus à la station de l’hôpital Américain : s’il prend le 82 il en a pour une petite heure à aller jusqu’au jardin du Luxembourg (où il pourra téléphoner d’un café pour que Madeleine ne s’inquiète pas), il pourra s’arrêter aussi à la librairie de livres d’occasion pour ramener un présent à Madeleine, ce qui expliquera son escapade…
Le vieux monsieur tend un billet de 5 francs au conducteur et s’installe tranquillement au fond du bus : 10h00, l’heure de pointe est finie et il peut étendre son journal avec les pages spéciales en l’hommage à la star disparue. Elle avait son âge et celui de Madeleine, Beth, 81 ans, c’est toute sa vie qui défile en même temps que les stations de bus : Arrêt Victor Hugo- Poincaré, il revoit « l’homme qui jouait à être Dieu », Stop Tour eiffel : « Mort sur le Nil », arrêt Ecole Militaire : « vingt mille ans sous les verrous »….Jules n’a qu’un seul regret, elle aurait dû accepter le rôle de Scarlett O’Hara dans « Autant en emporte le vent », elle aurait été magnifique dans l’incendie d’Atlanta, fière et incandescente.
Arrivé au Jardin du Luxembourg, il dépose la preuve de son infidélité (comme dirait Madeleine) sur un banc et poursuit son programme : coup de fil, puis librairie-alibi, avec le 82, il sera rentré pour midi. Le papier est tout chiffonné sur le banc, encore un peu humide et salé des souvenirs de Jules. Le vent qui souffle en ce début octobre sèche les larmes que l’octogénaire a laissées sur le journal. Celui-ci reprend peu à peu une forme habituelle, jusqu’au moment où Michelle, 60 ans, le récupère…
Elle parcourt l’horoscope, ne peut lire l’encart spécial tout détrempé puis séché, l’encre a coulé en larges traînées…elle est en retard pour préparer la soupe de maman Simone, 81 ans depuis peu…vite vite… Que pourrait-elle faire pour lui faire plaisir ? elle passe par le marché, choisit une tendre volaille et demande au maraîcher d’envelopper quelques bettes dans le journal où l’encre a délavé les yeux de la belle amie de Jules. Elle n’a pas reconnu l’ancienne star, son repas est en retard… Si vous croyez qu’elle a le temps de lire avec Maman qui l’attend…
Elle ne saura donc pas que les blettes sont enveloppées dans leur presque homonyme, Bette Davis.
.
  

 
 
 
 

lundi 8 mai 2017

AI et JEU 26 : Anaphrases musiquées ou musiques anaphrasées ?




Bonjour à tous chers auditeurs,

Nous recevons aujourd’hui le groupe de rock alternatif : les Bidons snobs.
Pour ceux qui ne les connaîtraient pas nous avons de gauche à droite : 
Bison Ravi (batterie de cuisine), Rauque Anonyme (à la voix off course), 
Avida Dollars à l’air-guitar, Marguerite de Crayoncour aux crayons,
 Anna Coluth au luth, et la toujours aussi timide Carli Bruna aux choeurs.
Ils vont nous interpréter leur nouvel opus : « quelqu’un m’a dit »

Carli Bruna : (fredonnant)
On me dit que notre prose n’apporte aucun repos,
Que notre avenir n’est qu’un navire sans bosco.
On me dit que les images dans l’écran nacré
ne sont que fausses magies
Pourtant quelqu’un m’a dit
Qu’une étreinte fait figure d’éternité,
C’est quelqu’un qui m’a dit que l’on peut s’aimer encore.
Serait-ce possible alors?

Bison Ravi (grave)
Alors là ça ne va pas du tout on avait dit
que les paroles seraient différentes, je bois :
On me dit que la police ne jure que par la picole
Que nos voyages vers les îles seront couronnés
d’ananas et de goyaves .
On me dit que les minuteries dans l’écran nacré
ne sont que mutineries
Pourtant quelqu’un m’a dit
Que la station Opéra peut devenir station Apéro ,
C’est quelqu’un qui m’a dit que l’on peut s’enivrer encore.
Serait-ce possible alors que le métro amer devienne une rame morte ?
Serait-ce possible alors ?

Rauque Anonyme :
Mais ça va pas du tout les gars,
on avait dit des propos concrets pour nos concerts
c’est quoi ces images à la mort-moi-l-n’œuf, 
des paroles qui n’ont aucun rythme encore moins du logarithme 
n’est pas rien ou de l’algorithme
On avait dit que le refrain serait
« si tu t’imagines que quelqu’un m’a dit »

Avida Dollars : 
Je suis d’accord avec Rauque ma voisine
Il faut revoir nos chansons, notre crédo devrait être la Turbulence,
la turbulence qui permet d’enculbuter les nantis. 
A bas le respect ! A quoi ça sert l’amour ?   Marguerite ton avis ?

Marguerite des Crayons : 
Je suis pour une reprise de la Souche : « j’suis bidon »
J’suis qu’une meuf à rime,  Bourrée d’aspirine
And I just go with my friend parisien, un pseudo émir
J’suis bidon. J’suis bidon

Valentyne : 
Désolée pour ce contretemps, 
chers auditeurs laissons donc les Bidons Snobs 
peaufiner leur futur programme ! A vous les studios !!!
.
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Il y a 14 anaphrases et aussi 
les anagrammes des chanteurs du groupe