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lundi 20 juillet 2020

Les animaux malades de la peste






Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre ,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom),
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron ,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
À chercher le soutien d'une mourante vie  ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni loups ni renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les tourterelles se fuyaient :
     Plus d'amour, partant plus de joie. 


Le Lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
       Pour nos péchés cette infortune ;
  Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents 
      On fait de pareils dévouements : 
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dévoré force moutons.
          Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense  ;
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
    Que le plus coupable périsse. 


- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce.
Est-ce un péché ? Non non. Vous leur fîtes, Seigneur,
      En les croquant beaucoup d'honneur;
     Et quant au berger, l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Étant de ces gens-là qui sur les animaux
 Se font un chimérique empire. »
Ainsi dit le Renard ; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins, 
Au dire de chacun, étaient de petits saints. 


L’Âne vint à son tour, et dit : « J’ai souvenance
Qu’en un pré de moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. »
À ces mots, on cria haro sur le baudet.
Un Loup, quelque peu clerc , prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. 
.


Jean de La Fontaine










mardi 4 avril 2017

JEU 25 : Le poisson et l'oiseau...




C'était un p'tit oiseau piaillard
Qui voletait allègrement
C'était un p'tit poisson bavard
A l'aise dans son élément

Les deux se croisèrent par hasard :
L'oiseau pour gober un moustique,
Se posa sur un nénuphar
Et vit un oeil énigmatique ...

Curieux, se penchant sur la mare,
Il entendit, non sans délice,
Le poisson parler aux canards,
Aux grenouilles et aux écrevisses.

D'un ton tourmenté et hagard
Il disait : "Pourquoi toutes ces critiques ?
Je ne mange plus aucun têtard
Je ne fais pas de politique...

Alors pourquoi, nom d'un pétard,
Me fuyez-vous obstinément ?
Vous qui me tenez à l'écart
Je vous demande éclaircissement !"

Mais les autres sans crier gare
S'enfuirent dans un regard complice
Le laissant là à son cafard,
Rageant devant tant d'injustice...

Ne comprenant pas leur départ,
Lassé de toute cette dramatique...
Il alla quêter le regard
De l'oiseau à l'air sympathique

"Ange ailé, quel est ce cauchemar ?
Aaah... je trouve leur comportement
Vraiment de plus en plus bizarre,
De plus en plus fou et dément

Je veux découvrir sans retard
La raison de ce long supplice
Pourquoi cette mise au placard ?
Qu'ai-je donc fait qui les hérisse ?

C'est simple, lui dit l'oiseau, sans fard,
Ecoute-moi attentivement
Tu fais peur à tous ces fuyards
Ils tremblent tous assurément

Car tu n'es pas poisson standard...
Si tu leur es antipathique,
C'est à cause d'un détail bien rare,
D'un détail caractéristique...

Au printemps, lors d'une bagarre
Tu as perdu un appendice !
Reste là, petit zanzibar,
Je vais te chercher un indice...

Il s'envole au-dessus d' la mare
Il vole, il vole au firmament
Puis il revient, tout égrillard,
Avec un p'tit crochet charmant.

- Mais qu'est-ce que c'est ? Un canular ?
Un hameçon, un élastique ?
Où t'as pêché ce truc ringard ?
C'est quoi ce vieux bidule antique ?

- Ce vieux bidule, mon cher lascar,
C'est une lettre sans malice
Mais quand elle manque à ton costard 
C'est comme un puissant maléfice :

Un "S" en moins, ça met l'bazar
Et c'est partout l'affolement
Car ni grenouilles, ni canards  
Ne veulent mourir d'empoiSonnement !
.
La Licorne
.

Morale de cette petite fable : 
Une seule lettre vous manque
...et tout est dépeuplé... :-)
.


dimanche 18 septembre 2016

JEU 21 : Façon fable de La Fontaine (2)


Allez, une petite dernière...

Je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit...
mais je voue quasiment un "culte" à Jean de La Fontaine .
Je ne résiste jamais à l'attrait d'une fable..
alors, après avoir lu celle de Michelle,
voilà qu'il m'en est venue une autre :



Maître Noé sur son arche embarqué
Tenait à sauver tout son équipage
Sa femme, par l'odeur incommodée,
Lui tint un discours sans ambages :

Eh bonjour, monsieur le Sauveur !
Que vous êtes généreux...que vous me semblez bon !
Sans mentir, si votre courage
Nous permet de survivre sans naufrage
Vous êtes le Messie des bêtes d'ici-bas...!

A ces mots, Noé ne se sent plus de joie
Et oubliant tout à coup son grand âge
Il saisit sa moitié, et l'enlace...plein d'émoi.

Mais sa compagne lui dit : Mon très cher coeur,
Apprenez que tout sauveur
Vit au service de ceux qu'il veut sauver...
Cette leçon, vous l'apprendrez sans doute,
Avant la fin du voyage, 
Et bientôt vous direz, honteux et confus, 
Qu'on ne vous y reprendra plus...

Ces animaux ayant vogué
Toute l'année
Deviendront fort goulus
Quand viendra la décrue !
Plus un seul petit morceau
De fruit ou de gâteau :
Il iront tous crier famine
A la porte de votre cuisine
Vous suppliant de leur donner
Quelque plat pour subsister
Jusqu'à la Terre nouvelle.

Nous ne prendrons, diront-ils,
Dans la soute, foi d'animal,
Que le minimum syndical...
Juste quelques légumineuses
Et de votre vin un petit tonneau
Oui, mais votre troupe est si nombreuse
Qu'elle vous pillera jusqu'aux os !
Nuit et jour, par deux venant,
Ou par quatre ou même par seize
- quand ils auront des enfants -
Ils exigeront qu'on apaise
Leur faim de tous les instants...

Tous nos vivres y passeront
Et sans la moindre victuaille
Vite nous nous retrouverons
Ce sera une belle pagaille
Et tous s'entre-dévoreront
Comprenez de votre plan la faille
Ou bientôt tous nous périrons !
Je vous en prie,  cher Noé,
Protégez votre marmaille
Et votre famille adorée
De la folie de ce bétail
Qu'ici vous avez entassé...
Car rien ne sert de nourrir...
Il faut penser plus loin !

Noé écouta jusqu'au bout sa femme ronde
Puis dans un grand sourire lui répliqua :
Il faut, autant qu'on peut, respecter tout le monde
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité les preuves abondent
Et je vais vous rassurer, ma foi.
Avez-vous jamais pensé à tous les services
Que ces "bêtes" seront heureuses de nous offrir ?
La vache nous donnera son lait de nourrice
Et la poule ses oeufs à frire...
Sans la laine du mouton, le froid sera un supplice
Et sans le chat, les souris vont courir...
Je parie que le cheval sera un merveilleux complice
Un ami qui nous tire, qui nous porte et nous inspire...

Allons, allons, mes bienfaits, vous verrez,
Ne seront pas perdus,
Il faut croire à la générosité
Et au grand coeur de nos amis poilus
Tous ensemble, nous allons recréer
Un monde où personne ne sera déçu
Un monde de paix et de bonté
Un monde où chacun sera repu.

- Oh...Noé ! 
You are a dreamer...
- Yes...
And i'm the only one... 
;-)
.
La Licorne
.




jeudi 15 septembre 2016

JEU 21 : Façon fable de La Fontaine




Le père Noé et ses nombreux passagers

Le père Noé fait sa tournée, découragé:  quelle aventure!
C’est le chaos, les animaux s’agitent et crient, désemparés
L’arche retentissant d’un bruit assourdissant dans la mêlée
La folie et la détresse s’emparent de tous ses occupants
pourtant bien à l’abri, du moins pour le moment

L’embarcation bondée n’a nulle part où aller:  no way
On a perdu le sud, l’est et l’ouest et le nord
Combien de jours, combien de nuits, ce mauvais sort?
Voguer sans direction peut-être vers la mort

Noé frustré s’efforce en vain de calmer les passagers
Il crie “Mon Dieu, aidez-moi donc, j’en ai assez!”
Aucune réponse ne vint du ciel
alors Noé trouva refuge dans un bonheur artificiel
Il oublia pour quelque temps ce grand casse-tête abrutissant
Il prit la fuite en s’enivrant, divin calmant

Tout doucement il reprit ses esprits, le temps était clément.
Tout ça n’était qu’un rêve, un affreux cauchemar,
une histoire racontée par son Dieu à l’humanité naïve prête à y croire
pourvu qu’il y eut une heureuse issue à ce sauvetage méritoire

Alors Noé écrivit son récit sans oublier d’y ajouter l’apothéose espérée :
une blanche colombe tenant dans son bec un rameau d’olivier d’un vert ineffable
et gage d’alliance, déployant dans les nuées ses teintes irisées, un arc inoubliable.

De prime abord, ne croyez surtout pas aux mythes et aux fables
mais sachez qu’ils recèlent souvent entre leurs lignes des secrets délectables!
.
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samedi 26 mars 2016

Bout rimé : Le paon et la sorcière





Le paon et la sorcière


Un paon prétentieux, voulant devenir femme,
Se rendit un matin chez la Catilina,
Une vile sorcière, au visage sans âme,
Qui aussitôt fouina
Dans son fumeux grimoire épais comme une jongle,
Où se serait perdu l’honnête citoyen.
Et la voilà cherchant, du bout de l'ongle
Crochu et venimeux, quelque philtre païen :
Mélange habile d'un jus noir de mirabelle
Avec le pus qui défigura Mirabeau.
« Il te faudra boire le tout, pour être belle ! »
Ricane-t-elle, hideuse aux lueurs du flambeau.
Le paon déjà se voit devenir Orestie
Epousant, pour ses sous, le prince Gabrio
Le volatile rêve : fortune répartie,
De l’or qui coule à flots, c’est un prêt sans agio,
Et la cupidité lui donne un air de figue !
Mais pour la maléfique, il n’est qu’un bon faisan...
Le paon comprend, trop tard, que son destin se ligue
Elle va le râper comme du parmesan
Le broyer comme une noisette
En un mot comme en cent, en faire du pâté.
Voyez-le maintenant : il se nomme Grisette
Il n’est plus qu’un âne bâté.
 


Moralité

A trop vouloir gagner, l’on risque de tout perdre
Quand on faisait la roue
On peine sous le joug.
Et l’on se dit : « Chuis dans la merdre ! »     
.

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mardi 26 janvier 2016

Fable sans "O"



Le Grand Freux et le Renard

Maître Grand Freux sur un arbre perché,
Tenait dans le bec un Brie de Meaux.
Maître Renard par le fumet séduit
Lui tint à peu près ce laïus :

Eh ! salut, Sire du Grand Freux.
Que tu es ravissant ! Que tu me sembles beau !
Sans mentir, si le beau ramage
Est aussi chic que ce plumage,
Tu es bien le Phénix des gens de ces futaies !

L’entendant, maître Freux ne se sent plus pisser
Et afin d’exhiber ses arpèges
 Il déplie un grand bec, et paf le camembert !
Le Renard s’en saisit, et dit : Sacré vieux sire
Veuille admettre que les flatteurs
Vivent aux dépens de ceux qui les entendent
L’argumentaire vaut bien un gruyère, n’est-ce pas …
Maître Freux,  penaud et piteux
Jura, mais un peu tard, de ne plus se faire prendre.
.
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dimanche 24 janvier 2016

Fable-lipogramme

Il peut être également amusant  
de ré-écrire des textes connus
...en lipogrammes.
Je l'avais fait en janvier dernier,
en ôtant la lettre "I" d'un poème
de Rudyard Kipling.

Et voici ci-dessous un autre texte transformé
que vous devriez reconnaître 
au premier coup d'oeil...

La lettre O n'y apparaît plus !
(et, petit exploit, les rimes sont conservées
 


La cigale et la termite

La cigale n’ayant fait que chanter,
Même avant juillet,
Fut plus que dépitée
Quand la bise fut levée.
Pas une seule petite part,
Ni d’insecte, ni de larve,
Elle alla crier famine,
Chez la termite mutine.
Lui priant de lui prêter,
Quelques grains qu’elle puisse manger,
Jusqu’aux chaleurs si belles,
Je te paierai, lui dit-elle.
Avant la canicule, c’est légal,
Intérêt et principal.
La termite n’est pas prêteuse,
C’est là un bien simple défaut.
Que faisais-tu au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Indéfiniment aux passants,
Je chantais, ne te déplaise.
Tu chantais, j’en suis bien aise,
Et bien danse maintenant.
.
Texte trouvé ICI
.



lundi 28 septembre 2015

Fable : Les femmes et le secret




Rien ne pèse tant qu'un secret ;
      Le porter loin est difficile aux Dames :
               Et je sais même sur ce fait
               Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
Pour éprouver la sienne un Mari s'écria
La nuit étant près d'elle : Ô Dieux ! qu'est-ce cela ?
               Je n'en puis plus ; on me déchire ;
Quoi ! j'accouche d'un oeuf ! D'un oeuf ? Oui, le voilà
Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire :
On m'appellerait Poule. Enfin n'en parlez pas.
               La femme neuve sur ce cas,
               Ainsi que sur mainte autre affaire,
Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire.
               Mais ce serment s'évanouit
              Avec les ombres de la nuit.
               L'Épouse indiscrète et peu fine,
Sort du lit quand le jour fut à peine levé :
               Et de courir chez sa voisine.
Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé :
N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre.
Mon mari vient de pondre un oeuf gros comme quatre.
               Au nom de Dieu gardez-vous bien
               D'aller publier ce mystère.
Vous moquez-vous ? dit l'autre : Ah ! vous ne savez guère
      Quelle je suis. Allez, ne craignez rien.
La femme du pondeur s'en retourne chez elle.
L'autre grille déjà de conter la nouvelle :
Elle va la répandre en plus de dix endroits.
               Au lieu d'un oeuf elle en dit trois.
Ce n'est pas encore tout, car une autre commère
En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait,
               Précaution peu nécessaire,
               Car ce n'était plus un secret.
Comme le nombre d'oeufs, grâce à la renommée,
               De bouche en bouche allait croissant,
               Avant la fin de la journée
               Ils se montaient à plus d'un cent.
.
Jean de La Fontaine
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samedi 26 septembre 2015

Fable : Le loup et le chien



Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
À se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
« Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée ;
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. »
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons, sans parler de mainte caresse. »
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encore ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. »
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encore.





vendredi 23 janvier 2015

Fable : L'arbre malade



 
C'était un arbre immense
Aux branches centenaires
Un arbre aux feuilles qui dansent
Dans un flot de lumière...

Le roi passait chaque jour
Sous son feuillage dru,
Il avait de l'amour
Pour ce chêne moussu.

Par un beau matin d'août,
Il s'allongea dessous :
Trop fatigué sans doute,
Ou bien légèrement saoul.

Toujours est-il que deux
Petites feuilles bien vertes
Tombèrent sous ses yeux
Sur sa chemise ouverte.

Les prenant dans la main,
Il les examina :
L'une couverte de points
L'autre sèche, sans éclat...

Les feuilles étaient malades.
Une brève escalade
Montra au roi peiné
Que toutes étaient touchées.

Il décida d'agir,
Fit mander ses valets
Leur ordonna d'aller
Un remède quérir.

Ceux-ci firent de leur mieux :
Chaque feuille fut enduite
D'un baume miraculeux.
Il coûta cent pépites.

Le baume eut peu d'effet :
Les feuilles se ternissaient,
Séchaient et puis tombaient
Par centaines, par milliers.

Un mage venant de loin,
Trouva, lui, le moyen
Par un fil très discret
De toutes les rattacher.

L'illusion fut totale
Mais de courte durée :
A la chute fatale,
Nul ne put s'opposer.

Devant cette impuissance
A sauver son ami,
Le roi entra en transe
Et redoubla de cris.

Comment se résigner
A cette mort annoncée ?
C'est alors qu'apparut
Une tête chenue...

Une vieille courbée,
Petite et vermoulue,
S'essayant à marcher
Sur sa canne tordue.

"Laissez-moi un peu seule..."
Dit la vieille à son roi.
Elle regarda les feuilles
Elle regarda le bois...

Puis sa main doucement
Se posa sur l'écorce,
Sentit du tronc la force,
Descendit lentement

Vers la base du chêne.
Et là, sans hésiter,
Elle se mit à creuser,
Sans ménager sa peine.

Elle dégagea bientôt
Une énorme racine
Fouillant tout le terreau
Pour trouver quoi ? Devine !

"- Vous perdez votre temps ! 
Dit le roi, agacé.
- Le croyez-vous vraiment ?
Eh bien, Roi, regardez !"

Et sous le nez royal,
Elle brandit, triomphale,
Le tenant par la queue,
Un souriceau furieux !

Le rongeur affamé
Dévorait la racine,
Tranquille, bien caché
D'une dent assassine...

Depuis de longues années,
Il faisait là bombance,
Grignotant la santé
Du grand chêne en souffrance !

Ainsi fait souvent l'homme :
Atteint de mille maux,
Il soigne les symptômes,
Pensant guérir bientôt...

Mais ne voit ni le tronc
Ni la racine du mal...
Creuser, creuser profond
C'est là le principal !
.
La Licorne
.