« Pour vivre heureux vivons masqués. »
Telle était la devise en ce début de XXIIe siècle.
Qui se souvenait encore de la révolte des « sans-masques », après la précédente des sans-culottes. C'était il y a très longtemps. Une période d'intolérance intolérable, où chacun cherchait encore sa petite tristesse individuelle, dans un égocentrisme incompatible avec les temps nouveaux.
Et pourtant le meilleur des mondes était en marche. Les enfants rigolaient sous masques, assis sur le muret, leurs yeux de hiboux grands ouverts, les mains sur les cuisses, chacun se posant l'éternelle question existentielle : « Mais pourquoi est-ce qu'on se marre tout le temps ? » Ce n'était qu'une question de gosse, donc sans intérêt. L'autre adage avait raison : « L'inutile sort de la bouche des enfants ». Cependant, à regarder de plus près, est-ce que qu'il s'agissait vraiment d'enfants ? Certes les culottes courtes auraient dû rassurer. Et la personne de sexe féminin avait quand même des allures de fillette. Reste que depuis le XXIème siècle on savait qu'on pouvait fabriquer des faits alternatifs fondés sur de l'inexistence réelle.
En grand secret, les nouveaux révolutionnaires activistes s'étaient rassemblés dans les anciennes grottes antiatomiques. Leur mouvement : « À bas les masques » commençait à faire florès. Des centaines de partisans les rejoignaient. La révolte couvait sous le couvercle atomique. L'ébullition grondait. La terre se mettait à trembler. Certains extrémistes allaient même jusqu'à oser pleurer devant les autres. Le comble de l'outrecuidance. Même les plus ardents défenseurs du droit à la tristesse les vilipendaient.
C'est alors que « le Meilleur des Dieux » descendit des cieux à l'aide d'une corde à nœuds. On continuait à l'appeler ainsi, bien qu'il s'agisse d'une divinité féminine. Les vieilles habitudes demeurent longtemps. Il/elle avait des intentions pacifiques, ce qui changeait des anciens dieux qui adoraient guerroyer et massacrer. Elle n'eut pas de difficultés à pénétrer dans le repère des nouveaux révolutionnaires à l'aide du Sceptre d'Ottokar que l'on croyait disparu depuis la nuit des temps. Mais là-haut : « On n'oublie rien de rien, on n'oublie rien du tout, on s'habitue c'est tout », selon l'hymne de la re-création.
Tintine, car tel était le nom de la Déesse, leur proposa de créer une Idolâtrie toute neuve qui la représenterait sur terre, dont le nom sera : Le Cl'Hergé. L'accueil fut enthousiaste. Tout allait se concilier radicalement. Les tristesses seront autorisées à raison de cinq jours par année.
Un plébiscite mondial fut organisé aussitôt.
La BD, (la Bonne Décision) ce parti de la Déesse récolta quasiment tous les suffrages.
La paix heureuse et universelle se répandit dans toute la galaxie.
L'ancienne prophétie de l'apocalypse, réactualisée,3.0 pouvait enfin se réaliser :
« Elle essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. »
L'obligation d'être heureux durant toute son existence, est désormais admise partout.
Malheureusement, tout n'étant jamais parfait, quelques réfractaires congénitaux au bonheur durent accepter qu'on les élimine par effacement.
Constatant sa réussite, la Nouvelle Déesse , en habit de lumière, saisit sa corde à nœuds , l'enroula entre ses jambes de déesse (évidemment…) et avec des gestes amples fit des moulinets avec ses bras en autant d'au revoir qui n'en finissaient plus. Le peuple rassemblé en cercle jusqu'aux confins se mit à applaudir à tout rompre, ceci durant plusieurs jours. La Nouvelle Déesse finit par tirer deux fois sur la corde et un mécanisme céleste l'emporta dans les hauteurs jusqu'à ce qu'on ne la voie plus.
Dans les siècles qui suivirent personne n'oublia ce moment mémorable.
Désormais chacun pouvait librement respirer le bonheur à pleins poumons grâce à la poudre de perlimpinpin contenue dans le réservoir du masque.
Telle était la devise en ce début de XXIIe siècle.
Qui se souvenait encore de la révolte des « sans-masques », après la précédente des sans-culottes. C'était il y a très longtemps. Une période d'intolérance intolérable, où chacun cherchait encore sa petite tristesse individuelle, dans un égocentrisme incompatible avec les temps nouveaux.
Et pourtant le meilleur des mondes était en marche. Les enfants rigolaient sous masques, assis sur le muret, leurs yeux de hiboux grands ouverts, les mains sur les cuisses, chacun se posant l'éternelle question existentielle : « Mais pourquoi est-ce qu'on se marre tout le temps ? » Ce n'était qu'une question de gosse, donc sans intérêt. L'autre adage avait raison : « L'inutile sort de la bouche des enfants ». Cependant, à regarder de plus près, est-ce que qu'il s'agissait vraiment d'enfants ? Certes les culottes courtes auraient dû rassurer. Et la personne de sexe féminin avait quand même des allures de fillette. Reste que depuis le XXIème siècle on savait qu'on pouvait fabriquer des faits alternatifs fondés sur de l'inexistence réelle.
En grand secret, les nouveaux révolutionnaires activistes s'étaient rassemblés dans les anciennes grottes antiatomiques. Leur mouvement : « À bas les masques » commençait à faire florès. Des centaines de partisans les rejoignaient. La révolte couvait sous le couvercle atomique. L'ébullition grondait. La terre se mettait à trembler. Certains extrémistes allaient même jusqu'à oser pleurer devant les autres. Le comble de l'outrecuidance. Même les plus ardents défenseurs du droit à la tristesse les vilipendaient.
C'est alors que « le Meilleur des Dieux » descendit des cieux à l'aide d'une corde à nœuds. On continuait à l'appeler ainsi, bien qu'il s'agisse d'une divinité féminine. Les vieilles habitudes demeurent longtemps. Il/elle avait des intentions pacifiques, ce qui changeait des anciens dieux qui adoraient guerroyer et massacrer. Elle n'eut pas de difficultés à pénétrer dans le repère des nouveaux révolutionnaires à l'aide du Sceptre d'Ottokar que l'on croyait disparu depuis la nuit des temps. Mais là-haut : « On n'oublie rien de rien, on n'oublie rien du tout, on s'habitue c'est tout », selon l'hymne de la re-création.
Tintine, car tel était le nom de la Déesse, leur proposa de créer une Idolâtrie toute neuve qui la représenterait sur terre, dont le nom sera : Le Cl'Hergé. L'accueil fut enthousiaste. Tout allait se concilier radicalement. Les tristesses seront autorisées à raison de cinq jours par année.
Un plébiscite mondial fut organisé aussitôt.
La BD, (la Bonne Décision) ce parti de la Déesse récolta quasiment tous les suffrages.
La paix heureuse et universelle se répandit dans toute la galaxie.
L'ancienne prophétie de l'apocalypse, réactualisée,3.0 pouvait enfin se réaliser :
« Elle essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. »
L'obligation d'être heureux durant toute son existence, est désormais admise partout.
Malheureusement, tout n'étant jamais parfait, quelques réfractaires congénitaux au bonheur durent accepter qu'on les élimine par effacement.
Constatant sa réussite, la Nouvelle Déesse , en habit de lumière, saisit sa corde à nœuds , l'enroula entre ses jambes de déesse (évidemment…) et avec des gestes amples fit des moulinets avec ses bras en autant d'au revoir qui n'en finissaient plus. Le peuple rassemblé en cercle jusqu'aux confins se mit à applaudir à tout rompre, ceci durant plusieurs jours. La Nouvelle Déesse finit par tirer deux fois sur la corde et un mécanisme céleste l'emporta dans les hauteurs jusqu'à ce qu'on ne la voie plus.
Dans les siècles qui suivirent personne n'oublia ce moment mémorable.
Désormais chacun pouvait librement respirer le bonheur à pleins poumons grâce à la poudre de perlimpinpin contenue dans le réservoir du masque.
Tout était désormais parfait !
Merci Alain pour ce texte dans la droite lignée d'Aldous Huxley !
RépondreSupprimerBonheur obligatoire, effacement de la tristesse et de la souffrance...
et soma "apaisant"...dans le masque !
Nous ne vivrons pas assez longtemps pour voir le début du 22ème siècle, mais j'espère de tout mon coeur que l'on n'en arrivera pas là.
Je conseille quand même à tout le monde de relire le roman. Il est plus que jamais d'actualité (son côté "science-fiction" s'est presque effacé, avec le temps).
Bel écrit, dense avec des mots joués. Un dieu sur une corde à nœuds, un nœud sur une corde à dieux. J’ai aimé voyager loin sur tes mots ... oui, oui relisons ce roman
RépondreSupprimerJ'en connais un qui va avoir des ennuis avec la Fondation M**l*ns*rt ! ;-)
RépondreSupprimerMais bravo quand même pour pour cette idée de Dieu féminin qui descend sur Terre sur une corde à noeuds !