dimanche 1 mars 2026

JEU 116 : "Vent de mars" - La Licorne


 Vent de mars

Robert Doisneau Cycliste lanceur de tracts 

rue Henry Monnier, automne 1944-printemps 1945


Il roule sur les pavés

Sans jamais regarder

Ceux qui marchent à l'ombre

Sous ma caresse enjouée

Il en oublie le nombre

Il jette ses papiers

Comme on lance des colombes

Moi, je les fais danser

Au-dessus des décombres

Les mots volent légers

Et puis soudain retombent

Dans un silence forcé

Les passants sont passés

La guerre jette ses bombes

Personne pour se soucier

D'un cycliste engagé

A part le souffle frais

Du printemps qui renaît

Rien ne laisse présager

La fin de l'hécatombe

.

La Licorne

.


"Je sais que le jour viendra

Où le vent se lèvera..."

.




Consigne :

Je vous propose de choisir un élément brut :

vent, rouille, sel, pierre,

os, boue, bois flotté, pluie…

et de rédiger un poème contemporain

où cet élément parle à la première personne,

mais sans jamais le nommer.




et pour le Jeu 116




JEU 116 : "Au vent de mars" - Lothar

 

Au vent de mars

 

Robert Doisneau Cycliste lanceur de tracts



Avec un timbre à la Pierre Palmade

Le matin commençait toujours avant moi. Et le vent de mars arrivait toujours avant lui.
Je savais que lui arrivait quand le gravier du chemin se mettait à parler. Un crissement bref, puis le petit soupir du frein, le tintement doux de la sonnette Saint Christophe. Dans mon quartier des années 2000, les pavillons retapés avaient chacun leur voix : une boîte aux lettres qui claque sec, une autre qui grince comme une vieille porte de grange, une troisième qui sonne creux. Lui, il les connaissait toutes par cœur. Il les faisait toutes chanter.

Le facteur.

Grand blond, charismatique, mèche souple à la Françoise Hardy, casquette légèrement de travers. Vélo noir un peu penché sur le monde. Et cette voix de fausset, claire, presque théâtrale comme un appel d’oiseau qui portait au-dessus des haies. On l’entendait saluer, blaguer, commenter la météo, dire à demain, parfois même chanter un bout de refrain. Il avait ce don rare : faire croire que la tournée était un théâtre ambulant et que chaque maison était une scène.

Je ne le voyais pas toujours, mais je l’entendais vivre. Je pouvais tracer son parcours à l’oreille.
C’était ça, sa présence : un son avant d’être un visage.

Il finissait presque toujours chez le père Roblin, dans la grande cabane de jardinier qui sentait la terre humide et la confiture maison. Un petit coup de gros plant bien frais, un rire, un silence complice. Rituel de fin de tournée. Partition quotidienne. À refaire le monde. On aurait pu régler une horloge dessus.

Puis le vent de mars passait, tournait, et avec lui, quelque chose changeait.
Pas brusquement. Pas tragiquement.
Juste… autrement.

Un jour, j’ai commencé à bricoler un flux RSS sur mon blog.
Je me revois, penché sur l’écran comme un marin amer sur une chaloupe à réparer. Avec des lignes de code à la place des mots. Des balises à la place des salutations. Un protocole à la place d’un visage. Le monde devenait un courant à flux continu : on n’attendait plus la lettre, on la syndiquait. On n’écoutait plus la voix, on surveillait un rafraîchissement automatique.

Et pourtant, je ne me suis jamais dit que c’était mieux ou pire.
Juste différent.
Le facteur avait un corps, une odeur de vent froid, une mèche blonde qui bougeait quand il riait. Le flux RSS, lui, avait la netteté d’un outil bien affûté. Pas de confiture, pas de détour, pas de gravier. Une information qui glisse, propre, rapide, sans bavure.

Parfois, quand une notification muette s’allume sur mon écran, je repense au bruit du vélo.
À la voix qui traversait le matin.
À la cabane du père Roblin.
À cette façon qu’il avait de porter les lettres comme on porte et confie des secrets.

Le vent de mars continue de souffler.
Il passe entre les lignes de code comme il passait entre les haies des jardins de mon quartier.
Il ne dit pas que c’était mieux avant.
Il dit que le RSS, au fond, c’est un facteur sans confiture.
Efficace.
Propre.
Et un peu triste.

Et il rappelle seulement qu’avant ça, il était un visage.



.


Ajout de La Licorne :



JEU 116 : "Les petits papiers" - La Licorne

 

 


Laissez voler
Les p’tits papiers
Au vent de mars
Mille notes éparses
S'envoleront
Papier chiffon
Sans vous toucher

Laisser passer
Tous les papiers
Papiers de guerre
Ou de colère
Qu’enfin ils puissent
Papier maïs
Se disperser

Un peu d’gaieté
Papier doré
Ce s'rait magique
Papier musique
Tant de chagrin
Papier dessin
A oublier

Laissez passer
Papier glacé
Le pire du mal
Papier journal
L'actualité
Papier froissé
Oui, c’est navrant

Tout est en ruine
Papier machine
A la télé
Papier monnaie
Tous ces gens louches
Papier tue-mouches
Sont moitié fous

C’est pas brillant
Papier d’argent
C’est pas fini
Papier tout gris
Ou l’on en meurt
Papier couleur
Ou l’on s'en fout
 
Laissez flotter
Les p’tits papiers
Dans la lumière
Papier de verre
Le ciel nous donne
Papier carbone
Sa belle clarté

Laisser voler
Les p’tits papiers
Le mois de mars
Et ses comparses
Les lanceront
Papier chiffon
Au vent fripon
 
Laissez passer
Tous les papiers
Papiers d'antan
Papiers collants
Roulez, marchez
Tous vers la paix
Et vers l'été 
 .
 
La Licorne
 
 
 
 
 


JEU 116 : "Vent de mars sur vénus" - Sébastien D






Vent de mars sur vénus



La littérature ondule avec poésie

et survole les pavés coincés dans leur mare.

Elle livre ses frasques, douce frénésie

qu’attire la lumière dans son traque-narre.



La littérature s’effeuille, poétique :

nul ne la voit par-dessus lui soupirer d’aise

dans un mouvement que je trouve si lyrique,

bien qu’il sorte du caniveau tant de foutaises.



Pages élevées, soignées et irradiées

d’une onde virginale par trop méconnue :

aucune ombre n’est par ce souffle incendiée,

saisie comme solitude mal contenue.

.








JEU 116 : "2042, Le vent de mars, hors ligne" - Lothar

 
 
Robert Doisneau Cycliste lanceur de tracts 
rue Henry Monnier, automne 1944-printemps 1945

 

 

La guerre éclair fait rage

Les réseaux sont tous tombés
comme des constellations mal fixées.

Les satellites tournent encore et encore
mais ils ne parlent plus à personne.
Les écrans s’allument
sur des silences blindés de parasites.

Dans les villes d’information,
les tours de serveurs
respirent un air chargé de virus.
Les données s’entrechoquent,
s’entre-dévorent.
Les archives se contredisent.
La vérité change d’adresse
plus vite que le vent.

Et pourtant
il y a cet homme.
Lui.

Un vélo simple.
Une chaîne qui grince.
Un manteau trop léger pour mars.

Il n’est connecté à rien
sinon à la rue.

Dans sa sacoche
des tracts imprimés à l’encre imparfaite.
Le papier a une odeur.
Une densité.
Un poids minuscule mais réel.

Il pédale entre les façades bardées d’antennes mortes.
Il lance les feuilles dans l’air froid.

Le vent de mars les prend.
Pas un vent numérique.
Un vent qui soulève les cheveux
et pique les yeux.

Les machines calculent encore.
Elles optimisent la pénurie.
Elles trient les survivants par probabilité.
Les collabos comme les ennemis,
Elles n’aiment pas, ne haïssent pas.
Elles exécutent.

L’homme, lui,
s’obstine.

Cet inimaginable progrès industriel
avait promis l’abondance fluide,
la communication infinie,
la paix par l’algorithme.

Il a enfanté
des tempêtes de torpilles invisibles,
des villes saturées de fakes news,
des virus plus rapides que la peur,
un dessèchement lent
dans des cités sans postérité.

On ne rejettera pas l’informatique.
On ne brisera pas les machines par colère.
On ne renoncera ni à l’électricité
ni aux sciences.

Mais on devra les placer plus bas
que la vie.

Plus bas que les enfants.
Plus bas que les visages
qui se regardent sans interface.
Plus bas que l’amitié
qui ne demande aucun mot de passe.

Le cycliste tourne au coin d’une avenue.
Il jette encore une poignée de tracts.

Ils volent mal.
Ils tombent parfois dans les flaques.
Ils se froissent.

Mais ils existent.

Dans un monde où tout peut être effacé à distance,
le papier résiste par simple présence.

Le vent de mars ne choisit pas de camp.
Il traverse humains et machines
avec la même indifférence cosmique.
Mais il relève
ce qui tient debout par effort.

Et ce jour-là,
dans la guerre entre calcul et conscience,
entre conscience et calcul,
ce n’est pas la vitesse qui gagne.

C’est le geste.

.

Lothar

 

JEU 116 : "Tracts sur la ville" - Jill Bill




Tracts sur la ville


Des tracts comme des papillons
Comme si il en pleuvait
Au vent de mars.... Regarde Henri, regarde !


Ca, c'est encore Robert qui s'amuse
Depuis le balcon de son troisième étage !
Un jour il jettera l'argent de ses parents par les fenêtres, j'te l'dis...


Aaah ça c'pourrat bien tiens ! Eh eh ;
On s'battra dans la rue, j'te l'dis, aussi !


Mouais, ça nous changerait des bombes !!!!
Marre des sirènes d'alerte sur la ville ;
J'envie le copain Gaspard qui vit dans ses montagnes......


Alors, c'est quoi ces, tracts, hein..... !?


Minute papillon...
Ben juste les pages d'un bouquin ;
« Le mauvais garçon » !


Ca lui va comme un gant à Robert !





JEU 116 : "Vent de Mars"

 

 

- Atelier d'écriture pour le mois de mars -

 
Chers ami(e)s écrivant(e)s,
 
Ce mois-ci, je vous propose de prendre
 comme source d'inspiration
cette photo de Robert Doisneau :
 


ainsi que le livre :
 
 
d'Henri Pourrat 

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Comme d'habitude, vous pouvez (au choix) :


- Placer les mots du titre

dans l'ordre ou dans le désordre

- Prendre le titre de ce livre comme titre de votre texte

- Ou faire référence dans votre texte au contenu de l'oeuvre

(en l'imitant, le complétant, le citant...etc)

.


Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 mars 2026
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A votre imagination...
 
et  que le vent printanier 
 
nous apporte vite
 
vos créations ! 
 

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La Licorne
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