dimanche 5 novembre 2017

Voeu empoisonné

 
 
Pour l'atelier Mil et Une
 
Avalokiteshvara à mille bras (musée Guinet)
 
Mot à insérer :  fanfare
 
 
 
...ça avait commencé comme ça :
un soir, elle s'était endormie en pensant 
aux mille choses à faire le lendemain...
et elle avait souhaité très très fort
avoir deux bras de plus pour y parvenir.
Et au matin, stupéfaction :
ils étaient là !
Elle s'était réjouie et avait abattu sa besogne
 en un rien de temps.
Le soir, elle avait même pu s'allonger sur le canapé 
pour regarder un vieux film  des années 70,
chose qui ne lui était plus arrivée depuis la même date.
Cela avait duré un mois ou deux.
La belle vie.
 
Et puis, voilà : les autres s'étaient habitués
à cette nouvelle cadence.
Ils lui en avaient demandé un peu plus.
A nouveau, elle s'était endormie avec son désir.
A nouveau, elle avait hérité d'une nouvelle paire
de "mains agiles".
Et elle était repartie de plus belle.
En fanfare.
 
Un mois plus tard, elle en faisait trois fois plus...
Sans fatigue, certes,
mais tout de même...
Un cycle infernal avait alors commencé.
Toujours plus, toujours plus...
 
Petit à petit, elle avait dû changer ses habitudes.
Elle avait renoncé à se peindre les ongles.
Plus le temps.
Elle ne mettait plus que des pulls informes
aux manches surdimensionnées,
pour y cacher tout son "attirail".
Elle ne pouvait plus prendre l'avion :
les voisins se plaignaient.
 
Et puis, un jour, elle s'était aperçue qu'il lui fallait plus de temps
pour se laver les mains que pour effectuer son travail.
Elle s'était alors sentie comme le petit mille-pattes
des blagues de son enfance :
vous savez, celui qui voulait jouer au foot
et qui ne le pouvait jamais, parce que,
le temps qu'il lace ses chaussures,
le match était terminé.
Elle s'était alors gratté la tête
(un bon millier de fois)...
et était allée se coucher
avec une ferme résolution.
 
Le lendemain matin,
elle n'avait plus que dix doigts...
pour faire ce qu'il se doit.
Ils ont tous râlé, bien sûr.
Ils n'ont pas aimé.
Mais elle a tenu bon...
et je crois qu'elle a eu raison !
.
La Licorne
.
 
 
 


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