Trèfle de plaisanterie, le carreau pique au cœur.
Mieux valait se tenir à carreau en présence de ces quatre filles chapeautées, dont l'inspecteur de police en civil prend les coordonnées.
Elles prétendent être les filles d'un Docteur qui aurait une certaine notoriété. Encore faut-il en apporter la démonstration. L'inspecteur à chapeau (qui n'en a pas un à carreaux) s'apprête à arrêter ces dames. Il entend viser dans le mille, pas à côté du carreau.
La première fille fait semblant de lire et regarde par-delà le carreau de la fenêtre espérant ne pas trop se faire remarquer. — Voilà la plus suspecte, songe l'inspecteur à travers les carreaux de ses lunettes.
La deuxième, il la connaît quelque peu. Elle fréquente les endroits louches, les tripots, les salles de jeux d'arrière cour, tentant sa dernière chance, son ultime pari, enfin comme elle dit, de jouer son dernier carreau.
La troisième lit on ne sait quel papier pour détourner l'attention. Elle cherche comment se donner un genre intellectuel, cultivé en diable au corps. Mais son document n'est jamais qu'une notice de médicaments qu'elle a chipée dans le bureau de son père médecin. — Cette pimbêche ne va pas tarder à se prendre un carreau dans la tête, se dit par-devers lui l'inspecteur intuitif.
La quatrième suspecte se tient de dos vêtue d'un manteau couvert de petits carreaux somme toute qui prêtent à rire et un chapeau qui se veut assorti, mais qui serait plutôt à sortir, étant donné qu'il frise le mauvais goût le plus chic. Certes, le ridicule ne tue pas, mais elle a quand même des allures à fomenter un assassinat. — Mon opinion est faite, elle avouera tout, comme un carreau qui se brise, elle sera condamnée à perpétuité, bouillonne l'inspecteur dans la tête échauffée.
C'est alors qu'un dénommé March qui se prétend Docteur en médecine et qui plus est chirurgien esthétique en toc, surgit et déclare venir récupérer ses progénitures, lesquelles ont intérêt à se tenir à carreaux si elles ne veulent pas tomber sous les foudres du paternel dont la pile atomique, qu'il s'est greffée, est en surchauffe et présente un danger imminent.
Notre inspecteur, fin limier, électrisé, voit ses cheveux se dressent sur la tête. C'est un signe d'action immédiate. Il donne l'alerte.
Rapidement les pompiers déboulent dare-dare, la lance à la main pour fouler aux pieds l'incendie prêt à se déclarer.
La presse à scandale, toujours aux aguets, fait irruption elle aussi, prête à écrire des titres en lettres grosses comme des carreaux de salle de bains pour inonder la populace, sous des douches de nouvelles inventées de toutes pièces à vivre.
Au final c'est l'auteur de ces lignes qui finit par être incarcéré parce qu'il n'a pas su se tenir à carreau. Il ne faut jamais défier l'autorité et encore moins les puissants médias, quelques soient les circonstances, même si l'on pense que l'on a visé dans le mille et pas à côté du carreau. C'est d'ailleurs ce que nous avons affirmé dès le début de cette chronique.
Notre sort est désormais de rester collé aux carreaux de la cellule en attendant des jours meilleurs ou funestes.
Ah mais quelle histoire ! Humour et jeux de mots sur le carreau ! C'est farfelu à souhait, j'adore !
RépondreSupprimerAn'Maï