jeudi 30 avril 2026

JEU 117 : "Chapeau ? Bah..." - Tiniak


Chapeau ? Bah…


Sur le Quai de Juillet, quasi désert
un bien triste minois, le nez en l’air
et l’air de dire…
“Le déluge et puis, quoi de pire ?”

L’onde lui adressait quelques œillades
prêtes à recueillir son cœur malade
à en crever…
le sombre plafond des nuées

Moins pleureux sous le saule aux bras ballants
j’observais cette scène, incidemment
laissant ma peine
aux bons soins d’autres quarantaines…

Si j’osais ?… Et j’osai ! lui faire un signe…
Elle se cabra d’un coup, le port digne
interrogeant
de son regard, mon sentiment

Dans un pli de l’ombre complice
elle s’évanouit… Ô supplice !
Adieu, Donzelle…
Qui saura jamais quel vain tourment te rappelle… ?

Passe un fugace et morne soir…
Puis quelques jours, sans rien à voir


Mais, j’en suis sûr… Oh je le jure !
Alors que j’attendais mon train
(pour un Quelque Part incongru)
tout soudain, je l’ai reconnue
journal en main
mise bourgeoise et moins catin

Et – j’en mettrais ma main au fion !
Elle m’a remis… Ce frisson !
mais, sitôt passé le suspens
de cet ineffable moment
“Adieu, bonhomme !
Prière d’oublier au mieux Ma Pomme”

Chapeau, La Belle (guérie, donc) !
Je lécherai ton guéridon
(sitôt partie vers… ta clinique ?)
pour apposer ma poLétique
sur le carnet
où j’ai coutume, au vrai, de tout bien 
effeuiller




lundi 20 avril 2026

JEU 117 : "La trouille du siècle" - Joe Krapov


LA TROUILLE DU SIECLE


 
L’homme avait des visons. Enfin, des visions. Quelquefois il considérait sa femme et voyait en elle un chameau. Cela n’était en rien insultant, dégradant ou même misogyne. D’ailleurs nous n’avons aucune raison d’en vouloir au camélidé. C’est un animal tranquille, utile, un tantinet exotique, certes, mais synonyme de régions chaudes, de tourisme et de vacances. Il est différent de nous en ce qu’il blatère alors que nous sommes, nous, du genre à déblatérer. 
 
Si celle à qui il s’était uni devant monsieur le maire et les familles réunies était à ses yeux un chameau, c’est en raison du fait qu’elle le véhiculait bien souvent.
 
Et donc, une semaine dans l’année, afin de l’en remercier, il lui offrait un désert, avec voyage en train, hôtel, restaurants. Il commandait le tout lui-même grâce à cet outil magique, Internet, où le client fait tout le boulot, fait chauffer sa e-carte bleue et où à l’autre bout on se contente d’encaisser la braise et de veiller à ce que le distributeur de café fonctionne bien à l’heure du breakfast.


On dit énormément de mal des déserts. C’est à tort. On nous méga-bassine avec les déserts médicaux, les déserts culturels mais de fait ces étendues de sable, ces zones blanches ou ces villes forcément minuscules aux yeux des habitants de l’antique Lutèce qui ne voient de bon bec qu’en leur tonitruante cité, nonobstant qu’en matière de bonbecs, le Mistral est gagnant-gagnant, ces bourgades que régente un officier de l’État à casquette qui, comme nous le suggère M. Daudet dans une lettre envoyée de son moulin, versifie des alexandrins au lieu de grands discours dans les étendues d’herbe verte (là où est le bonheur dixit M. Fort ?), tous ces territoires inconnus des richous qui s’en vont en avion à l’autre bout du monde contiennent d’infinies richesses et ce serait bien que le style de Marcel de Combray se barre de cet énoncé déjà bien longuet, ma foi !
 
Il faut juste aimer l’histoire, l’accumulation de vieux meubles, de tableaux, de statues, de choses et de faits d’autrefois.
 
Le dernier désert où l’homme a emmené sa femme vêtue d’un vison, d’un collier et d’un ridicule bibi se nommait Blois et était, est toujours le chef-lieu du Loir-et-Cher, ce morceau de France où habite la famille du gars Michel D., le chanteur nostalgique du café « Chez Laurette ».

 

 

On y trouve l’amusante Fondation du doute, un admirable musée des arts religieux, une cathédrale sans grand intérêt, une maison des acrobates, de belles images de gabares d’aujourd’hui et, au château, de belles images de bagarres d’autrefois. Ici, quarante-cinq favoris d’Henri III assassinèrent le duc de Guise et dans l’édifice religieux jouxtant le castel, Léonard de Vinci gît encore aujourd’hui en son humble tombeau.
 
***
 
Le midi, dans le restaurant où ils déjeunèrent, l’homme qui considérait sa femme comme un chameau eut une autre vision : celle du fessier ténu de la jolie serveuse, celle de ses cheveux roux, de son sourire naturel. Son amabilité, sa grâce, son aide en vue d’afficher le menu via un QR code le touchèrent. Était-ce un délit d’être ainsi séduit ? Quand on regarde le monde, quand on ne fait que regarder les gens, est ce un crime ? Quel en était le châtiment ? Est-ce que Dostoïev skie ?
 
Tout en discutant de Louis XII, d’Anne de Bretagne et de la salle des États-généraux, il regarda la femme de sa vie et au lieu du chameau, il vit un château ! Il songea à ce qu’ils vivaient ensemble, à toutes ces années écoulées en confiance totale et sa trouille du moment et ses questions idiotes s’évanouirent : l’homme qui regardait sa femme comme un château découvrit qu’il n’y avait en elle ni échauguettes, ni mâchicoulis ni surtout… aucune meurtrière !
 
C’est donc tout à fait rasséréné qu’il avala son faux-filet de bœuf, ses frites et sa salade.
 
 
N.B. 1
 
Cher Défiant·e·s du samedi, j’ai un chouïa la trouille de m’être bien gouré. Je crains fort d’avoir traité ici la consigne d’écriture 117 de Filigrane, l’atelier de Dame Licorne.

 Je suis effrayé de surcroît en constatant l’absence, dans tous les vocables de cette contribution, de la seizième des lettres du système utilisé en vue de constituer, avec des consonnes ou des voyelles, des syllabes, des mots, des énoncés et des romans fleuves dont le début nous causerait d’un mondain souffreteux qui durant des années se coucha de bonne heure ».
 
Je vous l’assure : j’ai les chocottes, je tremble des glaouis devant ce fait fort inquiétant : l’influence qu’exercent sur moi les affidés de Raymond Queneau et de l’autre Georges, celui qui arrive à faire des récits sans caser des « e » et des omelettes sans casser des œufs, devient vraiment très inquiétante. Dès demain, je vous en fais serment, je vais consulter !
 
 
N.B. 2
 
- C’est quoi ce charabia, Joe Krapov ?
 

- J’ai bien peur d’avoir pondu un lipogramme en p à partir de la première photo et du bouquin « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau » ! ;-) 


Joe Krapov



dimanche 19 avril 2026

Pour Mil et Une : "Charles-Edouard"




Après deux mois de passion charnelle et intense, Charles-Edouard l'avait quittée sans une explication.

Elle était allée au restaurant qu'ils avaient l'habitude de fréquenter. A l'heure habituelle. 
Elle avait commandé deux flûtes de champagne, deux steaks de cheval avec une sauce aux champignons, un peu de chaource et deux crèmes brûlées (au chalumeau). Leur menu préféré.

Puis elle avait attendu. Longtemps.

Elle avait fini par tout manger, seule.

La colère lui donnait de l'appétit.

Comment son coeur avait-il pu battre si fort pour ce chasseur au chapeau vert ? Comment avait-elle pu se laisser berner par ce grand gaillard au regard aussi charmeur que chafouin ? Comment avait-elle pu être aussi naïve ?

Elle aurait dû se douter que cette histoire allait très vite chavirer...et qu'elle se retrouverait à sauter dans la première chaloupe, avec son chagrin et son amertume pour seule compagnie.
 Elle aurait dû, oui.

Mais voilà, à chaque fois, elle y croyait. A chaque fois, elle pensait que ce serait différent...A chaque fois, elle se rejouait cette scène où une femme et un homme se jetaient dans les bras l'un de l'autre...chabadabada, chabadabada...

Il n'y a que dans les films que les histoires d'amour finissent bien.

" Garçon, un café, s'il vous plaît !"

Machinalement, elle avait ouvert le journal à la page des petites annonces.

"Veuf, charmant, possédant un chalet à Chamonix, cherche âme soeur pour partager des moments chaleureux, et plus...si affinité".

Tiens, il y a de nouvelles propositions.

Voyons voir...


La Licorne



Pour l'Atelier Mil et Une
 
.



Tautogramme

avec les mots :
chapeau
chagrin
charnel
chafouin
chasseur
chavire
champagne
chaource
chaloupe
chalumeau

et un intrus : CHEVAL



vendredi 17 avril 2026

JEU 117 : "Confusion" - Lilousoleil

 



Confusion


Dans le café aux murs pâles, elle était assise comme une image figée dans le temps, un

 chapeau légèrement incliné sur la tête, une tasse délicatement tenue entre ses doigts. Tout en

 elle semblait à sa place — trop à sa place, peut-être.

L’homme entra sans vraiment regarder. Il avait cette manière étrange de percevoir le monde,

 comme si les choses n’étaient que des formes à assembler, des objets à classer. Il balaya la

 salle du regard, s’arrêta un instant sur elle… puis détourna les yeux.

Il s’approcha.

Pardon, dit-il doucement en tendant la main.

Elle leva les yeux, surprise, mais avant qu’elle n’ait le temps de répondre, il attrapa son

 chapeau. Enfin — ce qu’il croyait être son chapeau.

Ses doigts effleurèrent ses cheveux, puis sa tempe. Il fronça les sourcils, perplexe, comme si

 l’objet refusait de se laisser saisir correctement.

Étrange, murmura-t-il. Ce chapeau est… chaud.

Elle resta immobile, une seconde, deux secondes. Le monde sembla suspendu entre deux

 interprétations possibles : l’erreur ou la folie.

Monsieur, dit-elle enfin, d’une voix posée, je crains que vous ne confondiez.

Il recula, soudain déstabilisé, regardant sa main comme si elle venait de le trahir.

Je… je pensais…

Mais il ne termina pas. Car ce qu’il voyait ne correspondait pas à ce qu’il comprenait. Pour

lui, les visages étaient des formes floues, des ensembles incohérents. Les objets, eux, avaient

 une logique rassurante.

Elle, en revanche, n’était pour lui qu’un contour élégant, surmonté d’un accessoire.

Vous prenez peut-être trop de choses pour ce qu’elles ne sont pas, ajouta-t-elle doucement.

Il la regarda de nouveau, plus longtemps cette fois. Quelque chose semblait changer dans

 son regard, comme un effort douloureux pour dépasser la surface.

Et vous, demanda-t-il, n’êtes-vous jamais prise pour autre chose ?

Elle esquissa un léger sourire.

Tous les jours.

Un silence s’installa. Puis il hocha la tête, lentement, comme s’il venait d’apprendre une

 vérité simple et immense.

Il s’excusa, maladroitement, et s’éloigna.

Elle reprit sa tasse, mais ne but pas. Elle regardait la porte par laquelle il était sorti, songeuse.

Car au fond, pensa-t-elle, il n’était peut-être pas le seul à confondre les êtres avec des objets

. Certains regardent sans voir. D’autres voient sans comprendre.

Et parfois, il suffit d’un chapeau — ou d’un visage — pour révéler à quel point le monde

 peut nous échapper.


Lilousoleil





mercredi 15 avril 2026

JEU 117 : "Rupture" - An'Maï

 



Rupture


L'homme l'a posée là comme on pose un chapeau

Ou comme un pardessus sur son porte-manteau.

Il l'a déposée là, l'aurait-il oubliée?

Depuis sa femme attend, la mine résignée.

.

Une tasse à la main, dans l'autre une revue

Qu'en le guettant, dix fois déjà elle a relue,

Elle fixe le vide, la belle élégante,

Cela lui donne en fait, une allure distante.


«Attends-moi, je reviens !» C'est ce qu'il a promis.

Mais son attente est vaine. Enfin elle a compris !

Sous son joli bibi, son étole de reine

La femme abandonnée à la mine lointaine,


Ne voit rien, n'entend rien, perdue dans ses tourments.

Son mari l'a quittée, d'un coup c'est évident !

Il a pris son chapeau, ses claques et ces cliques.

Voilà d'une rupture le récit clinique.

.

An'Maï

.




lundi 13 avril 2026

Mil et une : "Dali"


Pour l'atelier Mil et Une

Sujet 182




Le soleil luit

Alors Dali

Plonge son pinceau

Dans l'astre d'or.


Devant l'oiseau,

Oui, Salvador,

- Fou ou génie ? -

Dé-peint la nuit.

.

La Licorne

.



jeudi 9 avril 2026

Atelier de Villejean : "Le vocabulaire d'antan"

 

"Eh, ça boume ?"



C'est l'histoire d'une mouflette de treize piges, qui veut jouer les nanas. Ses parents ne s'occupent pas beaucoup d'elle, ils sont trop occupés par leur propre vie. A vrai dire, la seule personne qui la comprend vraiment, c'est son arrière-grand-mère, Poupette. Elle, elle est vachement chouette. On peut tout lui raconter. Ensemble, elles ont de grandes causeries. 



Un jour, la miss est invitée à une surboum. Elle trouve ça épatant mais elle s'aperçoit assez vite qu'elle n'a rien à se mettre : ses fringues à deux francs six sous, la petite laine sur le tricot de peau, le gros chandail et les grolles uséesça va pour aller au collège, mais pas pour aller gambiller ou danser. Elle se cloître alors dans sa cambuse et passe des plombes à essayer des vêtements, histoire de trouver un truc qui l'avantage un peu. 

Puis elle sort à intervalles réguliers pour faire sa mijaurée devant sa mère qui lui lance des :     "Mazette !", "Punaise ! ", "Terrible !"...et des "Trop chou ! " sans interrompre son travail de dessinatrice.

Bon, la fin de l'histoire, tout le monde la connaît : Vic va se rendre à la nouba de Raoul et s'enticher d'un petit gars au joli minois. Tout le monde se souvient du moment où le pick-up débite ce slow inoubliable : "Dreams are my reality...", de ce moment où, au beau milieu du chahut, le temps semble s'arrêter...



Ce genre de scène, c'était trognon. A l'époque, c'était encore assez "soft" ; deux tourtereaux qui se bécotent sur une belle musique, une fille qui en pince pour un garçon de son âge...y'avait pas de quoi fouetter un chat. 

Quelques années plus tard, les parents s'inquiètent pour bien autre chose : le "Jules" en question est-il un blouson noir, un cador, un margoulin tatoué qui roule en pétrolette et qui se fait de l'oseille  en fourguant de la came à ses potes ? Apporte-t-il, en douce, de la bibine, des alcools forts ? La java va-t-elle se terminer en désastre, chaque invité finissant par rendre ses boyaux dans tous les coins de l'appartement ? Ou pire : va-t-elle se terminer au panier à salade ? Vont-ils devoir "casquer" pour récupérer leur petit poussin ? 

Ce genre de faits divers, malheureusement, il y en a plein les gazettes.

Alors, pris d'angoisse, les parents bigophonent quatre fois dans la soirée pour savoir si tout se passe bien. Du coup, leur fille les trouve absolument assommants et elle leur fait la tronche jusqu'à noël...

...quand elle ne fait pas sa valoche pour se tailler au bout du monde...avec toutes ses éconocroques et un gus complètement branque...afin de bien leur faire comprendre, à ses deux "vioques", qu'elle n'est plus une gamine, qu'elle a l'âge d'être libre...et qu'ils n'ont pas intérêt à la brider...

Pour sûr, nous vivons une époque "moderne"...


La Licorne

.


Pour l'Atelier de Villejean

"Parler comme ses arrière-grands-parents"

(Les mots "démodés" sont en italique dans le texte...

j'en ai "casé" une bonne cinquantaine :-)



mardi 7 avril 2026

JEU 117 : "Bizarrerie bien bizarre" - Jak

 



Olivier Mutismebavard,

lui avait donné rendez‑vous dans ce bar chic

de la Rue de l’Asile, célèbre dans tout Paris.

On la surnommait « la rue où les mots se cachent sous les pavés »,

parce qu’on y trouvait plus d’enseignes de psychothérapeutes

que de numéros de rue.


Un endroit parfait pour commencer une histoire :

Un bar trop cher, un inconnu au nom improbable,

et une rue où même le syllabes étaient muettes

Mais le hic, c’est qu’Olivier

(rencontré sur internet)

était très bavard

Contrairement à elle.


Elle l’attendait avec impatience.

Elle en était à son 3ième verre de verveine apaisante,

mais la tension montait en elle

Sous son chapeau BCBG, les neurones s’agitaient.

Elle n’aurait jamais dû avoir à ce recours sur la toile,

d’autant plus que ce stratagème, dans le cas présent,

n’était pas encore d’actualité, puis que nous

étions début 20ième siècle !


Bizarrerie bien bizarre !


Enfin, il entra, décontracté, une écharpe posée

négligemment sur son col, sans chapeau,

les cheveux en bataille comme s’il avait traversé

un courant d’air.



D’emblée, il lui demanda ce qu’elle cherchait :

une aventure de passage,

un mariage, des enfants,

ou juste un café expresso.



Elle poussa un long soupir,

puis balbutia quelques sons inaudibles,

une sorte de brouillard vocal.



Il la fit répéter.

Et bis repetita : rien.

Pas un mot, pas une syllabe,

pas même un petit “heu” discret


Et pour cause : elle était aphasique.


Pas un drame, juste une manière particulière

de laisser les mots jouer à cache‑cache.


Aujourd’hui encore, après bien des décennies,

on se demande comment ils font

pour si bien s’entendre dans ce silence.


Peut‑être parce qu’au fond, dans la Rue de l’Asile,

les mots se cachent… mais les gens, eux, se trouvent.






AI : "Petite coupure" - La Licorne


Pour l'Agenda ironique d'avril

chez Tiniak




Pendant la toilette du matin, il avait susurré :
"Miroir, miroir, dis-moi si je suis beau ?"
tout en se regardant sous tous les angles.
On est star ou on ne l'est pas, n'est-ce pas ?

Au bout de quelques films à succès,
la vie change, c'est vrai :
On plaît à Pamella, à Cunégonde
et on se prend pour le nombril du monde.

Le miroir avait souri,
le miroir avait réfléchi...
et il avait répondu :
"En avril, ne perd pas le fil."
Le fil ? Quel fil ?
Le fil de l'histoire ?
Le fil du rasoir ?

Aïe ! C'est justement à ce moment-là
qu'il s'était coupé le menton...
Une goutte de sang était tombée sur le lavabo blanc.
Nul doute que la méchante reine eût été contente
de cette référence à sa fille.
Lui aussi, d'ailleurs, avait une "belle-fille"...
mais le trait d'union faisait toute la différence.

Il s'était essuyé le visage.
"Me voilà bon pour jouer Harry Potter !"
avait-il pensé en examinant la coupure en zig-zag.
Il avait attendu que ça ne saigne plus
puis il avait pris son téléphone.

"Allô, Lola ? ça va ?
Dis, on va au ciné-club demain.
On y passe "Tchao Pantin"
et on m'a invité.
Tu veux nous accompagner ?
Histoire de revoir ton vieux beau-père,
dans un de ses plus beaux rôles...
On mange au resto après.

Non ? T'es pas libre ?
Bon, ben, tant pis, alors...
Attends, je ne t'entends plus...
T'es dans le métro ? Y'a du bruit?
Ouais, y'a beaucoup de bruit, même...
Je t'entends en pointillés...
J'ai perdu le fil...
Qu'est-ce que tu disais ?
Que t'as bien le temps de le voir, 
le film ? Que c'est pas urgent ?
Ok, ok. 
Allez...bisous...A plus !"

"Ah, ces jeunes !
Aucun respect pour les aînés...
Ils n'ont pas de pitié...
Faut te faire une raison, Richard...
Tu n'intéresses plus grand monde...
t'es complètement "has been".

Il avait décroché une des oranges suspendues,
l'avait épluchée et avait croqué dedans.
Le jus, en coulant, avait ravivé la plaie.
Il avait voulu crier...
mais impossible :
un morceau était resté coincé
au fond de sa gorge.
.

La Licorne

.



Sur le thème 
"Miroir sans fil"

Tiniak nous proposait 
de placer au moins quatre des mots 
- ou expressions -
 suivants :

Tasse Mobil (hin hin)
Tchao Pantin,
nombril du monde, Cunégonde,
“Et mon courroux coucou !” (sic)
pâte-fix, remix
Pamella, blâme 
(et/ou) 
slam, bam, amstamgram,
et puis, bien sûr, 
miroir

Avec, en sus, la mention en toutes lettres :
"Perdu (,) le fil"

.




Et à ceux qui ne l'ont pas encore perdu, le fil,
  je propose un petit "retour dans le passé"
avec un texte d'AI datant d'avril 2016,
(il y a "pile" 10 ans...c'est fou !)

Le thème était - presque - le même...
et c'est ici :

.



Et aussi, pour finir, ce petit montage 
destiné à raviver votre culture... 
cinématographique.
.








vendredi 3 avril 2026

JEU 117 : "La femme qui prenait son regard pour un chapeau" - Lothar

 

 

Elle est là, assise, tasse en main.
Ses doigts portent déjà quelque chose qui ressemble à des chapeaux,
comme si chaque geste portait mémoire d’un départ.

Il est sorti, à huit heures, comme d’habitude.
Le chapeau est resté, suspendu à la patère.
Et elle, suspendue à son rôle.
Invisible, mais présente.

Elle se souvient : dix ans de mariage,
dix ans à être meuble, décor, habitude.
Mais ce matin, quelque chose a bougé.
Pas dans la maison – dans l’image.

Elle a relu ses textes, les siens, les autres.
Les textes cliniques du défi.
Une fois, puis deux.
Elle a revu la scène : la femme, le chapeau, la tasse.
Et soudain, le chapeau a parlé.
Pas pour dire, mais pour déplacer.

Le regard n’était plus celui de l’homme.
Ni celui du narrateur.
C’était le sien, enfin.
Celui qui sort avant lui,
qui boit son café ailleurs,
qui rentre quand elle veut.

Elle a compris qu’on ne devient pas invisible d’un coup,
mais par petites habitudes consenties.
Et qu’il suffit un jour de mettre un chapeau,
de lever la tête,
pour que le monde – voire son cher mari –
se souvienne qu’elle a toujours été là.

Alors elle a pris la tasse,
et dans le reflet du café,
puis dans le mirage du marc,
elle a vu non pas un chaton, mais un chapeau minuscule
posé sur chaque doigt,
comme une pensée qui tient.

Elle n’a rien dit.
Elle n’a plus besoin de dire.
Le récit s’écrit seul,
dans le silence des chapeaux.

.

Lothar

 

jeudi 2 avril 2026

JEU 117 : "L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau" - La Licorne

 



 

Il est sorti. A huit heures.

Comme d'habitude. 

Son chapeau est là, accroché à la patère.

Un peu vieux, un peu usé, légèrement cabossé.

"Comme moi" pensa-t-elle.

Je suis devenue comme ce couvre-chef. 

Posée là, en attente. A disposition.

Une présence rassurante.

Mais invisible.

Le matin, il se lève, boit son café,

lit son journal et commente les nouvelles.

Sans même lever le regard sur moi. 

Je peux être maquillée, pomponnée, élégante...

ou en robe de chambre, 

cela ne change rien.

Dix ans de mariage. 

Et voilà. 

Mon mari considère sa femme comme un meuble. 

Il part à la clinique, vaque à ses occupations,

soigne ses patients, rentre tard.

Et le lendemain, il s'attend à ce que je sois là. 

A la même place que la veille. 

Comme son chapeau.

Et moi, j'attends. Passive. Résignée.

Pour toujours ?

Eh bien, non.

Aujourd'hui, j'ai envie d'inverser les rôles.

Aujourd'hui, je serai l'homme

Celui qui prend son café, lit son journal, 

met son chapeau, sort...

et revient à la maison quand il fait nuit.

Aujourd'hui, je vais écrire un autre récit.  

Je vais sortir avant lui

et rentrer après lui.

J'irai prendre mon petit-déjeuner 

à la brasserie du coin.

Je ferai les magasins toute la journée.

Je dînerai au restaurant, seule. 

Et je ne rentrerai que quand je l'aurai décidé. 

 Non, mais !

Ce  n'est pas parce que je m'appelle 

De la Rochefoucauld

que je suis condamnée à jouer les potiches. 

On est en 1970, que diable ! 

Il est temps de sortir...

des stéréotypes. 

.

La Licorne

 

 Recherche mots clés, vieux paris, photos anciennes et photographies d ...

 

Consignes du Jeu 117 

et de l'Atelier d'Ecriture créative

 

Proposition 316 – Quand le héros change de costume

Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu’il se passerait-il si la princesse sauvait le chevalier ? Si le dragon avait peur du village ?  L’idée de cette proposition est de renverser les clichés !

Consigne : Écrivez une scène en inversant un cliché connu

Vous pouvez choisir un conte, un stéréotype de film, une situation courante ou même un trait de personnalité attendu.

 

 

mercredi 1 avril 2026

JEU 117 : "Alphonse" - La Licorne



Photo d'Anna Osk



Mais que fait cette femme sous un bibi d'antan ?

Elle consulte le journal : est-ce pour les infos ?

Cherche-t-elle les nouvelles du Moyen-Orient ?

Est-elle en train de lire le bulletin météo ?


Elle a mis son vison et son plus beau chapeau

Elle a sorti ses perles et ses boucles d'oreilles !

Pourquoi boit-elle un thé, dans ce petit bistro

A sept heures du matin, dans un demi-sommeil ? 


Sans me faire remarquer, je passe derrière elle

Et je jette un coup d'oeil sur la page grande ouverte :

Bon, je me suis trompé...sur la belle demoiselle.


Le journal est ouvert sur les petites annonces !

On y lit :  "Récompense, forte, sera offerte

A qui retrouvera...mon petit chat Alphonse".

.

La Licorne

.

Hair Work 89577, Katrin Sif Jonsdottir · Modelisto

Photo d'Anna Osk



P-S : Je sais, je sais...

je n'ai pas respecté mes propres consignes...

(insérer les mots du titre...)

Je le ferai dans un texte ultérieur...

.