

- J’ai bien peur d’avoir pondu un lipogramme en p à partir de la première photo et du bouquin « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau » ! ;-)
Dans le café aux murs pâles, elle était assise comme une image figée dans le temps, un
chapeau légèrement incliné sur la tête, une tasse délicatement tenue entre ses doigts. Tout en
elle semblait à sa place — trop à sa place, peut-être.
L’homme entra sans vraiment regarder. Il avait cette manière étrange de percevoir le monde,
comme si les choses n’étaient que des formes à assembler, des objets à classer. Il balaya la
salle du regard, s’arrêta un instant sur elle… puis détourna les yeux.
Il s’approcha.
— Pardon, dit-il doucement en tendant la main.
Elle leva les yeux, surprise, mais avant qu’elle n’ait le temps de répondre, il attrapa son
chapeau. Enfin — ce qu’il croyait être son chapeau.
Ses doigts effleurèrent ses cheveux, puis sa tempe. Il fronça les sourcils, perplexe, comme si
l’objet refusait de se laisser saisir correctement.
— Étrange, murmura-t-il. Ce chapeau est… chaud.
Elle resta immobile, une seconde, deux secondes. Le monde sembla suspendu entre deux
interprétations possibles : l’erreur ou la folie.
— Monsieur, dit-elle enfin, d’une voix posée, je crains que vous ne confondiez.
Il recula, soudain déstabilisé, regardant sa main comme si elle venait de le trahir.
— Je… je pensais…
Mais il ne termina pas. Car ce qu’il voyait ne correspondait pas à ce qu’il comprenait. Pour
lui, les visages étaient des formes floues, des ensembles incohérents. Les objets, eux, avaient
une logique rassurante.
Elle, en revanche, n’était pour lui qu’un contour élégant, surmonté d’un accessoire.
— Vous prenez peut-être trop de choses pour ce qu’elles ne sont pas, ajouta-t-elle doucement.
Il la regarda de nouveau, plus longtemps cette fois. Quelque chose semblait changer dans
son regard, comme un effort douloureux pour dépasser la surface.
— Et vous, demanda-t-il, n’êtes-vous jamais prise pour autre chose ?
Elle esquissa un léger sourire.
— Tous les jours.
Un silence s’installa. Puis il hocha la tête, lentement, comme s’il venait d’apprendre une
vérité simple et immense.
Il s’excusa, maladroitement, et s’éloigna.
Elle reprit sa tasse, mais ne but pas. Elle regardait la porte par laquelle il était sorti, songeuse.
Car au fond, pensa-t-elle, il n’était peut-être pas le seul à confondre les êtres avec des objets
. Certains regardent sans voir. D’autres voient sans comprendre.
Et parfois, il suffit d’un chapeau — ou d’un visage — pour révéler à quel point le monde
peut nous échapper.
Rupture
L'homme l'a posée là comme on pose un chapeau
Ou comme un pardessus sur son porte-manteau.
Il l'a déposée là, l'aurait-il oubliée?
Depuis sa femme attend, la mine résignée.
.
Une tasse à la main, dans l'autre une revue
Qu'en le guettant, dix fois déjà elle a relue,
Elle fixe le vide, la belle élégante,
Cela lui donne en fait, une allure distante.
«Attends-moi, je reviens !» C'est ce qu'il a promis.
Mais son attente est vaine. Enfin elle a compris !
Sous son joli bibi, son étole de reine
La femme abandonnée à la mine lointaine,
Ne voit rien, n'entend rien, perdue dans ses tourments.
Son mari l'a quittée, d'un coup c'est évident !
Il a pris son chapeau, ses claques et ces cliques.
Voilà d'une rupture le récit clinique.
.
.
Pour l'atelier Mil et Une
Le soleil luit
Alors Dali
Plonge son pinceau
Dans l'astre d'or.
Devant l'oiseau,
Oui, Salvador,
- Fou ou génie ? -
Dé-peint la nuit.
.
La Licorne
.
"Eh, ça boume ?"
C'est l'histoire d'une mouflette de treize piges, qui veut jouer les nanas. Ses parents ne s'occupent pas beaucoup d'elle, ils sont trop occupés par leur propre vie. A vrai dire, la seule personne qui la comprend vraiment, c'est son arrière-grand-mère, Poupette. Elle, elle est vachement chouette. On peut tout lui raconter. Ensemble, elles ont de grandes causeries.
Un jour, la miss est invitée à une surboum. Elle trouve ça épatant mais elle s'aperçoit assez vite qu'elle n'a rien à se mettre : ses fringues à deux francs six sous, la petite laine sur le tricot de peau, le gros chandail et les grolles usées, ça va pour aller au collège, mais pas pour aller gambiller ou danser. Elle se cloître alors dans sa cambuse et passe des plombes à essayer des vêtements, histoire de trouver un truc qui l'avantage un peu.
Puis elle sort à intervalles réguliers pour faire sa mijaurée devant sa mère qui lui lance des : "Mazette !", "Punaise ! ", "Terrible !"...et des "Trop chou ! " sans interrompre son travail de dessinatrice.
Bon, la fin de l'histoire, tout le monde la connaît : Vic va se rendre à la nouba de Raoul et s'enticher d'un petit gars au joli minois. Tout le monde se souvient du moment où le pick-up débite ce slow inoubliable : "Dreams are my reality...", de ce moment où, au beau milieu du chahut, le temps semble s'arrêter...
Ce genre de scène, c'était trognon. A l'époque, c'était encore assez "soft" ; deux tourtereaux qui se bécotent sur une belle musique, une fille qui en pince pour un garçon de son âge...y'avait pas de quoi fouetter un chat.
Quelques années plus tard, les parents s'inquiètent pour bien autre chose : le "Jules" en question est-il un blouson noir, un cador, un margoulin tatoué qui roule en pétrolette et qui se fait de l'oseille en fourguant de la came à ses potes ? Apporte-t-il, en douce, de la bibine, des alcools forts ? La java va-t-elle se terminer en désastre, chaque invité finissant par rendre ses boyaux dans tous les coins de l'appartement ? Ou pire : va-t-elle se terminer au panier à salade ? Vont-ils devoir "casquer" pour récupérer leur petit poussin ?
Ce genre de faits divers, malheureusement, il y en a plein les gazettes.
Alors, pris d'angoisse, les parents bigophonent quatre fois dans la soirée pour savoir si tout se passe bien. Du coup, leur fille les trouve absolument assommants et elle leur fait la tronche jusqu'à noël...
...quand elle ne fait pas sa valoche pour se tailler au bout du monde...avec toutes ses éconocroques et un gus complètement branque...afin de bien leur faire comprendre, à ses deux "vioques", qu'elle n'est plus une gamine, qu'elle a l'âge d'être libre...et qu'ils n'ont pas intérêt à la brider...
Pour sûr, nous vivons une époque "moderne"...
La Licorne
.
Pour l'Atelier de Villejean
"Parler comme ses arrière-grands-parents"
(Les mots "démodés" sont en italique dans le texte...
j'en ai "casé" une bonne cinquantaine :-)

Elle est là, assise, tasse en main.
Ses doigts portent déjà quelque chose qui ressemble à des chapeaux,
comme si chaque geste portait mémoire d’un départ.
Il est sorti, à huit heures, comme d’habitude.
Le chapeau est resté, suspendu à la patère.
Et elle, suspendue à son rôle.
Invisible, mais présente.
Elle se souvient : dix ans de mariage,
dix ans à être meuble, décor, habitude.
Mais ce matin, quelque chose a bougé.
Pas dans la maison – dans l’image.
Elle a relu ses textes, les siens, les autres.
Les textes cliniques du défi.
Une fois, puis deux.
Elle a revu la scène : la femme, le chapeau, la tasse.
Et soudain, le chapeau a parlé.
Pas pour dire, mais pour déplacer.
Le regard n’était plus celui de l’homme.
Ni celui du narrateur.
C’était le sien, enfin.
Celui qui sort avant lui,
qui boit son café ailleurs,
qui rentre quand elle veut.
Elle a compris qu’on ne devient pas invisible d’un coup,
mais par petites habitudes consenties.
Et qu’il suffit un jour de mettre un chapeau,
de lever la tête,
pour que le monde – voire son cher mari –
se souvienne qu’elle a toujours été là.
Alors elle a pris la tasse,
et dans le reflet du café,
puis dans le mirage du marc,
elle a vu non pas un chaton, mais un chapeau minuscule
posé sur chaque doigt,
comme une pensée qui tient.
Elle n’a rien dit.
Elle n’a plus besoin de dire.
Le récit s’écrit seul,
dans le silence des chapeaux.
.
.
Il est sorti. A huit heures.
Son chapeau est là, accroché à la patère.
Un peu vieux, un peu usé, légèrement cabossé.
"Comme moi" pensa-t-elle.
Je suis devenue comme ce couvre-chef.
Posée là, en attente. A disposition.
Une présence rassurante.
Mais invisible.
Le matin, il se lève, boit son café,
lit son journal et commente les nouvelles.
Sans même lever le regard sur moi.
Je peux être maquillée, pomponnée, élégante...
ou en robe de chambre,
cela ne change rien.
Dix ans de mariage.
Et voilà.
Mon mari considère sa femme comme un meuble.
Il part à la clinique, vaque à ses occupations,
soigne ses patients, rentre tard.
Et le lendemain, il s'attend à ce que je sois là.
A la même place que la veille.
Comme son chapeau.
Et moi, j'attends. Passive. Résignée.
Pour toujours ?
Eh bien, non.
Aujourd'hui, j'ai envie d'inverser les rôles.
Aujourd'hui, je serai l'homme.
Celui qui prend son café, lit son journal,
met son chapeau, sort...
et revient à la maison quand il fait nuit.
Aujourd'hui, je vais écrire un autre récit.
Je vais sortir avant lui
et rentrer après lui.
J'irai prendre mon petit-déjeuner
à la brasserie du coin.
Je ferai les magasins toute la journée.
Je dînerai au restaurant, seule.
Et je ne rentrerai que quand je l'aurai décidé.
Non, mais !
Ce n'est pas parce que je m'appelle
De la Rochefoucauld
que je suis condamnée à jouer les potiches.
On est en 1970, que diable !
Il est temps de sortir...
des stéréotypes.
.
La Licorne
.
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Consignes du Jeu 117
et de l'Atelier d'Ecriture créative
Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu’il se passerait-il si la princesse sauvait le chevalier ? Si le dragon avait peur du village ? L’idée de cette proposition est de renverser les clichés !
Consigne : Écrivez une scène en inversant un cliché connu.
Vous pouvez choisir un conte, un stéréotype de film, une situation courante ou même un trait de personnalité attendu.
Photo d'Anna Osk
Mais que fait cette femme sous un bibi d'antan ?
Elle consulte le journal : est-ce pour les infos ?
Cherche-t-elle les nouvelles du Moyen-Orient ?
Est-elle en train de lire le bulletin météo ?
Elle a mis son vison et son plus beau chapeau
Elle a sorti ses perles et ses boucles d'oreilles !
Pourquoi boit-elle un thé, dans ce petit bistro
A sept heures du matin, dans un demi-sommeil ?
Sans me faire remarquer, je passe derrière elle
Et je jette un coup d'oeil sur la page grande ouverte :
Bon, je me suis trompé...sur la belle demoiselle.
Le journal est ouvert sur les petites annonces !
On y lit : "Récompense, forte, sera offerte
A qui retrouvera...mon petit chat Alphonse".
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La Licorne
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Photo d'Anna Osk
P-S : Je sais, je sais...
je n'ai pas respecté mes propres consignes...
(insérer les mots du titre...)
Je le ferai dans un texte ultérieur...
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