
Elle est là, assise, tasse en main.
Ses doigts portent déjà quelque chose qui ressemble à des chapeaux,
comme si chaque geste portait mémoire d’un départ.
Il est sorti, à huit heures, comme d’habitude.
Le chapeau est resté, suspendu à la patère.
Et elle, suspendue à son rôle.
Invisible, mais présente.
Elle se souvient : dix ans de mariage,
dix ans à être meuble, décor, habitude.
Mais ce matin, quelque chose a bougé.
Pas dans la maison – dans l’image.
Elle a relu ses textes, les siens, les autres.
Les textes cliniques du défi.
Une fois, puis deux.
Elle a revu la scène : la femme, le chapeau, la tasse.
Et soudain, le chapeau a parlé.
Pas pour dire, mais pour déplacer.
Le regard n’était plus celui de l’homme.
Ni celui du narrateur.
C’était le sien, enfin.
Celui qui sort avant lui,
qui boit son café ailleurs,
qui rentre quand elle veut.
Elle a compris qu’on ne devient pas invisible d’un coup,
mais par petites habitudes consenties.
Et qu’il suffit un jour de mettre un chapeau,
de lever la tête,
pour que le monde – voire son cher mari –
se souvienne qu’elle a toujours été là.
Alors elle a pris la tasse,
et dans le reflet du café,
puis dans le mirage du marc,
elle a vu non pas un chaton, mais un chapeau minuscule
posé sur chaque doigt,
comme une pensée qui tient.
Elle n’a rien dit.
Elle n’a plus besoin de dire.
Le récit s’écrit seul,
dans le silence des chapeaux.
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