lundi 2 mars 2026

Ce qui me tient debout

 

 Tenir debout dans la nuit – Eric Pessan – Au fil des livres

 

Mille fois , je suis tombée. 

Mille fois, je me suis relevée. 

Seule. Ou presque.

Certains appellent cela la "résilience".  

Le mot est imparfait. 

La résilience, au départ, est "la capacité d'un matériau 

à absorber l'énergie d'un choc en se déformant"

Mais je ne suis pas un matériau.

Et puis, je n'ai pas envie d'être "déformée". 

Parce que je ne sais pas si cette déformation sera définitive ou pas. 

 

Ce que je peux admettre, c'est que ce "choc" m'emmène ailleurs. 

Qu'il m'oblige à passer par où je ne serais pas passée sans lui.

Ou alors, qu'il "ouvre" une brèche en moi. 

Une faille par laquelle  pourra passer quelque chose.


"Heureux les fêlés, ils laissent passer la lumière."

(Michel Audiard)

J'aime bien cette phrase.  

Les blessures sont effectivement capables de nous "ouvrir".

A plus grand  que nous.

 

Mais ne pas oublier que les plus importantes 

peuvent tout aussi bien nous "casser".  

Nous sommes tous des "cruches" fragiles.

Et nous ne sommes pas tous experts en  "kintsugi".

La cassure ne nous rend pas toujours plus "beau", plus "original".

Parfois, la cassure ne se comble pas. 

Elle laisse passer l'eau. L'eau de nos larmes.

Goutte à goutte.  Longtemps.

 


J'ai souvent "rebondi" après des traumatismes.

Je sais que j'en suis capable.

Mais je ne me sens pas plus forte. 

Je sais qu'il suffit d'un "coup" de plus, d'un "coup" de trop

pour que l'ensemble s'effondre.  

Pour que le désespoir pointe le bout de son nez.

Ce ne sera peut-être pas le "pire", pas un coup énorme.

Mais s'il tombe sur une "faille" déjà existante, 

il peut tout faire éclater.

 

Les prêcheurs de "positivité" m'énervent un peu, je l'avoue. 

L'optimisme à tout crin frôle souvent la candeur. 

Trouver du "positif" dans les pires situations n'est valable 

que si c'est nous qui le faisons.

Le faire pour le voisin est offensant.

Alors, pitié, ne jouons pas les "Pangloss" 

en mettant sur le même pied 

les "grandes douleurs" et les...pistaches. (*)

Nous ne vivons pas dans le "meilleur des mondes possible".

 


Ce qui me tient debout ?

Je ne sais pas. 

Peut-être pas quelque chose. Ni quelqu'un. 

Peut-être pas ce que je crois. 

C'est un subtil équilibre. 

Comme quand on marche.

Ou qu'on fait du vélo.

Pourquoi ne tombe-t-on pas ?

Parce qu'on avance.

Ni trop vite, ni trop lentement. 

Parce qu'on ne regarde pas ses pieds 

mais un peu plus loin.

Bref, parce qu'on "va".

...ça "va" ? ça va.  

.

La Licorne

.

  

 

(*) Pangloss disait quelquefois à Candide :  

" Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; 

car enfin, si vous n'aviez pas été chassé d'un beau château 

à grands coups de pied dans le derrière 

pour l'amour de Mlle Cunégonde, 

si vous n'aviez pas été mis à l'Inquisition, 

si vous n'aviez pas couru l'Amérique à pied, 

si vous n'aviez pas donné un bon coup d'épée au baron, 

si vous n'aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d'Eldorado, 

vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches."  

Voltaire 

 .

 




D'après la consigne de

 l'Atelier d'écriture créative

   

Proposition 314 – "Ce qui tient debout"

Il y a, dans nos vies, quelque chose qui empêche l’effondrement. Ce n’est pas forcément grand. Ce n’est pas forcément noble. Mais c’est là.

Consigne : Ecrire un texte à partir de la phrase « Il y a quelque chose qui me tient debout, et ce n’est pas ce que l’on croit. »



1 commentaire:

  1. J'ignore si le texte de cette consigne comporte des aspects autobiographiques, mais quoi qu'il en soit, il semble bien que chacun de nous puisse s'y retrouver à un endroit ou un autre.
    Je me sens rejoint dans divers propos.
    En particulier que les blessures nous ouvrent à un plus grand que nous, comme s'il fallait que l'on se casse quelque peu pour enfin découvrir la profondeur de notre humanité et ses facultés de réparation, insoupçonnées avant que ne s'abatte l'épreuve.

    Voilà un texte que j'ai beaucoup aimé.

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