mercredi 1 avril 2026

JEU 117 : "Ernestine" - AlainX

 

Recherche mots clés, vieux paris, photos anciennes et photographies d ... 

 

     Ernestine de Clochechapot, née Gallur,  l'avait fière. Elle avait pris ses quartiers d'orange au café  « la Cloche », face au Palais de justice, où elle se rendait chaque matin boire son Lavazza qui lui rappelait tellement ce bel italien dont elle fut follement amoureuse, durant quelques semaines, mais qui l'avait néanmoins plaqué un soir, et ça, c'était fort de café !

Depuis, de noir vêtue, elle traînait son ennui en compagnie de son vison triste lové autour de ses épaules en guise de consolation tentée. Ses boucles d'oreilles pendaient tristement de ses lobes, comme les extrémités de pendules de mauvais augures. Son collier à trois rangs de perles fines, mais grossièrement enfilées, se demandait s'il n'aurait pas mieux fait de se détacher, les perles se répandant sur le plancher avec des petites roucoulades de glissades entre les lattes du plancher.

Peut-être que l'incident aurait attiré l'attention de l'homme qu'elle fixait du regard depuis un bon moment. Il était assis à la table de l'autre côté, en robe, et ne levait pas le nez de la revue judiciaire « la Gazette du Palais » avec une attention de juge d'instruction sur le point de rendre son ordonnance de renvoi afin qu'il soit statué sur ce viol conjugal.
Ernestine rêvait de s'envoyer en l'air avec la Justice.

Pour l'immédiat, elle tenait en main une revue : « la Gazette du jour qui vient », dont elle n'avait pas tourné une seule page depuis trois quarts d'heure. Les nouvelles qu'elle contenait allaient finir par ne plus être très fraîches. Pourtant, un article était intéressant concernant l'homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Il relatait que celui-ci avait brusquement disparu. Toutes les polices cherchaient à le retrouver pour une confrontation au commissariat entre la femme et le chapeau.
La presse tenait en haleine son auditoire depuis plusieurs semaines avec ce sujet à rebondissements. Chapeau les journalistes !

Le juge se leva, paya et sortit.
La femme garda son regard fixe. De fait, elle regardait la porte là-bas, plus loin, avec ce panneau qui y était cloué : « Toilettes Fraîches ».
Elle songeait : j'y vais ? Ou pas ?
Cruel dilemme dont la résolution finirait par devenir pressante.

 

AlainX

 

 

1 commentaire:

  1. J'aime beaucoup ta description de la demoiselle...
    et puis grâce à toi, on est "fixé"...sur ce qu'elle fixe.
    Un homme en robe.
    Les hommes "en robe", on ne voit plus que ça, ces derniers temps. C'est à la mode...
    Celle du magistrat a un avantage : la bavette est incorporée. Au café, ça peut servir ! ;-)

    RépondreSupprimer