dimanche 19 juillet 2026

JEU 120 : "Un sac de billes" - Laura




Un sac de billes


Cannelle a été jeté de la mer(ère)

Sur la terre

Avec un sac de billes


Elle a mis une bille, une pépite

Sur le un : enfance timide, bavarde ,

Rêveuse, sage, lectrice et joueuse:


Elle a lancé un caillou-bille

Sur le deux et gardé les autres

Pour jouer aux osselets 


Elle a mis une bille-agate

Sur le trois: là, elle a sauté

À l'élastique puis à la corde


Elle a lancé un dé-bille

Sur le quatre, bien joué

La voilà sur le pont,


Le petit pont de bois

Qui la mène à l'adolescence;

Aux jeux d'adresse et de hasard


Se mêlent les jeux de l'amour;

Elle a mis une agate

Sur le cinq  où elle s'est  assise


Pour jouer au mikado

Mais à miser trop gros

Tout s'est écroulé


Puis elle tombe dans le puits

Alors que d'autres échappent

A la prison




5,6,7, on lui tend la main

A deux, ils atteignent le ciel

Parfois même le paradis


Mais à force de miser

Sur les mauvais chevaux

Ils n'ont plus une bille


Elle ne le sait pas

Lui joue toujours

Et y laisse sa vie


A trop jouer sa vie, on la perd

.

Laura  

.



lundi 13 juillet 2026

JEU 120 : "L'école d'avant"- La Licorne


Chère toi,

J’ai cherché ton odeur dans les chemins neufs, mais elle s’est dissipée comme une fuite d’encre…

(Première parenthèse : les problèmes d'encre, ce fut le cauchemar absolu de mon CE1...
Rappelez-vous : quand vous veniez de tremper votre porte-plume dans le rond parfait de l'encrier et que, la langue tirée, vous vous apprêtiez à tracer un magnifique G majuscule au début du mot "Grammaire"...eh bien, c'est là que votre voisin de table vous regardait avec un petit sourire narquois...Tiens, tiens, bizarre...pensiez-vous, tout en vous concentrant sur les pleins et déliés de la future lettre.



Et là, paf ! "pâté monstrueux"...sur la page quadrillée. Exactement le même que vous pouviez observer sur la couverture cartonnée du cahier, couverture qu'on avait trouvé bon, je n'ai jamais compris pourquoi, de consteller de taches en forme de nuages noirs.
Le voisin malicieux ricanait...tandis que vous vous décomposiez en pensant à ce qui allait suivre : lever le doigt, avouer sa faute ...et penaud(e), solliciter l'aide du maître pour pour faire disparaître l'araignée monstrueuse. 
Point d'effaceur personnel en ces temps-là. L'enseignant devait aller chercher deux flacons de liquides "magiques" dans son placard, un rouge et un blanc, et les appliquer en deux couches successives (*) pour tenter de réparer les dégâts. 
Pendant ce temps, la honte au front, vous maudissiez intérieurement votre camarade qui, pour la "n"ième fois, venait de jeter un petit bout de buvard dans votre encrier, juste pour vous embêter - on ne disait pas encore "harceler"- et pour jubiler très fort au moment où vous le piquiez de la pointe du porte-plume et le plaquiez sur la feuille immaculée.)


Mais revenons à nos moutons...
(blancs...s'il vous plaît...sinon ça me rappelle encore une fois la couverture Annonay).

J’ai cherché ton odeur ...

(Deuxième parenthèse : Ah...les odeurs, vous avez remarqué ? C'est ce qui reste, en général, quand tous les autres souvenirs ont disparu...Elles sont tenaces, les odeurs. Elles s'accrochent à la mémoire, fermement. Pendant des dizaines d'années. L'odeur de la colle d'amidon, par exemple. cette colle blanche en "petits pots" avec une minuscule spatule au centre qui servait à l'étaler. Vous vous en souvenez ? Vous retrouvez l'odeur ? Je suis sûre que oui. Rien à voir avec celle de la colle "Scotch"...beaucoup plus agressive, ni avec celle de la colle UHU, plus banale. C'était une délicieuse odeur d'amande...
Chaque "étiquette de lecture" sentait l'amande...c'est peut-être pour ça que les mots lus s'imprégnaient mieux dans notre petit cerveau des années soixante : on utilisait tous les sens ! J'ai la solution à l'illettrisme, les amis...Oubliez la méthode syllabique, la méthode globale...la méthode mixte...Ramenez la colle d'antan !)



Mais je m'égare, je m'égare...Où en étais-je ?
J'ai bien peur que les carabistouilles du petit Jacques Gression, déchiqueteur de buvard, ne m'aient brouillé l'esprit.

Là, j'ouvre une troisième et dernière parenthèse...Si vous avez un peu trop d'air, je la refermerai tout de suite (ceci dit, en pleine canicule, je ne cours pas de grand risque).

(Le Jacquot en question n'était pas seulement un voisin de table redoutable, il était aussi la grande "star" de la récré. Il avait toujours dans le fond de ses poches le dernier "gadget" à la mode. Pâte à ballons, tacatac, kazoo, cartes Panini, billes énormes...rien ne manquait à sa panoplie. Il avait tout. Avant tout le monde. Cela rendait les autres garçons fous de jalousie... et les filles folles de lui. Quand il replaçait sa mèche sur son front, il s'en fallait de peu que la petite Sophie ne tourne de l'oeil.



Le futé faisait en sorte que ses parents taisent son secret...mais moi, je le connaissais, son secret de polichinelle. Son oncle tenait la station-service du quartier, juste à côté de chez moi, et le gentil tonton avait, en vitrine, un rayon "jeux et bonbons", très bien fourni, qui était dévalisé par son neveu dès que les nouveautés arrivaient.

Ordoncques, la cour d'école était le royaume incontesté du dit Gression.

C'était une cour immense. Avec une partie en herbe, dotée de grands arbres sous lesquels il faisait bon se réfugier en été. Et une deuxième partie goudronnée, peu entretenue, qui grâce à ses fentes et ses trous multiples, était le paradis des joueurs de billes.




Pour ma part, j'adorais jouer aux billes. Je partais le matin, avec mon petit sac de toile, plein de "pépites" : billes en terre (craquelées, abîmées), billes en verre (transparentes, veines de couleur) et le must du must, un ou deux "boulets" (très gros, couleur argentée). Chaque bille avait une "valeur" spécifique. Si je me souviens bien, une agate colorée valait dix billes en terre et un boulet dix agates.
Comme je ne me débrouillais pas trop mal à ce jeu, il m'arrivait de rentrer le soir avec un sac deux fois plus lourd que le matin. Jacques le savait. Et sur ce plan, il me respectait. M'enviait un peu, aussi, je crois. D'où les vengeances d'encrier.

De fait, j'aimais tous les jeux d'adresse : les jeux d'élastique, de corde à sauter...de marelle. J'étais particulièrement forte dans les jeux de jonglage. J'ai passé des heures à lancer deux, trois, quatre balles sur un mur, à les laisser rebondir et à les rattraper.

Fermons la parenthèse.)


J’ai cherché ton odeur dans les chemins neufs...

Bon, aujourd'hui, toi, la grande cour de mon enfance, tu as disparu. On a construit une nouvelle école. Plus grande, plus moderne. Les arbres ont été rasés. Plus d'odeur de tilleul. Ni de mélèze. 
Plus d'herbe ni de bac à sable. Ton sol a été artificialisé partout et n'a plus aucun "trou". Quand il m'arrive de passer dans le quartier, je vois que les élèves jouent surtout au foot ou à des jeux de poursuite. Dans un coin, il y a un toboggan et une cabane en bois pour les plus petits.



C'est une autre cour. Ce n'est plus vraiment toi. C'est une autre époque. D'autres enfants.
Mais dans le fond de mon coeur...il me semble que je suis toujours cette petite fille qui saute à cloche-pied sur une marelle de craie, cette petite fille qui craignait les mauvaises farces de son voisin de table et cette petite fille pour qui une journée réussie se mesurait au poids du sac de billes qu'elle rapportait le soir...

C'est sûr : dans un "monde parallèle", un petit bout de moi...vit encore...sur un petit bout de toi.

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La Licorne
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(*) Le « Corrector » (correcteur liquide) : Ce produit, souvent utilisé par les enseignants, fonctionnait en deux temps : une première couche d’un liquide rouge (souvent à base de permanganate de potassium) était appliquée sur la tache, suivie d’une deuxième couche d’un liquide blanc (incolore ou légèrement jaunâtre) qui neutralisait la réaction pour blanchir la zone.

 


Pour  ce texte, 
j'ai mixé trois consignes différentes :


1) Celle du Jeu 120 de Filigrane
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Sur le thème "parenthèse",
il convenait de placer :

- autant de synonymes de ‘parenthèse’ qu’il vous plaira ;

- votre adaptation de cette citation : 
“J’ouvre une parenthèse. Si vous avez un peu trop d’air, 
je la refermerai tout de suite.” (Alphonse Allais) ;

- ces quelques mots ou expressions au choix (au moins trois) :
Sophie tourne de l’œil – carabistouilles – pépite – ordoncques – pâte à ballon – 
Avoir l’air d’un âne qui vole – Antenne 2 – Monaco – dispensaire

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3) Enfin, celle de 


Proposition 308 - Lettre à un paysage disparu


Imaginez un lieu qui a compté pour vous : un bout de forêt où vous alliez vous cacher, un champ qui n’existe plus, une maison engloutie par l’époque, un chemin que personne ne reprend, un paysage que le temps ou les hommes ont effacé, etc… Ce lieu peut être réel, inventé, transformé, rêvé.

Consigne

Écrivez une lettre adressée à ce paysage disparu, une lettre comme on écrirait à un être cher, à un fantôme qui continue de murmurer malgré l’absence. Le paysage peut aussi répondre.

La première phrase de ce texte commencera par :

« J’ai cherché ton odeur dans les chemins neufs, mais elle s’est dissipée comme une fuite d’encre… »




samedi 11 juillet 2026

JEU 120 : "Mes jeux d'enfance" - An'Maï

 



Mes jeux d'enfance


Jouer à la marelle, je l'ai fait avec Isabelle, ma meilleure amie d'enfance.

Nous la tracions maladroitement à la craie au beau milieu de la route puis, chacune à notre tour, nous sautions sur un pied de case en case, de la terre jusqu'au ciel. Avec elle j'ai aussi concocté des tambouilles aux herbes dans sa jolie dinette que je lui enviais. puis nous faisions semblant de les manger. Un jour c'était elle la maman et moi l'enfant difficile, le lendemain nous inversions les rôles...

Mais c'est avec mes deux grands frères, mes cousins, ma cousine et toute leur bande de casse-cou recrutés chez les gamins du village, que je préférais jouer à Tarzan, à d'Artagnan, aux cow-boys et aux indiens entre autres héros qui avaient le pouvoir d'inspirer notre imagination débordante. Ceux des films qui passaient le jeudi dans l'arrière-salle du café du village, ou ceux des BD que nous lisions.

Quand ils ne construisaient pas des cabanes ou ne rejouaient pas «La guerre des boutons» à leur façon avec la bande des «Brouard-Pierre» comme on les appelaien dans le village, mes frères s'adonnaient à des jeux plus calmes ! Enfin, il faut le dire vite parce que le calme cessait dès que leur petite sœur avait le malheur de vouloir participer. M'avoir dans les pattes, avait le don de les mettre sérieusement en boule ! Un sac de billes, un parcours compliqué entre parpaings, collines de sable et autres obstacles à franchir pour les billes de verre et d'agate, et mes deux frangins turbulents devenaient très sages et concentrés. Du coup, sitôt que je faisais mine de m'approcher, ils devenaient pires que des bulldogs dont un misérable roquet aurait voulu piquer l'os. En l'occurence, le misérable roquet, c'était moi ! Ils ne voulaient pas de moi dans leurs batailles rangées de billes et de galots au terme desquelles le perdant cédait quelques uns de ses précieux trésors au gagnant. 

Pour les jeux de guerres et de batailles fictives entre deux camps ennemis, je n'avais de place qu'en tant que victime idéale : indienne prisonnière chez les cowboys, femme blanche attachée au poteau de torture chez les indiens, captive des méchants libérée par les mousquetaires... Et j'acceptais ce rôle ingrat parce que c'était pour moi, le seul moyen d'être intégrée à l'un ou l'autre des camps. Un rôle qui m'a valu pas mal de tirages de cheveux, quelques bleus et horions. De petites blessures de guerre dont j'étais en fait très fière parce qu'elles m'ont servi d'adoubement pour être acceptée dans la bande ! Une bande d'invincibles héros dont Isabelle qui n'aimait que nos gentils jeux de fille, n'a jamais fait partie.


An'Maï



vendredi 3 juillet 2026

JEU 120 : "Souvenir" - AlainX



Le souvenir lui revient de ce dimanche après-midi. Ils sont à la campagne en visite chez des amis de ses parents. Il s'ennuie. Il doit avoir sept ou huit ans. Les conversations « des grands », le dépassent. Sa mère s'en aperçoit. Il obtient la permission d'aller « jouer dehors », c'est-à-dire devant la maison, sur la large rue pavée en son milieu avec de chaque côté une large bande de terre battue. Sur l'une d'elles une fillette a tracé une marelle avec un bâton. En bas, un grand carré où est écrit « terre » en haut, une demi-lune avec le mot « ciel ». Entre les deux des cases numérotées de un à 10. Le garçon ne sait pas de quoi il s'agit. Il observe la fillette sauter de case en case, à cloche-pied, ou parfois les deux pieds joints, en marmonnant des mots qu'il ne comprend guère. Timide, il reste dans l'encoignure de la porte. Il préférerait être chez lui où il a ses habitudes de fils unique, ses jeux de solitaire et son sac de billes.
La fillette ne s'intéresse pas à lui, ne le regarde pas, comme s'il n'existait pas. Lui reste sans bouger, finit par rentrer, disant à ses parents : — Il n'y a personne dehors !
*



Les années ont passé. Énormément d'années. Il s'installe dans son jardin, sur une chaise longue. Ses rhumatismes recommencent à le faire souffrir. Il pense : — ça va passer, pas besoin de prendre un calmant.
Il regarde le ciel bleu et tout à coup une vision d'enfance surgit des années 1950, cette fillette et la marelle lui revient, comme un flash inattendu. Et le mot « ciel » écrit sur le sol, C'est si loin, si loin. Il essaye d'arrêter le temps, retenir l'instant, mais la vision s'estompe. Une pensée s'impose alors : 
— sur la terre comme au ciel.
Il ferme les yeux et voit le prêtre du catéchisme prononçant ces mots dans une prière à apprendre par cœur.
Est-ce que cela se passera ainsi lorsque la mort viendra frapper ? Être emmené un jour de la terre jusqu'au ciel, à cloche-pied sur le parcours d'une marelle qui sera son dernier voyage ?
Y aura-t-il quelqu'un là-haut pour l'accueillir ?
Peut-être son père, mort peu de temps après cette visite chez ses amis, où il y avait cette fillette qui allait de la terre jusqu'au ciel…
Il constate : — tout est écrit, finalement.




jeudi 2 juillet 2026

JEU 120 : "Sarah et Joseph" - Jill Bill






Sarah et Joseph


Un sac de billes pour les garçons
Une craie pour les filles, jeu de la marelle
A chaque génération
Sa cour de récré
Ici en noir et blanc...


Un palet en bois fait l'affaire
Pour arriver au ciel
En partant de la terre
Sans mordre les lignes, essentiel !


Sarah était aérienne
On lui voyait sa p'tite culotte
Tant elle y mettait du coeur à l'ouvrage
Bien mieux que sur le banc,
Sa collection de bons points
Ne volait pas si haut...


Son frère Joseph
Lui, était le roi du calot !


Le sac de billes, la marelle
Joseph et Sarah
Ont disparu un jour de la scène
Quand harcèle
Une guerre qui passe par là
Il ne fut pas bon de se nommer Cohen.







mercredi 1 juillet 2026

JEU 120 : "Un sac de billes"

 

- Atelier d'écriture pour le mois de juillet -

 
Chers ami(e)s écrivant(e)s,
 
Ce mois-ci, je vous propose de prendre
 comme source d'inspiration
cette photo :


et ce livre :

de Joseph Joffo

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Comme d'habitude, vous pouvez (au choix) :


- Placer les mots du titre

dans l'ordre ou dans le désordre

- Prendre le titre de ce livre comme titre de votre texte

- Ou faire référence dans votre texte au contenu de l'oeuvre

(en l'imitant, le complétant, le citant, le parodiant...etc)

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Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 31 juillet 2026
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Laissez courir votre imagination...
 
et amusez-vous bien !

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La Licorne
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