jeudi 23 avril 2020

AI et JEU 56 : Contes confinés (jeu de l'oie)



1

Au début, ils sont deux qui se rencontrent.
"Bonjour, dit-l'un. - Comment vas-tu, répond  l'autre, qu'accompagne Pataud le chien ; veux tu savoir mon histoire ?"
2
...Dans la forêt, des brigands m'ont arrêté, l'arme à la main.
- Et que t'ont-ils volé, demande Casimir qui fait mine, poli, d'écouter l'importun tandis qu'il se remémore son histoire à lui ?
3
- Fichtre, rien du tout, qu'ils m'ont volé ! Gare à celui qui me cherche noise, moi qui sait le secret de la botte du chevalier de Riboulaine, je lui trouerai la bedaine, faridon faridondaine, je lui percerai l'bidon, faridondaine faridon !"
12
Youpi ! encore un coup de faux et nous verrons le bout de la récolte ! braille en postillonnant l'homme au chapeau (le champ, les maisons, les chapeaux et les faux lui appartiennent : il s'en vante volontiers).
Zou, tu ne crois pas si bien dire", songe celle qui achève toute histoire.

Règle du jeu de l'oie de la ronde des contes d'avril :




1
prendre un ou deux dés

2
les lancer, et se rendre à la case indiquée.

3
Là, regarder l'image, lire, imaginer ce qui se passe entre deux cases.

4
Suivre les instructions indiquées en dessous s'il y en a, et relancer les dés...

5
et recommencer

6
Comment on gagne ? Disons, quand on a trouvé les quatre mots giboulée, zébu, cognassier et riboulaine.

7
On peut aussi faire autant de tours qu'on veut, ou s'arrêter à tout moment.

8
On peut bien sûr lire dans l'ordre, tout simplement.

9
Bref, on fait comme on veut.


10
bien sûr, on peut jouer à un, deux, et plus.
4
Heureux celui qui a un jardin autour de sa maison, il peut faire un tour sans avoir à craindre le vaste monde.
Ignorant du monde, il lui suffit d'une tulipe, d'un plant de patate, d'un fruit du cognassier ou d'une grappe de tomate et le voilà heureux, ignorant de quels lointains confins du globe viennent patate, tomate, cognassier et tulipe !
(faut faire un double six pour sortir du jardin de l'ignorance)
11
Xavier, agad' comme il glisse le Monsieur s'ébaubit le gamin en hélant son copain, quel dommage que Léonie ne soit pas là pour voir ça !
Youhouuuu, en effet, Monsieur Casimir glisse sur la glace avec grâce, science qu'il a acquise des Algonquins (avant qu'hélas elle ne casse, la glace, crac et plouf...quel dommage que Léonie ne soit pas là pour voir ça).

(le temps de sortir Casimir et de le sécher, passe un tour)
5
"J'ai fait deux fois les deux Amériques, visité les plus grandes capitales, traversé les sept mers et même campé une nuit entière dans les Monts d'Arrée et j'ai jamais vu ça !
Keskézon, ces bestioles, lézards, tortues, vipères et dieu sait quoi d'autre encore tapies dans l'ombre de la grotte, à bondir sur l'innocent voyageur, z'ont vu le Diab' ?" Léonie, commodément vêtue pour le voyage des vêtements qu'elle a emprunté à l'auberge, s'inquiète donc : la nature est devenue folle, ou bien quoi ?
10
Vois-tu sous ce vaisseau qui vogue sur les vagues, la large baleine qui roule dans la houle, et comme les marins qui entourent Léonie sur le pont du navire craignent plus les éclairs qui s'allument là-haut dans le ciel tout nué de giboulée que le dos de la baleine qui bientôt  les enverra tous rouler dans l'eau ?
(si tu la vois pas, la baleine, lance le dé et recule d'autant de cases)
6
Maillots, bateau et bords de rivière, souvenirs du temps joli où l'on s'baignait avecque les copains sans rien craindre ni attendre.
Nus jusqu'à la ceinture et en dessous (juste un caleçon), riant comme des niais, on ne doutait de rien, vraiment on ne se doutait de rien, songe Xavier.
9
Thérèse, acagnardée dans le meilleur fauteuil du grand salon, tricote de la pointe de l'aiguille, en s'appliquant, la mappemonde des lieux ousqu'elle s'est rendue, en vrai comme en imagination.
Une fois (pour de bon ou est-ce en rêve ?), elle a même vu un bel ours polaire blanc comme lait, et une autre fois, la drôle de bobine d'une grosse bête noire et cornue qu'on dit zébu.
8
"Quoi qu'il neige ou qu'il vente, laboure ton champs sillon après sillon, grommelait le vieux paysan.
-Rigole toujours, tu riras moins demain quand j'aurai bouffé ton foin", peste le cheval entre son mors. Son rêve à lui, c'était de visiter le monde, pas de tirer des lignes entre quatre haies et l'écurie.
pour la peine, passe trois tours, le temps de finir les sillons)
7
Onésime paresse au bord de l'eau (harassé de marcher entre pluie et soleil), et paressant, il voit une dame ailée perchée sur une giboulée, qui lui crie :
"Paresseux, presse-toi où tu vas perdre le fil et jamais tu ne finiras ton tour du monde à temps - et que dira Thérèse ?!"


Création ludico-alphabétique
de Carnets paresseux
.




   

5 commentaires:

  1. Après les "six cent millions de poèmes" de Raymond Queneau, voilà les "six cent mille contes" de Carnets paresseux...ça fait beaucoup pour un "paresseux"...tu n'as pas peur de l'épuisement ? ;-)

    En tout cas, bravo pour l'idée...extrêmement originale
    et pour la finalisation, qui est "au top"...

    J'ai eu un peu de mal à "caser" les cases dans la largeur du blog...et c'est pourquoi la publication est un peu tardive (mais tout était là le 21, j'en témoigne !)

    On n'a plus qu'à lancer les dés et à jouer pendant des heures, lors de nos longues soirées de confinement...

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    1. Merci La Licorne, tu es sûre de me flatter avec Queneau ! l'épuisement, c'est plutôt le lecteur que ça guette :) moi, j'ai écris 12 vignettes qui vont plus ou moins ensemble (et j'ai choisi l'ordre des images en lançant les dés) !
      en vrai, ça fait longtemps que je réfléchis à un texte façon "le livre dont vous êtes le héros", parce que j'aime bien que le lecteur soit "obligé" de participer ; l'occasion s'est présenté ici.
      Et puis le plus intéressant pour moi est venu de l'association "alphabet + confinement + vignette".
      donc encore merci !

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  2. il me semble que nous tenons le gagnant :-)

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    1. Merci Adrienne, je suis touché ; pour autant, ma préférence va à d'autres textes de l'agenda d'avril :)

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  3. Bravo ! J'adore l'idée. Quelle inventivité...j'en manque en ce moment.

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