samedi 25 avril 2026

JEU 118 : "La soupe aux trois schtroumpfs bleus" - Lothar

 

– La soupe aux trois schtroumpfs bleus

(interchangeables, seconds rôles, clones clownesques)

 

Bégaiement de bulles, glou-glou de mémoire.
Je chauffe. Je frémis. Je parle.

Moi, la soupe.

Devant moi, trois schtroumpfs bleus.
Bleus comme des bleus.
Bleus comme des visages 

qu’on n’appelle jamais par leur nom.

Je les goûte plus que je ne les vois.
Même saveur, à peine décalée.
Le premier a un arrière-goût du second.
Le second ressemble au troisième.
Le troisième… flotte entre les deux.

Ils rient, ils gloussent, ils se renversent sur mes bords.
Ça clapote, ça se mélange, ça s’imite.
Leurs gestes se confondent comme des légumes trop cuits.

Dehors, ça hésite :
« C’est lequel déjà ? »
« Celui qui parle ? Celui qui tombe ? »
« Ils sont trois… ou un seul mal réparti ? »

Je remue.
Je les sens se superposer, se dissoudre, se schtroumpfer.

Et je comprends :

la vraie soupe aux schtroumpfs, c’est ça – 
un goût unique qui prétend être plusieurs.
 

 

 Risch et Villeret pas tels De Funes, soupe au lait, cools raoul 
 
 
– La soupe Pierre Richard : 
deux frères, deux silhouettes, zéro distinction

On me déplace,
dans l’île de la Tortue.
Nouvelle cuisine. Même confusion.

Deux silhouettes.
Deux frères synchronisés.

Même maladresse qui se répète, 
comme une louche qui glisse deux fois.

À côté, Pierre Richard se dédouble sans prévenir.
Ou peut-être qu’il ne s’est jamais vraiment séparé.

Je ne distingue pas.
Je sens des chocs, des chutes, des gestes 
qui se répètent avec un léger décalage.

Dehors, ça recommence :
« C’est lequel qui tombe ? »
« Le frère… ou l’autre frère ? »

« Ils sont deux… ils sont jumeaux, 
ou c’est le même qui insiste ? »

Je bouillonne doucement.
Tout finit par se ressembler ici.

Les visages glissent.
Les identités fondent comme légumes.

Je ne suis plus une soupe.
Je suis une tache où chacun voit ce qu’il croit reconnaître.

– La soupe Risch-Villeret-Extraterrestre : 
la bifurcation, la divergence, la chute

Puis vient la rupture.
Pas brutale.
Une séparation lente, comme quand le gras remonte.

Dans La Soupe aux choux, ça hésite… puis ça tranche.

Maurice Risch s’éloigne : « J’aurais pu. »
Jacques Villeret plonge : « J’aurais pas dû. »

Le goût change.

Je les sens pourtant, tous les deux, penchés au-dessus de moi.
L’un avec un parfum de “oui, c’est vrai, j’aurais pu”.
L’autre avec une pointe de “me voilà”.

Et soudain, autre chose arrive.
Quelque chose de net.
De seul.

L’extraterrestre.

Lui, je le reconnais immédiatement.
Pas parce qu’il est différent…
mais parce qu’il ne se mélange pas.

Dehors, ça hésite encore :
« Risch… c’est pas Villeret ? »
« Villeret… c’est pas Risch ? »
« Et l’autre, c’est qui ? »

Moi, je sais.

Je garde les traces.
Les presque-choix.
Les rôles refusés qui flottent encore à la surface.
Et, dans la vapeur bleue qui raconte 

que Risch est le Villeret du pauvre,
et que Villeret est le Risch du riche,

ce qui se confondait se sépare.
Ce qui hésitait se fixe.

La bifurcation.
La divergence.
La décantation.

Conclusion de la marmite

Je suis la soupe aux schtroumpfs,
la soupe aux frères,
 la soupe aux visages clonés 
qu’on mélange trop vite.

Je garde les ressemblances.

Je trie les différences.
Et si vous écoutez bien, au fond,
là où plus rien ne se distingue vraiment, 
vous m’entendrez encore.

Bluuuurp.

Ou quelque chose d’approchant.

 .

Lothar

 

 

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