– La soupe aux trois schtroumpfs bleus
(interchangeables, seconds rôles, clones clownesques)
Bégaiement de bulles, glou-glou de mémoire.
Je chauffe. Je frémis. Je parle.
Moi, la soupe.
Devant moi, trois schtroumpfs bleus.
Bleus comme des bleus.
Bleus comme des visages
qu’on n’appelle jamais par leur nom.
Je les goûte plus que je ne les vois.
Même saveur, à peine décalée.
Le premier a un arrière-goût du second.
Le second ressemble au troisième.
Le troisième… flotte entre les deux.
Ils rient, ils gloussent, ils se renversent sur mes bords.
Ça clapote, ça se mélange, ça s’imite.
Leurs gestes se confondent comme des légumes trop cuits.
Dehors, ça hésite :
« C’est lequel déjà ? »
« Celui qui parle ? Celui qui tombe ? »
« Ils sont trois… ou un seul mal réparti ? »
Je remue.
Je les sens se superposer, se dissoudre, se schtroumpfer.
Et je comprends :
On me déplace,
dans l’île de la Tortue.
Nouvelle cuisine. Même confusion.
Deux silhouettes.
Deux frères synchronisés.
À côté, Pierre Richard se dédouble sans prévenir.
Ou peut-être qu’il ne s’est jamais vraiment séparé.
Dehors, ça recommence :
« C’est lequel qui tombe ? »
« Le frère… ou l’autre frère ? »
Je bouillonne doucement.
Tout finit par se ressembler ici.
Les visages glissent.
Les identités fondent comme légumes.
Je ne suis plus une soupe.
Je suis une tache où chacun voit ce qu’il croit reconnaître.
Puis vient la rupture.
Pas brutale.
Une séparation lente, comme quand le gras remonte.
Dans La Soupe aux choux, ça hésite… puis ça tranche.
Maurice Risch s’éloigne : « J’aurais pu. »
Jacques Villeret plonge : « J’aurais pas dû. »
Le goût change.
Je les sens pourtant, tous les deux, penchés au-dessus de moi.
L’un avec un parfum de “oui, c’est vrai, j’aurais pu”.
L’autre avec une pointe de “me voilà”.
Et soudain, autre chose arrive.
Quelque chose de net.
De seul.
L’extraterrestre.
Lui, je le reconnais immédiatement.
Pas parce qu’il est différent…
mais parce qu’il ne se mélange pas.
Dehors, ça hésite encore :
« Risch… c’est pas Villeret ? »
« Villeret… c’est pas Risch ? »
« Et l’autre, c’est qui ? »
Moi, je sais.
Je garde les traces.
Les presque-choix.
Les rôles refusés qui flottent encore à la surface.
Et, dans la vapeur bleue qui raconte
que Risch est le Villeret du pauvre,
et que Villeret est le Risch du riche,
ce qui se confondait se sépare.
Ce qui hésitait se fixe.
La bifurcation.
La divergence.
La décantation.
Conclusion de la marmite
la soupe aux frères,
Je garde les ressemblances.
là où plus rien ne se distingue vraiment,
Bluuuurp.
Ou quelque chose d’approchant.
.
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