lundi 14 septembre 2026

JEU 122 : "Ecrire la vie" - An'Maï

 





Ecrire la vie


Il y a des années de cela, sur un cahier d'écolière, elle a commencé à écrire la vie, sa vie d'adolescente loin de sa mère. Pour le faire, elle a choisi la poésie. Page après page, elle l'a rempli de mots qui disaient le chagrin, la colère, la séparation, l'espoir de meilleurs lendemains... Elle écrivait la nostalgie du village de son enfance où toute sa famille était réunie avant la mort du père.. Elle écrivait les jours heureux de l'insouciance, les parties de cache-cache, les baignades dans la rivière l'été venu, les vacances chez la grand-mère bretonne. Elle écrivait la chanson des vagues, celle du vent dans les blés murs celle du bruissement des feulles dans les branches des arbres.... Son crayon de bois courait sur les lignes, de rêves bleus en noires peines, de premiers émois en premières désillusions... Puis elle troquait son cahier contre un bloc à lignes et elle écrivait à sa mère de longues lettres. Elle lui racontait son quotidien, ses joies, ses larmes, ses disputes avec les deux soeurs placées avec elles, ses problèmes relationnels avec la nourrice, ses études, ses bonnes et ses mauvaises notes.... «Tu écris un roman ?»Se moquait Zabeth, une des filles de la nounou plus matheuse que littéraire.

Puis elle a grandi mais elle a continué à écrire la vie, à remplir des tas de cahiers avec ou sans spirales. Elle est juste passée au stylo, parce que l'écriture au crayon de bois, ça finit par faire pâlir tous les souvenirs.

Un jour, elle a raconté à sa fille aînée, le rêve étrange dans lequel le stylo en l'air, elle était en panne sèche devant les premières lignes d'un roman. Elle a commencé à lui décrire le sujet de ce livre qui, sans même qu'elle s'en rende compte, prenait forme dans sa tête. «Écris le» lui a -t-elle dit le plus sérieusement du monde.. Le soir-même elle posait les bases de son récit sur les lignes d'un grand cahier. Les cinquante premières pages écrites, elle a poursuivi l'aventure avec les personnages nés de son imagination.

La moquerie de Zabeth devenait réalité.

Puis le traitement de texte et le clavier d'un ordinateur, ont remplacé les cahiers et le stylo. Un deuxième roman a suivi, plus court. Puis un troisième qu'elle s'acharne à terminer. Un processus créatif long et parfois douloureux parce que chaque fois, elle s'attache à ses personnages et a beaucoup de mal à les quitter, surtout celui, féminin, auquel elle s'identifie machinalement. Toutes ses histoires sont empreintes de la poésie qui est la source originelle de son inspiration. Et puis il y a les ateliers d'écriture où le partage des mots rassemblent les mêmes passionnés de la plume. ces ateliers la remotivent et l'obligent à sortir de sa zone de confort : l'écriture en solitaire..

Mais toujours, elle écrit la vie parce que l'écriture fait partie de sa vie.






1 commentaire:

  1. Très beau témoignage, An'Maï...
    Je me retrouve dans ce "voyage en écriture"...
    Même si chaque parcours, chaque vie est différente, reste ce désir d'écrire, ce besoin d'écrire qui ne nous quitte pas...et qui est au centre de nos vies, comme un axe, un pilier, une douce nécessité.

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