Olivier Mutismebavard,
lui avait donné rendez‑vous dans ce bar chic
de la Rue de l’Asile, célèbre dans tout Paris.
On la surnommait « la rue où les mots se cachent sous les pavés »,
parce qu’on y trouvait plus d’enseignes de psychothérapeutes
que de numéros de rue.
Un endroit parfait pour commencer une histoire :
Un bar trop cher, un inconnu au nom improbable,
et une rue où même le syllabes étaient muettes
Mais le hic, c’est qu’Olivier
(rencontré sur internet)
était très bavard
Contrairement à elle.
Elle l’attendait avec impatience.
Elle en était à son 3ième verre de verveine apaisante,
mais la tension montait en elle
Sous son chapeau BCBG, les neurones s’agitaient.
Elle n’aurait jamais dû avoir à ce recours sur la toile,
d’autant plus que ce stratagème, dans le cas présent,
n’était pas encore d’actualité, puis que nous
étions début 20ième siècle !
Bizarrerie bien bizarre !
Enfin, il entra, décontracté, une écharpe posée
négligemment sur son col, sans chapeau,
les cheveux en bataille comme s’il avait traversé
un courant d’air.
D’emblée, il lui demanda ce qu’elle cherchait :
une aventure de passage,
un mariage, des enfants,
ou juste un café expresso.
Elle poussa un long soupir,
puis balbutia quelques sons inaudibles,
une sorte de brouillard vocal.
Il la fit répéter.
Et bis repetita : rien.
Pas un mot, pas une syllabe,
pas même un petit “heu” discret
Et pour cause : elle était aphasique.
Pas un drame, juste une manière particulière
de laisser les mots jouer à cache‑cache.
Aujourd’hui encore, après bien des décennies,
on se demande comment ils font
pour si bien s’entendre dans ce silence.
Peut‑être parce qu’au fond, dans la Rue de l’Asile,
les mots se cachent… mais les gens, eux, se trouvent.
Une belle histoire...
RépondreSupprimerEt qui finit bien, en plus !
C'est tellement rare.
Bien contente de t'avoir inspiré ce joli texte, Jak !
Oh ! la belle inconnue élégante se révéla aphasique ! Olivier Mutismebavard, avec ce nom au paradoxe charmant fut cloué sur place par ce bien heureux hasard de la vie . Bien écrit en tout cas, chapeau Jak !
RépondreSupprimerUn chouette texte avec le zeste de mystère qu'évoque la photo.
RépondreSupprimerA-phasique, à prendre ou à laisser.
La joie du silence des mots.
Et une finale si heureusement positive qu'on en redemanderait.