lundi 2 novembre 2026

JEU 124 : "Femme de ménage, femme de méninges"



Dans la grotte, l’ordre des choses était simple, et c’est la science qui le dit. Enfin, c’est surtout un monsieur qui l’a dit. Mais il portait une barbe considérable et parlait en montrant des graphiques. Nous n’avons donc aucune raison d’en douter.

L’homme partait à la chasse.
La femme restait au foyer.

Une répartition des tâches plutôt élégante. Lui poursuivait le mammouth. Elle poursuivait les enfants, la poussière, les peaux mal rangées, les silex égarés et les assiettes en pierre que personne ne pensait jamais à rapporter près du feu.

Le système fonctionnait remarquablement.
À une condition toutefois : que personne n’ait d’idées.
Car les idées prennent du temps.
Et pendant qu’on réfléchit, la vaisselle s’accumule.

Voilà un fait historique incontestable.
C’est ainsi qu’apparurent les premières femmes de méninges.
Une par période glaciaire. Deux lors des étés exceptionnellement doux.

Par exemple Grrhilda.
Pendant que les chasseurs poursuivaient un mammouth depuis trois semaines dans la mauvaise vallée, Grrhilda s’amusait à tendre des tendons sur des os polis. Lorsqu’elle les pinça, cela produisit un son.
Puis plusieurs.
Puis une mélodie.
Les anciens furent très inquiets.
On se réunit immédiatement autour du feu pour déterminer qui était responsable.
Personne ne songea à accuser la musique.
On accusa naturellement Grrhilda.

« C’est fort joli, ma fille, lui expliqua le chef. Mais pendant que tu gratouilles tes machins, les peaux ne se plient pas toutes seules. »
Le chef était un esprit méthodique.
Les spécialistes s’accordent à lui attribuer également l’invention de cette autre formule, dont l’usage s’est perpétué jusqu’à nos jours : « Qui va faire le ménage ? »
La postérité lui fut reconnaissante.

Elle attribua également au chef l’invention de l’instrument.
Comme c’est souvent le cas, il n’avait ni conçu l’idée ni assisté à sa naissance, mais il occupait une fonction suffisamment importante pour figurer dans les archives.

Le phénomène se reproduisit pendant plusieurs millénaires.
Une femme découvrait quelque chose.
Puis un homme découvrait qu’il l’avait découvert.
Hier encore, je croyais ces temps révolus.
Puis j’ai vu cette photographie.
Une femme.
Une guitare.
Une planche à repasser.

L’archéologie moderne hésite encore.
S’agit-il d’une guitariste utilisant une planche à repasser ?
Ou d’une ménagère ayant enfin trouvé quoi faire de sa planche à repasser pendant ses loisirs ?
Les spécialistes se déchirent.
Les plus prudents rappellent qu’à chaque fois qu’une femme se met à penser, la poussière revient.
Les plus audacieux soulignent qu’à chaque fois qu’on lui demande d’arrêter, il se passe quelque chose d’intéressant.

La controverse aurait pu durer longtemps.
Jusqu’à la découverte récente d’une étrange séquence dans l’ADN mitochondrial.
GATAGAC.
Certains linguistes y reconnaissent un ancien mot aztèque signifiant « ordre et ménage ».
Mais certains soupçonnent qu’elle aurait été ajoutée plus tard par des préhistoriens masculins soucieux de remettre un peu d’ordre dans l’évolution.

Depuis, la communauté scientifique demeure divisée.
Entre femme de ménage.
Et femme de méninges.

Personnellement, je me garderai bien de trancher.
D’abord parce que je n’ai aucune compétence en génétique.
Et ensuite parce qu’il y a encore de la vaisselle dans l’évier.






1 commentaire:

  1. Eh oui ! Cruel dilemme !
    Entre le plumeau et la plume, femme balance !
    Le ménage a-t-il été inventé pour empêcher les femmes d'utiliser trop souvent leurs "méninges" ?
    C'est bien possible.
    Celles qui succombent à la phobie excessive de la poussière finissent par développer, m'a-t-on dit, une "ménageite aiguë",
    parfois mortelle...
    ça commence par des éternuements...et ça finit par une paralysie totale du bras droit...
    On cherche encore un remède efficace...
    Un labo en a lancé un, dernièrement, qui s'appelle "Partajdétâch"... ;-)

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