mercredi 17 janvier 2018

JEU 32 : Une fabuleuse matinée




Amélie tourna doucement la clé dans la serrure...et s'éloigna sur la pointe des pieds.
Son incursion dans la salle de bains de Collignon s'était passée comme prévu :  demain matin, l'épicier passerait  à coup sûr un mauvais quart d'heure.  Le plan était réglé comme du papier à musique : elle venait de programmer le réveil du goujat à 4 h du matin et elle l'imaginait déjà, les yeux lourds de fatigue et la gueule enfarinée, en train d'étaler consciencieusement sur sa brosse à dents une large dose de crème pour pieds secs...

La pensée de cette petite vengeance, minutieusement élaborée, dessinait un fin sourire sur ses lèvres et lui donnait une allure plus légère pendant qu'elle se dirigeait vers le café où elle exerçait ses talents de serveuse .
On ne pouvait pas laisser sévir ce genre d'individu éternellement. Cela faisait déjà trop longtemps que Collignon prenait un malin plaisir  à persécuter ce pauvre Lucien...De quel droit laisserait-on les gens comme lui continuer à humilier les plus faibles ? Quand auront-ils le dernier mot ? Quand les poules auront des dents...

Elle passa par le parc et aperçut au bord d'une allée une statue qui n'y était pas la veille. Cela la perturba quelque peu jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive que ce n'était qu'un artiste de rue qui venait de s'immobiliser le bras levé.
"Etrange...On dirait qu'il montre la lune. Tiens, cela me donne une idée..." pensa-t-elle. Jamais à court d'idées, Amélie...Et pour celui qui faisait battre son cœur, elle aurait été capable de décrocher l'astre de la nuit...

Elle poussa la porte et lança un joyeux  "bonjour" à la cantonade. Les habitués étaient tous là : l'amoureux de Georgette, assis dans son coin, triturait déjà nerveusement son dictaphone, tandis que l'écrivain raté commandait un double crème en fixant la reproduction à deux sous du portrait d'Arthur Rimbaud...
La journée promettait.
.
La Licorne
.



P-S : Le texte est destiné à ceux qui connaissent bien le film...:-)
 

dimanche 14 janvier 2018

Une étoile tout là-haut

 
 
 
 
 
 
Le sujet :
Vous n’y connaissez rien en Tarot ? Moi non plus.
Alors bonne occasion d’imaginer ce que veut bien vous dire
 cette jeune femme blonde au brushing assez réussi,
agenouillée sous une pluie d’étoiles multicolores et peut-être filantes.

 Elle vous donne dix conseils pour la nouvelle année.
Vos dix bonnes résolutions en quelque sorte.
Peut-être de boire plus d’eau ? (la main droite)
ou de vin rouge ? (la main gauche).
A vous de nous dire tout ça sous forme
de poème à forme fixe ou non.
Il devra commencer par : Si j’étais toi…
 
.
 
Si j'étais toi,
j'éteindrais la télé,
je couperais la radio
et j'irais boire l'air frais
qui dehors coule à flots...
 
Si j'étais toi,
dans la nuit je partirais
regard tourné vers le haut
vers l'infini étoilé
qui nous offre son halo
 
Si j'étais toi,
j'oublierais toutes les conventions
je marcherais le nez en l'air
je retrouverais les sensations
de l'enfant seul dans l'univers
 
Si j'étais toi,
j'enlèverais tous mes vêtements
pour sentir la chaleur du soleil
la fraîcheur de la pluie d'océan
la caresse de ce qui m'émerveille
 
Si j'étais toi,
j'écrirais un mot à tous mes amis
comme ça, juste pour leur dire que je les aime...
Je chercherais à mettre dans ma vie
des couleurs, des surprises et des poèmes
 
Si j'étais toi,
je m'agenouillerais au bord de la rivière
et j'écouterais le bruit de l'eau qui coule
je laisserais là tous mes soucis d'hier
je briserais les brocs, les vases et les moules...
 
Si j'étais toi,
j'oublierais sans regret les bonnes résolutions
qui ne durent  jamais que l'espace d'un instant
et je m'accrocherais à mes rêves d'évasion,
à mes désirs perdus dans le souffle du vent...
.
La Licorne
 
 
 
 


mardi 9 janvier 2018

JEU 32 : Quand les poules auront des dents ?



 
Quand les poules auront des dents ?
 
 
Il était une fois un bois,
 
Dans ce bois une clôture,
 
A cette clôture, accrochés tubes de dentifrice et brosses à dents.
 
Brosses à dents, pour quoi faire ?
 
Faire croire que ce  dicton

"Quand les poules auront des dents",
 
Était réglé comme du papier à musique ?
 
Musique sinistre de ce bois, encombré de vestiges,
 
Vestiges d'humains,

 
Humains sans papiers, sans visages ?
 
Au mur de mon salon, Arthur Rimbaud juvénile et regard

écoute mes pensées.
 
Je ne suis ni voyant, ni lecteur de marc de café, me révèle-t-il.
 
Café que songeuse, tourmentée de ces visions,
 
Je tourne, et retourne, dans ma salle de bains, musique automatique

 de la petite cuiller,
 
Mon breuvage est froid, l'eau déborde de la baignoire.
 
On sonne à la porte, on tambourine à la porte.
 
Porte secouée, enfoncée, je n'ai pas eu le temps de tourner la clé

dans la serrure.
 
Un inconnu vocifère.
 
Vocifère, me bouscule, arrête le robinet,
 
Robinet d'eau et de ses paroles,
 
Me tend un peignoir, je suis nue,
 
Pose ma tasse sur l'évier,
 
Éclate de rire.
 
" Je suis sculpteur; accepteriez-vous
 
de poser pour moi ?"
 
" A qui appartiennent ces brosses à dents ? 

m'entends-je lui  répondre.
 
" C'est une longue histoire." dit-il, une lueur triste au fond des yeux.
 
" Venez chez moi, je vous raconterai...
 
"Il était une fois...
 
Alors je comprends, je vois cette jungle, cette vie d'errance et de

 pourchassés, de froid, d'humiliations, de privations mutilantes.
 
Pourtant, il me dit sa joie, ses belles rencontres,

qu'il croit qu'un jour ou l'autre on arrive à décrocher la lune,
 
Même dans notre monde d'indifférences,
 
de vérités toutes faites, de désinformations

 
Nous sommes dans son atelier,

bric à brac d'objets de tous les jours,
 
Je l'écoute, il me parle,
 
Je l'entends, il me comprend.
 
Il raconte et dessine sa vie d'avant,
 
Un parc, des oiseaux, une statue,
 
Ma statue, moi qui contemple ce semblant de vie en dignité.


 
 
Cette photo fait partie d'une exposition de photos,
 prêtée par la Cimade, dans le cadre
de  la Semaine des Solidarités en 2017.
( D'autres photos témoignages des conditions de vie des migrants
sont visibles  à l'article Inhospitalité, paru sur mon blog)
.
 
.


 

dimanche 7 janvier 2018

JEU 32 : Aminata

 
 
 
Quand Lucia me fit rencontrer Aminata, la petite Burkinabée qu’elle hébergeait pour un temps, en attendant que celle-ci puisse se faire opérer du cœur, c’est le soleil d’Afrique qui pénétra à flot par les écoutilles de la maison. Quelle expérience prodigieuse !
 Ses grands yeux noirs, profonds comme des lacs, observaient le monde avec ébahissement. Elle allait comme de miracle en miracle. Dans la salle de bains, ses petites mains d’ébène couraient sur le carrelage rose, effleuraient les flacons, les fioles, les serviettes bouclées... La baignoire et les lavabos ne laissaient pas de l’étonner. Par quelle magie l’eau, si précieuse, si rare, pouvait-elle jaillir ainsi en gerbe ni trop chaude ni trop froide, simplement en tournant ces boutons d’opale argentée ?
Alors que dans son village, le seul puits enchâssé dans la poussière grise n’offre qu’un peu d'eau boueuse où bêtes et gens s’abreuvaient et se lavaient ensemble.
 Il lui semblait décrocher la lune à chaque tour de robinet.
Dans la chambre elle toucha à tout, les livres, les rideaux légers comme un souffle, le lit moelleux. Elle tourna la clé d’un tiroir de la commode pour y découvrir les frivolités de satin et de soie.
Elle tomba en arrêt de longues minutes, grave comme une papesse, devant le portrait d’Arthur Rimbaud accroché dans l’entrée…elle qui ne disposait que d’un seul livre usé, comme tout bagage culturel, et le souvenir de choses affreuses qu'une petite fille ne devrait jamais vivre.
Au parc où nous l’emmenâmes en promenade, les occasions d’émerveillement fusèrent. Les poneys tirant leurs petites carrioles de bois peint, les tours de manège réglés comme du papier à musique, le marchand de gaufres et de pommes d’amour, luisantes et vermeilles. Et les pelouses, ah ! Les pelouses douces et si vertes… et la gloriette couverte de chèvrefeuille odorant, et le lac aux bernaches et la statue d’albâtre d’Hermès…Tout l’enchanta. Son sourire m’éblouissait.
Au café Anglade, nous prîmes un chocolat chaud, et son ravissement éclata en perles : on eût dit des tintements de grelots dans la montagne. 
Petite Aminata à la peau de velours sombre, par ta joie de vivre tu nous as fait réfléchir. La vie ne t'a pas fait de cadeau, à la misère elle a ajouté cette défaillance cardiaque. Soudain je me suis sentie presque vaguement honteuse de cette chance inouïe que nous possédons de vivre ici, d’avoir accès à tant de belles choses qui nous semblent si naturelles, quand toi, et les tiens, attendez toujours que les nantis occidentaux cessent enfin de se moquer du tiers-monde comme du quart...
Mais certains d’entre nous, comme mon amie Lucia, loin d’attendre les bras croisés le fameux « quand les poules auront des dents »,  agissent sans se payer de mots. J'en suis profondément admirative, j’aimerais avoir ce courage.

Célestine






mercredi 3 janvier 2018

JEU 32 : Quotidien

 
 
 
- Arrête de crier… je suis dans la salle de bains, je me rase…
- Où que tu sois je crois que le jour où tu daigneras m’écouter n’est pas arrivé… J’ose même dire que ce sera quand les poules auront des dents.
Il n’entend que ce qu’il veut.
-   Tu veux un café chéri ?
-    Avec plaisir mon amour.
C’est réglé comme du papier à musique, je dirai même plus,  clair comme de l’eau de roche, salle de bains ou pas, quand ça lui plaît il entend TOUT très bien. 
Je ne lui demande pas l’impossible, quoi que… si cela lui arrivait un jour… bref je n’attends ni miracle ni exploit.
Juste un peu plus d’attention m’irait bien.
 
Vous n’allez pas me croire… pour Noël il m’a offert un portrait d’Arthur Rimbaud… tout ça parce que je lui ai dit que c’était mon poète préféré. Hélas ce n’est qu’une vulgaire copie sans aucune valeur. Je vais le cacher dans le salon derrière la  statue près de la fenêtre qui donne sur un parc – qui n’est qu’un modeste balcon que nous appelons ainsi parce que nous avons la folie des grandeurs – je planquerai cet ignoble tableau pile poil derrière cette copie du David de Michel Ange.
 
Mais pourquoi je vous raconte mon petit quotidien en détail ?
Sans doute parce que ça fait du bien de se confier, de vider son sac.
À propos de sac, l’autre jour je l’ai oublié… accroché au caddy quand j’ai fait les courses de Noël. Heureusement je m’en suis aperçue tout de suite… la clé de la voiture était dedans. Ouf, je l’ai retrouvée !
Vous allez me dire tout ceci est d’une grande banalité, il n’y a pas de quoi décrocher la lune.
 
D’accord… mais cette banalité n’est-ce pas le quotidien vécu par une quantité impressionnante de personnes sur cette foutue terre ?
Ah étourdie que je suis… BONNE ANNÉE 2018.
 
 

lundi 1 janvier 2018

JEU 32 : Un dimanche des familles

 



- Sors de cette salle de bains! crie le père. Nous aussi on doit encore se laver et s'habiller!
Elle se retient de lui répondre "quand les poules auront des dents", seule la mère a le droit d'utiliser cette expression. Devant le miroir, elle s'entraîne à embrasser un garçon. Pour ça, elle a choisi un portrait d'Arthur Rimbaud, parce qu'elle le trouve si craquant, avec sa mèche rebelle, ses yeux clairs et sa cravate mal nouée. Le genre de mec pour qui on décrocherait la lune.
- C'est pas un peu fini, oui? crie le père, au moment où elle sort avec Arthur caché sous son pull. Qu'est-ce que tu as fabriqué pendant tout ce temps?
- Ben, je me lave, moi!
Argument imparable dans une maison où l'hygiène prend une place si importante dans l'échelle des valeurs.
Il aimerait bien, le père, que les diverses obligations matinales se succèdent en bon ordre, ça devrait "être réglé comme du papier à musique", et il le répète assez, mais il y a toujours quelqu'un qui reste trop longtemps sous la couette, ou à table, ou dans la salle de bains.

Une demi-heure plus tard, le père gare sa voiture à côté du parc que toute la famille traverse pour se rendre à l'église. Devant la statue "du monsieur tout nu", le petit frère fait ses grimaces habituelles, suivies d'un "c'est fini, oui?" impatient du père, qui ne peut s'empêcher de rigoler.

Après la messe, le père va au café pendant que le reste de la famille fait sa visite dominicale à la grand-mère, celle qui est veuve et souvent "dans le trou", on ne sait pas très bien ce qu'elle veut dire mais on devine que ce n'est pas joyeux, "dans le trou".

Puis on rentre chez soi, et ça finit souvent en discussions "c'est toi qui as la clé", "mais non, c'est toi!", "c'est toi qui as fermé la porte en partant", "oui mais je te l'ai donnée, la clé!".

Bref, un dimanche des familles.

 
 

JEU 32 : Lieux, objets et expressions


Ce mois-ci, pour commencer l'année,
je vous propose une contrainte légèrement différente
des contraintes habituelles.

Pas de mots, ni de rimes, ni de thème donnés,
mais...des lieux, des objets
et des expressions imposés.
 
Tout d'abord, vous devrez, dans votre récit, passer
 dans l'ordre ou dans le désordre,
dans les trois lieux suivants :
une salle de bains, un parc, un café

(ATTENTION : il ne s'agit pas de placer les mots,
mais de faire un parcours au personnage choisi)

 

Ensuite, vous devrez faire allusion à trois objets :

une clé, une statue et... 
un portrait d'Arthur Rimbaud

Attention : ce sont bien les objets réels,
et pas seulement les mots
qui doivent être évoqués dans le texte...


 

Et enfin, vous devrez placer les trois expressions suivantes :
 
décrocher la lune
être réglé comme du papier à musique
quand les poules auront des dents
 
 .
Voilà.
C'est tout.
Alors, à vous de jouer !
Bonne promenade...
littéraire,
bonne inspiration...

et bien sûr,
BONNE ANNEE
à tou(te)s ! !

avant le 21 janvier 2016
.
La Licorne
.

jeudi 21 décembre 2017

JEU 31 : Noël littéraire

 


 

- Votre dernier ouvrage, monsieur Ray, porte un titre assez intrigant...
Pouvez-vous nous en dire davantage ? Est-ce un roman, une histoire vraie, un récit fantastique ?

- Eh bien, c'est un peu tout ça, oui...je dirai d'abord que cette histoire est  une histoire qui se passe dans un temps très réduit : à peine une semaine....ça commence en effet au matin du 24 décembre 1999 et ça se termine six jours après, au moment du passage historique au premier jour de 2000.
 
Une fin d'année qui restera à jamais inscrite dans nos mémoires... en raison  de cette tempête sans précédent qui, souvenez-vous, détruisit en une journée un bon tiers des forêts du pays et, qui, en même temps,  traumatisa de nombreuses personnes. Une partie de mon récit s'appuie donc sur des faits authentiques...mais une autre partie est inventée de toutes pièces...ça reste avant tout un roman.

- Donnons très rapidement un aperçu de cette histoire : Votre héroïne est enceinte et prête à accoucher, mais se retrouvant soudain sans courant et sans moyen de communication, ne pouvant joindre personne, cette jeune maman, nommée Marie, va devoir mettre son enfant au monde sans aide aucune... Dans un cabanon perdu au fin fond d'une forêt, cette mère-courage, réunissant ses dernières forces,  va trouver un moyen de résister, pendant six journées, aux assauts du vent et du froid ...tout en protégeant son bébé nouveau-né. C'est émouvant...et captivant. Et puis, on ne peut s'empêcher de penser, en découvrant votre texte, à une autre Marie...
 


- Bien sûr. J'ai imaginé une Marie d'aujourd'hui, une Marie de notre époque...une Marie moderne !

- Et vous avez dépeint un fiston qui paraît aussi tiré des Ecritures...puisque son prénom est Josué.

- Oui, c'est une évidence. Tout, dans ce récit, nous ramène 2000 ans en arrière...y compris deux ou trois faits, qui ne vous auront sans doute pas échappé : c'est un homme nommé Bernard Berger, qui, répondant aux cris de Josué affamé, viendra, au bout d'une semaine, sauver des neiges ce petit bambin et sa mère, épuisée. Et c'est un docteur nommé Marc Matthieu qui va ensuite donner des soins au bébé.

- C'est vrai, j'avais remarqué...mais ne disons pas tout...nos auditeurs repéreront eux-mêmes, en parcourant votre récit, vos fréquentes références au texte de Saint Matthieu.
Ne perdez donc pas de temps, chers amis et précipitez-vous dès maintenant pour acheter  "Sacrée tempête" de Christophe Ray ...nous comptons sur vous pour nous donner vos avis avisés jeudi prochain...
Et en attendant, joyeuses fêtes à tous !
.
La Licorne
.
 
 
 



mercredi 13 décembre 2017

JEU 31 : Visiteur de nuit

 
 
 
Une bûche finissait de se consumer dans un âtre grisâtre.  Dernière bûche.  Après, ce fut noir comme néant et Jean resta coi.  Aucun compagnon ne s’unissait à son âme en cette nuit de fête, nuit du 25 décembre.  Un froid grandissant engourdissait son corps affamé. 

Pourtant c’était un homme de cœur, disait-on, un homme de cœur au centre d’un pays indifférent.  Son esprit, serein quand même, s’ouvrit tout grand.  C’était une méthode apprise autrefois auprès d’un sage méditant.  Et ça fonctionnait très bien.  Un esprit grand ouvert capte une paix infinie, bienfaisant remède pour une âme meurtrie.  Fantastique intermède.

Soudain on entendit un gémissement tout près, suivi d’un autre, et puis un aboiement.  S’ébrouant hors de son état statique, Jean s’empressa de répondre à ce visiteur imprévu.  Une énorme masse bondit dans cette ouverture et dans cet abri, au risque de renverser un hôte sidéré.  Oh, fiston, fiston!  Je n’en crois pas mes sens.  Après tous ces mois sans toi, tu m’as retrouvé.  Contre tout espoir, te voici revenu chez toi, chez nous, mon grand chien, ma fourrure adorée.  Viens voir papa!

Ah, bonheur infini, douceur sans prix, ah, merci, douce vie !
 
 

 
 

dimanche 10 décembre 2017

JEU 31 : Une petite page de pub




 
Mardi dernier, j’ai reçu une proposition pour une intervention pour Christmas Time,
chez un opérateur de bigophonie (que je ne citerai pas, secret d’amateuriste of course)
Cette missive m’indiquait une adresse dans Paris 10ème, rue des petites écuries,
un nom de rue qui sent bon comme une odeur de crottin, frais comme j’aime.
;
Je me présentai donc ce samedi à cette adresse.
C’était un remue-ménage capharnaümesque : un monde fou, des caméras
et des cameramans, des photographes, des cascadeurs, des reporters,
des acrobates, des pyramides d’iphones, des grimeuses, des vendeurs de hot-dog,
 des badauds affamés et des curieux frigorifiés, mais contents de participer à cette fête.
 En bref, une expérience sensitive comme j’en ai peu connu!
,
Je fus reçue par une charmante jeune femme avec une robe trapèze méga-courte
qui m’a très gentiment commenté mes attributions.
Je serai « mentor technique en animaux magiques »
pour the SCENE WITH THE HORSE.
Je me voyais déjà non pas en tête d’affiche
 mais au moins comparée à Mario voire à Bartabas.
J’ai eu tout de suite un coup de foudre pour ce canasson,
qui était d’une teinte entre ivoire et cygne, une ossature robuste et vaporeuse,
une robe moirée et bien brossée, une corne tressée sur son chanfrein….
Un pur bijou.
 
J’ai chuchoté à son intention :
 "Bonjour, Fiston ! Comment te surnommes tu ?"
Sans attendre de réponse, Miss Robe-trapèze me prévenait d’un ton froid :
« son nom est Canson du Papetier, un peu sourd, Canson n’en fait qu’à sa tête,
son comportement est digne d’un enquiquineur de première :
pour preuve trois cascadeurs avaient été mis par terre ….
d’où ma présence en tant que dresseuse.
Son museau était aussi doux que du papier de soie justement
et nous avons commencé une grande discussion (j’ai bien vu que Canson
avait un type asiatique, et je baragouine couramment japoney)
,
A un moment, un homme a crié dans un mégaphone
que c’était mon tour avec « ce fichu bourrin ».
Je me suis dit que c’était évident que The Horse se soit vexé.
 S’entendre nommer « Bourrin » çà vous siérait à vous ?
Pourtant Canson paraissait motivé et prêt à se courber en quatre
 pour tourner cette pub !
,


 
Je me suis approchée de Marco, cascadeur de son état, 
que j’avais vu faire des acrobaties, juste avant sur une fusée, 
et j’ai écouté attentivement ses consignes.
 
The Operator in chief disait : 
« On fait d’abord une maxi séquence et ensuite on zoome ! 
toi, oui toi, Miss « mentor technique en animaux magiques »  
tu dois juste faire courir The Bourrin au bon moment
 (pour ce faire j’avais hérité d’une botte de carottes à agiter sous son nez
 avec une sorte de canne à pêche géante (on ne voit rien sur ma photo-souvenir,
ce prodige fait en postprod quand même !!)
 
The Operator chief a poursuivi :
« A un moment on va mettre à fond, tous gaz dehors
et on devra donner une vision d’une course aérienne.
 Tu as tout compris ?
Excite Canson en même temps avec ta voix et avec ces carottes »
?
J’ai acquiescé et Canson du Papetier aussi
pour prouver qu’on était compagnons et partenaires.
Marco, the cascadeur, avait un air un peu démoniaque
avec son déguisement rouge et outremer en strass,
 mais je crois que c’est juste du fait de son habitude
 à chevaucher des fusées et non pas des chevaux…
 
D’un bond, Marco est monté sur Canson.
J’ai agité mes carottes comme une pom-pom women
 pour mettre Canson en route.
Cet équidé a été très coopératif jusqu’au moment
où Marco s’est déporté en arrière
(pas extraordinaire son assiette à ce monsieur)
 et c’est à ce moment que Canson a craqué :
 
ce poids du cascadeur a dû froisser une vertèbre
 à moins que ce ne soient un des feux de fusée
qui ont chambardé son imagination féconde.
Je ne vois que ça pour transformer un canasson si patient
 en furie déchaînée.
 
Canson a rué comme un Quater-Horse de rodéo
et Marco a fait un très charmant Take-off in the sky ;
notre pauvre cascadeur est tombé dans un bac d’orangers 
avec un grand craaaaaaaaaaac. 
Je me suis retrouvée aussi 4 fers on the air dans cette affaire.
?
J’ai entendu Marco reprendre ses esprits et grogner en recrachant ses dents :
« ouh, ouh, ouh donn…..moi un …..mède ! »  
Je me demandais bien ce que ce pauvre homme disait sans dents ?
un intermède ? Un Archimède ?
?
A peine je me suis redressée
et ai reconnecté mes neurones, que j’ai enfin compris.
Marco désirait un remède sur ses bosses !
j’ai essayé de rendre service en attendant nos bien aimés pompiers….
Et Canson me direz-vous ?
Je ne sais pas où ce phénomène est parti : j’ai vu sa dégaine une dernière fois,
trottinant sur nos toits de Paris comme un fantastique acrobate !
 
 
Pour voir the texte of the beginning it’s here.