samedi 22 septembre 2018

Agenda ironique : "Souvenirs d'antan"

 
Pour l'Agenda ironique de septembre
 
Deuxième texte sur une proposition
 d’Andrea Couturet

Une image (ci-dessous),
accompagnée des mots imposés suivants :

– meuble ;
– pinot ;
– brebis ;
– salto ;
– “Bernique !” ;
– inflammatoire ;
– Jacquemart (de Dijon) ;
– ballet.





- Dis, c'est quoi, cette photo ?
- Ma grand-tante et ses deux mômes, en 1923...à Deauville...en costume d'époque...
On a du mal à la reconnaître à cause de son bonnet de bain...sur les autres photos, c'est plus facile, elle était frisée comme un mouton...
- Hum...comme une brebis, tu veux dire...Et sans indiscrétion ...qu'est-ce qu'elle regarde ?
- Elle vient d'entendre la cloche de cinq heures, c'est l'heure du goûter, et elle cherche son troisième marmot parti à la pêche aux berniques...pour lui dire de rentrer. :-)
- La cloche ? T'es sérieux ? Hum...la cloche de cinq heures, ça me rappelle un peu  le Jacquemart que j'entendais quand j'étais petit...Il sonnait tous les quarts d'heure, juste à côté de chez moi...Tu sais que j'habitais Dijon ?
- Ouais, dijonnais d'origine, je ne risque pas d'oublier...je m'en souviens à chaque fois que la moutarde te monte au nez ! ;-)
Mais non, grand bêta, la cloche, c'était une blague, c'était juste pour te faire marcher...pour me moquer de ta ponctualité aussi  excessive et légendaire...de ton côté très "five o'clock"...
- C'est ça moque-toi...moque-toi...toi qui me connais bien, tu devrais savoir que je hais le thé et les anglais et que la seule boisson que je supporte est le pinot blanc...
Et les enfants sur la photo, ils sont toujours en vie ?
- Je crois me souvenir que l'aîné est mort pendant la guerre. La plus petite, elle, est décédée l'année dernière.
- De quoi ?
- D'un ulcère d'estomac dû à une dose excessive d'anti-inflammatoires...la pauvre était perclue d'arthrose, ce qui ne l'a pas empêchée de frôler les cent ans.
Dans sa jeunesse, elle était danseuse de ballet et elle était connue pour sa prestation dans le "Sacre du printemps"...à l'époque, on vantait dans les journaux son sublime "salto facial"...
- Et tu la voyais souvent ?
- Non, rarement...elle était toujours sur les quatre chemins...une vie d'artiste, quoi...Mais à sa mort, j'ai hérité de quelques-unes de ses  affaires...car elle savait que j'aimais restaurer les meubles anciens...
Tu vois, la table, là-bas ? Elle me vient d'elle...Si tu veux bien t'y installer...je vais te chercher une tasse de thé...;-)
Ne fais pas cette tête, je plaisante, mon vieux...je vais te servir une bière !
Et ensuite, si tu veux continuer d'assouvir ta curiosité, tu auras le droit feuilleter la fin de l'album photo...jusqu'à cinq heures...pétantes.
Mais pas plus. Parce qu'après, je dois rejoindre André qui n'est autre... que le petit-fils du troisième marmot...celui qu'on ne voit pas sur la photo... Et si tu veux tout savoir, eh bien, bon sang ne saurait mentir, il travaille dans une entreprise de pêche !

 
La Licorne 




vendredi 21 septembre 2018

Agenda ironique : "Mélodie en sous-sol"

 
Ecrit pour l'Agenda ironique du mois de septembre
 
 
Sur une proposition de Dominique Hasselmann
 
“Promenade sous terre”
 
Mots imposés :
– métropolitain ;
– pingouins ;
– brasserie “La Rotonde” ;
– salsifis ;
– “Ici l’Aube !” ;
– infinitésimal ;
– Jacques Lacan ;
– ballast.
 
 
 
 

Paris.
Ligne 3.
Cri-cri-cri...Cri-cri-cri...
"Ici, l'Aube !"
On les entendait dès le matin.
Cachés dans le ballast, ils chantaient là leur chanson depuis un bon siècle.
Car c'est au tout début du 20ème siècle que les petits insectes musiciens avaient été progressivement acheminés du Sud de la France jusque dans la capitale.
D'abord en quantité infinitésimale puis de plus en plus nombreux...Ils étaient arrivés incognito par l'intermédiaire de banals cageots de poivrons, tomates et salsifis...et s'étaient multipliés gaiement dans la pénombre du métropolitain, bercés tout le jour  par le frottement des trains sur les rails qui leur assurait une chaleur digne des meilleurs étés du Sud.
Chanson douce et pittoresque. Petit air de vacances en pleine ville.
Mélodie ensoleillée éclairant les jours gris.

Mais, las, une bande de pingouins sur deux pattes, déléguée par le maire, vint un jour troubler cette quiétude bienheureuse et remplacer le ballast par une matière aussi compacte qu'inhospitalière, nommée béton.
"Béton"...
"B-ton"...avait aussitôt décodé le sieur Jacques Lacan, qui, friand de mots décomposés, avait reconnu là, dans sa version anglophone, le "si " strident de la chanson des grillons..
Le fameux "si-si-si" venu des profondeurs souterraines qui accompagnait chaque semaine la première phase de sa virée du jeudi à la Brasserie de la Rotonde, lieu convivial et gastronomique, où avec d'autres habitués célèbres, il avait créé un beau jour de mai, sur une inspiration, le LPGMP, Le Premier Groupe de Métalangage Psychologique...
Un sigle assez obscur qu'il aimait traduire parfois en "Ligue de Protection des Grillons du Métro de Paris" (*), ce qui ne manquait pas d'amuser ses amis.

 
La Licorne 

 
(*) Vous ne le croirez peut-être pas, mais je n'ai pas inventé cette ligue...elle existe vraiment !
Si, si, si !
Lire ICI...
 
 

dimanche 16 septembre 2018

JEU 39 : Aphorismes amateurs

 
 


Les nuages passent sur le ciel comme des éponges et,
après avoir essuyé quelques averses,
 nous le rendent bleu immaculé.
 
La bêtise, c'est comme une tache sur le nez :
on ne la voit que chez les autres.
 
La vieillesse ne commence pas avec le premier cheveu blanc,
mais avec la première idée noire.
 
.
 
La Licorne

 

mardi 11 septembre 2018

JEU 39 : Bêtises de jadis


 
 
 
 
Qui sait, peut-être les bêtises de jadis,
ressassées au fil du temps,
attisent-elles les flammes éternelles,
projetant leurs étincelles tout droit vers le ciel.
 
 
 
 
 
 
 




samedi 1 septembre 2018

JEU 39 : Aphorismes


Les arbres jettent l'or de leurs feuilles
par les fenêtres de l'automne.
.
Sylvain Tesson


 


L'aphorisme, si bien manié par Sylvain Tesson,
vous voyez tous ce que c'est :
il s'agit d'une phrase ou d'une formule courte
- et parfois drôle -
qui énonce, en quelques mots,
soit une vérité fondamentale
soit un trait d'esprit.

Le défi va donc être, ce mois-ci, 
 d'écrire un  (ou plusieurs) aphorisme(s)
contenant au moins l'un des mots suivants :

argent, cheveux, vieillesse, ami, jadis,
flamme, travail, mensonge, ciel, bêtise

La longueur maximale sera de deux phrases.
Et ce devra être un aphorisme "de votre cru" , bien sûr...

Faites-nous rire ou réfléchir...
J'attends vos trouvailles avec une gourmande impatience !

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr
avant le 21 septembre 2018 minuit.


La Licorne





Et, en passant, un énorme MERCI
à Valentyne et à Célestine,
nos deux talentueuses participantes
du mois d'août,
pour leurs textes
respectivement et merveilleusement
chevaleresque et romanesque...



 

mardi 14 août 2018

JEU 38 : Jumarts du Jura


Texte proposé par Valentyne


 

Mr Le juge,
 
Cette lettre pour vous demander votre aide judiciaire et judicieuse. Jugez plutôt :
Jujube, ma jument a été victime d’un don Juan. Elle était tranquillement en villégiature dans le Jura. Ce julot s’est échappé de son (juke)box et lui a fait un coup de Judas. 
 
Certes Jujube manque de jugeote de s’être laisser subjuguée par ce coureur de jupon mais je ne peux laisser cette juvénile jument enfermée dans nos écuries jumelées avec celle de ce goujat, fut-il la propriété d’un judoka spécialiste en ju-jitsu. Sans avoir des préjugés, les chiens ne font pas des chats et les taureaux des chevaux.
 
J’ai tout vu avec mes jumelles longue portée. Le temps de descendre de l’échelle où j’étais juchée pour réajuster mes rideaux en toile de jute. Je suis arrivée trop tard, le don Juan avait déjà remballé son tire-jus (excusez mon franc parler), son jubilatoire méfait accompli. JUPITER, le nom de ce scélérat, que j’écris exprès en MAJUSCULE pour que vous l’identifiez rapidement. Je l’ai fait fuir avec des jurons qu’un adjudant chef n’aurait pas osé conjugué à l’imparfait ni au subjonctif présent ou passé.
 
Jujube donc attend des jumeaux, voire potentiellement des jumeaux jumarts.
Je demande justice, réparation pour le préjudice. Merci de m’indiquer la jurisprudence en vigueur pour ce cas avéré de donjuanisme jurassique.
 
Votre dévouée Justine


 
 
 
 

jeudi 9 août 2018

JEU 38 : En mi mineur

 
 
A minuit pile, à la minute où les minous sont mistigris,
Rémi ne peut pas s’endormir.
Rémi rêve à Emilie.
 
Emilie c’est sa mie, son amie de cœur, sa Minnie.
Depuis qu’il l’a vue se mirer dans les miroirs de l’Académie,
 chaussée de ses mignons chaussons,
dans son tutu mi-soie mi-tulle,
pour Rémi c’est un tsunami.
 
Les prémices de l’amour fou rendent son minois vermillon.
Mais Emilie a un promis, c’est un champion du tatami,
un gominé, quelle infamie, quelle pantomime !
Rémi se sent minable et mièvre,
il voudrait tamiser ce minus, le brumiser, l’atomiser, l’éliminer.
Réduire en miettes ce fumier qui fait des mines à Emilie.
 
Mais Rémi n’est pas criminel, ni misérable ni miteux.
Ni encore moins homicide
Il admirera sa Mimi comme un papillon une étoile,
 si cosmique, si mirifique.
Terré au fond d’un ermitage, il la laissera minauder
 avec ce Mickey de mi-Carême.
L’amour le mine et le lamine. Pauvre Rémi.
 
Mais qui est cette mignonette qui s’immisce sous la charmille 
et s’achemine vers Rémi ?
C’est Amina, elle irradie, elle illumine…
 et Rémi oublie Emilie.
 

mercredi 8 août 2018

JEU 38 : Jour de canicule

 
 Syllabe  :
SOU 
 
 
 

Insoutenable.
Sous le soleil sourd de la canicule de juillet,
dans le souk de l'atelier de sous-traitance,
je sue et je souffre,
souhaitant de toute mon âme
le soupçon de souffle bienfaisant
qui soulage...
 
Soudain, je soupire
et d'un geste souple,
je retire mon soulier
sous le regard moqueur de mon sous-chef,
qui, sortant de son assoupissement,
me lance un sourire béat mêlé de sous-entendus...
 
Mais je ne m'en soucie pas...
Tout à l'heure, j'ai bien vu que la canette
cachée sous son bureau n'était pas d'eau de source...
Monsieur le sous-fifre peut la mettre en sourdine :
 
Il est parfaitement saoul !
 
La Licorne
 
 
 

mercredi 1 août 2018

JEU 38 : Syllabe répétée




Tout d'abord,
un grand MERCI
à ceux et celles qui sont revenus
au mois de juillet,
nous partager leurs textes
et réinsuffler un peu de vie à ce blog...
.

Et, si vous n'êtes pas trop fatigués par vos activités estivales,
ni trop accablés par les températures caniculaires,
 passons à la suite...



Jeu du mois d'août

Dans un texte dont le thème est libre,
 vous placerez le plus souvent possible
une syllabe particulière...de votre choix.
 

 

Exemple avec la syllabe "BA" :

Cher Babar,
Vous m'embarrassez avec vos babioles
bariolées...ballon, baskets, tuba,
bahut et barbecue.
Toute ma cabane de jardin
en est pleine, du haut en bas...
Un vrai bazar !
Dès que vous aurez terminé vos balades en Afrique,
venez donc récupérer votre barda
et vos bagages...
Nous en profiterons pour bavarder
et manger un baba au rhum...
Affectueusement.
.
La vieille dame
.

Pas besoin d'être bègue pour essayer...
Il s'agit juste de s'amuser..


Envoi à undeuxtrois4@orange.fr
avant le 21 août 2018
.

La Licorne
.


 

lundi 30 juillet 2018

Artifice

 
Pour l'atelier  "Treize à La douzaine"
.
 


 

Naguère, après avoir dressé son chevalet,
le peintre observait ce qui l'entourait et s'imprégnait longuement
de la lumière et du paysage...
Il n'était pas tenu, bien sûr, de reproduire exactement la scène...
il ajoutait ou retranchait certains détails...
déplaçant un peu le disque du soleil vers la droite
si cela équilibrait le tableau, gommant une épave disgracieuse,
inventant quelques moutons bucoliques
ou quelques vaches à lait paissant dans le lointain si cela l'arrangeait...
Ce faisant, il n'avait pas l'impression de procéder à une falsification,
mais juste de donner libre cours à son imagination...

Aujourd'hui, à l'époque de la photographie, c'est plus difficile.
Au moment d'utiliser ses ciseaux ou la  dernière version de Photoshop
pour corriger une image, 
dans le but de donner un peu d'éclat à nos feux d'artifice
ou d'ôter du cadre la rampe peu esthétique qui a permis de les lancer,
on éprouve comme un pincement au cœur et la vague impression de tricher.
La dictature du réel est passée par là.

La Licorne
 
 

Il fallait placer 12 mots :
 
lait, falsification, chevalet, 
photographie, ciseaux, épave, 
lancer, disque, mouton, 
naguère, rampe, paysage
 
sur le thème suivant : observation

 

dimanche 22 juillet 2018

JEU 37 : Le silence est vivant


 

J’entends une mouche voler, ou deux peut-être et le bruit du radiateur, qui,  quoique fermé depuis le printemps, sonne comme un gong.

Le silence est vivant.
 
Ma mère, elle, est morte ; depuis trois ans ; elle n’ira plus jamais à son cours de gymnastique, ne finira pas le roman de Kundera emprunté à la bibliothèque, ne repassera plus sa blouse, ne piquera plus de crise …
 
Ses nerfs ont lâché et le cœur aussi …
 
J’entends une mouche voler, ou deux peut-être et le bruit des feuilles dans les arbres me caresse l’esprit. 
 
Ma mère détestait les mouches. 
 
Les souvenirs vont et viennent, se balancent, hésitent, tandis que paupières closes, je songe à tout ce que je voudrais écrire en commençant ce journal. 
 
Les vacances sont propices au repos et aux confidences. 
Je ne crains pas les moqueries ; l’autodérision est mon bouclier. 
Je ne crains pas les moqueries mais il parait qu’ « il n y a que la vérité qui fâche » et je ne voudrais pas me fâcher ni avec elle, ni avec vous, alors j’ai choisi un cahier à spirales !
Ecrire l’intime est chose délicate, souvent, toujours…
Je me livre.
 
Je me délivre.
 
J’ai choisi un cahier de Travaux Pratiques.
Ce n’est pas pour tricher, non,  mais pour marquer une pause régulière dans ce qui sera écrit, digéré, livré.
 
Le silence est vivant ; la feuille de dessin sera son refuge.

 ...
 
Parfois la page sera déchirée et je sentirai comme un regret qui ne veut pas se partager ; je poserai alors le papier froissé sur le rebord de la fenêtre.
 
Le vent qui soufflera l’emportera doucement au loin ou le laissera frémir de solitude.
Le fardeau sera couché sur la feuille, pas à pas, mot à mot, lentement…
 
Le silence vivra…
 
 
 
 

samedi 21 juillet 2018

JEU 37 : Le journal de Sophie


 
Enfin un peu de fraîcheur, j'en profite pour virer tout ce que mes héritières mettront gaiement à la poubelle.
Décidée à y passer la journée... je vais ranger.
Première action un peu de gymnastique pour attraper le carton en haut de l'armoire; je me souviens y avoir mis des livres.
Hé non ma mémoire me joue des tours, tout ce que j'ai gardé précieusement de Sophie est là, de ses billets de train à ceux d'avion, ses dessins évidemment et... attention je vais pleurer... son journal "d'amour", tout un roman.
"À ma mère, ma mamounette aimée. Te souviens tu, un jour d'automne 1995 ? À Londres ce petit mot glissé sous ta porte que j'avais griffonné sur un bout de carton - je t'aime si fort qu'il faudrait inventer un mot pour te le dire - 
Le lendemain, je prenais l'avion pour les States. C'est là que je reprends mon journal pour partager avec toi ce curieux voyage. Installée sous un arbre dans Central Park, j'ai mis la jolie blouse que tu m'as offerte pour Noël. 
Crise de rire quand j'ai ouvert le paquet, moquerie générale... je te la balance à la tête... c'est un nouveau jean que je voulais. Finalement, tu vois, je l'aime puisque je la porte, c'est un bout de toi qui caresse ma peau.
Tu sais maman, mon journal ce sont les lettres que je ne t'envoie pas mais que peut être, un jour, tu retrouveras en rangeant des vieux papiers. Serais-je encore là pour partager ces souvenirs avec toi. P'têtre ben qu'oui... P'têtre ben qu'non. Va savoir, la vie nous réserve des surprises..."
Mauvaise surprise... 19 mars 1996. Juste un jour  avant le Printemps  Sophie a pris le large sur des océans inconnus.



 

vendredi 20 juillet 2018

JEU 37 : Un jour de printemps de 1950



 


21 mars 1950 - Châlons-sur-Marne

Je l'attendais depuis si longtemps, ce début de printemps !
Il a pourtant bien mal commencé : en marchant sur le chemin du collège, je n'ai pu résister à l'envie de me balancer à la branche du gros arbre sur la place et j'ai déchiré ma blouse grise. 
 
J'imagine la tête de ma mère ce soir : elle va piquer une crise ! Je sais déjà ce qu'elle va dire : " Et comment allons-nous t'en acheter une neuve ? Tu crois que l'argent se trouve sous le sabot d'un cheval ?  Tu as pensé à tes frères et sœurs ? Tu n'es pas tout seul... "
Toujours la même rengaine...Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire pour la calmer ? Que je répétais pour le concours de gymnastique ? Je sens qu'elle ne va pas le croire ! Elle sait que le sport ne m'intéresse pas, que je ne vis que pour le dessin..
.
L'autre jour, le prof de maths a confisqué un de mes griffonnages : il se trouve que  l'avais joliment croqué avec ses pantalons trop courts et sa moustache ridicule. J'étais assez fier de moi, mais, évidemment, ça ne lui  pas plu...pas plu du tout. Il m'a refilé cent lignes.
Les cent lignes, c'est rien...ce qui m'a fait mal, ce sont les moqueries des autres...ils ne ratent pas une occasion de m'humilier...surtout depuis que ma mère m'a fait une "coupe au bol" et m'a affublé d'une paire de lunettes rondes comme la lune.

...ça tombe bien, d'ailleurs, j'y suis souvent, dans la lune...et c'est le seul endroit où je suis bien. Je m'extrais du brouhaha de la cour, je décroche du discours monocorde des professeurs, je me mets en retrait et je regarde. J'observe mes semblables...leurs travers, leurs défauts, leurs manies...c'est passionnant. Un jour, j'en ferai quelque chose : un tableau, une bande dessinée...ou un roman. Je ne sais pas. 

Bon, c'est pas tout...faut que je retourne en cours, maintenant. J'ai latin avec Monsieur Borgnolle...ce n'est pas que ça me réjouisse...mais au cours de latin, y'a la fille du proviseur...qu'a de grands yeux bleus...
Alors c'est pas grave si Borgnolle me hurle dessus et pousse son cri habituel : "Monsieur Cabut, si vous continuez ainsi, vous ne ferez rien dans la vie...! "
Il peut crier...je regarde deux yeux couleur de paradis....et je ne l'entends plus.

La Licorne




  Consigne ICI


jeudi 19 juillet 2018

JEU 37 : Etats d'âme du jour - Laurence




 


Aujourd’hui, j’ai décidé d’écrire ce que je ne dis pas. Parce que coucher les mots sur le papier (en l’occurrence dans  ce journal), c’est en quelque sorte mettre en carton des vieilleries, faire le ménage de printemps. Et là je crois que j’en ai besoin.
Je pense souvent à la citation de Virginia Woolf : « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » Jamais phrase n’a eu autant d’écho en moi que celle-ci depuis que je suis né.

La nuit dernière je n’ai pas beaucoup dormi. J’ai fait un drôle de rêve, enfin drôle n’est pas le mot approprié, mais ce n’était pas un cauchemar non plus, c’était plutôt un souvenir déplaisant. 
Je devais avoir douze ou treize ans et je racontais à des copains de ma classe ce que je voyais la nuit pendant que tout le monde dort. Je ne sais pas pourquoi c’était important de le dire, mais sur le moment, ça l’était. Je crois que je voulais me laisser porter par les mots qui jaillissaient de ma voix, éprouver cette certitude que le monde pouvait être ample. Généreux.
 
Mais tout ce que je saisissais en retour c’était les moqueries des élèves, des trucs bien méchants qui pleuvaient sur moi comme des tempêtes, pour bien me faire comprendre qu’être différent ce n’était pas envisageable. Ça m’a réveillé en sursaut. Après, je n’ai pas réussi à me rendormir. Alors je suis allé dans le salon pour dessiner et surtout écouter la nuit. J’ai crayonné les ombres, les apparences inaccessibles et tout ce que je perçois. 
 
Depuis des années maintenant, pendant la nuit  j’accède à un autre monde. Un monde où les arbres me parlent, ou le vent, la Terre, l’eau me racontent des milliers d’autres existences.
J’éveille la nuit. J’ai un carnet rempli de dessins qui l’atteste. Bien entendu, j’évite de les montrer à ma mère. Déjà qu’elle pique des crises à chaque fois que je lui raconte ce qui se passe la nuit. Ce matin elle a crié après moi, elle disait : Arrête de suite, arrête, tu m’entends ? C’est pas la vie, ça, c’est pas la réalité ! Si tu continues, on va penser que t’es fou, c’est ça que tu veux ? Finir à l’asile ? Entouré de blouses blanches ?
 

Ça me fait de la peine de la voir ainsi, coupée de tout, coupée de moi, toujours à craindre le regard et le jugement cruel des voisins, des collègues, de la foule autour d’elle. (Surtout depuis que papa est parti). Y a que Julie, qui ne se formalise de rien, qui me soutient même si elle ne le dit pas. Tous les deux, on se comprend au-delà des mots. C’est ça aussi être jumeaux. Différents et semblables dans le même temps depuis dix-sept ans. Si moi je ne bouge presque pas, elle, elle est toujours en mouvement, (elle vise le prochain championnat de gymnastique artistique) son corps toujours en balance, elle tangue comme le vent, puis elle s’élève avec grâce, elle s’envole… et moi je m’ancre dans le sol, je tente de ne pas soulever le moindre grain (de folie ?)

Aujourd’hui, donc, je pense que me taire c’est bien aussi. Je réfléchis différemment. J’entrevois de nouveaux possibles. Et j’ai compris qu’il me faut attendre. Dans ce monde, on n’est pas prêt à s’ouvrir à d’autres univers. Même si les brèches sont de plus en plus évidentes.
 
Alors je crois que j’ai trouvé une solution. Voilà, je vais commencer par écrire un roman. Et peut-être que d’autres histoires suivront. J’en ai des tas à raconter. Ce ne sont pas vraiment des histoires, enfin si bien sûr, même si je ne fais qu’écouter et raconter avec mes mots l’univers qui aspire notre temps d’ici et ouvre des portes ailleurs.
Après tout, d’autres l’ont déjà fait avant moi.
 






mercredi 11 juillet 2018

JEU 37 : Sous le hêtre

 

 
 
Que se passe-t-il ?
 
Pourquoi ces doutes me traversent-ils ?
 
Je me sentais si bien, si confiant en la Vie ?
 
Tous ces bouleversements ici et là. La mort, la maladie, les drames...
 
Cette crise mondiale...
 
Ma "solide" assurance se fissure. La morosité me gagne.
 
Comment faire pour apaiser tout cela ?
 
ECRIRE, écrire, laisser ma plume glisser sur le papier.
 
Non, pas un roman !
 
Juste ce que me dicte mon cœur...

S'asseoir sur le banc où ma mère, après avoir quitté sa blouse ou son tablier de cuisine,

aimait tant se reposer, esquisser un dessin.
 
Faire le vide. Laisser venir les pensées sans les juger, ni les rejeter.
 
Observer ce qui advient....
 
Admirer le magnifique hêtre pourpre au fond du jardin.

Arbre majestueux totalement impassible dans le temps et devant les événements,

les moqueries des enfants qui se balancent sous ses branches,

le voient se dénuder en hiver ou se revêtir de superbes couleurs au printemps.
 
Faire quelques mouvements de gymnastique sous son imposante stature.
 
Là est la Réalité !
 
 

 

lundi 2 juillet 2018

JEU 37 : Ma journée


 
 

Cher journal
 
Aujourd’hui j’ai encore eu droit à des moqueries en gymnastique. Pourquoi moi,

 qui grimpe aux arbres et me balance aux branches du pommier comme un

garçon, je ne réussis pas à grimper cette corde à nœuds ? Mystère !
 
Au cours de dessin, Maryvonne m’a envoyé de la peinture verte sur ma blouse.

Ma mère va encore piquer une crise quand elle va s’en apercevoir… crise moins

grave que celle de l’autre jour, j’espère, quand elle a découvert sous mon

matelas un roman de Pierre Loti. Je n’ai droit qu’à des Delly mais Aziyadé est

infiniment plus instructif…
 
Ah ! Vivement qu’on soit au printemps et que j’aie seize ans !
 
 
 




 

dimanche 1 juillet 2018

JEU 37 : Journal intime

 
 

 

Ce mois-ci, si vous avez un peu de temps...
je vous propose
de vous pencher sur vos états d'âme...
et d'écrire la page d'un "journal intime"...
 
Ce sera le vôtre ou celui de quelqu'un d'autre...
comme il vous plaira.
 
Et vous devrez aussi placer, dans votre texte,
les mots suivants :
 
mère, arbre, blouse, crise, roman
printemps, gymnastique, moquerie,
dessin, balance
.

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr
avant le 21 juillet 2018
.

La Licorne
. 



 
 
 
 


mardi 29 mai 2018

JEU 36 : Participation d'Estelle

 
 
 
Pour changer le monde,
Faisons une ronde,
Enjambons la ronce,
Là sur la pierre ponce.
 
Levons notre pouce,
Haut, hors de la mouce,
Sans créer un moule,
Unissons la foule.
 
Couchons dans le foure,
Dégustons la moure,
Que bien qu’il se meure,
Le monde se meuve.
 
Mouce : Cachette en vieux français
Foure : Fourrage en vieux français
Moure : Mûre en vieux français
 


lundi 21 mai 2018

Au revoir...

 
 


 
 
Je vous ai proposé de changer le MONDE
Mon petit jeu fut lancé comme une SONDE
Et voilà que l'heure de la fin SONNE
 La cuvée fut-elle BONNE ?
 
Oui, elle le fut...
Deux beaux textes sont venus...
 
Mais, voilà, deux seulement...
C'est vraiment peu,
Vous en conviendrez ...
Alors, je crois que le mieux...
C'est, pour un temps, d'arrêter...
 
FILIGRANE se met en pause...
.
 
Merci infiniment à Dodo
(Carnets paresseux)
et Patchcath...
 
Et à plus tard...
peut-être !
.
 
La Licorne
.
 
 
 
 
 
 
 

mercredi 16 mai 2018

JEU 36 : Grand vent et coq à l'âne


 



C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde.
L’un monte vers les crêtes, s’appuie sur les collines, pille le verger, vide l’étang du voisin aussi bien que la mer morte (passe au dessus des prés une nuée folle de cerises mêlées de petits poissons) ; l’autre, qui courbe la vallée, plie les bosquets, ravage les blés en herbe, bat la moisson au champ et fauche l’orge sur pied.
Celui-là, qu’il morde la terre, gifle les arbres et prenne les toits à rebrousse-tuile ; que le suivant torde la pierre et l’éparpille.
Plante, homme, roc ou bête, que faire (ni honte, ni rage ni bonté n’y peuvent mais) sinon qu’on s’arque boute.
A leurs cris on ne sait rien opposer de mieux qu’un silence.
Les cigales même arrêtent leur drôle de morse.
Les vastes bourrasques tirent les bras, claquent le torse, étouffent les mots au ras des bouches – à peu qu’elles dévissent les têtes.
La brute qui virevolte rabote le sol, terse le labour mieux qu’une charrue, épierre les talus, vole la terre à même le roc.
Et puis la rafale se fait risée, s’amollit et son grand cri retombe.
Alors dans le silence revenu on entend seulement entre les aubiers tremblants le petit chant de l’eau d’un ruisseau qui bruie.
Et, avant la prochaine bourrasque, le monde mis à nu par les grands vents retrouve souffle, croit renaître meilleur et même qu’il a changé : mais c’est tout juste s’il reprend son bruit.

Carnets paresseux


Texte associant deux "suites" mêlées :
Monde/morde/morse/torse /terse /terre
Monde/monte/ bonté/boute/brute/bruie/bruit

 Référence littéraire (première phrase) :

C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,
De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte,
Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
En l’an de paille sur leur erre… Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !
(...)

Saint-John Perse, Vents, Gallimard.