mercredi 3 juin 2026

JEU 119 : "Légende familiale" - La Licorne

 


"Ne touche pas à cette machine, m'a répété ma mère, des dizaines de fois. Elle appartenait à ton grand-père, et elle ne nous a causé que des ennuis."

De quels ennuis s'agissait-il ? Je ne l'ai jamais su.

Et en quoi une petite machine à écrire noire pouvait-elle provoquer autant d'exaspération et de rejet...Mystère.

Aujourd'hui, mes parents, ne sont plus là pour me l'expliquer. Je suis en train de vider la maison familiale après leur décès et je ne sais pas ce que je vais en faire. 
La vendre ? Personne n'utilise plus ce genre de truc depuis longtemps. La jeter ? Dommage, elle est en parfait état de marche. La donner ? Non, c'est quand même un souvenir. La dernière chose qui me rattache à ce grand-père que je n'ai jamais connu.

Je la dépoussière lentement avec un chiffon doux. Elle brille sous la lampe. Je ne peux pas m'empêcher d'admirer ses touches rondes suspendues et son mécanisme de frappe antédiluvien. C'est bien loin des touches souples des claviers d'aujourd'hui. Il fallait sans doute une certaine force pour actionner tout cela. Et puis, on n'avait pas le droit à l'erreur. Le traitement de texte n'existait pas. Concentration obligatoire.


"Tiens, le "B", sur la ligne de caractères du bas, est resté coincé". J'appuie dessus pour le remettre en place. La machine émet aussitôt un bruit étrange. Je m'attendais à un clic, mais ça ressemble plus à un bruit sourd. Une sorte de ronronnement.


Intriguée, j'appuie sur la touche "espace". Le ronronnement reprend. Comme un moteur qui se met en route. Bizarre. Et si j'insérais une feuille ?

Il me faut une minute pour comprendre comment faire. Voilà. Je crois que c'est bon. J'appuie de nouveau sur la touche "espace". Et là, sans crier gare, la machine devient frénétique...elle se met à taper un texte en accéléré. Les lettres, en petits caractères, s'alignent à la vitesse de l'éclair. Je n'ai même pas le temps de suivre ce qui s'écrit. Tak, tak, tak...tak, tak, tak...tak, tak, tak...

Je suis sidérée.

Comment une machine aussi primitive peut-elle se mettre à fonctionner toute seule ? Et qu'a-t-elle donc à dire ?

Je mets un moment à reprendre mes esprits. Puis, je m'approche de la feuille qui tremble encore, pour lire l'écriture inconnue :

"Bonjour Maria ! Et merci à toi de m'avoir sortie du grenier. Je m'ennuyais tant là-haut. S'il te plaît, emmène-moi dehors, au soleil. Cela me ferait le plus grand bien..."

C'est vrai qu'il fait chaud aujourd'hui...très chaud. 30 degrés au bas mot. Le soleil tape. C'est d'ailleurs sans doute pour cela que j'ai des hallucinations !!!

J'hésite une seconde puis je me décide à obéir. J'attrape mes lunettes de soleil, une pile de feuilles blanches, une pomme et puis je mets la machine dans un grand sac de courses avant de me diriger d'un bon pas vers les quais de la Seine, tout proches.

Une délicieuse odeur de lilas flotte dans l'air. Quelques touristes flânent au bord de l'eau...mais ils ne semblent pas faire attention à moi. Allons-y ! Je place la machine sur mes genoux, et je remets une autre feuille. Puisque la belle antiquité semble d'humeur à discuter, je vais lui poser quelques questions. Avec application,, j'actionne les touches, une par une, du bout de l'index.



"Est-ce que quelqu'un t'a programmée ?

Le ronron ne se fait pas attendre. La réponse non plus.

- Quelle idée ! Cela n'existait pas, de mon temps.

- Alors, comment fais-tu ?

- C'est mon petit secret, vois-tu....répond-elle du tac au tac.

- Et qu'est-ce que tu veux me dire ?

- J'aimerais te parler de ton grand-père, Maria. Je l'ai bien connu, tu sais. De là où il est, il te voit et il a choisi de passer par moi pour te faire quelques confidences. Si tu acceptes, je peux jouer les intermédiaires entre lui et toi."

Incroyable !

J'ai lu quelques histoires de medium dans ma vie...mais aucune ne décrivait ce genre de machine ensorcelée.

Je repense soudain aux "malheurs" évoqués par ma mère et j'hésite un peu...

Mais pas très longtemps. Poussée par la curiosité, j'accepte.

" Eh bien, claquette la machine, ragaillardie, voici ce qui s'est passé juste avant ta naissance..."


La Licorne









dont voici les consignes :


Proposition 319 – Légendes silencieuses


Pour cette proposition, je vous propose de travailler sur les légendes. Pas n’importe laquelle : une histoire qui aurait survécu dans un tiroir, au fond d’une maison trop vieille, dans la mémoire d’un village ou dans la poche d’un manteau oublié. Choisissez un objet ancien qui aurait traversé des mains, des années, des silences. 
Puis inventez ce qu’on raconte à son sujet (que dit-on de cet objet, pourquoi certaines personnes refusent-elles d’y toucher, que provoque-t-il chez ceux qui le possèdent et surtout : quelle part de la légende est vraie ?). N’écrivez pas seulement l’histoire d’un objet. Écrivez ce qu’il continue de remuer chez les vivants.

Contraintes :
- Ne pas commencer par « Il était une fois »
- Ne jamais expliquer totalement l’origine de l’objet
- Intégrer au moins une phrase transmise oralement (“Ne le garde jamais près du lit”, “On disait qu’il choisissait son propriétaire”, etc.)
- Utiliser les cinq sens
- L’objet doit modifier quelque chose (une relation, un souvenir, un comportement, une peur, un destin, etc.).




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