dimanche 27 mars 2022

JEU 74 : "24 euh" (du lavis d'une femme) - Tiniak

 

Euh... Pardon, mais, par don, je suis fille
donc bientôt femme
peut-être sœur
source de larmes et d'ardeurs

Euh... Là, je joue avec mes copines
retourne donc à tes ballons
si rapés que vos pantalons
Adieu, garçon ! Pour toi ? Trop fine !

Euh... Papa ! Papa, viens ici !
Je veux dire : reviens, ici...
Je ne t'ai pas encor tout dit
et j'ai toujours peur de la nuit !

Euh... Au tableau ? Mais oui, bien sûr...
Alors.. C'est Cévingestaurisque...
Il s'est armé de sa francisque
pour vaincre les Morts, à ...Namur ?

Euh... On avait dit sans les oreilles
et t'as mordu sur la marelle
Ah, oui ! Mais, nan ! c'est pas pareil !

Euh... Attends; c'est dans mon cartable...
Oui, oui... Le capitaine Achab...
Bon, le bouquin est plein de sable

Euh... Ben j'aime bien la réglisse
(aussi tes yeux bruns de métis
et ce crépu, qu'en vain, tu lisses)

Euh... Euh... Ai-je bien peigné mes cheveux ?
Voit-il ce qu'il est à mes yeux ?

Euh... Euh... D'accord... Bon, donc pas lui !
Mais alors qui ? Mais alors qui ?

Euh... Euh... Est-ce qu'on se connaît ?
T'étais mon voisin de palier ?

Euh... Euh... Ok; nan, mais OK...
et on va où, là, s'il-te-plaît ?

Euh... Euh... Euh... Suis pas vraiment sûre

Euh... Euh... Euh... Où est la voiture ?

Euh... Euh... Euh... Suis pas confiture !

Va-t-en chercher ailleurs d'autres vilaines aventures !!

Reviens ! Ma brune enluminure...

 

Tiniak

 

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lundi 21 mars 2022

JEU 74 : "24 heures de la vie d’une femme" – Joe Krapov

 

 

 

24 heures de la vie d’une femme


« 24 heures de la vie d’une femme », de Stefan Zweig, ça pourrait être l’histoire d’une femme, Mrs C., en manque d’amour, et d’un homme en manque d’argent.

L’un passe dans la vie de l’autre et donne envie à celle-ci de commettre un impair. Mais la roulette de l’histoire ne tourne pas aussi facilement que ça. Le « Happy end », ici, n’est pas de mise. Rien ne va plus, faites vos jeux, le conte est apocalyptique.


Lui n’a qu’une seule envie, c’est de retourner au casino. Cette institution fait miroiter son blé. C’est une aimable voisine à laquelle l’absence de morale et l’image du général russe permettent de tout prendre. Suffit de sauter la barrière, comme disent les officiers vulgaires et les bandits pas manchots qui souvent s’acoquinent !

La lady anglaise et sa promenade en calèche ne pèsent pas lerche à côté de la fièvre du jeu. Au lieu de prendre le train avec son argent charitable il retourne se mettre à table et flamber sur le tapis vert.

T’as pas vu Monte Carlo ni la fièvre à El Pao ?

Cet idiot fait sauter la banque. Avec un missile hypersonique.

Il y a des débris partout. Ca fout les jetons, non ? C’est Mrs C qui doit les ramasser : elle est la seule survivante de la catastrophe mondiale.

Échecs, petits soldats, jolis parleurs ou brutes épaisses, les hommes sont des joueurs, les femmes font bouillir la marmite.

« Tout le monde veut faire la révolution mais personne ne veut descendre la poubelle » comme disait Jean Yanne.

 

Joe Krapov

 


 

 

mercredi 16 mars 2022

Agenda ironique : "Longue attente"

 

 
Pour l'Agenda ironique de mars
 chez Brigetoun

 

 


     L'année de mes dix-sept ans, le prof de français nous avait plongés dans l'étude du "Désert des tartares" de Dino Buzzati. 

Je ne sais pas si vous connaissez le livre, mais on peut le résumer d'un mot : c'est l'histoire d'une ATTENTE. Une attente longue, interminable. Une attente qui dure une vie entière.

Un jeune homme, plein d'enthousiasme, rêve de bravoure et de combats glorieux. Au début de sa carrière militaire, il est muté dans une citadelle éloignée de tout, à la frontière d'un mystérieux royaume du Nord. Et là, dans cette forteresse isolée, il va attendre l'ennemi. Il va attendre que les Tartares surgissent du désert...il va attendre son "heure de  gloire", celle qui changera sa vie. 

Mais l'ennemi ne viendra pas. Il n'y aura pas de confrontation, pas de combat, pas de destin héroïque. Il n'y aura que le quotidien inlassablement répété, la routine et la monotonie rassurante des rituels, qui rythment des jours fades et vides. 

Et quand enfin, après des dizaines d'années d'attente, sonnera l'alarme...quand enfin, il se passera quelque chose, le héros sera trop vieux et trop fatigué...pour le vivre. 

Inutile de vous dire que cette histoire, quand vous êtes adolescent(e), est l'antithèse de tout ce que vous imaginez pour votre avenir. A l'époque, j'ai trouvé ça...bien écrit...mais totalement désespérant.

 


La poésie et le style remarquable de Buzzati ne suffisaient pas, à mes yeux, à effacer la solitude et l'ennui mortels qui se dégagent de ce récit. Récit qui peut parler à un homme mûr, à quelqu'un qui connaît les aléas et les chausse-trapes de la vie mais qui ne peut que rebuter une jeune âme qui rêve d'en découdre avec l'existence...

    Il faudrait d'ailleurs s'interroger sur les programmations littéraires de l'Education Nationale, qui proposent systématiquement ce genre d'histoire "joyeuse" et "revigorante" à notre jeunesse déjà plombée par le réel. A ma fille, par exemple, on a imposé successivement "L'étranger", "Thérèse Raquin"...et  "Le chat noir" d'Edgar Allan Poe. Tout ça à l'âge du collège, avant 15 ans. A croire que le but est de générer déprime et sinistrose le plus tôt possible...

Il y a tant de livres frais et tendres...tant d'histoires douces comme le velours...tant de récits qui finissent bien...Au seuil de l'âge adulte, au moment des frémissements de l'âme, au moment où des torrents de sève se déversent dans nos veines, d'où vient ce besoin de fendre les jeunes coeurs en deux et de les précipiter dans des visions pessimistes de la vie ?

Bien sûr, la vie n'est pas un long fleuve tranquille, bien sûr il y aura des déceptions et des frimas...des accidents et des tragédies. Mais est-ce que tout cela doit être présenté, dès l'aurore, à de jeunes esprits qui n'ont qu'une idée : trouver un "but" et un "sens" à ce qu'ils vivent...?

    Dans le même ordre d 'idée, on n'épargne rien aux enfants d'aujourd'hui... c'est bien avant dix ans, maintenant, qu'ils reçoivent, en pleine face, les noirceurs du monde : ils les contemplent chaque jour pendant les infos, entre les coquillettes et la tranche de jambon.

 

 

 

Peur de la guerre, peur des virus, peur du réchauffement climatique...Peur, peur, peur...voilà ce qu'ils ingurgitent à longueur de journée...

Ils ne savent plus, confinement oblige, ce qu'est une jonquille ou un grillon...mais ils connaissent toutes les séries de Netflix. 

Pour eux, le Zéphyr est un avion à réaction, et la sarriette un ingrédient de potion dans Harry Potter...

Ils grandissent "hors-sol", ils grandissent dans la solitude, dans l'angoisse et le non-sens...ils grandissent dans la seule réalité des écrans...et ils attendent...Ils attendent, enfermés chez eux et derrière leur masque...que le "sens de leur vie" surgisse du désert.

    Soyons justes : Dino Buzzati, finalement, posait la bonne question, la seule qui vaille : 
"Rattrape-t-on les années perdues ?"

.

La Licorne

.

 

Le thème pour mars le thème du mois est "L'attente", 

avec utilisation des mots  

frémissement, zéphyr, frimas, velours, fendre, torrent, seuil et sarriette.


 

jeudi 10 mars 2022

JEU 74 - "24 "e" dans la vie d'une femme" - La Licorne



 
 
 (et le jeu 74)
 
 
 
 
 

  
 
 
C'est le temps des tempêtes

Et des emmerdements...

Des événements déments

Et des empêchements...
 
  
 
De décret en décret
 
De règlement en règlement
 
De détergent en tremblement
 
J'erre et je me perds
 
 
 
Je me sens perplexe,

En quête de sens...

Textes et prétextes

Secrets défense
 
Tests et pré-tests

Me rendent chèvre...
 
 

Les gens de télé m'énervent

Et m'enténèbrent

Les experts me mentent

Des serpents me vendent

"En même temps"

Les remèdes et le vent
 
 
 
Ces mecs me bernent
 
Cette pègre m'excède
 
Le stress me cerne
 
Dette d'enfer
 
Ere de guerre

Zen, rester zen
 
 
 
 
 
 
 
Je regrette le temps
 
Léger et tendre
 
Des étés de fête
 
Je me berce de pensées

Belles et rebelles
 
Je tresse des perles
 
 
 
 Je cherche
 
Recettes de fées
 
Flegme d'Helvète
 
Lettres d'esthète
 
Etres sensés

Cercle de frères...
 
 
 
Je cherche...

Et femme de désert,
 
Je tends lentement,

Vers ce que j'espère

Vers mes rêves d'éther...

Et de verte Terre

.

La Licorne

.
 
 

 
Consigne :
 
A la façon de Perec, 
 
dans  "Les Revenentes", 
 
n'utiliser qu'une seule voyelle,
 
la voyelle E
 
 

 

jeudi 3 mars 2022

Il est grand temps...


 
Consigne d'écriture  de l'Atelier de Villejean





 

 

Il est grand temps...

De rallumer les étoiles, disait Apollinaire

De cultiver son jardin, disait l'ami Voltaire

De laisser la prose pour la poésie, disait le grand Molière

De te laver derrière les oreilles, disait feu ma grand-mère


Allez, on s'accroche !

De la télé, vite on décroche

On arrête d'avoir la pétoche

On oublie tous ces fantoches

Qui nous rendent la vie si moche

Et on se creuse la caboche

Au lieu de se répandre en reproches !


Allez, on s'émerveille !

Du premier rayon de soleil

Du vol de la petite abeille

De la prochaine groseille

A la jolie couleur vermeille

De Ninon en son simple appareil

Du monde qui d'un coup se réveille


Il est grand temps, mon vieux

Il est grand temps

C'est le printemps...

Il est grand temps...

T'as soixante ans !

.


La Licorne

.

 


  

Qu'est-ce que cela, soixante ans ? 

C'est la fleur de l'âge et vous entrez maintenant dans la belle saison.

.

Molière

.

 



mardi 1 mars 2022

JEU 74 : "Vingt-quatre heurts" - Tiniak


Vingt-quatre heurts ! 

 

Une heure ou deux, et le troisième
à formuler un probable “je t’aime” ?


Trois, quatre et cinq
à voir en quoi je suis ornithorynque
(oui, j’en parlais encor, il y a peu)

Six, sept et huit
Ma sœur, ma sœur
sache comment mon cœur t’invite

Mon cœur t’invoque !
petite femme chaussée de breloques

A trois fois huit, c’est la minuit !
Et nous voilà, dans les bras l’Un de l’Autre
auprès du fleuve où l’on se vautre
et nous faisant tant de guilis
qu’en filigrane
même la fourmilière arbore ce panneau :
“En panne”

Il fait si bon être l’amant
(même pour quelque vingt-quatre heures)
dans la vie d’une femme
dont le sourire est un bonheur
et les soupirs, un feu brûlant


Tiniak 

 

 


 

 

 

JEU 74 : "24 heures de la vie d'une femme"



- Atelier d'écriture pour le mois de mars -

 

Il s'agira ce mois-ci de créer un texte 
directement inspiré de cette image :

 


 
Titre associé : 
 
de Stefan Zweig 
 
.
 
 

Concernant le titre de livre , 

vous pouvez , comme d'habitude :


- Tout simplement, placer les mots de ce titre dans votre texte

(dans l'ordre que vous voulez)

- Ou faire en sorte que ce titre de livre soit aussi le titre de votre texte

(et donc le choisir comme fil conducteur de votre création)

- Ou , troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, à l'oeuvre citée

(en l'imitant, en la complétant, en la citant, en la détournant...etc)

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 mars 2022

 

 

En espérant que vos tâches journalières

vous laissent un peu de temps

pour  écrire !

.

A bientôt !

.

 

La Licorne 

 

 



 

mardi 22 février 2022

JEU 73 : "La comptine des dix grands maigres" - La Licorne

 

 

Dix jeunes gars sur un trottoir...

 


 

Le premier, un grand échalas,

Au bout d'une minute, s'en alla 

A, A , A...

Il n'en resta que neuf 


Le deuxième, un peu perturbé,

De sa chaise est tombé, 

B, B, B

Il n'en resta que huit..


Le troisième, bien trop pressé, 

Sur un vieux papier a glissé, 

C, C, C

 Il n'en resta que sept

 

Le quatrième, dégingandé,

S'est retrouvé covidé, 

D, D, D...

 Il n'en resta que six

 

Le cinquième, trop malheureux,

Quitta aussitôt les lieux, 

E, E, E

 Il n'en resta que cinq

 

Le sixième qui s'appelait Joseph

S'évanouit derechef, 

F, F, F

 Il n'en resta que quatre

 

Le septième, le plus âgé,

Finit par se décourager, 

G, G, G

Il n'en resta que trois

 

Le huitième, aux airs bravaches,

S'étouffa dans sa moustache, 

H, H, H

Il n'en resta que deux

 

Le neuvième, le plus gentil

Prit le train pour Paris, 

I, I, I

Il n'en resta plus qu'un


Un pauvre gars, un sans-logis...

Qui disparut comme par magie ! 

J, J, J


La Licorne

.




Comptine des dix petits nègres 

(à l'origine du titre du roman d'Agatha Christie):

 






lundi 21 février 2022

JEU 73 : "Ils étaient dix" - Joe Krapov


 Filigrane jeu 73 Ils étaient dix

 

Le dimanche 13 août 1961 un jeune homme belge nommé Jason Butternut se trouvait en vacances chez son correspondant anglais dans l'île de Jersey. Tous deux étaient alors âgé de 18 ans.

Le hasard permit ce jour-là à Jason d'accomplir un de ses rêves de gosses et de se découvrir une vocation pour plus tard. En effet on était rendu à la date, annuelle et rituelle, du critérium cycliste de Saint-Helier.

Cette épreuve sportive consiste en un circuit en boucle de 13 kilomètres autour de la ville portuaire que les coureurs doivent accomplir treize fois.

Parmi les participants à cette course il y avait Rik Van Looy, un champion cycliste populaire pour lequel Jason avait une adoration certaine. Il allait enfin le voir courir "en vrai".

Le correspondant de Jason s'appelait Justin Podium mais cela n’a pas d'importance dans notre récit. Greg Lestrade eût pu convenir aussi. Justin et Jason avaient pris place sur le trottoir parmi d’autre amateurs de vélo afin de voir passer le peloton et d'encourager les rois de la petite reine. Jason n'avait d’yeux que pour Rik Van Looy et Justin, quant à lui, en véritable looser, il encourageait l'équipe locale, les Jersey black devils, dont le maillot était de couleur noire.

 


 

Dès le premier tour il y eut une échappée. L'espagnol Federico Bahamontes, cherchant la montagne – il ne la trouverait jamais, Jersey étant une île relativement plate par rapport aux Pyrénées -, avait pris quelques 200 mètres d'avance au peloton.

Au deuxième passage Justin remarqua l'absence, dans le peloton ou à l’arrière de celui-ci, du coureur Wargrave, le capitaine  des Blacks devils. Peut-être avait-il été victime d'une crevaison et été distancé ? Parfois ont fait ce qu'on peut et le pneu peut peu. Mais bientôt un motard précédent la voiture-balai laissa planer un premier mystère sur la course. Wargrave aurait abandonné au bout de même pas 20 kilomètres et serait monté à l'intérieur du véhicule de ramassage des lâchés en perdition ? Quand même pas ?

Au troisième tour le peloton passa groupé, Bahamontès, déçu par la morne plaine, ayant été repris après une chasse terrible d'André Darrigade. Mais cette fois chez les Black devils c’est Claythorne qui manquait à l'appel.

Au quatrième tour, Brent était aux abonnés absents.

Au cinquième, plus de nouvelles de Mc Arthur. Où avait on mis son corps ? Justin attira l'attention de Jason sur ce phénomène d'évaporation, sans doute irrégulière bien que régulière, de l'équipe de Jersey.

- Oui, c’est bizarre, convint Jason, mais en attendant l'équipe belge est aux avants-postes. M'étonnerait pas qu'elle tue la course pour que ça se termine en victoire au sprint de Rik Van Looy !

Au sixième tour du circuit exit le nommé Lombard. Arrêté dans une pizzeria ?
Au septième tour plus d'Armstrong ! Expédié dans la Lune ?
Au huitième, plus de nouvelles de Marston.
Au neuvième tour on déplorait la perte de Blore.
Au dixième ce fut au tour de Roy Rogers de disparaître.
Au 11e son frangin John pointait absent du peloton et de ce fait il n'y avait plus aucun représentant des Jersey black devils dans la course.

 

Ils étaient dix à avoir disparu sans que ça n'inquiète ou n'intéresse personne d'autre que nos deux jeunes gens.

Comme pronostiqué par Jason, Van Looy gagna l'épreuve au sprint mais Justin attendit que le dernier coureur, la lanterne rouge comme on dit dans ce sport, eût passé la ligne pour en avoir le coeur net sur les disparitions des cyclistes. Se pouvait-il que toute l'équipe locale se fût retrouvée dans la voiture-balai ?

Mais justement, comme par un fait de sorcellerie, la voiture-balai ne franchit jamais la ligne d'arrivée. On ne la revit plus de l’après-midi.

Les deux amis se rendirent au commissariat et y racontèrent leur histoire.

- Vous les connaissez ? Vous faites partie de leur famille ? leur demanda-t-on. Le véhicule est à vous ? Ou le balai ?

- Non.

- Vous savez, jeunes gens, chacun est libre d'aller et venir comme il le souhaite ici. Ils vous ont volé quelque chose ?

- Non plus !

- Alors, s'il vous plaît, mêlez-vous de vos British fesses et de votre Belge postérieur, les kids ! Caltez, maintenant !

 

Filigrane jeu 73 Rick Van Looy 

 

Les deux jeunes gens retournèrent auprès du car-podium où une charmante Jerseyan lady claquait deux bises à Rik en lui remettant un énorme bouquet de fleurs.

Ils avisèrent un officiel auquel ils demandèrent le nom du chauffeur de la voiture-balai.

- Quelle voiture-balai ? Personne n'abandonne jamais dans cette course. Il y a les voitures des directeurs techniques en cas de pépin mais c’est tout !

- Mais on l'a vue ! Elle a tourné derrière les coureurs. Sauf au dernier tour !

- Je ne vois pas vraiment de quoi vous voulez parler. Vous avez trop arrosé de cherry votre repas de ce midi ?

Avaient-ils eu la berlue ? L'équipe des Jersey black devils existait-elle seulement ? Ils en venaient à douter de leurs sens. Quand soudain Jason Butternut se tripota le bout relevé de moustaches imaginaires et eut une illumination dans ses petites cellules grises.

- Cela ne peut pas être l’adjudant Chanal ou un autre de ces pervers détraqués qui conduisait le véhicule ! Comment un homme seul pourrait-il en violer dix autres sans que ceux-ci n’opposent de résistance ? Trouvons le nom du chauffeur et nous saurons quel louche trafic se cache derrière la disparition de ces dix hommes. Quand tu m'as parlé de ce phénomène la première fois, j’ai pris soin de noter le numéro de la plaque minéralogique de la camionnette : 3745 ES 40. Retournons au commissariat.

Le même préposé digne, courtois mais un chouïa vulgaire sur la fin les reçut à nouveau avec flegme.

- Nous aimerions savoir à qui appartient ce véhicule.

L'agent Bobby, ébaubi, regarda le numéro puis il appela un autre service. Quelques temps après il obtenait la réponse.

- Cette camionnette Peugeot est immatriculée en France. Elle appartient à un dénommé Auguste Maquet.

- J'ai tout compris ! dit Jason à Justin. On peut rentrer chez tes parents prendre le thé !

***

Lorsque le soir fut venu, Jason Butternut demanda à Justin Podium de réunir tous ses neurones dans la bibliothèque du château de ses parents. Ce fut vite fait car le correspondant n’en avait pas beaucoup.

 

Filigrane jeu 73 Agatha

 

- Il existe quelque part sur le continent une clinique médicale tenue par un docteur très malin. Nommons-le Alexandre Dumas arrière-petits-fils car c'est bien de là que tout est parti. C'est essentiellement une maison de repos, située à la campagne ou à la montagne, voire à la mer, va savoir ! La clientèle est principalement constituée d'écrivains ou d’écrivaines en mal d'inspiration ou en dépression ainsi que de scénaristes excédés ou vidés. Le docteur Dumas a mis en place une espèce de commerce triangulaire. Avec l'argent que les éditeurs ou producteurs lui confient pour soigner leurs poulains ou leurs pouliches il va acheter un peu partout des rédacteurs remplaçants, des gens qui vont écrire des romans ou des scenarii à la place des auteurs en déprime. Je pense qu’ils sont logés pour cela dans un centre de vacances à Mimizan-plage, dans les Landes. J’en ai vaguement entendu parler par ma copine Josiane qui passe ses étés et a beaucoup flirté par là-bas. Lorsque le rédacteur-vacancier a terminé son manuscrit, il l’envoie au docteur qui le remet à l'auteur. Celui-ci le retouche et repart un peu guéri pour un temps vers de nouvelles aventures. Il va enfin pouvoir à nouveau passer à la télé ou causer dans le poste.

- Mais alors il n'y a rien d'illégal dans la course cycliste ? s'étonna Justin.

- Tout ce qui se trafique dans un paradis fiscal est parfaitement légal même si c'est parfois immoral et Rik Van Looy est bien le meilleur. Il n'a pas besoin d'une quelconque tricherie pour le prouver.

 

Filigrane jeu 73 Quel petit vélo

 

Les vacances de Butternut étaient terminées. Le lendemain matin Jason retourna sur le continent. En montant à bord de l'hydroglisseur de la Brittany-ferries il ne fut nullement surpris de renifler l'odeur caractéristique du ragoût de mouton aux haricots de l’English breakfast qui l’avait étonné à l’aller ni d’apercevoir, assemblés autour de deux grandes tables, dix jeunes hommes habillés de costumes noir, portant lunettes noires et chapeaux et occupés à taper sur des machines à écrire portatives.

Jason se dirigea vers eux et dans son anglais faiblard mâtiné de surréalisme belge, de visions Carrolliennes et de précognition de Georges Perec, il demanda aux men in black :

- J'ai tout compris à la disparition mais... Pourquoi des coureurs cyclistes à guidon chromé au fond de la cour ?

C'est le capitaine de l'équipe, Wargrave, qui lui répondit :

- Parce que pour écrire autant d’inepties à la chaîne sans dérailler complètement il faut soit en avoir sous la pédale soit être complètement piqué !

- Et nous on en a et on l’est ! ajouta Claythorne, ce qui déclencha un éclat de rire général de la part des dix nouveaux petits nègres.

 

Ecrit à l’insu de son plein gré pour Agatha Christie 

le 20 février 2022 par Joe Krapov.

 

 

 

mercredi 2 février 2022

JEU 73 : "Par trop sévère, l'addition..." - Tiniak

 

 

UN petit roi, trônant sur sa table à langer
s'agite, quatre fers en l'air, et tout sourire
Il n'a aucune idée du pire
et n'a, pour souci, qu'être aimé

DEUX yeux rivés sur le plaisir qu'elle soit là
si près de lui, comme lui, à lever les bras
dans un oubli de soi magique
à chaque impulsion électrique

SEPT copains, là, main dans la main, crient à tue-tête !
tout au plaisir de profiter de cette fête
"Billets offerts... Autant y aller...
On verra bien si ça nous plaît"

Ils étaient dix, à ce moment - au tout venant...
puis, rassemblés sous la scène du Bataclan
unis, malgré eux, au décompte
des âmes fauchées par la honte

 

Tiniak

 

 


 


 

mardi 1 février 2022

JEU 73 : "Ils étaient dix" - Adrienne

 

 


 

Ils étaient dix

Guido avait pris une chaise pour s'y installer à califourchon, comme il l'avait vu faire par son père et son grand-père, là-bas, au village.
Marcello était venu s'asseoir à terre, à côté de lui, les pieds dans la rigole.
Matteo et Alessandro l'avaient imité.
Dans ce pays où ils étaient arrivés après la guerre, on récurait même les trottoirs, leur pantalon du dimanche ne craignait rien.

Peu à peu, d'autres gars s'étaient joints à eux.
Tous avaient le même air tendu.
Ils ne se parlaient pas.
Ils attendaient.
Vêtus de propre, bien coiffés, bien rasés.
Ils arrivaient même en cette occasion à se passer de leur cigarette.

Ils scrutaient le bout de la rue, le carrefour d'où allait surgir l'autocar venu d'Italie, avec à son bord les jeunes épouses que certains, comme Guido, n'avaient plus vues depuis plus de deux ans.

***

Adrienne

 

 

JEU 73 : "Ils étaient dix"

 

- Atelier d'écriture pour le mois de février -

 

Il s'agira ce mois-ci de créer un texte 
directement inspiré de cette image :

 


 

 Titre de livre associé :

 "Ils étaient dix"

d'Agatha Christie


(Titre original :  "Dix petits nègres")

.

 


Concernant le titre de livre , 

vous pouvez , comme d'habitude :


- Tout simplement, placer les mots de ce titre dans votre texte

(dans l'ordre que vous voulez)

- Ou faire en sorte que ce titre de livre soit aussi le titre de votre texte

(et donc le choisir comme fil conducteur de votre création)

- Ou , troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, à l'oeuvre citée

(en l'imitant, en la complétant, en la citant, en la détournant...etc)

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 22 février 2022

 

(exceptionnellement, j'ai rajouté un jour

 parce que le 22/2/2022...

ça a quand même plus d'allure ! ;-)

 
 

A vos plumes ...chers ami(e)s

et au plaisir de vous lire !

 

La Licorne