lundi 21 août 2023

JEU 85 : "L'eau si claire" - La Licorne

 
 

 
A la claire fontaine, m'en allant promener
J'ai trouvé l'eau si belle...
Eh bien, je l'ai bien observée :
et je peux vous dire que, 
contrairement à la belle Claudia, 
elle n'est pas très belle, l'eau...
Ni belle, ni claire.

L'eau fluviale ? 
Jaunâtre, brunâtre, verdâtre...
suivant les lieux et les jours. 
Ou alors mousseuse, aussi mousseuse
 que le fond ma douche après le shampooing...
pas ragoûtante en tout cas.
 
Je vous décris là les quelques rivières 
que j'ai longées cet été...
au fil de mes pérégrinations 
et qui n'ont pas réussi à me donner envie 
de sortir mon maillot de bain. 
 
Si vous avez suivi les actualités, 
vous savez sans doute qu'il en va de même de la Seine ;
 la Seine qui, malgré un nettoyage en règle, 
en vue des Jeux Olympiques, 
a dû finalement renoncer à accueillir 
 
 Trop sale, trop polluée, la miss parisienne...
pour qu'on y pique une tête sans risque.
On n'en finirait plus d'énumérer les choses bizarres qu'on y trouve :
Canettes, bouteilles, produits chimiques, ferraille, vieux vélos...
 
  La baleine bleue de Steve Waring ne serait pas dépaysée.

 

 

Ouvrez bien les yeux, vous pourrez même y apercevoir 
quelques particules de plastique vert : 
joyeux souvenirs des pelouses synthétiques 
des stades de foot  qui sont, 
c'est maintenant prouvé, 
une catastrophe sur le plan écologique. 
 
Au fil du temps, le gazon artificiel finit en effet 
par se déliter sous les crampons de vos joueurs adulés 
et termine sa vie, contre toute attente, 
dans les rivières, où il va nourrir les truites, 
qui, reconnaissons-le, n'ont plus, depuis longtemps, 
la vivacité de celle de Schubert. 
 
 
Vous vous souvenez de ce refrain que chantait Guy Béart ?  
Il l'avait écrit en pensant très fort à sa fille Emmanuelle...
Sa petite fille qui, quelques années plus tard, 
allait percer l'écran
avec le film "Manon des sources"...
 dans lequel elle enjôlait de ses beaux yeux clairs
à la fois Ugolin et Daniel Auteuil.
 
 
 
 
 
 Si vous avez vu le film, ou lu le livre, vous savez 
que l'histoire évoquait déjà la formidable importance de l'eau..
de cette eau banale dont on ne connaît la valeur 
que quand elle nous manque... 
 
Et vous savez sans doute aussi que l'histoire finit mal, 
et que le drame familial est causé par une erreur du facteur, 
qui n'a pas livré à temps une lettre d'amour...
Une seule lettre vous manque et tout est dépeuplé...
Un seul autre vous manque et la vie se désséche...

Il y a longtemps que je t'aime
Jamais je ne t'oublierai...
 
Aurait pu fredonner le Papet, qui regretta, 
mais un peu tard, d'avoir rejeté son rejeton.
 
Ne dites jamais "Fontaine, je ne boirai pas de ton eau."
On ne sait pas ce que la vie nous réserve.
 
Maintenant, par curiosité, regardez l'image suivante...
La grosse sphère bleue
c'est le volume d'eau total disponible sur cette planète. 
La toute petite, à côté, 
c'est le volume d'eau douce ou d'eau potable .  
Parlant, non ?
On devrait afficher cette image 
chez tous les marchands de piscine. 

 

 
Car l'eau est notre bien le plus précieux. 
Toujours renouvelée par son cycle infini, 
mais non renouvelable quand ce cycle se dérègle 
ou quand la pollution est trop forte.

L'eau que nous buvons aujourd'hui est la même 
que celle qui était bue à la Préhistoire. 
Il n'y en a pas d'autre. 
Pas de deuxième stock.

Chaque verre d'eau que nous buvons maintenant 
a été pissé six fois par un diplodocus,
rappelait, avec humour, Paul-Emile Victor.

Je vous laisse méditer cette affirmation
tout en espérant fort,
par ces temps de canicule, 
ne pas avoir coupé net 
votre élan vers le pot de citronnade !
;-)

Belle fin d'été à vous tous !
.
 
La Licorne


 

dimanche 20 août 2023

JEU 85 : "Recette de la véritable pagnolade provençale" - Joe Krapov

 

RECETTE DE LA VÉRITABLE PAGNOLADE PROVENÇALE

 

INGRÉDIENTS :

- Une marmite de ragoût de mouton qui est tombée du 1er étage de chez L’Amélie ;

- Un percepteur néo-rural avant l’heure : en prévision de la crise sanitaire liée au (à la?) Covid-19 et à la fièvre de télétravail qui va s’emparer du monde entier, il a décidé de retaper le mas familial en ruines et de s’y installer avec femme et enfant pour devenir cuniculiculteur et en même temps vivre de sa production agricole en circuit court . Il faut le choisir de préférence un peu bossu mais sans faire référence à Henri de Lagardère ou à son descendant Arnaud. Quoique… ;

- Une sourcière bien aimée. C’est la fille du percepteur baba-cool. Écologiste dans l’âme, elle sait s’occuper des caprins sans que la bête de M. Seguin ne la rende chèvre, elle connaît tout le territoire de la garrigue, notamment les endroits où l’eau jaillit de la montagne. Grâce à sa discrétion elle surprend des conversations compromettantes du style pot-aux-roses même s’il s’agit avant tout d’une histoire d’oeillets ;

- Une tenue de chasseur de luxe de nature à faire oublier les tartarinades du bachi-bouzouk de Tarascon. Mais l’habit ne fait pas le moine comme diraient entre deux messes le curé de Cucugnan et le Révérend père Gaucher ;

- Un garçon de ferme célibataire qui rêve de devenir riche grâce à une reconversion dans l’horticulture. Un nommé Ugolin fera très bien l’affaire, surtout s’il entre bien dans la tenue de chasseur de luxe ;

- Un sac de ciment à prise rapide. Il servira à boucher, en cachette d’à peu près tout le monde, les sources sises sur le terrain appartenant au percepteur. Cette histoire d’élevage de lapin et d’intrusion illégale sur une propriété privée nous rappelle l’invasion de la villa de Christian Clapier en Corse ;

- Et justement il faut ajouter un parrain. Il est vieux, il est riche, roué, madré, manipulateur. C’est lui qui porte le chapeau mais il ne se salit pas les mains. Il laisse les basses œuvres à l’Ugolin ;

 


 - Une photo de Claudia Cardinale qui trempe ses jolies mains dans une fontaine pour une publicité contre la canicule « Hydratez-vous ! ». Cet ingrédient est facultatif mais, comme la cerise sur le gâteau fait saliver les dames, il fera peut-être baver les messieurs ;

- Une mule, même pas du pape, ou un mulet mais pas le poisson. Quatre pattes, grandes oreilles, sachant porter de lourdes charges. Un âne comme celui d’« Antoinette dans les Cévennes » peut éventuellement faire l’affaire mais depuis que l’animal a ouvert un cabinet de psychnalyste, il ne s’intéresse plus aux auteurs et autrices de fictions. La bête que vous achèterez n’aura du reste qu’un tout petit rôle dans la réalisation de la Pagnolade : exactement comme l’Arlésienne de Bizet, on lui demandera simplement de ne pas être là le jour où l’on aura besoin d’elle ;

- De l’anisette. Encore de l’anisette. Toujours de l’anisette ;

- Des habitants du village qui causent à n’en plus finir autour de l’anisette ;

- Un flashback un peu coûteux composé d’un bataillon de soldats français en Afrique et d’un facteur qui perd une lettre d’une importance capitale en déclarant « Un coup de dés jamais n’abolit le hasard ». En suite de quoi le porteur de djellabah, Mohammed Ben Mallarmé, s’en va faire sa partie de 421 avec ses coreligionnaires au bistrot du bled mais pas autour de l’anisette : quand on fait aussi mal un travail d’Arabe mais qu’on est un bon musulman indépendantiste on s’abstient de boire de l’alcool ;

- Une corde solide avec un noeud coulant ;

- Un pastis… Non, un pastiche de Georges Brassens : « La pendaison, papa, ça ne se commande pas » ;

- Une vieille femme aveugle qui joue le rôle du choeur antique et du Deus ex machina ;

- Un instituteur peu ordonné qui cherche par tous les moyens à se débarrasser de son couteau suisse. Mais qu’est-ce qu’ils ont contre les Helvètes, les Provençaux? Plutôt que de faire confiance aux banques des bords du lac Léman ils gardent leurs économies sous leur oreiller et ils se méfient des livres de Jean-Jacques Rousseau et des autres ;

- Une jeune fille qui va au bal, qui faute, tombe enceinte et n’arrive pas à prévenir le père du petit, parti faire le soldat en Afrique, de sa mésaventure à elle et de sa paternité à venir à lui. Même si les Alpes-Maritimes sont proches du lieu de l’action, la recette de la Pagnolade ignore cet ingrédient devenu capital chez tous les amoureux de la nouvelle cuisine feuilletonnière : le 06 ! ;

- Une Suzanne au bain ou plutôt « dans l’eau de la claire fontaine » Ce sera la sourcière bien-aimée ;

- Un voyeur : le rôle et la langue d’Ugolin sont tellement chargés qu’on pense au loup de Tex Avery, l’animal à poil noir, pas le poisson ;

- Un bâton d’explosif ;

- Surtout, très important, beaucoup de cet accent qu’on attrape en naissant du côté de Marseille.

Jeu 85 Manon des Sources Ferrandez 2

PRÉPARATION :

- Commencez par faire macérer tous ces ingrédients dans un paysage magnifique embaumant le thym, la lavande, le romarin et la farigoulette ;

- Assaisonnez avec du ciel bleu, des caractères emportés, enflammés, enthousiastes ou à l’inverse renfrognés, butés et taciturnes ;

- Faites cuire à part au soleil de l’Afrique le bataillon de soldats et le facteur négligent ;

- Gardez au frigidaire la vieille aveugle. Ne lui demandez surtout pas de vérifier si la lumière reste réellement allumée ou si elle s’éteint quand on ferme la porte du réfrigérateur.

- Sur un lit de rivière asséchée faites revenir la question du réchauffement climatique, des méga-bassines, du circuit court, du travail des femmes et de la bêtise des hommes ;

- Ajoutez l’explosif. Après la déflagration éteignez le Jean de Florette (le percepteur en burn-out) et transvasez tous les ingrédients dans une marmite plus vieille de cinq ans pour que la Pagnolade soit encore meilleure. La marmite du ragoût de mouton de l’Amélie peut très bien faire l’affaire.

- Laissez reposer une nuit ;

- Posez la vieille aveugle au sommet de la Pagnolade ;

- Servez sans faire de chichis avec des bruits de cigale, des parfums de nostalgie passéiste, de belle histoire d’amour et de littérature classique qui n’a pas oublié qu’on a disserté, le mois dernier, des jeux de l’amour et du hasard.

SOURCES

« Il faut toujours citer ses sources » comme disait ma professeur Manon Lescaut de l’Université de Cambrai-sur-Bêtise avant de devenir moins célèbre que sa petite-fille Julie. Cette recette d’histoire « à la mode de Marcel Pagnol » a été recueillie dans l’adaptation en bandes dessinées de M. Jacques Ferrandez dont nous avons fort apprécié le talent et le savoir-faire. Merci à lui.

 Joe Krapov



mercredi 2 août 2023

Inspiration tardive

 

 

Jules s'était levé du pied gauche. Trois cafés successifs avaient à peine suffi pour lui faire ouvrir les yeux. Une furieuse envie de se recoucher le taraudait. Pourtant, il savait qu'il devait rester éveillé...et non seulement il le devait, mais il devait aussi  se remettre à ce nouveau roman que son éditeur réclamait à grands cris. 

Il y pensait depuis des jours, des semaines. Il avait cherché, cherché...sans relâche. Il avait actionné tous les rouages de son cerveau, toutes les manettes de son esprit, tous les mécanismes de son imagination ...rien. Il pédalait à vide. Rien ne venait. Ou alors il écrivait deux pages puis les jetait le lendemain. Il avait beau caresser sa barbe et son chat, l'idée de départ se refusait à lui. Jamais, jusque là, un livre ne lui avait donné autant de fil à retordre. 

 


 Las et désespéré, il posa son stylo sur le bureau et ouvrit, au hasard, le vieux dictionnaire  qu'il gardait toujours à portée de main. Etait-ce la fatigue ? Ses yeux papillotants ? Il lui sembla soudain que les pages s'animaient. Les colonnes de caractères gris avaient miraculeusement laissé la place à une image en couleurs...à du vert, du rouge, du jaune. 

 

 

C'était l'image d'un paysage de campagne sous la pluie. Un jour de septembre sans doute, proche de l'équinoxe. Une fillette empruntait un chemin dont on ne voyait pas la fin...un chemin qui semblait mener au bout du monde. Un chien gris la regardait s'éloigner, sous les cris des oiseaux qui volaient haut, dans les rayons dorés du soleil levant.

Jules fixa un moment la montgolfière multicolore qui paraissait attirer à la fois les regards de la fillette et ceux de l'animal. Il pensa au délai que lui avait fixé l'éditeur : un peu moins de trois mois. Il saisit alors son crayon, et retrouvant d'un coup son élan créateur, il inscrivit en haut d'une feuille le titre qui venait, comme un flash, de lui traverser l'esprit : 

"Le tour du monde en 80 jours". 

Pas tellement plus difficile que de finir cet ouvrage à temps, pensa-t-il...

Croyons en l'impossible... 

 

 



Consigne :

Il fallait utiliser une ou plusieurs images imposées...

et quelques expressions (en italique dans le texte)



mardi 1 août 2023

Agenda ironique : "Musique estivale"

 


Agenda ironique d'août

 


 

- Hé, Gaston ! Viens voir ! 

- Laisse-moi sur ma branche deux minutes, Georgette...je fais la sieste...

- Non, viens voir, je te dis...ça y est...l'emplacement numéro 13...ils sont revenus !

- Les Delanoix ? J'y crois pas...ça fait deux décennies que ces fadas nous cassent les oreilles...

- Ouais, vingt ans et des brouettes...et toujours là ! Plus fidèles qu'eux, tu meurs...Regarde : la tente n'est pas installée et c'est déjà l'enfer : l'autoradio à fond, Rap, Rock, Metal et Maître Gims,  tatapoum, tatapoum...ça donne envie de  déménager...

- Tu ne croyais quand même pas qu'ils avaient découvert France Musique et Mozart depuis la dernière fois ?

- Faut reconnaître que chaque année c'est pire ! Il y a quinze ans, on avait encore droit à quelques comptines ou chansons douces...La mère de famille berçait son petit dernier...L'homme de Cro-magnon racontait quelques (pré)histoires à ses enfants. Mais maintenant qu'ils sont devenus ados...on n'a plus de répit ! Ils sont branchés jour et nuit...pas la moindre pause...Je suis sûre qu'aux cabinets, ils défèquent en rythme !

- Arrête tes calinotades, Georgette ! Et utilise plutôt ce qu'il te reste de cerveau pour trouver une solution...Je n'ai pas une âme de patito...moi. Je ne me laisserai pas persécuter un été de plus.

- Une solution ? Eh bien,  mon cher, couvre leur vacarme ! C'est bien toi qu'on appelait le "ténor du Sud"...le "Demis Roussos de la garrigue" ?

- C'est moi, c'est moi, en effet...Mais je suis vieux...et je n'ai plus la force d'antan...Je suis fatigué...Aie pitié de moi, je t'en prie !

- Dommage, dommage...parce que moi, je te l'avoue...je ne les supporte plus ! Que leur Kevin remette une fois de plus son "Techno Rush"ou son "Electro Funk"...et je lâche mes amies les abeilles sur lui ! 

- Je suis comme toi, ma chérie...rien qu'à les entendre, mes ailes se froissent...et mes antennes se plient en quatre. Ecoute, je te propose un truc : on se casse deux semaines...on file à Paris, là où il n'y a personne en ce moment...et on se prend deux billets pour aller écouter Thomas Fersen à la "Cigale"...ça te va ?
 
- Génial ! Je t'aime, mon Gastounet...
.

La Licorne

.

 


 

D'après la consigne de Gibulène :


Vous nous raconterez la conversation de deux cigales 
observant les vacanciers dans un camping. 
Elles commentent, bien sûr, avec ironie et causticité.

Les mots à caser : calinotade, patito, cabinets, et fada.

Il vous faudra aussi glisser quelque part  
« l’homme de Cro-Magnon racontait des préhistoires à ses enfants » 
(citation empruntée à l’aphoriste Gaëtan Faucer)




JEU 85 : "Manon des sources"

 

- Atelier d'écriture pour le mois d'août -
 
 
Chers ami(e)s écrivant(e)s,
 
Ce mois-ci,  
vous pourrez faire courir votre imagination 
si vous en avez envie
à partir de cette photo :
 
 


 
 et de ce livre 
 
 
de Marcel Pagnol
.
 
 

Vous pouvez , au choix :


- Tout simplement, placer les mots de ce titre

dans votre texte

 

- Ou faire en sorte que ce titre de livre 

soit aussi le titre de votre texte


- Ou, troisième et dernière possibilité,

faire référence, tout au long du texte, à l'oeuvre citée

.

 

Que l'inspiration coule en vous...

comme une source... ;-)

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 août 2023

 


Bises


La Licorne



 

mercredi 26 juillet 2023

JEU 84 : "Le jeu de l'amour, du hasard et des mots mélangés" - Joe Krapov

 

LE JEU DE L’AMOUR, DU HASARD ET DES MOTS MÉLANGÉS

 

Marivaux lance les dés 2

 

Le jeu se joue avec trois dés.

Le résultat d’un lancer donne un nombre à trois chiffres qui se lit en allant du plus petit chiffre au plus grand. Si l’on fait par exemple 1 et 2 et 3 on lit 123 et non 213 et encore moins 312.

Il y a donc cinquante-six possibilités qui sont listées dans le tableau ci-dessous.

Dans ce tableau, en face de chaque nombre est écrit un mot tiré d’un problème de mots mêlangés du journal « Ouest-France dimanche ».

Le but du jeu est de réécrire la pièce de théâtre « Le Jeu de l’amour et du hasard » de Pierre de Marivaux. L'oeuvre est divisée en trois actes qui comprennent neuf scènes pour le premier acte, treize pour le deuxième et huit pour le troisième soit trente scènes.

En fonction du nombre de joueurs – ou de participant·e·s à l’atelier d’écriture – on se répartit les scènes à réécrire.

Si l’on est seul à jouer, on se donne trente jours. Le premier jour on lance les dés, on note le mot correspondant au tirage dans le tableau et on réécrit la scène 1 de l’acte 1 avec pour seule obligation d’insérer dans la nouvelle version du texte le mot imposé. On ne touche pas à l’ordre des répliques, aux noms des personnages, aux didascalies mais on peut réécrire à sa sauce tout ce qui est dit dans la scène. On peut supprimer ou ajouter des phrases mais on doit garder le sens général de la scène.

On procède de la même manière le lendemain pour la scène 2 et ainsi de suite jusqu’à l’écriture du mot fin.

Bonne écriture ! Vous ne pourrez pas dire que c’est de ma faute – ou de celle de Dame Licorne – si votre été 2023 n’a été ni créatif, ni littéraire, ni ludique !

 

Joe Krapov

 

Tirage des dés Mot à insérer Tirage des dés Mot à insérer
111 arsenic 235 follower
112 baobab 236 forban
113 bigarré 244 jeteur
114 biniou 245 mienne
115 dextre 246 oculiste
116 dualité 255 parpaing
122 forçat 256 pizzeria
123 glycine 266 salamalec
124 grandiose 333 tartelette
125 hermétique 334 trampoline
126 obnubiler 335 vrombir
133 obscène 336 ylang ylang
134 Osso bucco 344 apache
135 polaroïd 345 baldaquin
136 raccourci 346 courge
144 réel 355 débat
145 saga 356 frangin
146 scolaire 366 indéfini
155 sierra 444 ouistiti
156 soigné 445 psychose
166 trame 446 ramadan
222 vieillir 455 ratissage
223 azimuté 456 seigneur
224 bicoque 466 synthèse
225 cabri 555 Tantale
226 estomac 556 tapioca
233 éternelle 566 tracas
234 fermette 666 zouk     

 

 

samedi 15 juillet 2023

"Un drôle d'hôpital"

 
 
Texte de La Licorne
 
D'après une consigne de  l'Atelier de Villejean 
 
 
 

 
 
C'est un hôpital presque comme les autres. Une bâtisse jaunâtre, vieillotte...perdue dans les arbres. 
On pourrait presque passer devant sans la voir. Le personnel, cependant, attire l'attention.
Ici, pas de blouse blanche. Pas de chariots, de médicaments, ni de perfusion. 
Quelques infirmiers, ébouriffés, se promènent sous les feuillages, un crayon à la main, 
en regardant le ciel. Ils flânent, l'air préoccupé, en ayant l'air de chercher l'inspiration.
 
Car ici, on soigne les mots. Uniquement les mots.
 
Et les mots arrivent, à toute heure. En file indienne, chaque jour plus nombreux. Des petits, des grands, des oubliés. On les accueille et on les couche, en urgence, sur le papier. La plupart, quand ils arrivent, sont faibles, mal en point, usés.
 
Les yeux pleins de tristesse, ils disent  que personne ne les comprend, qu'on se désintéresse d'eux, qu'on ne les invite plus, qu'ils ne servent plus à rien. Ils disent : "C'était mieux avant..." 
Avec des larmes dans les yeux, ils parlent du temps où la télé et internet n'existaient pas...du temps où les gens lisaient des livres, du temps où l'on s'envoyait des lettres de plusieurs pages, où l'on avait de longues conversations approfondies...Le temps de leur gloire. Le temps où ils étaient choyés, admirés, encensés.
 
Oh, il y a bien quelques petits jeunes qui passent les voir, de temps en temps. Des jeunes, en baskets, décontractés, sûrs d'eux, en pleine forme. 
Tenez, "Kiff" est passé voir, l'autre jour, ses grands-parents : "Amour" et "Passion"...
Il était fringant, joyeux...mais il n'est pas resté longtemps...trop pris, apparemment. 
Il a bien vu que son grand-père se délavait de jour en jour et que sa grand-mère n'en avait plus pour très longtemps. Il a eu la politesse de n'en rien dire. Faut dire qu'il était surtout préoccupé par sa prochaine virée avec "Crush", un pote à lui...avec lequel il passe le plus clair de son temps.
 
En partant, il a croisé dans les couloirs la petite "Billevesée". 
"Tu te rends compte, il ne savait pas qui j'étais, il n'avait jamais entendu parler de moi" a-t-elle confiée à son amie "Carabistouille", qui n'en menait pas large non plus.
 
Quant au vieux "Saperlipopette", il paraît que l'autre jour, il a volé en miettes, percuté de plein fouet par "What the fuck" qui, le nez sur son smartphone, ne l'avait pas vu. 
A l'heure qu'il est, il serait dans un état critique. Amputé de plusieurs lettres...Maintenant, tout le monde le confond avec "Salop...ette". Quoique, tout compte fait, il s'en sort mieux que d'autres. La semaine dernière, on a enterré trois de ses amis :  "Fichtre", "Diantre" et "Mazette". Morts de vieillesse.

Vous l'aurez compris, l'époque est dure. La langue est devenue technique, administrative et impersonnelle. Ce que l'on aime aujourd'hui, ce sont les mots secs, précis. "Arobase", "Gestion", "Optimisation". Ou alors les anglicismes. "Bug", "Process", "Vibe". Plus de place pour les dizaines de synonymes qui nous enchantaient de leurs nuances. On va droit au but. Les "Racine", les "Corneille" sont passés de mode. Les fioritures aussi. Chez les écrivains, plus personne ne se risque à faire une description de plus de trois phrases, sous peine de perdre le lecteur. Des milliers de mots se retrouvent, d'un jour à l'autre, "à la rue".

Alors, que faire ? A "Mopital", une nouvelle méthode de soin est testée. Elle a été mise au point récemment et commence à faire ses preuves.

Cela commence toujours par un "lavage" très doux. Tout d'abord, on prend le mot malheureux et on le nettoie précautionneusement, à l'eau tiède, afin d'ôter toutes les connotations malencontreuses dont il a été affublé au cours des années. On le débarrasse aussi, en passant, des fautes d'orthographe récurrentes qui ont pu le blesser et le déformer. Et puis on le panse.

Une fois qu'il a retrouvé sa pureté et sa première jeunesse, on le confie aux soins d'un "médecin-poète". Celui-ci l'examine alors sous toutes les coutures et l'habille de nouvelles couleurs, de nouveaux vêtements en l'associant avec d'autres, eux aussi, lavés et rafraîchis. Il les fait se rencontrer, il les fait danser ensemble...virevolter sur un rythme entraînant. Parfois, l'union est heureuse et, quelque temps après, naît un petit poème...ou une petite histoire. Parfois, ce n'est qu'une passade, mais qui va leur permettre de repartir dans la vie, dans la société, chacun de leur côté, ravivés, revigorés.

Oh, je ne vous cache pas que tout cela prend du temps. C'est lent. Un mot à la fois. Ce mois-ci, on a sauvé deux mots, menacés d'une mort certaine : "Anticatastase" et "Albedo".  Ils ont papillonné dans quelques textes, ce qui a suffi pour les sauver de l'oubli. 

Même si ce n'est pas facile tous les jours, je vous assure que c'est un vrai bonheur que de contribuer à lutter contre la désuétude galopante, la perte de sens et l'anorexie lexicale.

Je vous invite donc vivement à faire de même et, si vous souhaitez nous aider, 
à envoyer vos dons à : 
"Mots En Cours d'Extinction Nettoyage Express"
1984, Avenue George Orwell, 75000 Paris 

 Dr Jean Kess

 


mercredi 12 juillet 2023

AI et Jeu 84 : "Le jeu de l'amour et du hasard" - La Licorne

 

 


 

Le jeu de l'amour et du hasard

 

C'était un jeudi.  C'est toujours le jeudi que le hasard me sourit. 

Bon, pour être précis, c'était aussi le 1er avril. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai su, quand je lui ai demandé de quel signe il était, et qu'il a répondu "Poissons", que c'était vraiment mon jour. Et puis, quand il a ajouté je m'appelle "Dédé", là, j'ai su que la chance était définitivement de notre côté. 

Ensuite, je me souviens qu'il m'a dit que son nombre fétiche, c'était le cinq. Rapport au pentagone du ballon de foot, qu'il a précisé. Là, je n'ai pas compris pourquoi...mais j'ai compris qu'il était plus intelligent que moi et que moi, je ne m'intéressais qu'à la rondeur de l'objet, alors que lui, il prenait manifestement le temps d'en compter les angles.

Ma revanche, pourtant, ne tarderait pas : "rond comme un ballon", c'est une expression que j'allais employer souvent à son propos, dans les années qui suivraient. Mais ce jour-là, je n'avais d'yeux, mon dieu, que pour sa fringante moustache et sa casquette de base-ball, aussi noire que ses cheveux et que ses ongles.

Il avait de l'allure et du charme. Un charme un peu canaille, comme j'aime. Rien à voir avec ces binoclards qui vous font fuir avec leur cravate et leurs grands mots. Dédé, je comprenais tout ce qu'il me disait. Il savait me parler. Après cette première rencontre, jamais plus je ne l'ai entendu prononcer un mot compliqué comme "pentagone", et c'est tant mieux.

Il était humble. Il se dévalorisait même, parfois. "Je ne suis pas le pingouin qui glisse le plus loin..." disait-il entre deux verres, mais je sais me débrouiller...Et attention, c'est pas parce que je suis belge, que je suis plus bête qu'un français !

Quand je lui avais dit que, justement, ma mère était flamande, là, il avait jubilé ! Une flamande, ou une fille de flamande, cria-t-il à la cantonade, ça s'invite à danser...Et c'est là qu'il avait entamé, en braillant, la fameuse chanson du grand Jacques :

Les Flamandes dansent sans rien dire
Sans rien dire aux dimanches sonnants
Les Flamandes dansent sans rien dire
Les Flamandes ça n'est pas causant.

Si elles dansent, c'est parce qu'elles ont vingt ans
Et qu'à vingt ans il faut se fiancer
Se fiancer pour pouvoir se marier
Et se marier pour avoir des enfants

C’est ce que leur ont dit leurs parents
Ah, l'bedeau et même Son Éminence
L’Archiprêtre qui prêche au couvent
Et c’est pour ça et c’est pour ça qu’elles dansent...

Tout de suite après, il m'avait prise par la taille et m'avait fait tourner au milieu du bar du PMU, sous les regards éberlués du patron et de la patronne qui n'avaient pas vu ça depuis longtemps. 

Non, vraiment , c'était un jour de chance que ce jour-là. 

Et comme l'avait prédit Brel, on s'est mariés, on a eu des enfants, cinq en tout, comme les côtés du pentagone...et  puis six ans de bonheur...Six ans seulement, parce que le Dédé, il est parti trop vite. Emporté par une maladie bizarre, la maladie d' "six roses", qu'il a dit, le médecin. Je le savais, moi, que notre chiffre porte-bonheur, c'était pas le six.

Il est mort le 1er avril. Le jour anniversaire de notre rencontre. Y'a pas de hasard, n'est-ce pas ? Depuis, chaque année, je lui apporte des roses sur sa tombe, en souvenir. Mais j'en apporte que cinq, parce que c'était son chiffre...et parce qu'on était comme les doigts de la main, lui et moi.

 

La Licorne

.


 

Consignes :

 

 
Photonanie nous a proposé d'écrire une anticatastase  
dans laquelle on retrouverait, habilement glissés,
 les mots suivants:  
albedo, pentagone
et l’expression 
“ne pas être le pingouin qui glisse le plus loin” ...
 
 
De plus, Carnets Paresseux souhaitait  
qu’on soit un poil ironique
et que quelques éléments calendaires passent, 
nobles et paisibles (ou grotesques et frénétiques) 
au fond du décor.
.
 
Au passage, j'en ai profité pour  répondre aussi
à mes propres consignes du Jeu 84... :-)
.


 


samedi 1 juillet 2023

JEU 84 : "Le jeu de l'amour et du hasard"

 
- Atelier d'écriture pour le mois de juillet -
 
 
Chers ami(e)s écrivant(e)s,
 
En ces jours d'été,  je vous propose,
si vous le voulez bien,
de faire courir votre imagination,
que je sais féconde et sans limite...

à partir de cette photo :
 
 
 
et de cette oeuvre : 

 
de Marivaux
.
 

 

Rappel

Vous pouvez , au choix :


- Tout simplement, placer les mots de ce titre

 dans votre texte


 

- Ou faire en sorte que ce titre de livre 

soit aussi le titre de votre texte


- Ou, troisième et dernière possibilité,

réservée aux zamoureux des livres et aux zérudits

faire référence, tout au long du texte, à l'oeuvre citée

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 juillet 2023

.


La Licorne
 

 
 

 

dimanche 25 juin 2023

Agenda ironique : "A temps ?"

 

Pour l'agenda ironique de juin

chez Tout l'Opéra 


 
Miroir, miroir, dis-moi
si je suis...oh...non...
Dis-moi plutôt
ce qu'est le temps...
 
Comment le rattraper
Comment le caresser
Comment l'apprivoiser
Comment ne pas le tuer ?

Miroir, miroir, dis-moi
Où est passée Alice ?
La petite fille au coeur lisse
Qui avait le temps
 
Le temps dans sa main
Le temps devant elle
Le temps lent 
Des commencements
 
 Le temps des heures longues
De l'enfance
Le temps des envies
Et des rêves sans fin

Où cours-tu, petit lapin ?
Ne sais-tu pas que la montre...
 est en soi ?
 Rends-la moi !

Je veux retrouver
Le goût de la vie
La saveur des secondes
La fraîcheur de l'aurore
 
Donne-moi la recette
De la jeunesse éternelle
Au goût de pimprenelle
Et de perlimpinpin
 
Donne-moi un peu d'épice
De la graine de coriandre
Et laisse dormir Alice
Sous les feuillages tendres

Sauve-moi, petit lapin
De la folle raison
De l'ennui qui galope
Au rythme des saisons
 
Dans la rosée du soir
Franchir le joli tain
Tomber dans l'autre part
Sans se briser les eaux
 
Miroir, miroir, dis-moi
cela est-il dément ?
Peux-tu me dire, miroir,
Si j'ai en corps le temps ?
.

La Licorne
.




Consigne d'écriture :

Sur le thème de
 
 « Ce qui se passe de l’autre côté du miroir ».

Histoire de mettre un peu de sel dans le récit, 

il était demandé de le saupoudrer d’un peu de coriandre 

et d’une pincée de poudre de perlimpinpin

Et puis de placer un petit oxymore...

.