samedi 3 août 2024

AI juillet-août (2) : "La chute de l'Empire (en pire)"


 

 

(Texte hors-concours)

 

C'était un soir sur la Terre

Un soir qui devait démarrer les Jeux...

Devant leur écran de verre, 

Deux milliards de terriens

S'attendaient à en prendre plein les yeux...

 

Et partout, dans tous les pays

On se frottait déjà les mains.

 Mais c'était compter sans Ceux

Qui avaient fait le Paris

De nous imposer leur (pauvre) "Je" : 


Un militaire qui se dandine

Comme une gourgandine

Et puis Philippe Katerine

Nu dans les mandarines !

Bacchus-Dyonisos

En ourobouros :

Un schtroumpf obscène 

Devant la Cène !

 


 

C'est vrai, je suis "réac"

Monsieur Macron,

Je n'suis pas "d'acc"

Pour les spectacles 

A la "Néron"

 Et à la con.

 

C'est vrai, j'suis pas "moderne" :

J'aime le Beau, pas le "Jolly".

 
 Jamais de la vie !
 
Je suis vénère 

Et je pleure sous la pluie...
 
 

 Pour mon gamin,

Un signe ému : 

rien...non, rien pour toi, mon enfant

C'est l'heure d'aller au lit !


Ben, oui, déjà... t'as que sept ans

Alors les drag queens en folie

Les testicules au vent

Les reines ensanglantées 

Et les têtes coupées

C'est pas l'moment !

 

Faudra attendre quatre ans ?

T'as raison, c'est dommage

Mais voilà c'est trop tard

Ben, oui, c'est ça la (nouvelle) France : 


Pour neuf ou dix milliards

On n'a pas davantage !

Les athlètes, on les trans-

Porte sur des grands bateaux

(Des conques, ô Hidalgo !)

On paye les drônes, les drapeaux

Et puis après, c'est "panne décence"...

 

Et encore, on a d'la chance :

Etant donné l'budget "surveillance"

Les sportifs auraient pu finir en "marcel"...

En tenue "porte-jarretelles"

Voire "à poil" sous l'imper

Vu qu'la mode, c'est d'être trans-
 
parents...et même nus comme des vers.
 
  
 
 Chers mandarins, permettez que je vous laisse
 
A vos délires, à vos jeux de kamasutra
 
A vos sports sans liesse et sans finesse,
 
A vos sombres contrats
 
Et à vos "catchanas"
 
 
 
 Vous étiez comme Michel Blanc :
 
Vous aviez une "ouverture"...
 
Ce qui n'arrive pas souvent ,

Juste une fois tous les cent ans !
 
 Mais voilà, au lieu de "conclure" : 

Ce fut  "Fluctuat ET mergitur"
 
  .
 
 La Licorne
.
 
 

C'était mon "petit "coup de gueule" personnel

 

 Citation de Coluche

Nuon Chea Quotes 

 

 

Je me suis amusée à reprendre au passage 

les consignes de l'Agenda ironique de juillet-août

 

 Sur le thème de "La chute",

il convenait de placer les mots : 

camembert, mandarin, mandarine,

sinémurien, ourobouros et conchoïdal...

.

Il fallait aussi

- la présence d'un personnage en "marcel",

et l'utilisation d'une locution latine 

(éventuellement détournée)

 .

 


vendredi 2 août 2024

Ebloui(e) par la nuit


Pour l'atelier Mil et une

 Sujet 102

 

 

Zut ! Je ne vois plus rien !

Aidez-moi, nom d'un chien !

Zone protégée ou piège à zinzins ?

 

Zieutez-moi cette lumière !

Ah, elle m'aveugle, elle me sidère

Z'en zézaye, bonne mère !

.

La Licorne

.




 

... ...

jeudi 1 août 2024

JEU 97 : "A plus d'un titre" - K

 

 La Vieille qui marchait dans la mer, Frédéric Dard; titre et photo revisités pour l'atelier d'écriture, chez Dame La Licorne; Filigrane - jeu n°97; tiniak au tableau.

 

A plus d’un titre 

 

Pas facile d’évoquer Alexandra Lapeyrière d’Entrevaux, notoirement méconnue dans un rayon de 2 km excédant sa propriété en bord de mer. Son manoir était si grand que les domestiques chargés de la partie sud ne la reconnaissaient pas toujours.

Cette pensée obsédait Albéric Ouroboros, en résidence sur place tout l’été.

Albéric scribouilleur de seconde zone d’origine suisse particulièrement bien fait de sa personne, n’était rien moins que son très récent biographe.

Chaque matin, pendant qu’elle était sortie marcher dans la mer, il pissait vainement de la copie sans parvenir à d’autres résultats qu’une envie pressante de faire le mur.

Sans pour autant passer à l’acte.

Car petit (a) c’était elle qui le lui avait proposé.

Et petit (b) il n’était pas question de sevrage. Courant juin lorsqu’ils s’étaient croisés ils n’avaient pas connu de panne des sens et avaient fait fi de la différence d’âge que seule l’indécence permettrait d’indiquer.

Il appartenait à une génération qui n’attend rien parce qu’elle sait l’inanité des choses. La génération des sacrifiés.

Sur place, il tentait de mieux la connaître, ils échangeaient donc régulièrement, mais hélas pour lui et son projet d’écriture, ils se privaient le plus souvent de la parole au bout de quelques minutes, n’y tenant plus et dans ces moments, il paumait son stylo à chaque fois.

Il fondait lorsqu’elle lui murmurait en rythme son habituel mantra : Bien que je sois jeune, je sais déjà que notre enfance ne s’éloigne jamais de nous. C’était beau et chaud, comme on dit en Belgique.

Alors le matin, à la fraîche, il compulsait ses notes, et ce n’était pas terrible…

Il la connaissait finalement peu, elle était donc plus vieille, elle pratiquait la marche, elle aimait la mer. Mais question bio, son rayon à lui c’étaient plutôt les légumes.

Mais avec ce triptyque, vieille, marcher, mer, il pensa qu’il tenait peut-être quelque chose.

Il s’était mis à noter des titres possibles.

La veille, qui marchait dans la mer ? (Pas assez explicite.)

La veille, qui marchait dans l’amer ? (Trop sentimental et intrusif.)

La vieille Kim Archer dans l’âme erre. (Non. On arrête les jeux de mots pourris.)

Lave, hey, Kim archer dans l’âme, erre. (J’ai dit non.)

La vieille qui m’armait dans la chair. (Un peu cru peut-être.)

La vieille qui marche est dans la merde. (Non, en vrai, c’est moi.)

La vieille qui marchait dans la mer. (Pas mal mais faut que je lui explique.)

Il lui expliqua.

Ah ! Comme vous vous bitez royal, Seigneur !  Dans ces instants, elle l’appelait Albéric Ier.

Décidément, ça allait prendre un peu de temps. 

 

K. 

 

JEU 97 : "Las Damier ?" - Tiniak

 

 La Vieille qui marchait dans la mer, Frédéric Dard; titre et photo revisités pour l'atelier d'écriture, chez Dame La Licorne; Filigrane - jeu n°97; tiniak au tableau.

Là, Dame y est

 

“Demain n’est pas, déjà l’Hier est mort…”
songe La Vieille embrassant le décor

Aux pans de son chapeau, la mise altière
subsiste un vierge et vivace Aujourd’hui
elle aime tant y bercer à l’envi
son franc mystère
seule, et devant l’étendue où l’âme erre

Moi, de la voir parmi les éléments
papillon noir sur dentelles de blanc
me vient l’espoir d’entrer en sa douce heure
l’instant exempt de tout vent de malheur

Elle, pieds nus sur la mousse iodée
révèle un peu de sa noble cheville
Moi, occupé à dénicher l’étrille
je perds le fil de ses vastes pensées

Y a-t-il, au vrai, moment plus délicieux… ?

Elle a jeté au panier tous ses âges
pour n’en garder que les précieux hommages
bien à l’abri d’une tendre quiétude
souriant aux lointaines latitudes

Sûr, le damier de ses nuits, de ses jours
se fond dans la marée en bout de cours
afin d’inviter son doux clapotis
à se joindre au mouvement de ses plis

Tout paraît suspendu à son allure…
Et le voilier aux lentes encâblures
Et le soleil abandonnant l’azur
Et le renversement du sablier 

 

Tiniak

 

 

AI et JEU 97 : "Chutes, chute, chut !" - La Licorne

 

 

Lorsque, ce jour-là, Yolande De Ladentellière, riche héritière de la Côte bretonne, glissa sur un rocher et se fractura l'occiput, ce n'était pas sa première chute.

Elle était déjà "tombée" plusieurs fois. 

La première fois, c'était "en amour"...quand elle avait suivi, à vingt ans, sur un coup de tête, un beau militaire américain, croisé pendant les fêtes de la Libération. Le jeune homme, habile, lui avait fait miroiter monts et merveilles...Conquise par son allure, son accent et ses muscles saillants sous son "marcel", elle l'avait alors suivi au bout du monde...au grand désespoir de ses parents, qui n'avaient pas réussi à l'en dissuader. 

La deuxième fois, c'était "dans la misère", quand, au bout de trois ans d'escapade, son père, excédé par sa fuite irraisonnée et son indifférence aux appels familiaux, lui avait brutalement "coupé les vivres". Comme on le sait, un malheur n'arrive jamais seul : dans les mois qui suivirent, son bel amoureux lui avait, on ne sait pourquoi, trouvé beaucoup moins d'attrait... et l'avait plantée là, sans autre forme de procès, en prétextant un appel urgent de sa hiérarchie dans le cadre d'un conflit lointain.

Et la troisième fois, eh bien, c'était quelques jours plus tard, quand elle s'était aperçue qu'elle était "tombée enceinte" au moment des adieux. 

Afin de ne pas tomber plus bas encore, elle s'était vue contrainte, tel l'enfant prodigue, de rentrer au pays...afin de demander pardon à son père et d'y élever ses jumeaux, Camille et Albert, dans la plus grande discrétion possible.

Depuis, elle végétait, déprimait et se morfondait au fond de son château, pensant et repensant sans cesse à ce destin en forme d'ourobouros qui avait dévoré ses rêves et l'avait ramenée, en un clin d'oeil, à l'endroit qu'elle cherchait à fuir. 

Ses seules distractions étaient ses promenades matinales à la plage. Elle y marchait chaque jour. Elle disait vouloir promener le chien, mais c'était surtout elle qui, à vrai dire, éprouvait le besoin irrésistible de sortir et de prendre l'air. 

Ce matin-là, elle avait ôté ses chaussures et s'était avancée sur un petit rocher moussu. Comme d'habitude, ses yeux fixaient l'horizon, comme si, par un miracle inconnu, elle avait pu entrevoir par-dessus la mer, le pays qui avait bercé ses jours heureux.

Derrière elle, son petit chien reniflait bruyamment : il aimait dénicher les crustacés...et à chaque balade ou presque, faisait des découvertes étonnantes.  Récemment, il avait ramené une sorte de fossile conchoïdal, dont Mr De Ladentellière avait déclaré, ravi, qu'il datait sans doute du   Sinémurien ! Sacré Olaf !   Il savait amadouer le vieux, lui...bien mieux qu'elle n'avait jamais su le faire !

Afin de voir ce que faisait le chiot, elle fit un quart de tour sur elle-même... et c'est là qu'elle perdit l'équilibre ! Son pied glissa et sa tête frappa durement le rocher. 

Quand elle se réveilla, elle était allongée dans son lit. Sa vieille mère était penchée sur elle. Ses enfants étaient debout à la porte. 

- Approchez, mes petits ! Ne vous inquiétez pas ! Maman va bien ! 

Les enfants, rassurés, lui sautèrent dans les bras. C'est alors qu'elle se rendit compte qu'elle avait perdu leurs prénoms...

- Mon mandarin, ma mandarine ...je vous aime ! Ma Camomille ... mon Arbalète ...mon Camembert...vous êtes mes chérubans, mes armours, mes poursins...

Les deux boudchoux se regardèrent, interloqués : maman parlait bien étrangement !

Le médecin confirma : le traumatisme crânien avait touché la sphère du langage. Il allait falloir être patient...

Hélas ! Malgré les soins et la rééducation, Yolande ne retrouva pas les mots. Depuis ce jour, son esprit reste embrouillé et ses phrases continuent de s'emmêler dans un joyeux désordre,  émaillées de mille lapsus dinguae que seule sa famille proche arrive à décoder.

Bon, ne le répétez pas, mais les gens du village, qui la croisent souvent à la plage, abritée sous son grand chapeau, ne l'appellent plus "Mademoiselle De Ladentellière", mais  plutôt..."Tata Yoyo" !

...Chuuut !

 

La Licorne

 .

 

J'ai mêlé ici deux consignes :

celle du JEU 97

(photo et mots du titre)

 

et celle de l'Agenda ironique de juillet-août

 (à lire chez Tiniak)


 Sur le thème de "La chute",

il convenait de placer les mots : 

camembert, mandarin, mandarine,

Sinémurien, ourobouros et conchoïdal...

.

John Duff souhaitait aussi :

- la présence d'un personnage en "marcel",

et l'utilisation d'une locution latine 

(éventuellement détournée)

.

 

Petite vérification : tout y est !

Oufff ! 

:-)

.

 


 

JEU 97 : "Sous le chapeau le papillon" - AlainX

 

Sous le chapeau le papillon

 



Vous la reconnaissez sur la photo ? Non, bien entendu, ou alors c'est un hasard étonnant dont il faut se méfier. C'est Louise–Henriette de Saint-Marcellin Duferment-Lactique, mon arrière-grand-mère. Au pied des falaises qui débouchent du Rhône de la Canaille. Elle rêve probablement à celui qui sera un jour mon arrière-grand-père. Elle n'est pas encore la vieille qui marchait dans la mer à la recherche d'escargots des jardins, qui sont ses petits–gris dont elle a grandement besoin. Fort heureusement le célèbre psychiatre Hippocrate le Jeune, a diagnostiqué une sorte de confusion mentale avec les bigorneaux, que malheureusement on ne sait pas encore soigner. Pas les bigorneaux, mais la confusion. «Entre sa somptueuse jeunesse et les méfaits du temps, elle a négocié une sorte d’amnésie qui la préserve des regrets. » (*)

Observez qu'elle porte un nœud papillon noir. Chacun sait que celui-ci est le symbole de la mort et de la malchance et qu'il vaut mieux ne pas en croiser à moins d'un mètre. Mais comme mon aïeule arbore un sourire proche de l'extase et qu'elle relève ses jupes, ne faut-il pas l'envisager être en proie à une excitation sexuelle, ce qui est une autre signification d'une tradition maritime concernant les papillons noirs. Dans ce cas c'est le signe d'une capacité à voir le bon côté de la vie. Concluons que ce bon côté-là l'attire irrémédiablement  vers le large.
En ce cas, les deux personnes en arrière plan regardent du mauvais côté et manifestement ont une attitude qui sent la vase désespérante, le varech-vessie qui n'éclaire pas  les lanternes. On voit  nettement qu'ils ne sont pas à l'aise près des falaises. « Être tas » à cet endroit n'est pas digne.


Pourquoi donc mon père m'a envoyé cette photo avec ces simples mots :
« Surtout, n'oublie jamais ! » J'aimerais tant pouvoir lui poser la question, Malheureusement il est mort d'une crise cardiaque 24 heures après que j'ai reçu sa missive. : « Ah ! Comme la vie est brève et interminable dans sa brièveté ! »(*)
Mon père faisait-il allusion à une vie de chien, à cause de l'animal à gauche ?  un genre de vie qui caractériserait notre lignée ? Parce qu'autant vous le dire clairement, je mène une vie où je ne fais que ramer sur les flots hostiles ou dans le sable du désert intérieur. Ça dure depuis si longtemps. Même si à l'époque «On croyait de chaque jour qu'il était simplement le lendemain de la veille, et puis non: il y avait des années entre les deux. » (*)

Ne pas me poser de questions inutiles. Tout ça ce sont des vieilleries qui osent et abondent . Comme le dit souvent un de mes amis « pourquoi s'obstiner à faire du bouche-à-bouche à un amour mort ? » (*). Il a raison. C'est pareil avec les défunts, quand c'est fini, c'est fini !
Je vais brûler tout ce fatras de souvenirs.
Mais avant, et une dernière fois : « Laissez-moi contempler ce portrait. C'est à mourir d'extase. Comme ils ont dû être fous de vous, ceux que vous avez laissés vous approcher ! Et comme ils ont dû être comblés ceux auxquels vous avez abandonné un tel corps ! »(*)

 

 
 
 
-----------------------
(*) : Ces citations sont extraites du livre de San Antonio (Frédéric Dard) auquel la consigne fait référence.
Oui, je sais, ce texte est complètement déjanté, mais je n'y peux rien dehors il fait 35° !

 
 
 

JEU 97 : "La vieille qui marchait dans la mer"

 

- Atelier d'écriture pour le mois d'août -

 

Chers amis,  

 

il s'agira ce mois-ci, s'il vous reste un peu de force 
 
pour vous extraire de votre transat...
 
de vous laisser inspirer par cette photo :

On the beach, 1910s.

 


 et par ce livre :

"La vieille qui marchait dans la mer"

 de Frédéric Dard

.

 

Comme d'habitude, vous pouvez :


- Soit placer les mots de ce titre dans votre texte


- Soit faire en sorte que ce titre de livre 

soit aussi le titre de votre texte


- Soit, troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, 

au livre en question ou à son auteur

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 août 2024

.

La Licorne



 

samedi 20 juillet 2024

JEU 96 : "L'été meurtrier" - Joe Krapov

 

Lorsque les frères Montecciari descendaient sur la place, sur le coup de six heures, faire leur partie de pétanque, c’était à chaque fois comme si le village engourdi par le chant des cigales se réveillait d’une trop longue sieste estivale.

Des volets s’ouvraient, des gens sortaient de chez eux et venaient s’agglutiner à l’ombre des platanes, les caquetages des commères reprenaient mais c’étaient surtout les porteurs de gapettes et de marcels, les individus de sexe masculin qui venaient assister à la joute boulistique.





Ce n’était pas parce que Pin-Pon, Mickey ou Bou-Bou jouaient comme des chefs qu’on prenait une heure de son temps pour suivre les évolutions de huit boules et d’un cochonnet sur le gravier. C’est surtout que le garagiste-pompier, l’aîné, Florimond, qu'on surnommait Pin-Pon, venait de se marier avec Celle-là, une estrangère de vingt ans d’âge, jolie comme un coeur, le coeur sur la main et qui faisait copain comme cochon avec tous et toutes, même avec Mademoiselle Dieu l’austère institutrice qui regardait tout le monde de haut. Mais chez nous en Provence, pour peu qu’on soit élevé ne serait-ce que d’un peu au-dessus du niveau de la mer on toise tout le monde. Les femmes savent très vite par exemple qu’il ne faut attendre que des crudités de la part des hommes, au mieux des parties de jambons et donc que les gars ne valent pas tripette. Elles se font dévorer des yeux, accordent une danse au bal, une sérénade au lit et puis après on leur demande de faire bouillir la marmite toute une vie durant, de faire des ratatouilles, des aïolis, des mioches, d’acheter le Nutella qui va avec et le « Télé sept poches » pour connaître les films qui passent à la télé.

Qu’attendre d’autre de ces médiocres nés au village, ayant trouvé du travail au village et qui mourront au village en ayant rêvé toute leur vie qui de gagner la course cycliste de Digne et de devenir un Eddy Merckx de sous-préfecture, qui de transplanter un moteur de Jaguar dans une carcasse de Delahaye, qui de toucher un héritage supposé d’une tante grippe-sous soupçonnée de cacher des trésors dans un vieux poêle en fonte qui ne sert plus qu’à ça ? Mais elles, les pauvresses, qu’avaient-elles fait depuis leur titre de Miss Camping-Caravaning 1974 ou leur CAP de coiffure pour dames ?

Bref tout baignait dans la normalité giscardienne de ce qu’on nommerait plus tard les Seventies ou la fin des trente glorieuses, une période qu'aujourd’hui, du reste, va comprendre, Charles, on regrette presque !

De fait c’est bien Eliane ou Elle ou Celle-là, la greluche de Pin-Pon, que l’on venait admirer. Elle non plus ne jouait pas si bien que ça, pour la bonne raison, seule chose très bien cachée du reste chez elle, qu’elle était myope comme une taupe. Mais au jeu de boules il y a deux cas de figure : ou bien tu sais jouer, plomber, faire rouler, évaluer le terrain, donner des effets, placer, ou bien tu as du cul.

Le croirez-vous ? Eliane avait du cul, et pas qu’un peu ! On se souviendra toujours de cette partie où ,treize fois d’affilée, elle a fait soit un carreau sur la boule collée au petit soit un roulé-emporté au dernier tir, sa boule traînant avec elle le bibi loin du cercle où s’étaient amassées les boules des autres.

- Bon, ben les gars, a dit Henri IV, le patron du garage où bossait Pin-Pon, il ne vous reste plus qu’à embrasser le cul de Fanny !

- Oui, c’est bon, on la paie, la tournée d’apéros ! ont concédé Mickey le cycliste à casquette rouge et Bou-Bou le lycéen qui arborait le tee-shirt à l’effigie de sa belle-sœur que Celle-là lui avait offert.

Pour ce qui est d’embrasser du regard celui d’Eliane qui débordait gracieusement de son petit bikini rouge tout le monde avait déjà officié et rêverait la nuit de plus d'affinités encore.




Tout cet été-là Éliane leur a tué la partie comme ça. C’est pour ça et à cause de la sécheresse et des incendies de forêt dans la région qu’on l’a appelé "l’été meurtrier", celui de 1976.

Et puis le 31 du mois d’août, sans même que se pointât à l’horizon une frégate d’Angleterre, elle a perdu la boule. Elle a couru derrière, elle a disparu, il paraît qu’elle court toujours après le point. On ne l’a jamais retrouvée, la belle.

- Dès qu’elle se repointe je tire ! déclare Pin-Pon tous les soirs au bistrot. Ce fou a scié le canon de son fusil à deux coups et attend, décidé à faire un carton sur celle qui a fait les siens.

Nous, même si on était tous jaloux de sa chance, si elle se repointe je ne sais pas si on rêvera encore de la tirer.

C’est vrai que ce ne sont pas des façons de mettre les adjas. Ni bonjour, ni au revoir, tout un village allumé façon Poupoupidou par une vamp Marilynesque puis laissé en plan sans prévenir! Voilà comment ça commence la désertification des campagnes !

C’est comme un long dimanche de fiançailles et puis, juste avant la noce, une fille qui disparaît dans une auto avec des lunettes et un fusil. Adieu, les amis !

Et d’ailleurs, il y a quelque chose de bizarre dans cette histoire. Très peu de temps après, l’institutrice, mademoiselle Dieu, a quitté elle aussi le village. Mais elle, malgré ses seins volumineux, à cause de son côté infante hommasse et de son teint olivâtre, elle ne faisait fantasmer personne.

 

Joe Krapov