lundi 12 mars 2018

JEU 34 : L'ami Proust au petit-déjeuner



Pour rire un peu...pour "délirer"...
et pour réveiller, chez les plus très jeunes,
quelques souvenirs lointains :







Un matin, pas très réveillé,
En pyjama devant l'évier,
Je repêche un bout de biscotte noyée
Dans mon bol marqué "Ricoré"...
 La journée s'annonce banale
Et je suis de mauvais mauvais poil
A la table je m'installe
Disons plutôt que je m'affale...

 
 





Je ronchonne, je marmonne, je bougonne...
Quand, tout à coup, alors que je mâchonne
Ma biscotte sèche et plus très bonne,
Au fond de mon cerveau bourdonne
Agrippée par quelques neurones
Une mélodie que tous fredonnent
Un air que la télé claironne
A tout, tout, tout, tout l'Hexagone...





 

Et voilà que soudain cet air m'emporte
Vers les années où, en culottes courtes  et short,
Ma mère, d'une voix qui réconforte
Me vantait les bienfaits de la chicorée :
Elle me disait, mon p'tit bébé,
Prends-en au petit déjeuner
Si tu veux, comme les deux jumeaux,
Devenir fort et beau !
 
 
 




C'était dans les années soixante
Au temps de la pub débutante...
Mais ce souvenir encore me hante...
Car le lait-chicorée de cette charmante
Et si désuète publicité
Me donnait chaque fois la nausée...
Alors, oui, bon.. c'est décidé...
Pour bien commencer la journée..

J'vais jeter mon bol "Ricoré" !
.

La Licorne
.




P-S: Au cas où vous trouveriez mon texte trop "décalé"
sachez quand même qu'il s'en est fallu d'un rien
que la fameuse madeleine de Proust
ne finisse en ...biscotte !

La face du monde en eût peut-être été changée... :-)
 
.

 

JEU 34 : Une tasse de thé

 



Vous prendrez bien une tasse de thé, Hélène?
Violette, jasmin ou bergamote ?
Lequel choisirez vous ? demanda le capitaine confortablement installé sur son canapé.
 
Je goûterai volontiers cette boisson, si sucrée elle est.
A moins que vous n’ayez du citron ou de l’échalote pour l’agrémenter.
 
Hélène, Hélène, vous divaguez !
De l’échalote !
Je souffre tant de vous savoir pâlotte.
Pourquoi donc mêler l’acidité aux saveurs sucrées ?
 
Vous me faites douter capitaine.
Tantôt j’ôtais mes mitaines sur le guéridon de l’entrée.
J’aperçus l’éventail de Mylène, le rouge à lèvres de Tiphaine et le mouchoir de Ségolène !
Si vous continuez, mes larmes vont couler dans le thé.
 
Le capitaine embarrassé ne sut à cet instant comment il allait s’y prendre pour embrasser la douce Hélène, seul objectif de sa journée…
 
Chère Hélène, ma préférée,
S’empressa-t-il de déclamer.
Je vous le dis et le répète,
Vraiment, en vous voyant, mon cœur a chaviré !
 
Oh ma tendre Hélène, désormais,
C’est vous que j’aime pour l’Eternité.
Violette, jasmin, bergamote
Toutes ces saveurs sont dépassées.
 
Nos souvenirs y sont noyés.
Ne cherchez plus, comprenez-moi ?
A l’instant même, peut reprendre ou même mieux, débuter
Une belle histoire d’Amour à vos côtés.
 
Sur le petit nez d’Hélène
Les larmes furent vite essuyées.
 
Se lissant brusquement les moustaches
Le capitaine se ravisa
Et son sourire se fit glacé.
Tout est en place pour acquiescer
Pensa le goujat alléché.
Allez, allez ma belle Hélène, vous prendrez bien une madeleine désormais ? demanda le capitaine confortablement installé sur son canapé.
 
.
 
.


 



vendredi 9 mars 2018

JEU 34 : A Combray, à la nuit tombée...







A Combray, à la nuit tombée, tout était calme
Je me pelais le jonc en rentrant du boulot
Ma mère prit un bol et y versa de l’eau
Pour faire un thé fumant, et sans huile de palme
En un mot c’était un thé bio.
 

Tout comme le gâteau dont elle agrémenta
La douce tasse de porcelaine de Sèvres
Où elle avait versé le liquide. Apostat,
Je me décidai donc à y tremper les lèvres
Moi qui n’aimais pourtant pas ça.
 

Aussitôt mon palais éclate en étincelles
Et tout un monde insoupçonné se crée en moi
Un ouragan de sensations existentielles
Me transperce le bulbe et je tremble d’émoi
Poule devant un opinel
 

Les souvenirs affluent comme un vol de flamants
Qui rasent de leurs cris le champ de ma mémoire
Mais déjà ils s’enfuient, et les gorgeons suivants
Agrandissent hélas les trous de la passoire
De mon cerveau batifolant
 

Au prix d’un grand effort je reviens au début
Quand le gâteau mouillé de thé a percuté
Ma langue et mon palais, surpris, épantelé
Me disant en mon for « Tu t’es vu quand t’as bu ?
Essaie donc de te rappeler ! »
 

Et puis soudain, ça y est ! Me revient, délétère
Olfactif et goûtu, ce souvenir de songe :
Ce thé, ce gâteau sec trempé comme une éponge
Ce sont ceux que m’offrait de ses doigts de sorcière
Ma vieille tante atrabilaire.
 
 




mercredi 7 mars 2018

JEU 34 : Ma madeleine


 
 
 
 
Ma mémoire une fois me joua des tours.
- Tel Hansel, je la découvris sur ma soucoupe
Dans mon thé, cette pâtisserie se fit chaloupe
Délicatement noyée, la belle sortait du four

Je me souviens, de mes papilles enivrées ;
Ce dessert fondant dans la soirée boréale ;
J'ouïs sous mes dents le murmure des céréales ;
Oh ! là là ! cette madeleine divine dégustée !

Et je la savourais, attentif à cette filoute
Cette Aimée me mit les sens en déroute
Le thé à mon palais sublima sa candeur  ;

Me souvenant de ma tante mélancolique,
Je tirai une dernière fois mes zygomatiques
et avalai d’un coup des miettes de ce bonheur!

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Valentyne
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mardi 6 mars 2018

JEU 34 : Réminiscences

 
 
 




La mémoire est mon Dieu bien étrange
Qui nous fait oublier presque tout
Qui s'enfuit sur les ailes d'un ange
Effaçant les moments les plus doux
 

Mais que sur notre langue se pose
Le moelleux d'un biscuit détrempé
Et soudain de très loin quelque chose
Frémit à la première gorgée
 

Une impression floue mais délicieuse
Un souvenir ancien et profond
Une miette de l'époque heureuse...
Enfouie sous les futures saisons
 

Reviennent  alors comme une chance
La saveur des jours qui ne sont plus
La douceur des matins de l'enfance
Et les images du temps perdu...
 

La Licorne 
 




lundi 5 mars 2018

JEU 34 : A ma maman


 Photo proposée par Françoise
 
 
"La Madelon
Sous la tonnelle
Elle leur servait à boire..."
fredonnait mon papa....
Chanson souvenir de guerre.
Toi, Madeleine, ma maman,
Ce n'est pas la chanson de Brel
Qui te ramène dans mes souvenirs.
C'est cette petite gourmandise
Douce et sucrée comme toi
Que j'ai grignotée avec délice
Un instant, j'ai vu ton visage
Esquissant un tendre baiser
Dis-moi que nos souvenirs
Ne sont pas que des rêves.
.
.
 
 
 

dimanche 4 mars 2018

JEU 34 : Madeleine ne viendra plus...

  
 Photo proposée par Joe
 
 
 
 
Tremper son biscuit

Le fit se ressouvenir
 
De sa vieille tante.
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Joe Krapov
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jeudi 1 mars 2018

JEU 34 : Quittons la prose...


Voyage dans le temps, encore une fois,
mais en sens inverse...
dans les sables mouvants de la mémoire...
et des années enfuies.
 
Pour retrouver un peu de la saveur des jours passés,
je vous propose le texte d'un auteur
qui savait en parler mieux que personne....
Nous allons nous pencher sur un des passages
les plus célèbres de la littérature française,
celui de la "petite madeleine"
et puis, ô sacrilège, le transformer...

Le transformer radicalement,
puisqu'il s'agira d'en faire un poème...
En vers rimés ou en vers libres,
comme il vous plaira...
du moment que cela nous emmène en poésie...

Le texte ci-dessous est assez long :
le poème, lui, pourra être beaucoup plus court, bien sûr...
Vous pouvez ne garder que l'essentiel...
l'important étant que l'on reconnaisse le propos...
et que le sens global soit préservé.

Vous pouvez aussi prendre le texte comme "point de départ"
et y ajouter des éléments personnels ou pourquoi pas, une suite...
sans oublier la possibilité de le revisiter totalement
(transposition dans un autre contexte,
 autres personnages, autre époque ou autres aliments...).

Tout est possible...vous l'aurez compris,
à partir de ces deux pôles obligatoires :
"Texte de la petite Madeleine" + "Poésie"
 
Allez, zou...on met ses complexes de côté...
(du côté de chez...Swann)
et on s'y attelle bien vite...
proustement...;-)
avant l'année prochaine...
euh, non, avant le 21 mars !

.
La Licorne
.
  
  
Il y avait déjà bien des années que, de Combray,
tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher n’existait plus pour moi,
 quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, 
me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. 
Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai.

Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines
 qui semblaient avoir été moulées dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques.
 Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain,
 je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine.
Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais,
  je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi.

Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.
Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs,
sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour,
en me remplissant d’une essence précieuse:
 ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi.
 J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.
D’où avait pu me venir cette puissante joie ?
Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau,
mais qu’elle le dépassait infiniment, 
ne devait pas être de même nature.
D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ?

Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, 
 une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde.
Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer.
 Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi.
 Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment,
 avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter 
et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact,
à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif.
 
Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité.
Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ;
 quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher
et où tout son bagage ne lui sera de rien.
Chercher ? pas seulement : créer.
Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore
et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.
Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu,
qui n'apportait aucune preuve logique, mais l'évidence, de sa félicité,
de sa réalité devant laquelle les autres s'évanouissaient.
Je veux essayer de le faire réapparaître.
Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé.
 Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle.
Je demande à mon esprit un effort de plus,
de ramener encore une fois la sensation qui s'enfuit.
Et, pour que rien ne brise l'élan dont il va tâcher de la ressaisir,
 j'écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j'abrite mes oreilles et mon attention
 contre les bruits de la chambre voisine.
Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir,
 je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais,
à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême.

Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui,
 je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée
et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s'élever,
quelque chose qu'on aurait désancré, à une grande profondeur ;
 je ne sais ce que c'est, mais cela monte lentement ;
 j'éprouve la résistance et j'entends la rumeur des distances traversées.
Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l'image, le souvenir visuel,
qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu'à moi.

Mais il se débat trop loin, trop confusément ;
à peine si je perçois le reflet neutre où se confond
 l'insaisissable tourbillon des couleurs remuées ;
mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible,
 de me traduire le témoignage de sa contemporaine,
 de son inséparable compagne, la saveur,
 lui demander de m'apprendre de quelle circonstance particulière,
de quelle époque du passé il s'agit.
Arrivera-t-il jusqu'à la surface de ma claire conscience, ce souvenir,
l'instant ancien que l'attraction d'un instant identique
est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ?
Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ;
qui sait s'il remontera jamais de sa nuit ?
Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui.
Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne
de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante,
 m'a conseillé de laisser cela, de boire mon thé
en pensant simplement à mes ennuis d'aujourd'hui,
 à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine.
 Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu.

Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine
que le dimanche matin à Combray
(parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe),
quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait
après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ;
peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger,
sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray
 pour se lier à d'autres plus récents ;
peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire,
rien ne survivait, tout s'était désagrégé ;
les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie,
 si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot -
s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion
qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste,
après la mort des êtres, après la destruction des choses,
seules, plus frêles mais plus vivaces,
 plus immatérielles,  plus persistantes, plus fidèles,
l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes,
 à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste,
 à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable,
l'édifice immense du souvenir.
 
  
Marcel Proust
"À la recherche du temps perdu.
Du côté de chez Swann" (1913)
.

 

          

vendredi 23 février 2018

Blanc

 
Texte écrit pour le tout nouveau blog
d'Annick SB:
"Treize à la douzaine"
 
Il fallait placer les douze mots suivants :
 
cavalcade, touche, hiver, lanière, sempiternel, écorce,
échelle, frite, anaphore, chêne, passoire, verre...
 
et le treizième pour le thème : Blanc



 
 

J'ai un "blanc", tout à coup ...
Est-ce la cavalcade des années qui m'afflige ? Je n'ai pas encore l'âge du vieux chêne en hiver, mais mes cheveux ont la couleur de la neige sur ses branches, mes mains ont la rugosité de son écorce et quand, parfois, elles s'escriment sur les touches du piano, je n'en reviens pas de les voir trembler.
J'ai un blanc...
Que faisais-je à l'instant ? Qu'allais-je, diantre, chercher dans ce placard ? Un verre, une passoire, le coupe-frites ? Je ne sais plus. Ma mémoire se vide et me laisse au milieu d'un geste, d'un élan... Je pars et je ne reviens pas. Je veux et je ne peux pas. Je marche à petits pas. Sempiternel manège.
Un blanc...Un blanc...
Oui, je sais, je me répète...Autrefois, quand j'étais professeur, j'aimais bien manier l'anaphore, la métaphore et la méto... La méto quoi ?  Je ne m'en souviens pas.  Tout cela est si loin...Perdu sur l'échelle du temps. Egaré à jamais. La lanière de mon sac à souvenirs s'est cassée. Les mots, que j'aimais tant... se sont envolés. Comme une myriade d'étourneaux sans cervelle.
Demain... oui, je crois que c'est demain...j'aurai quatre-vingt-dix ans.

La Licorne








jeudi 22 février 2018

JEU 33 : Brasses



 
 
Je coupe une pomme 
Dans mon rêve je porte du fruit
Tant de mètres à franchir
Mon ventre gargouille
J’ai encore faim
Je prie
Je pense aux passants, aux migrants, aux voyageurs
Je pense aussi aux surprises, aux désillusions, aux craintes, aux espoirs
Je pense surtout aux espoir
Je prie
Autrefois quand la terre était promesse, on avançait en bande, en groupe, en famille, entre amis ou frères
On se donnait la main
A l’aube, j’accomplirai une prouesse
Je prie
Avant de m’endormir je dois vérifier une chose
Ai-je toujours Le Livre ?
Je ne peux pas prendre de sac mais je vais me débrouiller
Le livre est là
J’en lis une page
Je prie
Je vais cacher Le Livre dans la doublure de ma combinaison
Je me lève
J’avance sur la plage
Je plonge
…
Je nage, je nage, je nage, je respire, je nage, je respire, je nage, je nage, je nage, je m’épuise, je nage, je nage, je m’épuise, je respire, je nage, je respire …
…
Je sors la tête de l’eau
A bout de souffle
Personne sur la rive
Je vérifie les côtés, bords et rebords de la plage de sable
Personne sur la rive
J’examine l’horizon
Personne à l’horizon
Les bateaux sommeillent
La nuit s’efface
Je sors de l’eau
Et je cours, je cours, je cours, je respire, je cours, je respire, je cours, je balance les bras, je cours, je respire, je m’épuise, je cours, je cours, je cours, je tombe
La montagne tremble
Je me cache sur un sentier
Mes vêtements ruissellent
Je grelotte, je respire, je grelotte, je respire, je respire, je grelotte, je respire, je respire, je m’écroule
…
Un homme surgit sur le sentier
Il tapote mes joues
Je bave
Je respire
J’entrouvre les yeux
Je pose ma main sur mon torse, dégrafe la combinaison et sors Le Livre
Le froid me transperce
L’homme sourit
Il attrape Le Livre
Il range Le livre dans la falaise
Il me bénit
Le sac qu’il me tend contient du riz et un fruit
La Foi vit toujours
Tant d’années après la purge
L’homme disparait dans les rochers
Je mastique
Je cache le sac vide
Je prie
Je marche vers l’eau
Les vagues font du bruit
Je prie
La Parole me berce
Je nage
La Foi me suffit 

samedi 17 février 2018

JEU 33 : Fusion



 

Il y a quelques décennies, un événement contribua à élargir considérablement notre horizon.  Je me doutais que la vie s'étendait au-delà de nos frontières.  Mais je ne m'attendais pas, personne ne s'attendait, à ce qui émergea un jour sur notre terre, partout autour de nous:  une dimension où l'espace et le temps à notre façon n'existaient pas.

Une dimension qui depuis les débuts de l'humanité nous côtoyait pourtant.  Les vibrations de ce monde s'élevaient à un niveau que nous ne pouvions atteindre... jusqu'à maintenant.  Mais au fil du temps, de plus en plus d'individus avaient réussi à augmenter les leurs considérablement.
 Ce monde avait enfin surgi et nous invitait à fusionner peu à peu avec lui. Il ouvrait à nous et en nous des myriades de possibilités, les rêves pouvaient y devenir réalités, les dons s'épanouir en accéléré. Wow!
 
Tous ne pouvaient pas le voir, mais nul ne pouvait le nier, à présent. Plusieurs de mes contemporains ne peuvent même aujourd'hui, en 2118, percevoir cette dimension et en bénéficier. Pourtant le temps presse. Il faut apprendre à respirer autrement, à se nourrir autrement, à se déplacer librement, à modifier et optimiser notre énergie car, par notre faute, notre environnement s'est appauvri considérablement, comme beaucoup l'avaient prédit. Nous n'avons que deux choix : nous transformer ou périr dans la souffrance, de faim, de soif, d'empoisonnement.
 
J'ai retrouvé espoir depuis qu'ils nous côtoient. Ensemble, nous parviendrons à accélérer le mouvement de notre évolution vers un paradigme qui nous tend les bras. Si nous n'arrivons plus désormais à vivre ici-bas, eh bien, ceux qui le peuvent accéderont à cette dimension qui nous accueillera sans les soubresauts de la mort.
Franchir le pas, voilà ce qu'il nous reste à faire, à l'aide de nos amis de l'au-delà.
 
 


lundi 12 février 2018

JEU 33 : 2118




Une voix de sépulcre résonna dans les amplificateurs à propagation d’ondes de tribennialité Alpha. Les visiteurs rechargèrent leurs cartouches d’oxygène aux distributeurs à prigons que l’on trouvait à l’entrée. Il régnait une atmosphère d’étrangeté dans cette partie du Mémorium de la Galaxie. Quelques privilégiés parmi les Citiziens avaient été autorisés à voir les salles que l’on fermait habituellement au public, de par leur nocivité sur les esprits. Et ce, pour un moment seulement, et sur ordre de la Police des Espaces. On était en 2118. Ensuite, le muséum refermerait ses portes. Sa Félicité le Chef Ultimus aurait le droit d’y accéder, et seulement lui.

« Mesdames, messieurs, nous pénétrons maintenant dans la salle du Millénaire de la Malédiction. Le tableau que vous voyez devant vous a une valeur que l’on ne saurait estimer. Un individu l’a peint juste avant le Réalignement de 2020. Les historiens s’accordent à dire qu’il marque le début de l’Ere de la Calamité. Il représente la Prêtresse Ségolénia, en méditation devant un des symboles de la Décadence et des Archaïsmes. En ces temps d’effondrement, les habitants de la Planète s’appelaient encore les Hommes, ils étaient divisés en multitudes de groupes, aux noms de continents, nations, cliques, ligues, partis, classes. Ils n’avaient pas encore eu la Révélation de la Suprématie. Chacun parlait sa langue. Ils se battaient donc constamment, pour la survie, pour l’argent, pour le pouvoir. Ces luttes occupaient le plus clair de leurs vies sans longueur ni profondeur.» 

Un murmure de frissons parcourut l’assistance.  L’irréalisme de ces temps hors-mémoire apparaissait aux Citiziens comme le signe d’une déchéance que personne n’aurait songé à mettre en doute. Les mots eux-mêmes appartenaient à un passé que tout le monde semblait avoir oublié. Au fur et à mesure que la Voix décrivait les mœurs cette époque de troubles et de trivialité, on pouvait palper le dégoût sur les visages. 

« L’élément au centre du tableau représente une « rose », appartenant à une catégorie d’objets que l’oubli a relégué au rang de « reliquats du temps ». Ces objets dits « de la nature » s’appelaient des « fleurs ». Les objets de la nature dans leur ensemble ont disparu à la fin du 21° siècle, avec la découverte de la tribennialité et des extra-synthéticoïdes que nous connaissons aujourd’hui, et surtout depuis l’invention des organismes de substitution au plurimétabiologisme … » 

Les visiteurs se regardèrent dans l’hébétude et l’abasourdissement, cependant que la Voix continuait son monologue qui ne laissait d’ahurir l’auditoire. La difficulté était d’imaginer des êtres que la vie eût contraints à se nourrir d’organismes pour vivre, à se reproduire, à se battre pour des territoires. Seuls les rats et les fourmis avaient continué à suivre ces schémas de l’archaïsme, mais cela avait causé leur disparition. Quant aux quelques mots accompagnant les tableaux… Un ésotérisme sans substance les nimbait, si bien que nul ne comprenait plus leur sens depuis longtemps : démocratie, vote,  lutte des classes, capitalisme, socialisme. 

Sa Félicité Le Chef Ultimus avait tout prévu. La linéarité de l’existence. En douceur et sans faille. Sans rides. Sans luttes. Jusqu’au jour du Convoi Ultimus Programmus, où l’on devait partir pour une planète sans oxygène. Chaque jour les ordinateurs calculaient le nombre de naissances dans les incubateurs, et de là, le nombre des Citiziens en partance. Les entrées et les sorties de la planète devaient s’équilibrer. Le nombre de Citiziens au maximum, dont la justesse n’était plus à prouver, était, pour l’éternité, de 25 milliards. Tous acceptaient la règle. Ils n’avaient pas le choix. 

Ils sortirent du Mémorium et passèrent dans une Salle de Réajustement, afin de se faire nettoyer le cerveau aux ondes de Félicité.
 Dans le ciel, les trois Soleils brillaient. Tout était en état de perfection et de joie.
 


 


 

dimanche 11 février 2018

JEU 33 : Né pour courir




Eté 2118. Nous vivons sous terre, dans des espaces semblables à des villages. On y trouve des parvis, des maisons, des boutiques, des restaurants, des rues où circulent piétons et cyclistes. Des hommes, des femmes, des enfants y construisent notre présent depuis trois générations.  C’est un jour de l’été et dans le silence d’avant le départ, je respire encore l’air du dedans. Sur l’esplanade, la foule afflue et chaque année le nombre de personnes croît. Dans cinquante et une secondes le compte à rebours sera lancé. Je vérifie mes capteurs. Un signe du maître de la tour me confirme qu’ils fonctionnent. Je ferme les yeux et pendant un instant, l’ambiance est au recueillement. Le regard de la foule est braqué sur moi. Les pulsations de mon cœur tambourinent comme un avant-goût de ce que je vais réaliser aujourd’hui. Je ne dois pas rater le départ.

Le mouvement qui suit celui-ci est semblable à une vague qui déferle en gage de soutien. Les mains frappent les tambours, la foule en liesse ne forme plus qu’un avec moi. Je suis né pour courir. Alors je m’élance. Des foulées qui martèlent le sol et projette du sable et des cailloux autour de moi. Je puise dans mes muscles la propulsion qui m’entraîne loin, au-delà des entrailles de la terre. C’est un jour sans nuage. Le soleil éclaire le ciel de Tolosa. À l’horizon, les Pyrénées s’imposent. Leur présence et la beauté qui émanent d’elles me coupe un instant le souffle.  La nature a repris ses droits. Luxuriance et  profusion s’affichent partout, même si, de-ci, delà quelques bâtisses persistent. Sur les écrans de télétransmission la population suit l’évolution de ma course. Je connais le sentiment qui les anime. Ce désir d’être mes yeux dans le monde d’aujourd’hui. Mon regard capte ce qui m’entoure, détaille les arbres, les collines, l’éclat des boutons d’or dans les prairies, les fleurs des pissenlits dans le vent, le bruissement des cours d’eau.  La lumière qui joue entre les branches des arbres, l’ombre des peupliers. Le vol des oiseaux dans le ciel. Toute quintessence.

Mon souffle est à la mesure de ma mission. Je cours et, une à une, mes foulées s’imprègnent de l’atmosphère. Je suis né pour courir. Loin et vite.  Là, où personne ne va plus. Je cours pour raconter les couleurs. Le monde extérieur. J’emmène mon peuple en voyage. Dans la vibration de mes pas sur la terre, dans l’air qu’aspirent mes poumons, dans mes mains qui cueille un fruit,  sur mes lèvres qui le goûte, dans mes yeux qui parcourent les ondulations du monde. Je suis semblable à un artiste-peintre dont l’œuvre universelle réconcilie la terre et les hommes et peu importe si les radiations brûlent aussi mes cellules, si mon existence est à l’image d’un éphémère. Je suis né pour vivre le monde.




 

mercredi 7 février 2018

JEU 33 : Les Extras



2 septembre 2118.

 ...ça y est, j'ai réuni tout ce qu'il faut pour le Centenaire. Mon costume. L'invitation. Les coordonnées du point de rendez-vous. La liste des amis à prendre sur le chemin.

Ce matin, au saut du lit, Max m'a rappelé les détails à ne pas oublier. Il est bien, Max, il s'occupe de tout. De la liste de courses, de l'entretien de la maison, et même de l'organisation des fêtes et anniversaires. Une perle, ce Max. Jamais en panne, toujours au top. Une merveille de robot.

Cela fait donc pile cent ans qu'a eu lieu l'arrivée des Extras. Date sans équivalent dans l'histoire de la planète. Fin de la quarantaine. Début de l'ouverture sur les civilisations du cosmos.
Comment avait-on pu vivre aussi longtemps en niant leur existence ? Cela dépasse l'imagination.

Grand-grand-père, qui va sur ses cent vingt ans, en parle parfois avec un tremblement dans la voix :
"A l'époque, on ne croyait pas que la vie ait pu se développer ailleurs. On attendait des preuves. On s'était habitués à notre solitude et tous, on niait l'évidence. Des milliards d'étoiles et de planètes dans l'univers, et de la vie seulement sur la Terre, sur notre Terre, cela ne nous choquait pas. Oh ! On regardait bien quelques films de science-fiction, du style Star Wars... ou Avatar, mais on les regardait comme des divertissements, des fantaisies sans fondement. Quelle n'a pas été notre surprise quand ils ont débarqués ! Un choc. Presque un traumatisme.

Les journalistes en ont perdu la voix. Ils diffusaient en boucle les images de ces êtres en train de communiquer leur message à toute la population, et ne le commentaient presque pas. Tout le monde était là, devant sa télévision, sans savoir comment réagir. On s'attendait à une invasion, à une guerre, à des combats sans merci. Mais, voyez-vous, ce n'est pas du tout comme cela que ça s'est passé.

Les Extras étaient sans agressivité. Ils répétaient qu'ils ne nous voulaient aucun mal et que le temps était venu pour nous de créer des contacts avec le reste du monde, que c'en était fini de l'ère de l'isolement, qu'ils nous invitaient à travailler avec eux. Que s'ils ne s'étaient pas manifestés auparavant, c'était juste parce qu'ils attendaient que nous atteignions un minimum d'évolution et de maîtrise. Que nous y étions parvenus et qu'ils allaient maintenant, si nous étions d'accord, nous tendre la main pour nous aider à sortir de nos impasses et de nos erreurs. Parce que, soulignaient-ils,  nos "bêtises" avaient des répercussions jusque chez eux et que cela ne pouvait plus continuer ainsi.

J'avais dix-huit ans.
A partir de ce jour, tout a changé vertigineusement vite. Les gouvernements ont fait leur mea culpa et se sont enfin mis d'accord. En dix ans, le problème de la famine et de la pauvreté a été réglé. Le nucléaire a disparu. Il a été remplacé par la technique de l'énergie du vide. On a arrêté d'extraire du pétrole et du gaz de schiste. Vingt-cinq ans plus tard, grâce aux programmes de nettoyage, les océans et les rivières avaient retrouvé leur pureté et il n'y avait plus aucune pollution, ni dans l'eau, ni dans l'air. Ah, mes enfants, ce fut le tournant du siècle ! "

Il a raison, Grand-Pa, s'il y a une date qu'il faut fêter, c'est celle-là ! Et en beauté !
Nous, les jeunes, on ne se rend pas bien compte de ce à quoi on a échappé. Mais on en parle de temps en temps avec nos potes d'origine "extra". Et on se dit qu'on a de la chance. De la chance d'avoir toujours connu une Terre sans maladie, une Terre sans drame, une Terre sans guerre. Nous, on est la génération "d'après". Une génération sans complexe et sans frontière, une génération qui communique avec les étoiles et qui croit en son avenir.

Tout à l'heure, on va être un paquet à se réunir sur la méga-plate-forme du Pacifique, et on va faire une teuf d'enfer ! Côté musique, y'aura le meilleur du meilleur de la Galaxie...les groupes les plus en vue de ce coin d'univers...de Vénus à Arcturus !
...ça va "déchirer", comme dit Grand-Pa ! J'ai vraiment hâte d'y être !
Allez, Max, programme vite le GPS de la navette, on y va !

 
La Licorne







 

lundi 5 février 2018

JEU 33 : Uchronie

 
 



Je m’appelle Amandine, comme celle de France, celle d’avant la loi de 1983. Vous voyez sûrement de qui je veux parler, Amandine, le bébé-éprouvette née en 1982 à l’hôpital Béclère à Clamart.

Sur mon passeport il y a écrit : date de naissance : 2103, cent vingt et un ans après l’Autre. J’ai quinze ans.

Si j’avais vu le jour en Angleterre, je me prénommerais peut-être Louise. Elisabeth pour une naissance aux States, Durga pour l’Inde, comme les prénoms des bébés-éprouvettes des années 1970-80. Mais j’ai vu le jour en France, mes parents m’ont donc choisi le prénom d’Amandine. En hommage.

Après la naissance d’Amandine (celle de 1982), des voix ont hurlé au loup, à la manipulation, au crime de lèse-genétique, à l’hérésie, j’en passe... En 1983, la loi a interdit en France toutes les fécondations in vitro.

Bizarrement, tous les pays n’ont pas tardé à faire pareil.

Je dois ma vie à cette loi. La loi a interdit toutes les fécondations in vitro, que ce soit avec des « Porteuses » ou avec des « Biologiques », il a bien fallu trouver des utérus pour les couples en mal d’enfant. Le désir d’enfant est LE désir du 21ème siècle.

Je suis un prototype, le résultat de presque un siècle d’essais d’implantation d’embryons dans ces réceptacles : utérus d’éléphants, de vaches (il n’y a guère que les chats et les souris qui n’ont pas servi de cobayes … pour des raisons de taille of course.

Ma « Biologique » est une femme tout ce qu’il y a de plus courant, c’est une spécialiste en éthique ; mon père est également un représentant des humains, médecin.
 
 



Ma mère (de gestation) est une poulinière, dans ces enceintes que l’on appelle maintenant les « usines à bébé », « votre Porteuse vivra loin de la pollution des agglomérations et nous soignons le cadre pour fonder votre famille » (dixit le prospectus) . Les juments offrent une résistance hors du commun en ce qui concerne l’implantation d’embryons. La gestation dure 11 mois et 11 jours. Si j’étais née « normalement » je ne serais restée que neuf mois dans le ventre de ma mère : cela n’a semble-t-il pas affecté mon intellect.

Je suis une hybride, femme à l’extérieur mais jument à l’intérieur. Je dois la vie à une loi de plus d’un siècle et à des essais dans des laboratoires.

Mes parents ne m’ont jamais caché l’origine de ma naissance, ils se sont bien occupés de moi, ils m’ont régulièrement emmenée chez le psy dès que j’ai montré des signes de contestation : à trois ans, j’ai décidé de ne me coiffer qu’avec une queue de cheval (nuit et jour).

De temps en temps, je vais voir ma mère à quatre pattes. Elle ne me reconnaît pas. Je lui apporte des friandises, carottes et pommes. Elle porte régulièrement un bébé-humain. Je me demande si elle sent ce cœur qui bat dans son flanc et si elle se rend compte lors de l’opération qu’on lui retire une part d’elle-même. 

Depuis quinze ans, la vie a changé : les femmes ont le choix de porter leur enfant ou de recourir à ces juments. L’utopie de la liberté de procréation est une réalité. Les femmes ne voient plus arriver la quarantaine avec effroi, leur « horloge » ne leur rappelle plus l’urgence de trouver un géniteur. Au vingtième siècle, les femmes disaient : «un enfant,  si je veux et quand je veux », depuis peu on entend « un enfant, si je veux, quand je veux et où je veux ». Certaines femmes hésitent à se voir grossir, enfler, pour avoir un enfant.

Les poulinières leur ont donné un don d’ubiquité : les femmes restent au boulot pendant leur grossesse, elles surveillent l’évolution de la gestation avec une caméra, elles ne sont pas un poids pour la société, pas de nausées, pas de pathologies.

Les us et coutumes bougent lentement mais je gage que dans 100 ans, il y aura autant de bébés de « couveuses » que des bébés  d’utérus » comme on les appelle. Je me demande bien pourquoi cette distinction : les autres aussi grandissent dans un utérus.

Je suis un cobaye : on a mesuré toutes les semaines mon QI depuis ma naissance. Que dis-je, bien avant ma naissance. Déjà in utéro, je me sentais comme le lait qui bout sur le feu ! J’ai vu dans les magazines des photos de ma poulinière : on lui avait branché des électrodes, sortes d’ustensiles de toutes couleurs, sur le ventre pour suivre cette croissance. Un fil pour l’activité du cerveau, un fil pour la circulation du sang, un fil pour suivre l’activité des nerfs, et j’en oublie.

Vous vous demandez pourquoi j’écris ce début d’histoire : Eh bien, j’ai l’impression d’usurper la vie d’un autre, j’ai à peine quinze ans et tant de surveillance m’oppresse. 

Aujourd’hui je commence ma crise d’adolescence. Ce matin, devant mon bol de flocons d’avoine,  j’ai lancé cet ultimatum à mes parents (les z’umains). « C’est décidé, demain je commence des études de vétérinaire ».

Dans les yeux de ma mère, j’ai vu que cet uppercut la heurtait, elle me voyait déjà avec une blouse de médecin-obstétricien. 
 
 

Ancien texte ICI, 
modifié pour répondre au jeu
(sans adjectifs qualificatifs)
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dimanche 4 février 2018

samedi 3 février 2018

JEU 33 : Vive ma vie





 

Je suis née le 1er janvier 2008. J’ai tout juste 100 ans.
Pour mon anniversaire ma famille vient de m’offrir un album de photos.
J’y retrouve mes ancêtres qui vivaient au début de ce siècle.
Ce n’est pas vraiment une découverte, nos musées exposent beaucoup de documents de cette époque.
Ce qui me pose question…. comment faisaient ils pour vivre si peu de temps ? Aujourd'hui on dirait "survivre"...
Pourquoi mouraient ils si jeunes ? Guerre, maladie, accidents, bêtise, ignorance ? 
Il reste des zones d’ombre, surtout dans ma famille. 
Une jeune femme morte à 31 ans… un frère à 68 ans… 
Une exception une grand-mère a vécu jusqu’à 106 ans… je n’ai pas hérité de ses gènes puisque c’est une ancêtre du côté de la famille de mon compagnon.
Bref… 100 ans… et dire que je ne suis probablement pas à la moitié de ma vie.
Je conserve une relique... une lettre de mon arrière grand mère Françoise... Elle disait qu'à 84 ans elle atteignait  99% de son temps de vie. 
On vient de me proposer un week-end sur la lune… Pourquoi ne pas en profiter tant que je n’ai pas d’enfant puisque je n’ai pas atteint l’âge d'être mère ?
Je me demande si je ne ferais pas mieux de patienter jusqu'au départ pour Mars… 
Oui je sais, ce n’est pas tout à fait au point, mais j’ai encore 200 ans devant moi…
Je vais réfléchir.
Ma maison est une bulle de cristal, comme celle de mes voisins.
Nous n’avons rien à cacher comme le faisaient nos ancêtres dans leurs bâtisses !
L’amour est partout, la nature me réjouit, les oiseaux,  seuls animaux qui nous restent,   sont amis avec  les humanoïdes que nous sommes.
Ah ! On nous raconte que les « vieux » craignaient le progrès, que certains croyaient que la terre était une boule.
Mais voyons comment n’ont ils pas vu que c’est un ruban qui flotte de nuage en nuage !  Pas de séparation, ils appelaient ça continents, frontières etc…
Aujourd’hui tout est luxe, calme et volupté….
La vie est… comment dire…. sans adjectif mot interdit dans ma famille…
Franchement, je me demande pourquoi ? 
Demain est un autre siècle… LOL





 

vendredi 2 février 2018

JEU 33 : J'attends le moment où...

 
 
 
Année 2118.On ne parle plus de saisons depuis longtemps. Il pleut. Le jour. La nuit. Quelquefois, des espaces entre les nuages laissent apparaître une éclaircie qui redresse nos corps et nous fait lever les yeux. Le reste du temps la grisaille est partout. Certains jours, l’humidité de l’air se mêle aux bourrasques de vent.  Les arbres se balancent, les bateaux tanguent, les maisons sur pilotis, aussi. Le reste du temps le climat ne varie pas. Les pluies rythment la monotonie du temps.

Je me souviens quand j’étais môme, avec les enfants du quartier, on inventait des jeux : danse de la pluie sous les cascades, sauts par-dessus les rus qui sinuent tout autour de la ville, courses à fleur des méandres,  plongeons dans les ravines et bien sûr sauter dans les flaques qui stagnent sur les toits-terrasses. C’était notre jeu de prédilection. On s’imaginait alors le monde d'avant. Chaque flaque pouvait nous mener de l’autre côté de la terre, là où il ne pleut jamais. On rêvait le monde d’avant, quand le soleil nourrissait la terre de sa lumière. Depuis, il paraît que là bas, le soleil brûle autant que le feu, mais personne n’en sait rien, personne n’a été voir, tout du moins personne n’en est jamais revenu depuis l’expédition de 2058. À cette époque le danger avait déjà bouleversé le monde. Les trois quarts de la population, la majorité de la flore et de la faune avaient péri. Le climat oscillait entre chaos et extinction. À présent, il pleut.

Moi, je suis né en 2102, le soleil je ne l’ai jamais vu, ni jamais senti effleurer ma peau.  Maintenant que j’ai grandi, je ne saute plus dans les flaques. Il faut bien bosser. On n’est pas si nombreux à pouvoir le faire. Consolider les fondations des habitations, construire, ériger la cité au-dessus de l’eau. Alors de temps à autre, sur le chemin qui mène au chantier de la ville, je m’arrête et je regarde les mômes sur les toits-terrasse. Et j’attends. J’attends le moment où ils sauteront dans les flaques. J’écoute leurs éclats de rire. Ce n’est pas le soleil, bien sûr mais ça colore et réchauffe quand même la Terre et le cœur des Hommes.
 
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jeudi 1 février 2018

JEU 33 : Exclusion du futur



En ce début d'année, projetons-nous un peu...beaucoup...
et imaginons que nous sommes
 en...2118.

Vous inventerez donc une histoire qui se passe
cette année-là...
Tous les genres sont permis...
toutes les versions de l'avenir aussi...
et votre imagination pourra se déployer à son aise.
 
La contrainte sera purement linguistique :
les adjectifs qualificatifs seront INTERDITS.
 
Je serai sévère, impitoyable, intraitable :
je ne veux pas en voir un seul
pointer le bout de son nez.
Qu'on se le dise !
Pas facile ?
je sais.
mais c'est tout l'intérêt de la chose...:-)
Renouveler son style...

Y arriverez-vous ?
Réponse dans quelques jours...
ou quelques semaines.
avant le 21 février 2018
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La Licorne
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