Pour l'atelier Mil et une
Sujet 102

Zut ! Je ne vois plus rien !
Aidez-moi, nom d'un chien !
Zone protégée ou piège à zinzins ?
Zieutez-moi cette lumière !
Ah, elle m'aveugle, elle me sidère
Z'en zézaye, bonne mère !
.
La Licorne
.
Pour l'atelier Mil et une
Sujet 102

Zut ! Je ne vois plus rien !
Aidez-moi, nom d'un chien !
Zone protégée ou piège à zinzins ?
Zieutez-moi cette lumière !
Ah, elle m'aveugle, elle me sidère
Z'en zézaye, bonne mère !
.
La Licorne
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A plus d’un titre
Pas facile d’évoquer Alexandra Lapeyrière d’Entrevaux, notoirement méconnue dans un rayon de 2 km excédant sa propriété en bord de mer. Son manoir était si grand que les domestiques chargés de la partie sud ne la reconnaissaient pas toujours.
Cette pensée obsédait Albéric Ouroboros, en résidence sur place tout l’été.
Albéric scribouilleur de seconde zone d’origine suisse particulièrement bien fait de sa personne, n’était rien moins que son très récent biographe.
Chaque matin, pendant qu’elle était sortie marcher dans la mer, il pissait vainement de la copie sans parvenir à d’autres résultats qu’une envie pressante de faire le mur.
Sans pour autant passer à l’acte.
Car petit (a) c’était elle qui le lui avait proposé.
Et petit (b) il n’était pas question de sevrage. Courant juin lorsqu’ils s’étaient croisés ils n’avaient pas connu de panne des sens et avaient fait fi de la différence d’âge que seule l’indécence permettrait d’indiquer.
Il appartenait à une génération qui n’attend rien parce qu’elle sait l’inanité des choses. La génération des sacrifiés.
Sur place, il tentait de mieux la connaître, ils échangeaient donc régulièrement, mais hélas pour lui et son projet d’écriture, ils se privaient le plus souvent de la parole au bout de quelques minutes, n’y tenant plus et dans ces moments, il paumait son stylo à chaque fois.
Il fondait lorsqu’elle lui murmurait en rythme son habituel mantra : Bien que je sois jeune, je sais déjà que notre enfance ne s’éloigne jamais de nous. C’était beau et chaud, comme on dit en Belgique.
Alors le matin, à la fraîche, il compulsait ses notes, et ce n’était pas terrible…
Il la connaissait finalement peu, elle était donc plus vieille, elle pratiquait la marche, elle aimait la mer. Mais question bio, son rayon à lui c’étaient plutôt les légumes.
Mais avec ce triptyque, vieille, marcher, mer, il pensa qu’il tenait peut-être quelque chose.
Il s’était mis à noter des titres possibles.
La veille, qui marchait dans la mer ? (Pas assez explicite.)
La veille, qui marchait dans l’amer ? (Trop sentimental et intrusif.)
La vieille Kim Archer dans l’âme erre. (Non. On arrête les jeux de mots pourris.)
Lave, hey, Kim archer dans l’âme, erre. (J’ai dit non.)
La vieille qui m’armait dans la chair. (Un peu cru peut-être.)
La vieille qui marche est dans la merde. (Non, en vrai, c’est moi.)
La vieille qui marchait dans la mer. (Pas mal mais faut que je lui explique.)
Il lui expliqua.
Ah ! Comme vous vous bitez royal, Seigneur ! Dans ces instants, elle l’appelait Albéric Ier.
Décidément, ça allait prendre un peu de temps.

“Demain n’est pas, déjà l’Hier est mort…”
songe La Vieille embrassant le décor
Aux pans de son chapeau, la mise altière
subsiste un vierge et vivace Aujourd’hui
elle aime tant y bercer à l’envi
son franc mystère
seule, et devant l’étendue où l’âme erre
Moi, de la voir parmi les éléments
papillon noir sur dentelles de blanc
me vient l’espoir d’entrer en sa douce heure
l’instant exempt de tout vent de malheur
Elle, pieds nus sur la mousse iodée
révèle un peu de sa noble cheville
Moi, occupé à dénicher l’étrille
je perds le fil de ses vastes pensées
Y a-t-il, au vrai, moment plus délicieux… ?
Elle a jeté au panier tous ses âges
pour n’en garder que les précieux hommages
bien à l’abri d’une tendre quiétude
souriant aux lointaines latitudes
Sûr, le damier de ses nuits, de ses jours
se fond dans la marée en bout de cours
afin d’inviter son doux clapotis
à se joindre au mouvement de ses plis
Tout paraît suspendu à son allure…
Et le voilier aux lentes encâblures
Et le soleil abandonnant l’azur
Et le renversement du sablier
Lorsque, ce jour-là, Yolande De Ladentellière, riche héritière de la Côte bretonne, glissa sur un rocher et se fractura l'occiput, ce n'était pas sa première chute.
Elle était déjà "tombée" plusieurs fois.
La première fois, c'était "en amour"...quand elle avait suivi, à vingt ans, sur un coup de tête, un beau militaire américain, croisé pendant les fêtes de la Libération. Le jeune homme, habile, lui avait fait miroiter monts et merveilles...Conquise par son allure, son accent et ses muscles saillants sous son "marcel", elle l'avait alors suivi au bout du monde...au grand désespoir de ses parents, qui n'avaient pas réussi à l'en dissuader.
La deuxième fois, c'était "dans la misère", quand, au bout de trois ans d'escapade, son père, excédé par sa fuite irraisonnée et son indifférence aux appels familiaux, lui avait brutalement "coupé les vivres". Comme on le sait, un malheur n'arrive jamais seul : dans les mois qui suivirent, son bel amoureux lui avait, on ne sait pourquoi, trouvé beaucoup moins d'attrait... et l'avait plantée là, sans autre forme de procès, en prétextant un appel urgent de sa hiérarchie dans le cadre d'un conflit lointain.
Et la troisième fois, eh bien, c'était quelques jours plus tard, quand elle s'était aperçue qu'elle était "tombée enceinte" au moment des adieux.
Afin de ne pas tomber plus bas encore, elle s'était vue contrainte, tel l'enfant prodigue, de rentrer au pays...afin de demander pardon à son père et d'y élever ses jumeaux, Camille et Albert, dans la plus grande discrétion possible.
Depuis, elle végétait, déprimait et se morfondait au fond de son château, pensant et repensant sans cesse à ce destin en forme d'ourobouros qui avait dévoré ses rêves et l'avait ramenée, en un clin d'oeil, à l'endroit qu'elle cherchait à fuir.
Ses seules distractions étaient ses promenades matinales à la plage. Elle y marchait chaque jour. Elle disait vouloir promener le chien, mais c'était surtout elle qui, à vrai dire, éprouvait le besoin irrésistible de sortir et de prendre l'air.
Ce matin-là, elle avait ôté ses chaussures et s'était avancée sur un petit
rocher moussu. Comme d'habitude, ses yeux fixaient l'horizon, comme si,
par un miracle inconnu, elle avait pu entrevoir par-dessus la mer, le pays
qui avait bercé ses jours heureux.
Derrière elle, son petit chien reniflait bruyamment : il aimait dénicher les crustacés...et à chaque balade ou presque, faisait des découvertes étonnantes. Récemment, il avait ramené une sorte de fossile conchoïdal, dont Mr De Ladentellière avait déclaré, ravi, qu'il datait sans doute du Sinémurien ! Sacré Olaf ! Il savait amadouer le vieux, lui...bien mieux qu'elle n'avait jamais su le faire !
Afin de voir ce que faisait le chiot, elle fit un quart de tour sur elle-même... et c'est là qu'elle perdit l'équilibre ! Son pied glissa et sa tête frappa durement le rocher.
Quand elle se réveilla, elle était allongée dans son lit. Sa vieille mère était penchée sur elle. Ses enfants étaient debout à la porte.
- Approchez, mes petits ! Ne vous inquiétez pas ! Maman va bien !
Les enfants, rassurés, lui sautèrent dans les bras. C'est alors qu'elle se rendit compte qu'elle avait perdu leurs prénoms...
- Mon mandarin, ma mandarine ...je vous aime ! Ma Camomille ... mon Arbalète ...mon Camembert...vous êtes mes chérubans, mes armours, mes poursins...
Les deux boudchoux se regardèrent, interloqués : maman parlait bien étrangement !
Le médecin confirma : le traumatisme crânien avait touché la sphère du langage. Il allait falloir être patient...
Hélas ! Malgré les soins et la rééducation, Yolande ne retrouva pas les mots. Depuis ce jour, son esprit reste embrouillé et ses phrases continuent de s'emmêler dans un joyeux désordre, émaillées de mille lapsus dinguae que seule sa famille proche arrive à décoder.
Bon, ne le répétez pas, mais les gens du village, qui la croisent souvent à la plage, abritée sous son grand chapeau, ne l'appellent plus "Mademoiselle De Ladentellière", mais plutôt..."Tata Yoyo" !
...Chuuut !
La Licorne
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J'ai mêlé ici deux consignes :
celle du JEU 97
(photo et mots du titre)
et celle de l'Agenda ironique de juillet-août :
(à lire chez Tiniak)
Sur le thème de "La chute",
il convenait de placer les mots :
camembert, mandarin, mandarine,
Sinémurien, ourobouros et conchoïdal...
.
John Duff souhaitait aussi :
- la présence d'un personnage en "marcel",
et l'utilisation d'une locution latine
(éventuellement détournée)
.
Petite vérification : tout y est !
Oufff !
:-)
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Sous le chapeau le papillon
Vous
la reconnaissez sur la photo ? Non, bien entendu, ou alors c'est un
hasard étonnant dont il faut se méfier. C'est Louise–Henriette de
Saint-Marcellin Duferment-Lactique, mon arrière-grand-mère. Au pied des
falaises qui débouchent du Rhône de la Canaille. Elle rêve probablement à
celui qui sera un jour mon arrière-grand-père. Elle n'est pas encore la
vieille qui marchait dans la mer à la recherche d'escargots des
jardins, qui sont ses petits–gris dont elle a grandement besoin. Fort
heureusement le célèbre psychiatre Hippocrate le Jeune, a diagnostiqué
une sorte de confusion mentale avec les bigorneaux, que malheureusement
on ne sait pas encore soigner. Pas les bigorneaux, mais la confusion.
«Entre sa somptueuse jeunesse et les méfaits du temps, elle a négocié
une sorte d’amnésie qui la préserve des regrets. » (*)
Observez
qu'elle porte un nœud papillon noir. Chacun sait que celui-ci est le
symbole de la mort et de la malchance et qu'il vaut mieux ne pas en
croiser à moins d'un mètre. Mais comme mon aïeule arbore un sourire
proche de l'extase et qu'elle relève ses jupes, ne faut-il pas
l'envisager être en proie à une excitation sexuelle, ce qui est une
autre signification d'une tradition maritime concernant les papillons
noirs. Dans ce cas c'est le signe d'une capacité à voir le bon côté de
la vie. Concluons que ce bon côté-là l'attire irrémédiablement vers le
large.
En ce cas, les deux personnes en arrière plan regardent du
mauvais côté et manifestement ont une attitude qui sent la vase
désespérante, le varech-vessie qui n'éclaire pas les lanternes. On voit
nettement qu'ils ne sont pas à l'aise près des falaises. « Être tas » à
cet endroit n'est pas digne.
Pourquoi donc mon père m'a envoyé cette photo avec ces simples mots :
«
Surtout, n'oublie jamais ! » J'aimerais tant pouvoir lui poser la
question, Malheureusement il est mort d'une crise cardiaque 24 heures
après que j'ai reçu sa missive. : « Ah ! Comme la vie est brève et
interminable dans sa brièveté ! »(*)
Mon père faisait-il allusion à
une vie de chien, à cause de l'animal à gauche ? un genre de vie qui
caractériserait notre lignée ? Parce qu'autant vous le dire clairement,
je mène une vie où je ne fais que ramer sur les flots hostiles ou dans
le sable du désert intérieur. Ça dure depuis si longtemps. Même si à
l'époque «On croyait de chaque jour qu'il était simplement le lendemain
de la veille, et puis non: il y avait des années entre les deux. » (*)
Ne
pas me poser de questions inutiles. Tout ça ce sont des vieilleries qui
osent et abondent . Comme le dit souvent un de mes amis « pourquoi
s'obstiner à faire du bouche-à-bouche à un amour mort ? » (*). Il a
raison. C'est pareil avec les défunts, quand c'est fini, c'est fini !
Je vais brûler tout ce fatras de souvenirs.
Mais
avant, et une dernière fois : « Laissez-moi contempler ce portrait.
C'est à mourir d'extase. Comme ils ont dû être fous de vous, ceux que
vous avez laissés vous approcher ! Et comme ils ont dû être comblés ceux
auxquels vous avez abandonné un tel corps ! »(*)
- Atelier d'écriture pour le mois d'août -
Chers amis,
"La vieille qui marchait dans la mer"
de Frédéric Dard
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Comme d'habitude, vous pouvez :
- Soit placer les mots de ce titre dans votre texte
- Soit faire en sorte que ce titre de livre
soit aussi le titre de votre texte
- Soit, troisième et dernière possibilité,
faire référence, tout au long du texte,
au livre en question ou à son auteur
Envoi à undeuxtrois4@orange.fr
avant le 21 août 2024
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La Licorne
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Samedi 6 juillet 2024 - Cassis
Marc et Dany s'étaient donné rendez-vous au troquet du coin. Assis sur la terrasse, à l'ombre des platanes, ils avaient commencé, comme d'habitude, par échanger des nouvelles de leurs familles respectives. Les parents, les enfants, les petits-enfants...
A la fois cousins et voisins, ils se connaissaient depuis l'enfance et prenaient soin d'entretenir leurs liens en se rencontrant régulièrement.
Ce jour-là, sous le soleil d'été, la conversation était légère, piquante et émaillée de blagues. Ce n'est qu'au troisième pastis que les choses s'étaient gâtées, au moment où ils avaient parlé...élections.
Marc annonça fièrement qu'il soutenait l'extrême-droite, ce qui fit bondir son cousin, qui, depuis toujours, votait à gauche toute.
- T'es pas un peu fada ? Tu veux vraiment massacrer le pays !
- Mais non, couillon ! Mets-toi à la page...tout le monde vote RN de nos jours...sauf les naïfs comme toi ! Excuse-moi, mais ce ne sont pas tes gauchistes "mous du genou" qui vont nous tirer du pétrin actuel...
- Tu m'escagasses, cousin !
Le ton montait à grande vitesse...et la moutarde était en train de chatouiller sérieusement les narines de Dany...quand, il eut l'idée, pour détendre l'atmosphère, de proposer une petite partie de pétanque sur la place d'à côté.
- Je vais chercher les boules dans le coffre...Pendant ce temps, réserve-nous une bonne place, s'il te plaît !
Trois minutes plus tard, les deux gaillards s'affrontaient sur un autre terrain.
- Té ! Fais attention, tu le lances trop loin, le cochonnet !
- C'est toi, l'ami, qui pousses le bouchon un peu trop loin...tu vois de quoi je veux parler ?
- Ne me cherche pas, vieux !
Sur ce, Marc se dirigea vers la petite boule de liège pour que Dany la relance une deuxième fois. Echauffé par l'alcool et la politique, le sang de ce dernier ne fit qu'un tour. Au moment où Marc se baissait, animé d'un brusque élan meurtrier, il lança sa boule, de toutes ses forces, dans sa direction.
Par chance, à la dernière seconde, Marc tourna la tête : la boule frôla son crâne ...il s'en tira de justesse, avec seulement une oreille tuméfiée et violacée.
"Je ne suis pas mort...mais j'aurais pu ! " s'écria-t-il, sous le choc.
C'est exactement ce que proféra Trump, la semaine suivante, à la télé.
Depuis, les deux cousins sont fâchés...à mort.
Et on m'a raconté que, suite à cet incident quasi-miraculeux, Marc a hérité d'un nouveau surnom. Dans tout Cassis, désormais, on ne l'appelle plus que..."Donald".
La Licorne
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Pour le Jeu 96
(j'ai placé les mots du titre)
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