samedi 7 octobre 2023

JEU 87 : "L'amour au bout de la laisse" - AlainX

 

 


 

L'amour au bout de la laisse


Comme l'autre jour et une fois de plus, Gonzague me parle de la fille qui cherchait son chien.

— Tu sais, me dit-il, cette jolie fille au longs cheveux châtains, au visage allongé aux yeux à damner un saint, qui était complètement affolée parce qu'elle avait paumé son clébard en pleine rue. Elle tenait la laisse mollement et il lui avait faussé compagnie en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Moi, tu me connais, je suis capable d'être très vite le consolateur des jolies filles. C'est comme une vocation. Alors, non seulement je l'ai rassurée, mais j'ai parcouru avec elle tout le quartier à la recherche du gros toutou. Ça a pris des heures. Elle était épuisée. Mais aucun résultat. Elle s'est mise à pleurer. Pour elle, c'était clair on avait enlevé son clebs, un molosse tout blanc, un genre carlin, autrement dit un chien moche, mais qui valait de la thune.

— Oui, je connais l'histoire, Gonzague, tu le sais bien et ne retrouvant pas le chien, tu as fait tout ce que tu pouvais pour la consoler. Même qu'elle a fini dans ton pieu si j'en crois ce que tu m'as dit. Belle mentalité ! Cela dit je connais ton côté affabulateur et donc j'ai des doutes.

— Tu n'es pas obligé de me croire mais c'est la vérité, reprit Gonzague, et d'ailleurs je peux t'avouer que ce ne fut pas terrible du tout. Elle était imprégnée de l'odeur du chien. Et ça m'a coupé tous mes effets. Elle a cru qu'elle ne me plaisait pas. Mais là n'était pas le problème. Elle m'a quand même remercié d'avoir participé aux recherches. Cependant l'histoire ne se termine pas comme ça. Pas du tout !

Et c'est là que j'ai pensé que Gonzague allait encore me raconter des salades. Je n'ai pas tardé à faire l'hypothèse qu'il allait me dire qu'il avait retrouvé la fille au chien par hasard dans un bistro et qu'entre-temps elle avait retrouvé le clébard, toujours aussi blanc, et toujours avec son air de méga tristesse avec ses bajoues qui pendouillent et vraiment lui donnent l'air con. Eh bien, croyez-moi ou pas, c'est exactement ce qu'il m'a raconté. Je m'en doutais, je le connais par cœur, mon Gonzague ! Sauf qu'à la fin de son récit, il m'a montré une photo sur son Smartphone. Tenez je vous la montre. C'est pas bluffant quand même ? Parce que c'était bien elle avec le carlin. Et le pire de tout, c'est que je la connaissais !

Est-ce que la fille qui cherchait son chien va trouver l'amour avec mon ami Gonzague ? Est-ce qu'elle tiendra mon ami en laisse comme le carlin ?

Elle s'appelle Christina. Nous avons eu une aventure torride elle et moi. À l'époque, point de chien ! Je n'oublierai jamais son parfum N° 1 de Chanel. Beaucoup plus subtil que des senteurs canines.




 Consignes du jeu ICI

 

jeudi 5 octobre 2023

AI et Jeu 87 : "La fille qui cherchait son chien et trouva l'amour" - La Licorne

 

 

 

 

26 Octobre 2025

Le soleil brille sauvagement derrière la vitre. Décidément, l'été indien, auquel on s'est habitué depuis quelques années, se prolonge de plus en plus tard dans la saison. 

Quel jour sommes-nous exactement ? Je ne sais plus. Je sais juste que je suis en retard. J'enfile une veste à col de fourrure sur ma mini-jupette à fleurs. Eh oui, puisqu'on ne sait jamais si, le matin, il fait 10°C ou 20°C, c'est devenu compliqué de s'habiller pour sortir. Alors je mixe : vêtements légers en bas et vêtements plus chauds sur les épaules.

Rendez-vous au café du bout de la rue, m'a dit Luc. Attention, à midi tapant, après, j'ai une réunion d'affaire. Je jette un coup d'oeil à ma montre : 11h55, c'est nickel. 

Finalement, la température est douce, alors je m'assieds en terrasse et je commande un thé parfumé. C'est un endroit assez sympathique, un de ces repaires végétariens qui font flores dans les villes depuis que la télé incite les gens à manger écolo et léger. 

12h05 : A la table en face de moi, deux chinoises ont commandé des jus de fruits pressés et des sorbets maison. Elles les dégustent avec application tout en conversant dans une langue qui m'échappe totalement. Sur la fiche des consommations, en lettres soignées, un poème de William Blake :

Voir le monde dans un grain de sable
Et le paradis dans une fleur sauvage
Tenir l’infini dans le creux de sa main
Et l’éternité dans une heure.
 
C'est charmant...J'aime beaucoup ce poème, mais je ne sais pas ce que dirait Blake s'il voyait que ses mots, deux siècles plus tard, se retrouvent coincés entre un smoothie à la banane et un gâteau à la carotte !

12h20 : Luc n'est pas à l'heure... j'aurais dû m'en douter. Et moi, pauvre cruche, qui ai descendu les escaliers quatre à quatre. C'est ça, le drame des gens ponctuels: on passe sa vie à attendre les autres.

12h30 : Toujours seule. Enfin, plus tout à fait, car un jeune homme est venu s'installer juste à côté. Hum, il est plutôt mignon. Bronzé, sportif, la mèche rebelle et la barbe bien taillée. Malheureusement, il est accompagné d'un clébard qui lui, ne l'est pas (mignon). Bouh...une sorte de bulldog anglais,  avec la même tête que celui que Jacques Doillon avait offert à Jane Birkin. Paraît qu'ils sont gentils. Et drôles. Peut-être. Mais désolée, je ne peux pas m'empêcher de penser que Jane choisissait ses chiens comme elle choisissait ses compagnons : avec un total manque d'esthétisme. 

12h35 : Mon voisin commande une bière. Et dans la minute qui suit, il me demande si je peux lui garder son chien un instant, le temps d'aller aux toilettes. Cela ne m'enthousiasme guère : mais devant son sourire...ravageur, je m'entends lui répondre :  "Bien sûr, avec plaisir !".

12h40 : Et voilà, je suis là, doublement cruche, au bord de la rue la plus passante de la ville, à attendre un mec qui m'a oubliée et à garder le chien immonde d'un parfait inconnu, pendant que le contenu de ma tasse refroidit à toute vitesse. Ma fille, c'est le résumé de ta vie. William Blake avait raison : une heure peut parfois ressembler à une éternité !

12h45 :  Une ambulance passe. Tous feux clignotants dehors. Sirène "tri-ton" à plein volume. 

Et là, horreur...le clébard au museau aplati se lève d'un bond et sans crier gare, se lance à sa poursuite...Agrippée à l'autre bout de la laisse, je tente de le retenir, mais rien n'y fait...je suis emportée par une boule de muscles plus forte que moi. Je galope ainsi sur le trottoir pendant une trentaine de mètres ...jusqu'au moment où, c'était fatal, la laisse se prend dans quelque chose ! Avant d'avoir pu voir de quoi il s'agit, je m'affale de tout mon long, devant une quinzaine de passants ébaubis. 

12h50 : Sonnée, je me relève avec difficulté. J'ai mal partout. Une main se pose sur mon épaule. C'est le beau barbu. 

"Je suis vraiment désolé, dit-il. Titus est incorrigible. Si vous le permettez, je peux vous accompagner jusqu'à la prochaine pharmacie ?" Je regarde mes genoux en sang, mes coudes tuméfiés... J'ai envie de le maudire, lui et son chien. Mais ai-je vraiment le choix ? Je m'accroche doucement à sa taille et je pars en boitillant...

.....

12h05 : Luc arrive au café. Il s'installe et commande une bière à la framboise. 

- Beau temps aujourd'hui, n'est-ce pas ? lui dit le garçon.  
- Oui, répond-t-il. 
Dites, vous n'auriez pas vu une jeune femme blonde, par hasard ? 
Nous avions rendez-vous.
- Ah, la "dame d'onze heures" ? Si, si, elle était assise ici, exactement là où vous êtes.
Mais elle est repartie. Je crois que vous l'avez manquée.
Entre nous, si je peux me permettre de vous donner un conseil, Monsieur : 
évitez de prendre rendez-vous le jour du changement d'heure ! ;-)
 
 
La Licorne
 
.
 
 
Consignes de l'Agenda ironique d'octobre  
 

Il s'agissait de jouer un peu autour de l'heure d'hiver, 

de placer dans le texte 

les quatre vers du poème de William Blake

et d' ajouter l’expression suivante : 

« dame d’onze heures »,

 en n'oubliant pas de saupoudrer le tout

d'une pincée d'ironie...

. 


 + Consignes du jeu 87 

 à lire ICI

 
 

 

dimanche 1 octobre 2023

JEU 87 : "La fille qui cherchait son chien et trouva l'amour"

 
- Atelier d'écriture pour le mois d'octobre -
 
 
Chers ami(e)s écrivant(e)s, 

Merci pour vos participations de septembre,
très appréciées...
 
Ce mois-ci, je vous propose
de vous laisser inspirer par cette image :

 


 
et par ce titre de livre :
 
 
de Meg Donohue
.

Rappel : 

Vous pouvez, au choix :


- Placer les mots de ce titre dans votre texte

(pas forcément dans l'ordre)


- Ou faire en sorte que ce titre de livre 

soit aussi le titre de votre texte


- Ou, troisième et dernière possibilité, 

faire référence, tout au long du texte, 

au contenu du livre proposé

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 octobre 2023

.

Bonne inspiration !

. 


La Licorne

.




mardi 19 septembre 2023

AI et Jeu 86 : "Disparu le Silence De mon Enfance ? Nostalgie..." (*)

 

 

Pour l'Agenda ironique de septembre

 et pour le Jeu 86 de Filigrane

 

 
Un jour, j'ai été cette petite fille. 
Un jour, j'ai porté des couettes, des barrettes, 
et des noeuds dans les cheveux.  

Un jour, j'ai porté des robes à carreaux 
avec des volants blancs tout en bas...
Je peux vous montrer la photo, si vous voulez.

Oui, un jour, j'ai été petite, 
et même si petite que, chaque jeudi,  
je faisais sourire l'épicier derrière son comptoir
quand je me hissais sur la pointe des pieds 
pour lui tendre ma liste de courses.
 
Au milieu d'une classe de maternelle, 
j'ai peint, comme cette petite fille, 
tous les après-midis,
devant un chevalet,
avec ferveur et application.

Je m'en souviens vaguement...
Je me souviens surtout, à vrai dire,
des longues séances de frottage
de nos menottes peinturlurées
sur les savons rotatifs jaune citron.

Je me souviens d'avoir été 
une toute petite écolière de trois, quatre ans 
qui n'aimait pas du tout la sieste obligatoire...
qui n'aimait pas non plus la cloche des fins de récré, 
cette fichue cloche qui interrompait brutalement 
mes belles séances de bac à sable 
et mes châteaux de rêve.
 
Je me souviens des bûchettes de bois
 avec lesquelles j'ai appris à compter,
et qu'il fallait sans cesse ramasser sous la table... 
des pions qu'on déplaçait avec application sur le jeu de l'oie, 
un, deux, trois, quatre, cinq, six...
des lignes espacées sur lesquelles j'ai appris à écrire,
de l'odeur de la colle, qu'on étalait à la spatule,
de la cour immense qui accueillait nos rires et nos glissades, 
des sachets de billes qu'on planquait dans nos cartables,
du rythme des saisons qui scandaient nos vies.

Je me souviens des phrases
qu'on se disait pour s'agacer :
"T'es qu'un vilain rapporteur !'
"Donner c'est donner, reprendre c'est voler"
"C'est celui qui dit qui y est"...
 
Je me souviens des rondes et des comptines démodées :
" Oh grand Guillaume, as-tu bien déjeuné ?"
"Qu'est-ce qu'elle a donc fait, la p'tite hirondelle ?"
"Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés..."
 
Je me souviens des jeux de balle, de corde à sauter...
des jeux de cache-cache et du jeu de la "bague d'or"
qui passait secrètement dans nos mains jointes.

Je me souviens des images joliment désuètes
que la maîtresse distribuait quand on avait bien travaillé.
Je me souviens de mon premier porte-plume,
des petits bouts de buvard que mon voisin taquin
 jetait exprès dans mon encrier...
pour me faire rager.

Oui, je me souviens de tout ça...
C'est à la fois si près et si loin...
comme une brume lointaine, 
un monde enseveli...
un autre temps, un autre moi.
 
C'était une autre époque...
 
Une époque où les choses 
passaient lentement,
où tout paraissait éternel.
Une époque où les vacances 
étiraient sans fin leurs heures vides...
 
Une époque où sur l'écran de TV
on voyait passer en interlude
sans passager ni passagère
et où l'horloge de l'ORTF ne troublait pas
le silence des âmes naissantes.
 
Une époque où sur le tableau noir
la craie traçait en crissant un peu
des signes immuables
et des majuscules fleuries.
 
Une époque sans ZEP et sans USEP
Sans TICE, sans LSU, sans TBI
sans PPRE, sans PAP, sans PAI
Une époque sans TDAH, 
sans TSA, sans MDPH,
sans AVS ni AESH.
 
Une époque où ULIS rimait encore 
avec  "beau voyage"
et IEN avec 
"Infini Ecoulement des Nuages".
.
Une époque où l'on grandissait 
sans écran et sans bruit.
Petit à petit.
 
 
La Licorne
.





Consignes de Sabrina pour l'Agenda ironique

Il fallait, en ce mois de rentrée des classes,  

évoquer un ou des souvenirs d'école

tout en insérant dans le récit ces quelques mots  :  

rapporteur / pion / colle / ligne / cour  et rythme !

 

Il fallait aussi détourner au minimum un des fameux sigles 

qui composent le jargon académique de l'Education Nationale

Par exemple, transformer une AESH 

(Accompagnant des élèves en situation de handicap) 

en Association des Éléphants Spécialistes de Hapkido ?!! 

Bref, s'amuser un peu avec les sigles en question....

.

 

Et pour le Jeu 86, il fallait s'inspirer de la photo ci-dessus

ainsi que du livre "Passagère du silence" 

de Fabienne Verdier


.

 (*) DSDEN (titre) : 

Direction des Services Départementaux 

de l'Education Nationale

.

 

 

dimanche 17 septembre 2023

JEU 86 : "Garance fait des prouèces" - Joe Krapov

 


 

La lumière entre dans la pièce
Où opère la créatrice.

Le soleil n'est que bienveillance
Où oeuvre la petite puce.

Elle commence avec prudence
Par quelques traits posés en douce
Sur la surface de la toile, subreptices.

Poussée par d’aussi bons auspices
Voilà que l'artiste en lice.

Elle avance avec assurance.
Elle a l'audace de l'enfance,
Elle a la chance des novices,
Le coup de pinceau est vivace,
La foi est immense. Elle fonce.

Quand elle n'est pas à la noce
Elle fait preuve de persévérance.
Elle fait face, efface, rince
Et recommence.

Vrai, quelquefois la ressemblance
Oppose quelques résistances
A la petite dessinatrice

Mais la jeune Garance
Est du genre coriace :
Jamais elle ne renonce
Ni ne met les pouces
Et, tenace,
Trouve toujours une astuce.

Elle grimace, elle se tance, elle s'agace
Mais c'est fugace : elle est vorace,
Sait retrouver l'aisance
Redevenir efficace.

Bientôt à nouveau, d'évidence,
Le pinceau se montre véloce,
Le geste s'emplit d'élégance.

L'arrivée d'un tigre féroce
Qui menace la populace
Sur la Grand-Place de Florence
Où se trouvent célébrées les noces
Toutes pleines de magnificence
Du prince Fabrice Del Dongo
Et d'Alice l'idole des dingos
Annonce bien des exubérances,
Extravagances,
Outrecuidances
D'HenriRousseauiste obédience

 

Jeu 86 de Filigrane - Douanier Rousseau

 

Car bientôt c'est la luxuriance,
L’allégeance à la violence !
Sardanapale est au supplice,
Vénus n'a plus la tête à montrer sa naissance,
La Joconde en souffrance
Tire sa révérence,
Toute la galerie se glace,
Fragonard s’en balance
Et Van Gogh en éprouve
Une douleur atroce.

Ayant tombé la carapace
Garance fait l'expérience
D'une jouissance sans nuance.

Une fièvre libératrice
La fait sortir des convenances.

A suivre son caprice
Et son talent précoce,
N'y voyant pas malice,
Voici qu'au chevalet,
Première spectatrice,
La passagère du silence
Voit surgir « Le Jardin des délices » !

- Mince ! qu'elle se lance,
Sûr, ça décontenance
Mais ce n'est pas mal, d'évidence !

 

Joe Krapov

 

Jeu 86 de Filigrane - The Garden of earthly delights


 

mardi 12 septembre 2023

JEU 86 : "Passagère du silence" - Lilousoleil

 

 


 

    C’est toujours un crève-cœur lorsque l’on découvre que son enfant, celui que l’on chérit de toute son âme n’est pas tout à fait comme les autres. Quand il naît, il est parfait et le restera malgré un handicap. Milly est une jolie petite fille aux cheveux de miel aux yeux pétillants de malice et de bonheur mais voilà elle n’entend pas. Ses oreilles restent insensibles au moindre son. Alors que faire de cette gamine ? Sa mère la rejette ! On ne fera rien avec elle. Je voulais qu’elle apprenne le piano ou le violon mais là c’est un désespoir. Son père lui garde son amour et est pourtant incapable de s’en occuper. Aucune démarche ne sera faite pour que Milly puisse se développer harmonieusement. Très vite elle est confiée à Nounou qui apprend à communiquer avec elle. Sa mère, elle ne la verra pratiquement plus juste une carte postale de temps en temps.

    Pourtant Milly a un secret. Elle lit, elle dessine et adore « faire de la peinture ». C’est avoir bonheur que Nounou lui installe un chevalet dans un coin de sa cuisine. Chaque jour Milly, sur la pointe des pieds se cramponne à son pinceau et fait naître des volutes, des arabesques puis à force travail car c’est du travail, elle réalise des petites fresques sur des grandes feuilles de papier, un peu à la manière du Douanier Rousseau ; Nounou lui a montré des albums de peinture.

    Elle ira aux Beaux-Arts, deviendra un très grand peintre connu et reconnu. Sa surdité ? Elle en a fait un atout. Tout dans son œuvre respire la paix et le silence, des couleurs douces aux coups de pinceau légers, effleurant la toile. Elle sera surnommée plus tard la « passagère du silence » !

 

Lilou soleil

 

  

lundi 11 septembre 2023

Devoir 170 : "Le secret de la Licorne"

    

 

 "Le Goût des autres" nous a proposé, cette semaine, pour le "170ème devoir du lundi", de disserter sur la canicule qui sévit en cette fin d'été et sur les stratégies que nous développons afin d'y survivre. 

Pour ce faire, il nous oriente vers la BD bien connue du "Crabe aux pinces d'or", et en particulier vers la vignette où l'on voit notre cher Tintin et le capitaine Haddock, bras dessus-dessous, traverser le désert avec, pour tout horizon, du sable, du sable et encore du sable.

 

Vous remarquerez , au passage, que notre prescripteur a pris le parti de recadrer l'image. 
Comme, pour ma part, je préfère les versions originales et non-corrigées, je me permets de vous livrer l'illustration dans son entièreté. Observez-la bien !
Alors que nos deux héros, sous ce soleil de plomb, font triste mine et transpirent à grosses gouttes, vous pouvez constater que Milou, lui, reste souriant et fringant, tout à la joie d'avoir trouvé un os à la taille de son appétit.
La première chose qu'on peut donc en conclure, c'est que, dans un même contexte, nous n'avons pas tous les mêmes réactions. Là où certains souffrent mille morts, d'autres arrivent à trouver un peu de réconfort.

Je dois vous avouer, en toute honnêteté, que c'est mon cas. Je ne souffre pas trop de la chaleur. 
Non que la température extérieure chez moi soit beaucoup plus basse que chez vous...J'ai beau vivre en altitude, je ne gagne qu'un ou deux degrés, et encore, péniblement. Et puis, comme chacun sait, plus on est haut, plus les coups de soleil sont traîtres. A l'occasion, faites une randonnée en montagne sans protéger votre nuque ou vos mollets...vous m'en direz des nouvelles. 
Non, je suis comme vous, exposée à des pics de 35° et plus...et donc obligée de trouver des solutions.
 
Alors, curieuse, je regarde mes voisins...
Que font-ils, les bougres, par ces journées torrides ? Eh bien, je vous le dis, à peine rentrés du travail, la plupart se dépêchent de plonger...dans leur piscine . 
Parce que, je ne sais pas si vous avez observé cela : les ventes de piscines individuelles ont explosé ces dix dernières années. Maintenant, dès qu'on a un bout de terrain, on a une piscine. Quant aux autres, eh bien, ils installent au coin de la maison un de ces trucs moche, mou et gonflable et jettent leurs enfants dedans, afin de nous faire oublier qu'ils l'ont acheté pour eux. 
 

C'est là "qu'âne y cule"...bute

 
Les chérubins, quand je les croise deux jours plus tard, sont facilement reconnaissables : cramoisis, on peut les éplucher avec le bout du doigt. Quant aux parents, ils ne valent guère mieux.
Parce que, la crème solaire, faut en mettre vraiment beaucoup, beaucoup, pour combattre le soleil à 40°C. Et comme tout le budget familial est déjà passé dans l'achat de la piscine...
 
Peu convaincue, donc,  par ces baignades familiales qui finissent mal, j'ai développé une autre façon de lutter contre le réchauffement climatique. Laquelle ? Ne vous impatientez pas...ça vient , ça vient. Si vous voulez connaître le "secret de la Licorne", faut être patient... ;-))
 
 


 Ma technique à moi, elle est à la fois simple et assez controversée. Elle m'a valu des ennuis à plusieurs reprises, des remarques, des critiques...Mais je n'en démords pas. J'insiste. Je persiste et je signe.
 
Pour avoir moins chaud, je n'ai pas acheté de climatiseur ou de ventilateur. Je n'ai pas déployé beaucoup d'efforts et je n'ai presque rien dépensé. J'ai juste laissé faire la nature. La nature qui, on l'oublie trop souvent, est bien faite. 
 
Mon secret à moi, c'est que, depuis vingt ans et plus, j'ai planté et laissé pousser une bonne dizaine d'arbres derrière chez moi. Epicéas, pommiers, pruniers, tilleul, sorbiers...Je les ai bichonnés et aujourd'hui, ils me le rendent bien, puisqu'ils m'offrent, gratuitement, ombre, fraîcheur et brumisation.
 
Oui, brumisation... car la magie d'un arbre, rappelons-le, c'est surtout l'évapotranspiration.
Les grands arbres, par leurs feuilles, rejettent en effet à chaque instant une énorme quantité d'eau dans l'atmosphère, ce qui contribue à abaisser significativement la température environnante. En cela, ils sont mille fois plus efficaces que les stores, parasols ou "Vitabris", qui eux, se contentent d'ombrager un peu.
 
Et donc, dès que je le peux, je déplie ma chaise longue, je prends un livre ou un ouvrage en cours et je me réfugie sous leur feuillage frais et accueillant, en les remerciant de tout mon coeur, de me protéger aussi bien, moi et ma demeure.

Bon, c'est vrai, rien n'étant parfait, j'ai bien deux ou trois voisins jaloux et râleurs qui me cherchent régulièrement des noises, parce que certaines branches dépassent ou que des pommes, des cônes ou des feuilles tombent de leur côté. Le foisonnement de végétation, selon eux, fait désordre. 

Je les laisse rouspéter. Leurs jurons  à la "Haddock" me laissent de marbre.
Je contemple leur haie taillée au carré, leur gazon tondu à ras, leurs plantes rachitiques...et je ne les envie pas.
 
Ma "jungle" à moi, je l'aime. Je leur laisse leur désert impeccable et sans vie. 
Et j'invite les autres, ceux qui, comme moi, aiment la nature, à venir boire un verre sous la verdure.  
 
 
La Licorne 
 
 
 
 

mercredi 6 septembre 2023

A Marie

 

 

D'après la consigne de l'atelier Mil et une

 


 
A toi qui fus toujours sage, si sage, trop sage
A toi qui n'eus ni mari, ni amant, ni enfant
A toi qui consacras toutes tes heures à ton travail, à tes parents
A toi dont la seule folie était de n'en vivre aucune
A toi dont la seule addiction était l'office du dimanche
A toi qui te dévouas corps et âme pour les autres
A toi qui ne confiais que très rarement tes peines
A toi qui ne disais jamais un mot plus haut que l'autre
A toi dont la discrétion était prise pour de la fadeur
A toi qui cachais si profond tes peurs et tes douleurs
A toi qui à force de raison finis par la perdre totalement
A toi qui ne supportais plus le vide abyssal de ta vie
A toi qui la semaine dernière t'y jetas soudain par désespoir
nous laissant le coeur strié de noir
A toi qui nous observes aujourd'hui d'au-dessus des nuages
A toi qui es de ma famille et que je comprends
A toi que j'aurais pu être si le hasard n'en avait décidé autrement
A toi, Marie, ma cousine, je dédie ce poème
Que le ciel bleu t'accueille dans ses je t'aime.
.
 
La Licorne
.
 
 

 

lundi 4 septembre 2023

Devoir 169 : "L'ombre de Jenny Lamour"

 

Pour le 169ème "Devoir du lundi"

.
 

 
Sur le Quai des Orfèvres
L'automne est revenu
C'est une journée de trêve
Une pause bienvenue
 
Ne cherchez pas Jouvet
L'inspecteur n'est pas là
Avec Bernard Blier
Il joue dans l'au-delà

L'ombre de Jenny Lamour
Rôde le long des murs
Et dans les alentours
Clouzot dans un murmure

Vous souffle que le mystère
Plane à la nuit tombée
Sur le quai de vieilles pierres :
Brignon, qui l'a tué ?
 
Chacun connaît l'affaire
Le film est un classique
Meurtrier, meurtrière
On connaît la musique
 
Sur le Quai des Orfèvres
La paix est revenue
Avec sur toutes les lèvres
Le mystère résolu
 
Mais sous le grand soleil
S'écrivent d'autres histoires
Des romances qui s'éveillent
Et des tragédies noires
 
 D'hier à aujourd'hui
C'est le même fleuve qui coule
Rien n'a changé pardi
Dans les coeurs qui roucoulent
.

 
La Licorne
.


 
 

vendredi 1 septembre 2023

JEU 86 : "Passagère du silence" - Adrienne

 


 

 

JEU 86 : "Vue à contre-jour" - K

 


 
Vue à contre-jour

Sur la pointe des pieds

Petite passagère du silence

Il n'est pas si facile

De peindre le ciel

A portée de main

.

K.

.

 

 

JEU 86 : "Passagère du silence"

 

- Atelier d'écriture pour le mois de septembre -

 
 
Chers ami(e)s écrivant(e)s,
 
Ce mois-ci,  
vous pourrez, si ça vous dit, 
développer votre sens créatif
à partir de cette photo :
 
 

 

 
et de ce livre :

"Passagère du silence"

 de Fabienne Verdier

 

 

Vous pouvez , comme d'habitude :


- Tout simplement, placer les mots de ce titre

dans votre texte

 

- Ou faire en sorte que ce titre de livre 

soit aussi le titre de votre texte


- Ou, troisième et dernière possibilité,

faire référence, tout au long du texte, à l'oeuvre citée

.

 

Envoi à undeuxtrois4@orange.fr

avant le 21 septembre 2023

 

(non, je ne vous laisse pas dix ans ;-)


La Licorne



 

lundi 21 août 2023

JEU 85 : "L'eau si claire" - La Licorne

 
 

 
A la claire fontaine, m'en allant promener
J'ai trouvé l'eau si belle...
Eh bien, je l'ai bien observée :
et je peux vous dire que, 
contrairement à la belle Claudia, 
elle n'est pas très belle, l'eau...
Ni belle, ni claire.

L'eau fluviale ? 
Jaunâtre, brunâtre, verdâtre...
suivant les lieux et les jours. 
Ou alors mousseuse, aussi mousseuse
 que le fond ma douche après le shampooing...
pas ragoûtante en tout cas.
 
Je vous décris là les quelques rivières 
que j'ai longées cet été...
au fil de mes pérégrinations 
et qui n'ont pas réussi à me donner envie 
de sortir mon maillot de bain. 
 
Si vous avez suivi les actualités, 
vous savez sans doute qu'il en va de même de la Seine ;
 la Seine qui, malgré un nettoyage en règle, 
en vue des Jeux Olympiques, 
a dû finalement renoncer à accueillir 
 
 Trop sale, trop polluée, la miss parisienne...
pour qu'on y pique une tête sans risque.
On n'en finirait plus d'énumérer les choses bizarres qu'on y trouve :
Canettes, bouteilles, produits chimiques, ferraille, vieux vélos...
 
  La baleine bleue de Steve Waring ne serait pas dépaysée.

 

 

Ouvrez bien les yeux, vous pourrez même y apercevoir 
quelques particules de plastique vert : 
joyeux souvenirs des pelouses synthétiques 
des stades de foot  qui sont, 
c'est maintenant prouvé, 
une catastrophe sur le plan écologique. 
 
Au fil du temps, le gazon artificiel finit en effet 
par se déliter sous les crampons de vos joueurs adulés 
et termine sa vie, contre toute attente, 
dans les rivières, où il va nourrir les truites, 
qui, reconnaissons-le, n'ont plus, depuis longtemps, 
la vivacité de celle de Schubert. 
 
 
Vous vous souvenez de ce refrain que chantait Guy Béart ?  
Il l'avait écrit en pensant très fort à sa fille Emmanuelle...
Sa petite fille qui, quelques années plus tard, 
allait percer l'écran
avec le film "Manon des sources"...
 dans lequel elle enjôlait de ses beaux yeux clairs
à la fois Ugolin et Daniel Auteuil.
 
 
 
 
 
 Si vous avez vu le film, ou lu le livre, vous savez 
que l'histoire évoquait déjà la formidable importance de l'eau..
de cette eau banale dont on ne connaît la valeur 
que quand elle nous manque... 
 
Et vous savez sans doute aussi que l'histoire finit mal, 
et que le drame familial est causé par une erreur du facteur, 
qui n'a pas livré à temps une lettre d'amour...
Une seule lettre vous manque et tout est dépeuplé...
Un seul autre vous manque et la vie se désséche...

Il y a longtemps que je t'aime
Jamais je ne t'oublierai...
 
Aurait pu fredonner le Papet, qui regretta, 
mais un peu tard, d'avoir rejeté son rejeton.
 
Ne dites jamais "Fontaine, je ne boirai pas de ton eau."
On ne sait pas ce que la vie nous réserve.
 
Maintenant, par curiosité, regardez l'image suivante...
La grosse sphère bleue
c'est le volume d'eau total disponible sur cette planète. 
La toute petite, à côté, 
c'est le volume d'eau douce ou d'eau potable .  
Parlant, non ?
On devrait afficher cette image 
chez tous les marchands de piscine. 

 

 
Car l'eau est notre bien le plus précieux. 
Toujours renouvelée par son cycle infini, 
mais non renouvelable quand ce cycle se dérègle 
ou quand la pollution est trop forte.

L'eau que nous buvons aujourd'hui est la même 
que celle qui était bue à la Préhistoire. 
Il n'y en a pas d'autre. 
Pas de deuxième stock.

Chaque verre d'eau que nous buvons maintenant 
a été pissé six fois par un diplodocus,
rappelait, avec humour, Paul-Emile Victor.

Je vous laisse méditer cette affirmation
tout en espérant fort,
par ces temps de canicule, 
ne pas avoir coupé net 
votre élan vers le pot de citronnade !
;-)

Belle fin d'été à vous tous !
.
 
La Licorne